DROGUISTAN - Partie 1 - chapitre 2/33
Le gamin se tient replié contre un mur, juste à côté de la devanture aux néons clignotants. Il tremble de la tête aux pieds ; un filet de morve coule jusqu’au sol. Ses yeux balaient l'horizon, au ras des pâquerettes, ou, pour être précis, du caniveau encombré de mégots et de vieilles capotes usagées. Imane s'apprête à dégager le gamin, mais le boss lui tend son manteau en hermine.
— Donne-le lui.
Elle hésite, adresse à Ridge un long regard par en dessous. Mais lui n'a pas envie de jouer, ce soir. Il fait si froid que les rats claquent des dents. Il garde les yeux à moitié fermés, comme s'il allait s'endormir, ou peut-être... se réveiller.
— D'accord, Ridge. Mais ce gamin, c'est rien d'autre que de la mauvaise publicité, Kalach te dirait la même chose.
Malgré ses excellents réflexes, Imane n’a pas senti Ridge se rapprocher. Déjà, son souffle chaud glisse dans le cou de la jeune femme.
— Justement, ma chérie. Je soigne la devanture. Mais on ne doit jamais oublier le service après-vente.
Il lui caresse la joue, passe son doigt dans sa boucle d'oreille.
— Le client, Imane. Le client, toujours.
Le gamin se met à tousser. Ridge lui jette un petit sachet, qu'il a fait apparaître entre ses doigts comme par magie, puis fait signe à Imane. Ils s'éloignent; mais, avant de pénétrer dans le QG, Ridge se retourne à nouveau. Le petit est déjà en train de sniffer, à même le trottoir crasseux.
— Hé ! Oublie pas de dire à ta mère de voter pour moi.
Ils traversent l'épicerie déserte. Jamal salue le Boss en bégayant. Il s'apprête encore à demander quelque chose : de l'argent pour habiller son môme, ou bien un arbitrage avec son voisin. Imane, d'un regard, l’oblige à se rasseoir . Elle s’approche du rayon produits laitiers et le fait glisser vers celui de la viande halal, ce qui arrache toujours un petit sourire à Ridge, puis soulève la grille.
Les voilà à l'intérieur du QG. Un grand hangar, qui appartient officiellement à Guéric, le beau-frère banquier de Barny. Autrefois, ils organisaient des combats sauvages ici : à présent, ils y préparent des conférences de presse, confectionnent des affiches, démarchent les électeurs. Ses "Dragons de papier" sont partout : au sol, en l'air, le long des coursives, dans les recoins. Inlassables. Dévoués. Convaincus.
Quand ils aperçoivent le Dragon, quelqu'un lance « Viser la lune ». Vieille private joke de Kalach, qui amuse même Imane. Tous savent qu'ils ne doivent pas solliciter Ridge : et si l'un d'eux venait à l’oublier sa garde du corps veille. Ils se tiennent droits, disciplinés, soumis. Ridge hoche la tête. La musique cesse. Il frappe dans ses mains. On lui apporte un micro.
— Mes Dragons. La France. Notre France. Ils disent qu’elle s’est laissé aller, qu’elle était belle et forte, autrefois. En vérité ? C’a toujours été une vieille catin vérolée, qui se dandinait en récitant de la poésie, et se donnait au premier venu. Non, elle n’a jamais été forte, et tout juste séduisante. Avec nous, elle ne deviendra pas une reine de beauté. Mais elle apprendra la loyauté, la fidélité. Je vais lui apprendre à se respecter. Et vous, mes amis, vous êtes en train de préparer le lit.
Il marque une pause. Tous, ils boivent ses mots, se les piqueraient dans les veines s'ils le pouvaient.
— Le lit, reprend-il, dans lequel je vais la baiser.
— Donne-le lui.
Elle hésite, adresse à Ridge un long regard par en dessous. Mais lui n'a pas envie de jouer, ce soir. Il fait si froid que les rats claquent des dents. Il garde les yeux à moitié fermés, comme s'il allait s'endormir, ou peut-être... se réveiller.
— D'accord, Ridge. Mais ce gamin, c'est rien d'autre que de la mauvaise publicité, Kalach te dirait la même chose.
Malgré ses excellents réflexes, Imane n’a pas senti Ridge se rapprocher. Déjà, son souffle chaud glisse dans le cou de la jeune femme.
— Justement, ma chérie. Je soigne la devanture. Mais on ne doit jamais oublier le service après-vente.
Il lui caresse la joue, passe son doigt dans sa boucle d'oreille.
— Le client, Imane. Le client, toujours.
Le gamin se met à tousser. Ridge lui jette un petit sachet, qu'il a fait apparaître entre ses doigts comme par magie, puis fait signe à Imane. Ils s'éloignent; mais, avant de pénétrer dans le QG, Ridge se retourne à nouveau. Le petit est déjà en train de sniffer, à même le trottoir crasseux.
— Hé ! Oublie pas de dire à ta mère de voter pour moi.
Ils traversent l'épicerie déserte. Jamal salue le Boss en bégayant. Il s'apprête encore à demander quelque chose : de l'argent pour habiller son môme, ou bien un arbitrage avec son voisin. Imane, d'un regard, l’oblige à se rasseoir . Elle s’approche du rayon produits laitiers et le fait glisser vers celui de la viande halal, ce qui arrache toujours un petit sourire à Ridge, puis soulève la grille.
Les voilà à l'intérieur du QG. Un grand hangar, qui appartient officiellement à Guéric, le beau-frère banquier de Barny. Autrefois, ils organisaient des combats sauvages ici : à présent, ils y préparent des conférences de presse, confectionnent des affiches, démarchent les électeurs. Ses "Dragons de papier" sont partout : au sol, en l'air, le long des coursives, dans les recoins. Inlassables. Dévoués. Convaincus.
Quand ils aperçoivent le Dragon, quelqu'un lance « Viser la lune ». Vieille private joke de Kalach, qui amuse même Imane. Tous savent qu'ils ne doivent pas solliciter Ridge : et si l'un d'eux venait à l’oublier sa garde du corps veille. Ils se tiennent droits, disciplinés, soumis. Ridge hoche la tête. La musique cesse. Il frappe dans ses mains. On lui apporte un micro.
— Mes Dragons. La France. Notre France. Ils disent qu’elle s’est laissé aller, qu’elle était belle et forte, autrefois. En vérité ? C’a toujours été une vieille catin vérolée, qui se dandinait en récitant de la poésie, et se donnait au premier venu. Non, elle n’a jamais été forte, et tout juste séduisante. Avec nous, elle ne deviendra pas une reine de beauté. Mais elle apprendra la loyauté, la fidélité. Je vais lui apprendre à se respecter. Et vous, mes amis, vous êtes en train de préparer le lit.
Il marque une pause. Tous, ils boivent ses mots, se les piqueraient dans les veines s'ils le pouvaient.
— Le lit, reprend-il, dans lequel je vais la baiser.