Ca m'ennuie

Le 14/02/2026
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par Rosalie
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Rubriques / Descente en enfer
« Ça m’ennuie » est une décharge pulsionnelle : vitesse, collision, écrasement, violence. Le texte avance en deux temps. D’abord, une rafale d’anaphores qui sonne comme un poème (Paul Eluard vous fait des bises). Curieusement, on se laisse embarquer et on écoute la douce voix de Rosalie qui hurle sa détresse et son désespoir. Pas de métaphores précieuses, de mots décoratifs savamment tournés, juste une bonne projection frontale dans ta gueule. Puis, le rythme ralentit, les phrases s’allongent, le ton se refroidit. On bascule. La seconde partie explique les raisons de ce pétage de plomb : lui, un mec facile. Le fantasme de l’accident laisse place à autre chose : le rapport à l’autre, à l’égo. La vraie blessure n’est pas physique, elle est narcissique. Et là, ça fait mal.
Du fond de mes entrailles, j’ai envie d’un bain de foule.
J’ai envie d’être secouée, malmenée, de tomber, d’être piétinée.
J’ai envie de brûler les feux rouges, de foncer dans les carrefours, d’être percutée, que ma voiture éclate — avec moi dedans.

J’ai envie d’excès de vitesse, de couper les virages, de ne pas regarder avant de m’engager dans les ronds-points.
J’ai envie d’un poteau électrique qui me transperce.

J’ai envie d’enfoncer la pédale, première à fond, jusqu’à ce que le moteur explose.
J’ai envie que mon cœur explose.
J’ai envie que mes veines éclatent sous la pression, que mes entrailles s’ouvrent comme un sac sanglant.

J’ai envie de couler, de hurler, de suffoquer, de paniquer.
J’ai envie de courant d’air qui tranche, de portes qui claquent sur la peau, de tempêtes qui me déchiquettent.
J’ai envie de mers en furie qui avalent mes os.
J’ai envie de musiques barbares, poussées à fond pour ne plus entendre mon cerveau éclater.

J’ai envie de frénésie, de bris, de casse, de bruit.
De voir mon sang jaillir, noir et rouge, brûlant, sur mes mains et mes pieds.
De sentir l’adrénaline envahir chaque muscle, chaque nerf.
De voir ma vie défiler dans des éclats de chair et d’os, de sentir mon cœur s’arrêter, ma respiration manquer, mon cerveau se liquéfier.

Et pourtant, je flotte.
Comme shootée aux Valium, engourdie par quelque chose d’interdit.
Mes mains tremblent. Mon estomac se digère lui-même.
Les larmes coulent, mais je ne pleure pas.
Je regarde, j’écoute, je réponds - mais je ne suis pas là.
Je suis sans être.

Demain, il faut que je trouve une fête foraine.
Un manège, un crash test, quelque chose qui me retourne.
Avant de devenir folle.

Mais à défaut de manège, j’ai trouvé plus simple : la chair.

Les garçons gentils ne suffisent plus.
Je sais les rendre tendres ou fous, mais c’est sans douleur.
Aujourd’hui, aucun ne lèvera la main sur moi, aucun ne tentera de me déchirer, de m’éclater sur une table de jardin, de me recouvrir de son jus et de me laisser au clair de lune comme un cadavre qu’on abandonne.
Lui, oui.
Il me fallait du danger. Il me fallait la certitude que je n’en avais aucune.
Qu’il y avait une chance qu’il m’agresse, qu’il me saigne, qu’il me retourne, qu’il me brise comme aucun autre avant.

Ce qui m’ennuie le plus aujourd’hui, ce n’est pas la façon dont il s’est moqué de moi.
Je ne vais pas revenir là-dessus. Ce n’est pas nécessaire.

Même si c’est une histoire sordide - de celles qu’on ne raconte pas, par honte ou par peur d’être jugée — ce n’est pas ça qui m’a le plus blessée.

En réalité, c’est mon ego qui a pris le plus de coups.
Ce type était un coup facile. Aucun mérite, aucune gloire à l’afficher, aucun plaisir.
Jusqu’ici, j’avais toujours choisi les défis : les garçons fidèles, coincés, intouchables pour mille raisons.
Lui, rien de tout ça. Tout le monde se l’est envoyé.

Ce qui me fait vraiment mal, c’est que moi, je sois affichée sur son tableau de chasse.

Sincèrement, ça m’ennuie.