DROGUISTAN - Partie 1 - chapitre 9/33
France, an de grâce 2034. L'impensable s'est produit. Personne (sauf sur BFM) ne l'aurait cru. Mais n'en disons pas plus. Voici l'histoire de Ridge et ses acolytes : rédigée comme du Balzac sous Tranxen, elle est publiée façon Eugène Sue épileptique. Merci encore à la Zone d'oser l'accueillir. Bienvenu au royaume du Dragon.
France, an de grâce 2034. L'impensable s'est produit. Personne (sauf sur BFM) ne l'aurait cru. Mais n'en disons pas plus. Voici l'histoire de Ridge et ses acolytes : rédigée comme du Balzac sous Tranxen, elle est publiée façon Eugène Sue épileptique. Merci encore à la Zone d'oser l'accueillir. Bienvenu au royaume du Dragon.
D’après la légende, il porte le même fin duvet depuis sa naissance. Épargné par les affres de la pilosité, son visage a toujours quinze ans. Pourtant, Moustache Kalach, enfant tiré du néant, guetteur discret hier, aujourd’hui grand chambellan, a fait du chemin
Petit homme constant et malléable, rétif aux chocs comme aux caresses, du moins à la ville. Ni vraiment soluble ni tout à fait lavable : il s’attache toujours à lui un fumet de la vie d’avant, tel une invisible marque de naissance.
Il trimbale sa silhouette frêle dans les couloirs, sursaute au moindre bruit suspect, épie son propre reflet. Porcelaine douée de conscience, il s’abrite au moindre coup de vent. « Kalach », dont aucune arme, jamais, n’a chargé les bras frêles, se comporte cependant en terroriste dès qu’il s’agit d’amour ou de politique. Il menace, prend en otage, revendique, et n’hésitera jamais à se sacrifier. Il n’est ni généreux ni courageux, mais loyal et impétueux, intempérant et imprévisible, ce qui en fait un redoutable ami autant qu’un distrayant ennemi.
Son esprit, suite de méandres, d’impasses et de sens interdits, lui permet de bondir d’une thèse à l’autre sans craindre la chute, ni dévoiler son chemin. Il peine à masquer le plaisir qu’il prend à jouer les équilibristes : car cette complexe mécanique ne fonctionne que pour satisfaire une ambition paradoxale. S’il allume, enflamme, provoque et insulte, c’est pour mieux, en retour, s’en trouver humilié, sali, blessé, ravalé. Renvoyé à la fange dont il reconnaît, en son for intérieur, qu’il n’aurait jamais dû sortir.
Oui, golem de vase et de cristal, il se traîne à la suite de l’Empereur, laissant dans leur sillage la trace de son passage, pointant à l’horizon les impasses et les chausse-trappes, les tartufes et les infidèles, car, mieux que personne, il les connaît.
Le Dragon jette le journal à travers la pièce. Il se prend la tête entre les mains.
— Putain. Dis-moi que c’est pas quelqu’un de chez nous.
— Ça dépend, Ridge. Tu veux que je te donne mon avis ou que je te dise ce que tu as envie d’entendre ?
Il se tourne vers elle. Elle soutient son regard.
— Je suis pas d’humeur à jouer, aujourd’hui.
— Ok. Ta copine, Violette. Si tu me laisses la suivre…
Il secoue la tête.
— Elle aurait signé. Elle n’a pas peur de moi. Au contraire.
— D’après Moustache, ça ressemble au style d’un de ses amis. A ta favorite. Un certain Nino Sanchez. Écrivain de romans de gare.
Il réfléchit un moment.
— Jamais entendu parler. Ok. Suit cette piste-là. Je veux plus de ce genre de papier. Ça fait désordre. Fais le ménage.
Petit homme constant et malléable, rétif aux chocs comme aux caresses, du moins à la ville. Ni vraiment soluble ni tout à fait lavable : il s’attache toujours à lui un fumet de la vie d’avant, tel une invisible marque de naissance.
Il trimbale sa silhouette frêle dans les couloirs, sursaute au moindre bruit suspect, épie son propre reflet. Porcelaine douée de conscience, il s’abrite au moindre coup de vent. « Kalach », dont aucune arme, jamais, n’a chargé les bras frêles, se comporte cependant en terroriste dès qu’il s’agit d’amour ou de politique. Il menace, prend en otage, revendique, et n’hésitera jamais à se sacrifier. Il n’est ni généreux ni courageux, mais loyal et impétueux, intempérant et imprévisible, ce qui en fait un redoutable ami autant qu’un distrayant ennemi.
Son esprit, suite de méandres, d’impasses et de sens interdits, lui permet de bondir d’une thèse à l’autre sans craindre la chute, ni dévoiler son chemin. Il peine à masquer le plaisir qu’il prend à jouer les équilibristes : car cette complexe mécanique ne fonctionne que pour satisfaire une ambition paradoxale. S’il allume, enflamme, provoque et insulte, c’est pour mieux, en retour, s’en trouver humilié, sali, blessé, ravalé. Renvoyé à la fange dont il reconnaît, en son for intérieur, qu’il n’aurait jamais dû sortir.
Oui, golem de vase et de cristal, il se traîne à la suite de l’Empereur, laissant dans leur sillage la trace de son passage, pointant à l’horizon les impasses et les chausse-trappes, les tartufes et les infidèles, car, mieux que personne, il les connaît.
Le Dragon jette le journal à travers la pièce. Il se prend la tête entre les mains.
— Putain. Dis-moi que c’est pas quelqu’un de chez nous.
— Ça dépend, Ridge. Tu veux que je te donne mon avis ou que je te dise ce que tu as envie d’entendre ?
Il se tourne vers elle. Elle soutient son regard.
— Je suis pas d’humeur à jouer, aujourd’hui.
— Ok. Ta copine, Violette. Si tu me laisses la suivre…
Il secoue la tête.
— Elle aurait signé. Elle n’a pas peur de moi. Au contraire.
— D’après Moustache, ça ressemble au style d’un de ses amis. A ta favorite. Un certain Nino Sanchez. Écrivain de romans de gare.
Il réfléchit un moment.
— Jamais entendu parler. Ok. Suit cette piste-là. Je veux plus de ce genre de papier. Ça fait désordre. Fais le ménage.