TDM 13 SCHTROUMPFICATIONS
Moi, j’aime bien les NOTIFICATIONS. J’aime bien tout ce qui fait chier et qui rend dingue, du moment que ça fait oublier qu’on est seul. C’est aussi pour ça que j’aime bien écrire. Je m’y prends comme on se prend les pieds dans le tapis, mais on s’en berne, je ne vise pas le Goncourt, ni même le Prix de la médiathèque d’Oradour sur Glane et, de toute façon, même en m’efforçant, je ne peux pas faire pire que Bardella ou Colleen Hoover.
Ils sont beaux, ils sont chauds, nos best sellers.
Les gens d’aujourd’hui, ils ne savent plus lire. Ils ont le cul si tant serré que ça leur tire les paupières sur les yeux, ils ne voient rien, ils ne comprennent rien, ils pérorent en se croivant malins, toujours tellement plus intelligents et talentueux que toi. Plus vertueux. Plus schtroumpf. Ils te font la leçon sur ton roman que t’as balancé tes tripes dedans, avec le poivre, le sel et la sauce tartare, alors qu’ils y panent que dalle. Sauf si tu écris comme Colleen ou Jordan, donc. Ça, ça va, ils comprennent.
Mais sinon, que tu le veuilles ou non, ils te NOTIFIENT ta médiocrité, ils te NOTIFIENT tes intentions, ils te NOTIFIENT ton way of life comme ces putain de conseillers ANPE de mes couilles ! Pardon. Ça ne sert à rien d’être vulgaire, c’est un signe de faiblesse, je sais.
Ils te NOTIFIENT même ta putain de faiblesse !
Des fois, quand j’ai pas les lèvres trop gercées, ça me fait marrer, tout ce sérieux qu’ils y mettent, sur l’internet, ces étiquettes qu’ils collent à tout le monde, comme des nutriscores.
Sur mon téléphone, j’ai activé toutes les NOTIFICATIONS sonores. J’ai téléchargé des centaines d’applications inutiles (pléonasme ?) juste pour me faire NOTIFIER jour et nuit, pour combler le silence, pour calfater ce puits dans ma gorge, qui appelle l’abîme. J’aime bien qu’on me NOTIFIE, bien fort, bien profond, bien schtroumpf. J’ai l’impression d’être encore là, pas tout à fait invisible, ni tout à fait crevé. Un peu vif, encore, avec un fond de jus stagnant dans les veines.
La vérité, pourtant, c’est qu’il n’y en a qu’une qui compte, de NOTIFICATION, dans tout cet orphéon, dans tout ce brouhaha de fanfare. Celle qui n’arrive pas. Celle avec ton sourire en avatar. Celle qui me dirait que tu penses encore à moi.
Celle qui.
Et puis ma gueule, bordel.
Allez tous vous faire schtroumpfer.
Moi, j’aime bien les NOTIFICATIONS. J’aime bien tout ce qui fait chier et qui rend dingue, du moment que ça fait oublier qu’on est seul. C’est aussi pour ça que j’aime bien écrire. Je m’y prends comme on se prend les pieds dans le tapis, mais on s’en berne, je ne vise pas le Goncourt, ni même le Prix de la médiathèque d’Oradour sur Glane et, de toute façon, même en m’efforçant, je ne peux pas faire pire que Bardella ou Colleen Hoover.
Ils sont beaux, ils sont chauds, nos best sellers.
Les gens d’aujourd’hui, ils ne savent plus lire. Ils ont le cul si tant serré que ça leur tire les paupières sur les yeux, ils ne voient rien, ils ne comprennent rien, ils pérorent en se croivant malins, toujours tellement plus intelligents et talentueux que toi. Plus vertueux. Plus schtroumpf. Ils te font la leçon sur ton roman que t’as balancé tes tripes dedans, avec le poivre, le sel et la sauce tartare, alors qu’ils y panent que dalle. Sauf si tu écris comme Colleen ou Jordan, donc. Ça, ça va, ils comprennent.
Mais sinon, que tu le veuilles ou non, ils te NOTIFIENT ta médiocrité, ils te NOTIFIENT tes intentions, ils te NOTIFIENT ton way of life comme ces putain de conseillers ANPE de mes couilles ! Pardon. Ça ne sert à rien d’être vulgaire, c’est un signe de faiblesse, je sais.
Ils te NOTIFIENT même ta putain de faiblesse !
Des fois, quand j’ai pas les lèvres trop gercées, ça me fait marrer, tout ce sérieux qu’ils y mettent, sur l’internet, ces étiquettes qu’ils collent à tout le monde, comme des nutriscores.
Sur mon téléphone, j’ai activé toutes les NOTIFICATIONS sonores. J’ai téléchargé des centaines d’applications inutiles (pléonasme ?) juste pour me faire NOTIFIER jour et nuit, pour combler le silence, pour calfater ce puits dans ma gorge, qui appelle l’abîme. J’aime bien qu’on me NOTIFIE, bien fort, bien profond, bien schtroumpf. J’ai l’impression d’être encore là, pas tout à fait invisible, ni tout à fait crevé. Un peu vif, encore, avec un fond de jus stagnant dans les veines.
La vérité, pourtant, c’est qu’il n’y en a qu’une qui compte, de NOTIFICATION, dans tout cet orphéon, dans tout ce brouhaha de fanfare. Celle qui n’arrive pas. Celle avec ton sourire en avatar. Celle qui me dirait que tu penses encore à moi.
Celle qui.
Et puis ma gueule, bordel.
Allez tous vous faire schtroumpfer.