Ce texte est extrait du roman inédit Un Sang Epais
Il fait partie de la zone parafoutrale.
Il fait partie de la zone parafoutrale.
La chambre d'une adolescente avec les posters suspendus d'une époque révolue, les robes coquettes accrochées aux penderies, le disque des Velvet Underground qui tourne, les rideaux fermés traversés par un soleil doux de l'après-midi frais des cours séchés et des responsabilités ignorées, une odeur de vanille mêlée à celle d'un cendrier froid.
J'ai seize ans. Ma première expérience sexuelle. Mon premier contact corporel avec une nana. Elle est très mignonne avec sa coupe sauvageonne, son regard noir et ses lèvres pulpeuses. La vraie petite pin-up qui survole le monde du haut de ses quinze ans et fume ses premières cigarettes. On est dans cette période floue, cette première année de consommation régulière de cannabis et les expériences d'ecstasy qui se comptent alors sur les doigts de la main. C'en est une. Un Marlboro bleu et un Rolex blanc, gobés dans la complicité et la beauté de l'interdit bravé, puis le premier baiser, les roulades sur son lit et les étreintes passionnées alors qu'on se déshabille dans l'urgence... Le flou, encore.
L'intensité et surtout le mental qui roule à dix-mille à l'heure... Les battements de mon propre cœur, assourdissants, les lèvres gorgées de sang... Les questions déjantées sur la suite de la relation ou des événements et le rappel incessant de profiter de l'instant, du moment présent. Mais ce mental toujours là, dans le fond, qui fait le point sur ma vie: les copains, le lycée, les amours...
Le goût âcre du baiser électrique et puis l'arrivée des visions: une femme violée, enfin je ne sais pas, tout du moins violentée, les ombres cagoulées, le pugilat, elle se débat énergiquement... Et mon esprit fait le reste du chemin: c'est la femme de ma vie, mais dans le pire précipice qu'elle puisse traverser, au moment où elle a le plus besoin de moi. Je l'ai vue par intuition, dans le feu de l'instant. Ce n'est donc pas cette jolie adolescente, si vive et sensuelle, mais déjà étrangère, que je vais m'appliquer à oublier pendant des mois de souffrance et d'obscurité, ou plutôt de couleurs qui s'effacent, malgré ma volonté de fidélité chevaleresque, celle de me vouer à un seul et unique amour.
Je ne peux pas retrouver ces visions, ni les partager, en fait, plus jamais les évoquer du tout, à cause de la noirceur brute qui les emplit, de leur intensité, leur fulgurance, et surtout par pudeur. Mais je sais que j'ai déjà perçu l'essence de cette femme à travers un avenir où je la rencontrerai et que j'ai déjà accepté de l'aimer. Comme un destin que j'ai entrevu auquel, donc, je ne peux plus échapper. Je n’ai rien appris d’elle, pas même son nom. Je ne me souviens pas de son visage, ni de son parfum. Je sais juste qu'ils m'ont séduit au sens le plus cru que la séduction peut prendre: cette femme-là, c'est ma femme fatale, mille fois plus fatale que cette midinette de quinze ans qui se prend pour Nico, me prend pour Lou Reed, et qui m'a parcouru comme un frisson cet après-midi d'hiver.
Je ne dois pas, je ne peux pas me perdre. Je le sens dans mes os. Je dois suivre mon chemin jusqu'à la rencontrer, cette femme de ma vie, qui a souffert l'humiliation et la violence, je dois la trouver, non pas pour la réparer, ou nous réparer, mais pour qu'on se transcende, par notre lien. Pas un amour de confort mais un amour pour construire. Et puis croire pouvoir être là, au bout de ces longues années d'attentes, d’oubli, le moment venu, pour empêcher le viol...
Puis le retour en bus, à côté de l'adolescente amoureuse, qui m'a suivi. L'éveil de l'âme qui illumine tout le décor. La cigarette chez moi, avec elle qui ne comprend sûrement pas mon retrait, ou plutôt qui se retire aussi, ou même qui use de tous les stratagèmes pour me faire réagir, peut-être revenir. Je ne sais pas mais qu'importe. Quelques mois pour me séparer de tout le monde, la bande de potes, une coupe d'années pour me libérer d'elle et d'autres pour émerger de la dépression.
Et puis le brouillard et l'oubli.
C'est une sacrée baffe dans la gueule, le premier baiser sous ecstasy.
J'ai seize ans. Ma première expérience sexuelle. Mon premier contact corporel avec une nana. Elle est très mignonne avec sa coupe sauvageonne, son regard noir et ses lèvres pulpeuses. La vraie petite pin-up qui survole le monde du haut de ses quinze ans et fume ses premières cigarettes. On est dans cette période floue, cette première année de consommation régulière de cannabis et les expériences d'ecstasy qui se comptent alors sur les doigts de la main. C'en est une. Un Marlboro bleu et un Rolex blanc, gobés dans la complicité et la beauté de l'interdit bravé, puis le premier baiser, les roulades sur son lit et les étreintes passionnées alors qu'on se déshabille dans l'urgence... Le flou, encore.
L'intensité et surtout le mental qui roule à dix-mille à l'heure... Les battements de mon propre cœur, assourdissants, les lèvres gorgées de sang... Les questions déjantées sur la suite de la relation ou des événements et le rappel incessant de profiter de l'instant, du moment présent. Mais ce mental toujours là, dans le fond, qui fait le point sur ma vie: les copains, le lycée, les amours...
Le goût âcre du baiser électrique et puis l'arrivée des visions: une femme violée, enfin je ne sais pas, tout du moins violentée, les ombres cagoulées, le pugilat, elle se débat énergiquement... Et mon esprit fait le reste du chemin: c'est la femme de ma vie, mais dans le pire précipice qu'elle puisse traverser, au moment où elle a le plus besoin de moi. Je l'ai vue par intuition, dans le feu de l'instant. Ce n'est donc pas cette jolie adolescente, si vive et sensuelle, mais déjà étrangère, que je vais m'appliquer à oublier pendant des mois de souffrance et d'obscurité, ou plutôt de couleurs qui s'effacent, malgré ma volonté de fidélité chevaleresque, celle de me vouer à un seul et unique amour.
Je ne peux pas retrouver ces visions, ni les partager, en fait, plus jamais les évoquer du tout, à cause de la noirceur brute qui les emplit, de leur intensité, leur fulgurance, et surtout par pudeur. Mais je sais que j'ai déjà perçu l'essence de cette femme à travers un avenir où je la rencontrerai et que j'ai déjà accepté de l'aimer. Comme un destin que j'ai entrevu auquel, donc, je ne peux plus échapper. Je n’ai rien appris d’elle, pas même son nom. Je ne me souviens pas de son visage, ni de son parfum. Je sais juste qu'ils m'ont séduit au sens le plus cru que la séduction peut prendre: cette femme-là, c'est ma femme fatale, mille fois plus fatale que cette midinette de quinze ans qui se prend pour Nico, me prend pour Lou Reed, et qui m'a parcouru comme un frisson cet après-midi d'hiver.
Je ne dois pas, je ne peux pas me perdre. Je le sens dans mes os. Je dois suivre mon chemin jusqu'à la rencontrer, cette femme de ma vie, qui a souffert l'humiliation et la violence, je dois la trouver, non pas pour la réparer, ou nous réparer, mais pour qu'on se transcende, par notre lien. Pas un amour de confort mais un amour pour construire. Et puis croire pouvoir être là, au bout de ces longues années d'attentes, d’oubli, le moment venu, pour empêcher le viol...
Puis le retour en bus, à côté de l'adolescente amoureuse, qui m'a suivi. L'éveil de l'âme qui illumine tout le décor. La cigarette chez moi, avec elle qui ne comprend sûrement pas mon retrait, ou plutôt qui se retire aussi, ou même qui use de tous les stratagèmes pour me faire réagir, peut-être revenir. Je ne sais pas mais qu'importe. Quelques mois pour me séparer de tout le monde, la bande de potes, une coupe d'années pour me libérer d'elle et d'autres pour émerger de la dépression.
Et puis le brouillard et l'oubli.
C'est une sacrée baffe dans la gueule, le premier baiser sous ecstasy.