DROGUISTAN - Partie 1 - chapitre 7/33
France, an de grâce 2034. L'impensable s'est produit. Personne (sauf sur BFM) ne l'aurait cru. Mais n'en disons pas plus. Voici l'histoire de Ridge et ses acolytes : rédigée comme du Balzac sous Tranxen, elle est publiée façon Eugène Sue épileptique. Merci encore à la Zone d'oser l'accueillir. Bienvenu au royaume du Dragon.
France, an de grâce 2034. L'impensable s'est produit. Personne (sauf sur BFM) ne l'aurait cru. Mais n'en disons pas plus. Voici l'histoire de Ridge et ses acolytes : rédigée comme du Balzac sous Tranxen, elle est publiée façon Eugène Sue épileptique. Merci encore à la Zone d'oser l'accueillir. Bienvenu au royaume du Dragon.
Kalach tend une feuille de papier à Ridge.
— C’est quoi cette merde ?
— Le rapport de Ferenc sur les finances publiques.
— Et pourquoi ça pue la pisse ?
Kalach se gratte la tête et Ridge se dit qu’il va devoir embaucher un désinsectiseur. Tant pis pour les économies : la propreté, d’abord, la propreté, toujours.
— Euh. Y’avait ce type. Il voulait te voir. L’ambassadeur d’Ouganda. Ou je sais plus quel fan. Tu m’as dit de filtrer, j’ai filtré. Mais il me racontait sa chasse à la lionne, Ridge, passionnant, et voilà. J’ai dû rester assis, pouvais pas partir…
Ridge parcourt le document. Ferenc et les autres, on peut compter sur eux pour tenir leurs gars et respecter les consignes. Dans son gouvernement, y a pas de francs-tireurs. Celui qui se sent grossir les balloches, il a intérêt à avoir souscrit une bonne assurance vie. Ferenc, c’est autre chose. Kalach, c’est le meilleur pote. Les taux d’intérêts de la Banque centrale sont faibles, incitant à l’emprunt malgré la note désastreuse de la France. Mais Ferenc veille au grain. Cependant la dette publique est abyssale, et le dernier budget De Villiers, en déficit record, a valu à la France une pénalité rétroactive. Là- bas, à la Santé, à 18 ans, même quand tu reviens de l’enfer, si t’as pas d’ami… Ces enculés te tendent une main, mais de l’autre ils te foutent un doigt dans le cul. Ferenc, ça fait vingt piges ans qu’il moisit là-dedans, vingt ans à faire des pompes et des tractions et à écrire sa thèse sur l’échec des théories économiques et sociétales staliniennes. Il ne faut pas emprunter, Ridge, écrit-il, il faut leur dire d’aller se faire enculer, de nous lâcher les couilles. Dans les douches, le premier jour, un golgoth recouvert de croix gammées s’était approché du jeune Ridge, une gaule d’enfer, prêt à le déchirer de l’anus jusqu’au plexus. Faut renationaliser, Ridge, ça, son disque n’a pas changé, et ils sont d’accord là-dessus : un Etat fort, qui impulse et protège, une main de fer dans un gant de kevlar. Le golgoth, qui répondait au doux nom de Lulu Tutu, s’est écroulé dans la douche, le sang qui pissait de son entrejambe aspiré vers la bonde d’évacuation, et Ferenc, qui essuie son surin contre ses grosses fesses adipeuses et regarde le jeune Ridge, recroquevillé et tremblant, et qui lui sourit, et qui lui dit, gamin, celui-là il te fera plus jamais chier, crois-moi. Il faut ensuite déléguer aux entreprises, des contrats d’exploitation, négocier les meilleurs taux d’intérêt, devenir un putain d’Etat rentier. Ferenc n’a jamais dévié, il ne bouge pas ; il n’a jamais obtenu son doctorat, car contrairement à Kalach, il est incapable de se faire l’avocat du diable. C’est un chien qui ne lâche pas, jusqu’à la mort.
Ridge signe le document.
Kalach hoche la tête. Il n’est pas d’accord avec Ferenc, ni d’ailleurs avec Imane, mais il sait - Ridge le lui a appris - mettre son ego de côté lorsque c’est nécessaire.
— Et maintenant ?
— Ça doit passer sous forme de loi, Ridge. Tu vas avoir besoin du Parlement.
— Et ça pose un problème ?
Kalach hésite, minaude. Ridge attrape son coupe-papier et le fait tournoyer, puis l’attrape au vol et fait mine de le lancer sur son Secrétaire Général.
— Pas de ça avec moi, Mousse. Crache le morceau.
— Ça s’inquiète de la nationalisation du Dragon, Ridge. Ils disent que c’était pas prévu.
Le Dragon prend une grande inspiration. Il ajuste sa robe de chambre, se lève, et se dirige vers la fenêtre qui donne sur les jardins de l’Élysée, qui ressemblent à un champ de guerre avec les travaux qui ont commencé. L’Élysée, quel nom à la con.
— Tu sais ce qui était pas prévu, Mousse ?
Kalach grimace. Comme souvent dans ce genre de situation, ses entrailles menacent de le lâcher
— Non, Dragon…
— Que ces fils de chiennes fassent ce que je leur dis. On va donc passer à l’opération Hydre. Personne n’est indispensable, mon vieux. Personne. Mais ça, je le sais mieux que quiconque. Et je l’avais prévu.
— C’est quoi cette merde ?
— Le rapport de Ferenc sur les finances publiques.
— Et pourquoi ça pue la pisse ?
Kalach se gratte la tête et Ridge se dit qu’il va devoir embaucher un désinsectiseur. Tant pis pour les économies : la propreté, d’abord, la propreté, toujours.
— Euh. Y’avait ce type. Il voulait te voir. L’ambassadeur d’Ouganda. Ou je sais plus quel fan. Tu m’as dit de filtrer, j’ai filtré. Mais il me racontait sa chasse à la lionne, Ridge, passionnant, et voilà. J’ai dû rester assis, pouvais pas partir…
Ridge parcourt le document. Ferenc et les autres, on peut compter sur eux pour tenir leurs gars et respecter les consignes. Dans son gouvernement, y a pas de francs-tireurs. Celui qui se sent grossir les balloches, il a intérêt à avoir souscrit une bonne assurance vie. Ferenc, c’est autre chose. Kalach, c’est le meilleur pote. Les taux d’intérêts de la Banque centrale sont faibles, incitant à l’emprunt malgré la note désastreuse de la France. Mais Ferenc veille au grain. Cependant la dette publique est abyssale, et le dernier budget De Villiers, en déficit record, a valu à la France une pénalité rétroactive. Là- bas, à la Santé, à 18 ans, même quand tu reviens de l’enfer, si t’as pas d’ami… Ces enculés te tendent une main, mais de l’autre ils te foutent un doigt dans le cul. Ferenc, ça fait vingt piges ans qu’il moisit là-dedans, vingt ans à faire des pompes et des tractions et à écrire sa thèse sur l’échec des théories économiques et sociétales staliniennes. Il ne faut pas emprunter, Ridge, écrit-il, il faut leur dire d’aller se faire enculer, de nous lâcher les couilles. Dans les douches, le premier jour, un golgoth recouvert de croix gammées s’était approché du jeune Ridge, une gaule d’enfer, prêt à le déchirer de l’anus jusqu’au plexus. Faut renationaliser, Ridge, ça, son disque n’a pas changé, et ils sont d’accord là-dessus : un Etat fort, qui impulse et protège, une main de fer dans un gant de kevlar. Le golgoth, qui répondait au doux nom de Lulu Tutu, s’est écroulé dans la douche, le sang qui pissait de son entrejambe aspiré vers la bonde d’évacuation, et Ferenc, qui essuie son surin contre ses grosses fesses adipeuses et regarde le jeune Ridge, recroquevillé et tremblant, et qui lui sourit, et qui lui dit, gamin, celui-là il te fera plus jamais chier, crois-moi. Il faut ensuite déléguer aux entreprises, des contrats d’exploitation, négocier les meilleurs taux d’intérêt, devenir un putain d’Etat rentier. Ferenc n’a jamais dévié, il ne bouge pas ; il n’a jamais obtenu son doctorat, car contrairement à Kalach, il est incapable de se faire l’avocat du diable. C’est un chien qui ne lâche pas, jusqu’à la mort.
Ridge signe le document.
Kalach hoche la tête. Il n’est pas d’accord avec Ferenc, ni d’ailleurs avec Imane, mais il sait - Ridge le lui a appris - mettre son ego de côté lorsque c’est nécessaire.
— Et maintenant ?
— Ça doit passer sous forme de loi, Ridge. Tu vas avoir besoin du Parlement.
— Et ça pose un problème ?
Kalach hésite, minaude. Ridge attrape son coupe-papier et le fait tournoyer, puis l’attrape au vol et fait mine de le lancer sur son Secrétaire Général.
— Pas de ça avec moi, Mousse. Crache le morceau.
— Ça s’inquiète de la nationalisation du Dragon, Ridge. Ils disent que c’était pas prévu.
Le Dragon prend une grande inspiration. Il ajuste sa robe de chambre, se lève, et se dirige vers la fenêtre qui donne sur les jardins de l’Élysée, qui ressemblent à un champ de guerre avec les travaux qui ont commencé. L’Élysée, quel nom à la con.
— Tu sais ce qui était pas prévu, Mousse ?
Kalach grimace. Comme souvent dans ce genre de situation, ses entrailles menacent de le lâcher
— Non, Dragon…
— Que ces fils de chiennes fassent ce que je leur dis. On va donc passer à l’opération Hydre. Personne n’est indispensable, mon vieux. Personne. Mais ça, je le sais mieux que quiconque. Et je l’avais prévu.