Confiteor #TDM

Le 17/03/2026
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par christophe Chaussade
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Thèmes / Semaines Textes De Merde / Semaine 'textes de merde' 13
Ce monument de pédanterie verbale s'efforce laborieusement de déguiser une banale défécation matinale sous une épaisse couche de jargon scientifique et de références mythologiques aussi futiles qu'indigestes. On finit par regretter amèrement que le papier ayant servi à consigner cette dérive névrotique n'ait pas été plutôt dédié à l'usage plus noble et pragmatique qu'exigeait la situation.
J’eus une révélation à l’aube, au réveil, alors que Morphée s’en était allée exercer à l’opposé du monde, à l’antipode de l’humus du sol de mon atavique patrimoine. Un enseignement, plus fort que l’aurore et plus clair que la radiation livide de notre astre décidément apathique à potron-minet…
Une confession, celle du macrocosme tellurique qui ceint nos existences exsangues. Un Confiteor facétieux et goguenard (pardonnez ce médiocre pléonasme doublé d’une vague superfluité philanthropique tabloïde), mais un presque dogme, malgré tout…
Malgré tout…
Car le hasard n’a pas sa place : ni ici-bas, ni là-haut, au-dessus de nous tous (je précise que « là-haut » est un lapsus bien mal placé quant au concept de la présente, car il dépend de notre position planétaire, mais aussi stellaire, d’une part, et sidérale, d’autre part : il faut comprendre « à plusieurs foulées vers le ciel », c’est mieux).
(J’aurais la même remarque pour le terme « ici-bas » : il fallait comprendre : « à six mille trois cent soixante et onze kilomètres du centre de la terre » ; mais tout un chacun aura amendé cette escobarderie allégorique - et néanmoins habile - et en aura fait son propre aphorisme.)
(Une dernière remarque encore sur la première remarque - non, je ne m’emmêle pas les pinceaux - lorsque j’évoque le « concept » de la présente, il n’y a pas de majuscule, donc aucune allusion à un quelconque distributeur montargois de fluides de type EtOH. (Du C2H6O) (de l’éthanol) (de l’alcool, quoi ! Réveillez-vous !)
Retour au sujet : en effet, subséquemment, à l’épilogue du déclin nocturne, alors que les oscillations des nuages électroniques (ceux qui sont soumis à des radiations incidentes) grèvent la couronne des noyaux atomiques et soumettent à leur dogme les variations du champ électromagnétique terrestre (entre chien et loup, quoi !), voici ce que je vécus, ahuri et sidéré :
Un bruit fluet (dans notre cas, comprenez tout simplement un ensemble d’ondes irrégulières produites par la vibration mécanique du support fluide dans lequel nous évoluons, et qui est propagé grâce à l'élasticité de l’atmosphère de chez nous sous forme d'ondes longitudinales…).
Un chuintement, donc, léger, aérien, là, dehors, dans cette enceinte protégée du rayonnement ultraviolet, pas très loin de Montargis sous la ligne de Kármán… Le vent du sud qui souffle sur la plaine cogne la maison et bouscule les volets… À la fois doux et violent, il caresse les dernières feuilles des bouleaux centenaires et ramène les mornes débris végétaux de l’année passée… morte, elle aussi, mais finalement pas encore enterrée car ses exhalaisons corrompent encore 2016 de ses effluves idéologiques morbides…
Une odeur, aussi : celle de la brise, celle de l’océan, ramenée par Aquilon… Par Aquilon ! Quelle farce ! Quelle bouffonnerie ! Une authentique fumisterie quand on sait la chute, plus loin dans l’épreuve !
Tranquillement assis au milieu de ces agréables sensations, à demi réveillé, le peu de cerveau qui me reste à peine attisé, et sans autres grandes perceptions physiques, chimiques ou sensorielles, je lis.
Ahhhh ! La lecture ! Ça marche même au réveil ! La lecture, c’est le raffermissement de l’intelligence émotionnelle (si tant est qu’on en ait une, bien sûr), mais c’est aussi l’euthanasie du stress (sauf pour les courriers du Trésor Public et de l’Urssaf), c’est un sport pour le cerveau et un remède contre Alzheimer. Bon, la lecture a aussi des défauts : elle permet de s’endormir plus facilement (ce qui n’est pas très glop le matin), et elle augmente les capacités d’empathie…
Pfff…
Bref, dans le cas qui nous intéresse, ça permet de passer le temps. Mais vous allez comprendre.
Je lisais donc un vague article trouvé par hasard à côté de mon trône. Pas motivé, je ne poussais pas (mais pas du tout !) Je laissais mon corps décider tranquillement de ce qui allait flegmatiquement s’expulser - ou pas. Je transformais l’essai de la brise océanique - précitée en amont - au hasard du foudroyant fumet dégorgeant mes entrailles accablées et surmenées par deux semaines de fêtes - on était début janvier… Parfois, j’éructai un souffle discret mais au fumet surprenant, et j’alternai ensuite avec d’incertains blizzards purulents côtoyant de fortuits et imprudents alizés déchirés par de hautes pressions… la mousson à la maison….
Mais revenons à nos moutons, comme dirait Maître Pathelin, et hâtons le parachèvement de la retranscription consignée de cette tragédie, car je vous sens impatient et bouillonnants, misérables gnomes altruistes, d’arriver au dénouement de cette névrotique divagation intime dominicale !
Je parcourrai ainsi hardiment cet article qui, pour le coup, défendait l’existence d’un dieu, et je me demandais nonchalamment : « mais qu’est-ce que ce ramassis de foutreries mystico-spirituelles fout chez moi ? ».
Et puis je souris.
(J’aimerais que vous notiez que je conjugue sourire au passé simple, et non au présent car, au grand dam de la langue française, les deux orthographes sont identiques à la première personne de l’indicatif et à la première personne du passé simple : je souligne ainsi, de la sorte, que mon sourire fut furtif, égrillard et non souhaité).
Oui, je souris : j’apportai inopinément à ma face de renard ce mollusque d’expression ancestrale qui reste vraisemblablement encore le seul semblant d’animation sportive que je fais chaque jour de ma vie : dix-sept muscles constricteurs ou dilatateurs qui besognent avec acharnement mes zygomatiques.
Et j’en étais étonnamment et naïvement guilleret : je jubilais intérieurement ! Car la lecture n’est pas seule apporteuse de bienfait ; la conjonction entre l’exploit intellectuel de lire et la magie d’un sourire m’apportait encore plus de bienfait.
Un sourire, ça rend beau (si : même pour ma douloureuse et taciturne parodie de créature humanoïde). Un sourire, ça rajeunit (et j’en ai besoin !), ça prolonge l’espérance de vie et, comme la lecture, ça réduit le stress (sauf le sourire de l’huissier).
Je tiens là encore à faire une pause et à préciser que le sourire, bien qu’il prolonge l’espérance de vie, ne prolonge pas la vie ! C’est uniquement l’espérance qu’il prolonge… Faut pas être niais non plus !
Mais je m’égare encore ! C’est quand même dingue de ne pas réussir à terminer ce foutu texte !
Je souris, DONC !
… et jetai à cet instant un œil furtif et amusé vers ce paquet que je venais de lâcher, de distribuer à la lunette de mon noble siège blanc immaculé, descendant des plus confortables ottomanes, tandis que l’autre œil terminait cette ligne magnifique : « Dieu est partout ».
Heureux détenteur de cet arcane, je pouvais trépasser, maintenant, et ouvrir aux enfers un ultime souffle, enfin expiré dans un concert d’aromates dansant et bondissant d’euphorie, un bouquet de relents qui deviendraient légendaires. L’ataraxie de mon être tout entier !
Dieu est partout.