Il reste des lieux de mystères dans ce monde et les cartes n'y peuvent rien.
Le crépuscule a déjà commencé, et entre les hautes falaises des gorges il règne une atmosphère fraîche, bleutée, somnolente. Les nombreux cours d’eau qui jalonnent les saillies, laissent entendre leurs inégalables clapotis, nous faisant croire qu’il fut un temps où les rivières avaient érigées un point ou toutes se rassemblaient. Œuvre défiant les montagnes, qui, mécontentes avaient laissées les hommes et des sources inconnues bloquer le carrefour avec des galets et une élégante statue, gigantesques.
Nous avons après plusieurs heures de randonnée, atteint un minuscule escalier, taillé dans les roches, et émacié par les pluies. Après quelques risques de chutes, il nous mène à cette plage de gravier où reposent deux énormes pieds de pierres bleues ornés de moult symboles semblables à des bijoux. Ceux-ci sculptés avec d’habiles rainures et reliefs, entourent les petons, les orteils, certains étant reliés par des chaines taillées à même la roche. Arrivé au niveau des talons, les graviers laissent place à de la terre fine et sèche, tel du sable, mais qui cependant n’incommode pas comme ce dernier. Quelques arbres bruissent et laissent paraître leurs longues branches craquantes au-dessus du couloir formé par les jambes. Nous n’y prêtons guère attention et avançons, atteignant les genoux, recouverts de bijoux et accompagnées d’épaisses cordes, qui semblables à des bracelets sont accrochées à des structure métallique immaculés. Elles recèlent d’immenses secrets inconnus de par leurs formes étranges, et une géométrie à couper le souffle. Offrant pour chacun de ses ornements tenus par des liens millénaires, des trompes l’œil dépassant toute réalité si l’on prend l’humble peine de les appréhender correctement.
L’aine est recouverte d’une gigantesque main aux doigts aussi emmêlés que des écouteurs dans une poche, ceux-ci laissent apparaitre un élégant escalier formé d’ongles et de bagues aussi abimées qu’iridescentes. Un bracelet massif érige une barrière vers l’avant-bras, mais l’un de ses fils immobiles permet une aisée descente sur le ventre. Ici s’est formée une petite plaine ou la terre éparse et les fissures permettent la persistance de quelques buissons s’assurant de vivre à l’abri de cette peau de pierre. Le nombril est un puits sans fond, sa légère saillie semble émaillée, résistant irrémédiablement au passage du temps. De chaque côté les immenses bras surplombent la plaine du tronc, ceux-ci sont taillés comme autant d’assises qu’il n’en faut pour constituer une tribune. Tribune mystérieuse mais qui recèle quelques tuiles de bois auquel sont apposés des symboles aussi ésotériques que ridiculisant pour notre si simple conception des formes. La géométrie n’a qu’à bien se faire voir, les formes dépassent le continu. Ces éventuels témoignages de présences passées, sont conservés par les qualités inhérentes de la mystique présente, suspendu au temps comme l’ail à l’étagère. Les lapis-lazuli et autres turquoises incrustées de part en part de la peau semblent encore plus lointains que les profondeurs inconnues. Ils nous remplissent d’émerveillements enfantins et patauds, à la vue de ces boutons et grains de beautés parsemés sur une peau à faire rêver les patineurs. D’ailleurs l’inconnu possibilité de la provenance de celle-ci continue à nous faire gamberger à mesure que les quelques lézardes et craquelures nous permettent de récupérer quelques échantillons de mystères. Ceux-ci n’apportent peut-être-t-il pas de réponses concrètes mais par nos regards nous savons qu’égoïstement chacun espère pouvoir conserver au creux de son foyer des fragments de majesté. Ainsi sans vraiment y prêter attention à cause de l’excitation, je voyais les yeux de certains se désynchroniser de temps à autres, obnubilés par les impérieux détails de cette démentielle statue. Comme-ci une convergence n’était pas suffisante et qu’il s’agissait d’aspirer de ce lieu le plus d’images possibles, sans pour autant céder à une contemplation catatonique allant à l’encontre de l’horizon des découvertes.
Nous prenons le chemin de la tête. Arrivé au niveau de la poitrine, nos doutes sont dissipés sur le caractère asexué de cette représentation humanoïde, néanmoins ce qui semble correspondre à l’écart des tétons est occupé par deux arbres juvéniles, profitant de légère dépression pour conserver de l’eau, et se constituer un nid de terre. Nous pouvons entendre le vent siffler loin dans les airs, giflant quelques sommets et poussant les plus vieux arbres à se briser sans espoir de perdurer. Ce son s’avérait d’autant plus irritant, qu’il était quasiment le seul à troubler le calme de l’endroit avec quelques oiseaux disséminés par ci par là. Ceux-ci n’osent se faire remarquer qu’en de rares moments, ou le peu de dérangement qu’ils causent est recouvert par un éventuel bruit de pierre ou d’eau. Le visage tourné vers le ciel, nous supposons la statue couché dans une contemplation millénaire des étoiles inatteignables, ciselées par les quelques sommets avoisinants, empruntant pour sa peau les tissus du manteau stellaire.
Son cou est orné de nombreux colliers qui de par leur disposition, laissent apparaitre deux escaliers se dirigeant vers le pli de sa mâchoire. Il est malheureusement impossible de contempler son visage complet, mais la simple perdition dans les époustouflants détails de sa lèvre inférieure nous poussent à instaurer un respectueux silence. Obligatoire pour l’émerveillement de chacun, qui oubliant pour de long instants cet expédition, errent de chaque côté de cette nuque de paradis, caressant de leurs mains minuscules les impérieuses irrégularités qui constituent l’inexplicable attirance hypnotique de cette entité surgie du fond des jours. Je n’ose avancer, la plupart des autres de la troupe se contentent de s’asseoir et d’imaginer. Mais l’un d’entre nous promet de revenir, il s’assure qu’on puisse l’entendre et nous décrit en mots insuffisants sa vision délirante.
Des sillons d’eau aux origines inconnues se déplacent au gré de quelques ridules, tandis que de son nez autoritaire s’échappent quelques miettes bleutées. Ses yeux aux impressions d’infini et de compréhension observent des schémas inconnus depuis l’éternité dans un ciel toujours plus féérique. Il cri et semble se tenir la bouche un instant. Une unique larme antédiluvienne est sculptée sur cette pommette capricieuse, c’est un infini chagrin dans le calme le plus total. Elle s’est peut-être échappée face à l’infinie beauté d’une voie lactée, ou pour toutes autres raisons dont le sens n’a que peu d’importance. C’est de toute puissance…
C’en est personnellement beaucoup trop pour que je puisse résister à l’époustouflant flot d’émotion qui se masse aux portes de mon imagination. Même sa voix semble canaliser les impérieux détails de cette vision que l’on s’interdit. Alors que tous sont aux prises avec leurs propres réflexions je prends la route du ventre, j’ai le plus grand mal à me détacher de cette sereine représentation dans laquelle j’aurais pu me lover moi aussi pour une éternité. En marchant ma tête ne tient pas en place, souhaitant sans cesse voir de ses yeux ces traits qui ont traversé les âges pour nous troubler. Je pouvais sentir s’arracher le peu de cohésion qu’il reste à mes yeux au profit d’un maximum d’impression de ces lieux. Devant moi se dresse un sombre mystère de cet endroit, fosse aux déterminations inconnues, le nombril, lien d’une vie, pourquoi ici donne-t-il sur des ténèbres insensées ? Je me penche au bord essayant de distinguer une éventuelle possibilité dans cet abysse, mais seules les images précédemment obtenues se bousculent au gré de mon observation. Un phénomène vient me rappeler mes humaines déterminations ; les bords du puits commencent à se ramollir, suffisamment vite pour que je perde l’équilibre. Les parois immaculées qui cernent ces ténèbres ne laissent aucunes accroches pour mes mains qui se débattent avec la réalité. Je disparais sans crier gare, mes yeux contemplent une dernière fois l’étendue bleuté avant de la réinvestir dans l’obscurité.
Ces impossibles structures peut-être existe-t-elle, mais jamais dans ma chute je ne peux m’y accrocher ou du moins interagir d’une quelconque manière avec. Dans l’ombre je discerne des schémas qui se répètent infiniment. L’obscurité totale est de courte durée, enfin c’est ainsi que je peux le ressentir, alors que ma vision commence à se brouiller, et que mon corps perd le poids que je lui connais, peut-être suis-je fixe ? Tout ça dépasse tout simplement mes limites imaginatives, le choc est soudain, mais doux. J’émerge du sol et sens l’ensemble de mon être se plier sous le poids de la terre, il est mou. Le soleil est accompagné d’une couronne d’étoile, tout tend à s’en rapprocher, je ne vois plus, je ressens. Une biche passe par là et dévore un morceau de mon bras tendu, le vent me secoue, et je rêve du léger bruit de ruisseau qui repose plus loin dans la vallée.
Un de nos membres a disparu, difficile de remarquer son infime absence dans les infinis détails. Le plaisir extatiques qui détache nos mâchoires voit certains d’entre nous s’effondrer. Sentant une infinie jouissance lorsque le moindre grain de peau apparaît. Et cette texture toujours plus complète, traversant la réalité des rêves, nos yeux qui se retournent. Ceux qui ne partagent pas leur fusion idéale, se dirigent vers l’oreille. Je les suis. Un antique boyau semble mener quelque part, ou le son traverse les veines. Un camarade tombe perdant des membres dans les couperets capillaires, les plus infâmes fines lame de la croissance. Je rentre tête la première, glissant comme un dératé dans les canaux auditifs du néant, peut-être le crâne est-il creux, je peux me relever, seul néanmoins. Une unique lucarne arrondie déverse d’intenses lumières multicolores sur mes pensées. J’avance sans pour autant saisir le poivre de mes pas, quand l’apparente pesanteur sans forme, fini par me presser de tout côté. Des parois de chairs, disloquent en douceur l’ensemble de mon plan d’existence, parfois s’entrechoquent des glottes devant mes yeux. Je n’ai d’autre choix que de m’abandonner le long d’un banc d’éther, sauvegardant quelques idées dans les replis de ma peau rejeté, indigérable, mes mots pendant, comme mes cernes dans le lavabo. J’observe le cheminement de mon cerveau indéfiniment et me perd dans cette solitude constante que je replace lointaine avant qu’elle me poignarde à nouveau.
C’est fini, ils sont tous rentrés, le guide qui connaissait les visions, disparu dans le fin repli du nombril. Un flot de salive s’échappe de ma bouche, perché sur la pointe du nez je reconnais ce visage.
Je sais qui c’est, je le sais, je trouverais.
Les vicieux qui m’ont embarqués ici ont découverts plus que le business insensé, je suis heureux pour eux dans un sens, espérons qu’ils ressortent un jour, mais changé.
Je laisse traîner mes pieds sur cette peau qui se ramollis à chaque instant, des bijoux et de minuscules poils émergent du sol. Enfin, plus précisément les bijoux commencent à tout recouvrir, ils se mêlent à des bouts de tissus, et ce qui ressemblait au plus bel être du monde se voit maintenant n’être qu’un charnier d’étoffe. Ils ont trop penser, moi aussi peut-être, il ne me reste qu’un retour insensé, songeant immanquablement à la nouvelle cicatrice de mon cerveau. Je ne pourrais jamais partager, mais je peux rentrer et la faire sentir à tout ceux qui me sont donnés…
Nous avons après plusieurs heures de randonnée, atteint un minuscule escalier, taillé dans les roches, et émacié par les pluies. Après quelques risques de chutes, il nous mène à cette plage de gravier où reposent deux énormes pieds de pierres bleues ornés de moult symboles semblables à des bijoux. Ceux-ci sculptés avec d’habiles rainures et reliefs, entourent les petons, les orteils, certains étant reliés par des chaines taillées à même la roche. Arrivé au niveau des talons, les graviers laissent place à de la terre fine et sèche, tel du sable, mais qui cependant n’incommode pas comme ce dernier. Quelques arbres bruissent et laissent paraître leurs longues branches craquantes au-dessus du couloir formé par les jambes. Nous n’y prêtons guère attention et avançons, atteignant les genoux, recouverts de bijoux et accompagnées d’épaisses cordes, qui semblables à des bracelets sont accrochées à des structure métallique immaculés. Elles recèlent d’immenses secrets inconnus de par leurs formes étranges, et une géométrie à couper le souffle. Offrant pour chacun de ses ornements tenus par des liens millénaires, des trompes l’œil dépassant toute réalité si l’on prend l’humble peine de les appréhender correctement.
L’aine est recouverte d’une gigantesque main aux doigts aussi emmêlés que des écouteurs dans une poche, ceux-ci laissent apparaitre un élégant escalier formé d’ongles et de bagues aussi abimées qu’iridescentes. Un bracelet massif érige une barrière vers l’avant-bras, mais l’un de ses fils immobiles permet une aisée descente sur le ventre. Ici s’est formée une petite plaine ou la terre éparse et les fissures permettent la persistance de quelques buissons s’assurant de vivre à l’abri de cette peau de pierre. Le nombril est un puits sans fond, sa légère saillie semble émaillée, résistant irrémédiablement au passage du temps. De chaque côté les immenses bras surplombent la plaine du tronc, ceux-ci sont taillés comme autant d’assises qu’il n’en faut pour constituer une tribune. Tribune mystérieuse mais qui recèle quelques tuiles de bois auquel sont apposés des symboles aussi ésotériques que ridiculisant pour notre si simple conception des formes. La géométrie n’a qu’à bien se faire voir, les formes dépassent le continu. Ces éventuels témoignages de présences passées, sont conservés par les qualités inhérentes de la mystique présente, suspendu au temps comme l’ail à l’étagère. Les lapis-lazuli et autres turquoises incrustées de part en part de la peau semblent encore plus lointains que les profondeurs inconnues. Ils nous remplissent d’émerveillements enfantins et patauds, à la vue de ces boutons et grains de beautés parsemés sur une peau à faire rêver les patineurs. D’ailleurs l’inconnu possibilité de la provenance de celle-ci continue à nous faire gamberger à mesure que les quelques lézardes et craquelures nous permettent de récupérer quelques échantillons de mystères. Ceux-ci n’apportent peut-être-t-il pas de réponses concrètes mais par nos regards nous savons qu’égoïstement chacun espère pouvoir conserver au creux de son foyer des fragments de majesté. Ainsi sans vraiment y prêter attention à cause de l’excitation, je voyais les yeux de certains se désynchroniser de temps à autres, obnubilés par les impérieux détails de cette démentielle statue. Comme-ci une convergence n’était pas suffisante et qu’il s’agissait d’aspirer de ce lieu le plus d’images possibles, sans pour autant céder à une contemplation catatonique allant à l’encontre de l’horizon des découvertes.
Nous prenons le chemin de la tête. Arrivé au niveau de la poitrine, nos doutes sont dissipés sur le caractère asexué de cette représentation humanoïde, néanmoins ce qui semble correspondre à l’écart des tétons est occupé par deux arbres juvéniles, profitant de légère dépression pour conserver de l’eau, et se constituer un nid de terre. Nous pouvons entendre le vent siffler loin dans les airs, giflant quelques sommets et poussant les plus vieux arbres à se briser sans espoir de perdurer. Ce son s’avérait d’autant plus irritant, qu’il était quasiment le seul à troubler le calme de l’endroit avec quelques oiseaux disséminés par ci par là. Ceux-ci n’osent se faire remarquer qu’en de rares moments, ou le peu de dérangement qu’ils causent est recouvert par un éventuel bruit de pierre ou d’eau. Le visage tourné vers le ciel, nous supposons la statue couché dans une contemplation millénaire des étoiles inatteignables, ciselées par les quelques sommets avoisinants, empruntant pour sa peau les tissus du manteau stellaire.
Son cou est orné de nombreux colliers qui de par leur disposition, laissent apparaitre deux escaliers se dirigeant vers le pli de sa mâchoire. Il est malheureusement impossible de contempler son visage complet, mais la simple perdition dans les époustouflants détails de sa lèvre inférieure nous poussent à instaurer un respectueux silence. Obligatoire pour l’émerveillement de chacun, qui oubliant pour de long instants cet expédition, errent de chaque côté de cette nuque de paradis, caressant de leurs mains minuscules les impérieuses irrégularités qui constituent l’inexplicable attirance hypnotique de cette entité surgie du fond des jours. Je n’ose avancer, la plupart des autres de la troupe se contentent de s’asseoir et d’imaginer. Mais l’un d’entre nous promet de revenir, il s’assure qu’on puisse l’entendre et nous décrit en mots insuffisants sa vision délirante.
Des sillons d’eau aux origines inconnues se déplacent au gré de quelques ridules, tandis que de son nez autoritaire s’échappent quelques miettes bleutées. Ses yeux aux impressions d’infini et de compréhension observent des schémas inconnus depuis l’éternité dans un ciel toujours plus féérique. Il cri et semble se tenir la bouche un instant. Une unique larme antédiluvienne est sculptée sur cette pommette capricieuse, c’est un infini chagrin dans le calme le plus total. Elle s’est peut-être échappée face à l’infinie beauté d’une voie lactée, ou pour toutes autres raisons dont le sens n’a que peu d’importance. C’est de toute puissance…
C’en est personnellement beaucoup trop pour que je puisse résister à l’époustouflant flot d’émotion qui se masse aux portes de mon imagination. Même sa voix semble canaliser les impérieux détails de cette vision que l’on s’interdit. Alors que tous sont aux prises avec leurs propres réflexions je prends la route du ventre, j’ai le plus grand mal à me détacher de cette sereine représentation dans laquelle j’aurais pu me lover moi aussi pour une éternité. En marchant ma tête ne tient pas en place, souhaitant sans cesse voir de ses yeux ces traits qui ont traversé les âges pour nous troubler. Je pouvais sentir s’arracher le peu de cohésion qu’il reste à mes yeux au profit d’un maximum d’impression de ces lieux. Devant moi se dresse un sombre mystère de cet endroit, fosse aux déterminations inconnues, le nombril, lien d’une vie, pourquoi ici donne-t-il sur des ténèbres insensées ? Je me penche au bord essayant de distinguer une éventuelle possibilité dans cet abysse, mais seules les images précédemment obtenues se bousculent au gré de mon observation. Un phénomène vient me rappeler mes humaines déterminations ; les bords du puits commencent à se ramollir, suffisamment vite pour que je perde l’équilibre. Les parois immaculées qui cernent ces ténèbres ne laissent aucunes accroches pour mes mains qui se débattent avec la réalité. Je disparais sans crier gare, mes yeux contemplent une dernière fois l’étendue bleuté avant de la réinvestir dans l’obscurité.
Ces impossibles structures peut-être existe-t-elle, mais jamais dans ma chute je ne peux m’y accrocher ou du moins interagir d’une quelconque manière avec. Dans l’ombre je discerne des schémas qui se répètent infiniment. L’obscurité totale est de courte durée, enfin c’est ainsi que je peux le ressentir, alors que ma vision commence à se brouiller, et que mon corps perd le poids que je lui connais, peut-être suis-je fixe ? Tout ça dépasse tout simplement mes limites imaginatives, le choc est soudain, mais doux. J’émerge du sol et sens l’ensemble de mon être se plier sous le poids de la terre, il est mou. Le soleil est accompagné d’une couronne d’étoile, tout tend à s’en rapprocher, je ne vois plus, je ressens. Une biche passe par là et dévore un morceau de mon bras tendu, le vent me secoue, et je rêve du léger bruit de ruisseau qui repose plus loin dans la vallée.
Un de nos membres a disparu, difficile de remarquer son infime absence dans les infinis détails. Le plaisir extatiques qui détache nos mâchoires voit certains d’entre nous s’effondrer. Sentant une infinie jouissance lorsque le moindre grain de peau apparaît. Et cette texture toujours plus complète, traversant la réalité des rêves, nos yeux qui se retournent. Ceux qui ne partagent pas leur fusion idéale, se dirigent vers l’oreille. Je les suis. Un antique boyau semble mener quelque part, ou le son traverse les veines. Un camarade tombe perdant des membres dans les couperets capillaires, les plus infâmes fines lame de la croissance. Je rentre tête la première, glissant comme un dératé dans les canaux auditifs du néant, peut-être le crâne est-il creux, je peux me relever, seul néanmoins. Une unique lucarne arrondie déverse d’intenses lumières multicolores sur mes pensées. J’avance sans pour autant saisir le poivre de mes pas, quand l’apparente pesanteur sans forme, fini par me presser de tout côté. Des parois de chairs, disloquent en douceur l’ensemble de mon plan d’existence, parfois s’entrechoquent des glottes devant mes yeux. Je n’ai d’autre choix que de m’abandonner le long d’un banc d’éther, sauvegardant quelques idées dans les replis de ma peau rejeté, indigérable, mes mots pendant, comme mes cernes dans le lavabo. J’observe le cheminement de mon cerveau indéfiniment et me perd dans cette solitude constante que je replace lointaine avant qu’elle me poignarde à nouveau.
C’est fini, ils sont tous rentrés, le guide qui connaissait les visions, disparu dans le fin repli du nombril. Un flot de salive s’échappe de ma bouche, perché sur la pointe du nez je reconnais ce visage.
Je sais qui c’est, je le sais, je trouverais.
Les vicieux qui m’ont embarqués ici ont découverts plus que le business insensé, je suis heureux pour eux dans un sens, espérons qu’ils ressortent un jour, mais changé.
Je laisse traîner mes pieds sur cette peau qui se ramollis à chaque instant, des bijoux et de minuscules poils émergent du sol. Enfin, plus précisément les bijoux commencent à tout recouvrir, ils se mêlent à des bouts de tissus, et ce qui ressemblait au plus bel être du monde se voit maintenant n’être qu’un charnier d’étoffe. Ils ont trop penser, moi aussi peut-être, il ne me reste qu’un retour insensé, songeant immanquablement à la nouvelle cicatrice de mon cerveau. Je ne pourrais jamais partager, mais je peux rentrer et la faire sentir à tout ceux qui me sont donnés…