Organoclick

Le 29/01/2026
-
par Caz
-
Thèmes / Semaines Textes De Merde / Semaine 'textes de merde' 13
Cette fable cyberpunk miniature frappe par sa violence poétique et son humour glacial, transformant l’addiction numérique en métastase charnelle avec une inventivité macabre jubilatoire. L’image du corps comme dernier territoire colonisé par les interfaces produit un vertige à la fois répugnant et fascinant, où chaque greffe devient une métaphore organique aussi précise que cruelle de notre servitude volontaire. Le rythme saccadé, presque chirurgical, et les jeux de mots organes/techno donnent au texte une musicalité sale et addictive qui colle parfaitement à son sujet. L’absence totale de morale explicite renforce l’effet coup de poing : on rit jaune, on grimace, on se sent déjà contaminé. Rarement une satire de l’hyperconnexion aura été aussi courte, aussi crue et, paradoxalement, aussi élégante dans sa laideur assumée.
J’ai toujours été accro à mes appareils.
Mais ça me suffisait plus d’appuyer sur les écrans.
Je voulais les intégrer.
Qu’ils soient sous la peau, comme des cancers intelligents.
Alors j’ai commencé à me greffer mes appareils.
D’abord des écouteurs dans les narines.
Un port USB sous la langue.
Puis une caméra GoPro à la place du nombril.
Mon chirurgien s’appelait Jérôme.
Il bossait dans un garage.
Il portait des gants en laine et opérait au coupe-ongles.
Mais il avait un regard doux, presque vétérinaire.

L’opération majeure a été la greffe du smartphone dans la cage thoracique.
Un Samsung Galaxy dernier cri directement intégré entre mes côtes.
Pour faire les mises à jour, il suffisait d’ouvrir mon sternum avec une clé Allen.
J’ai téléchargé toutes les applis.
Google Maps s’affichait sur mes reins.
TikTok tournait dans mon foie.
Je faisais des stories avec mes vaisseaux sanguins en filtre animé.

Au bout d’un moment, les notifications ont commencé à me faire mal.
Chaque like me filait une crampe au pancréas.
Chaque commentaire vibrait dans mon utérus.
Un jour, j’ai eu une infection virale littérale : un malware m’a filé une gangrène numérique.

Mon médecin m’a dit :
« Ton code source est corrompu. Il faut te réinitialiser. »
Alors il a formaté mon cerveau.
CTRL + ALT + SUPPR sur mon crâne.

Depuis, je pense plus.
Je scrolle.
Je digère les contenus comme on digère du béton chaud.
Je poste des selfies de mes organes.
Mes followers me laissent des émojis intestin.
On m’a surnommée : La Fille-Serveur.

J’ai une connexion 5G branchée au rectum.
Le signal est bon.
Très bon, même.
Je capte Dieu en Bluetooth.
Mais je ne sais plus si c’est moi qui clique, ou si c’est l’algorithme qui me fait défiler.