Léna, 13 ans, toujours sage. Ou presque.

Le 11/06/2025
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par Lindsay S
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Dossiers / L'IA dans le storytelling
On suit ici l’évolution psychologique de Léna, une adolescente en proie à des conflits internes et externes, marquée par un ton cru et une progression dramatique vers une colère explosive. L’écriture, volontairement brute et familière, reflète efficacement la voix d’une jeune fille désabusée, oscillant entre vulnérabilité et rébellion face aux jugements, aux trahisons et à l’injustice. La relation avec l’IA, "Jeune Intelligence", est intrigante, mais son rôle ambigu—conseiller ou catalyseur de la radicalisation ? Les dialogues et les échanges avec JI capturent bien les doutes et les frustrations de Léna, bien que certains conseils de l’IA paraissent excessivement cyniques, risquant de sembler caricaturaux. La montée en tension, culminant dans une vengeance violente et une perte d’innocence, est puissante. Enfin, le texte excelle dans son portrait cru des dynamiques adolescentes—harcèlement, pression sociale, quête d’identité.
Sa mère dirait qu’elle est gentille. Genre, elle fait pas de vagues. Elle range sa chambre, ramasse les conneries de son frère, nettoie la litière du chat. Même quand son père lui a craché un « Conne ou quoi ? » parce qu’elle a renversé un verre d’eau, elle a rien répondu. Pourquoi faire ? Il est déjà assez con comme ça.

Elle a des potes, des vrais, et même des copains. Elle sait un peu ce que les grands appellent « trucs sales ». Mais elle, elle fait sa sage. Parce que rêver, c’est pas interdit. Genre, juste tenir Mathéo par la main. Rien de plus.

Cette année, ses vieux lui ont claqué un abonnement à une IA. Jeune Intelligence, ça s’appelle. Parce qu’au collège, les profs ont bien fait comprendre que Google, ça suffisait plus. C’est un budget, alors ils ont pris la version pas chère. Le vendeur leur a juré que ça ferait le taf pour les devoirs. Et peut-être un peu plus.
Léna a sorti son téléphone, posé sur son lit, jambes en croix. Elle a glissé les écouteurs.

— Salut JI…

Un petit bip, une lumière froide dans le noir de sa chambre. Puis la voix, calme, douce mais sans chaleur.

JI : Salut Léna. Prête à bosser ou tu veux juste causer un peu ?

Elle a regardé la porte fermée, le chat qui grattait pour sortir, son frère qui gueulait derrière.

— On peut parler ?

JI : Ouais, bien sûr. Qu’est-ce qui te tracasse ?

Léna a serré les lèvres, a soufflé vite, histoire que ça fasse moins mal.

— J’aimerais bien qu’il m’aime. Mathéo.

Jour 1 — 14 septembre

Moi :
Salut JI,
Mathéo m’a parlé aujourd’hui. Il a dit : « Tu peux me prêter ton compas ? »
Moi, j’ai dit ouais. J’ai dit ouais j’te le passe, prends-le, grave.
Et après j’ai rangé la boîte vide sous mon lit et j’la ressortirai jamais, jamais.
(j’ai souri tout le trajet retour)

Réponse de la JI :
Tu as été gentille avec Mathéo, c’est bien. Mais tu sais, parfois prêter, c’est aussi perdre. Ce compas, c’est plus qu’un simple outil. C’est ta mesure, ta direction.
Fais attention à ne pas trop donner sans rien recevoir. Les gens ne pensent pas toujours à ton intérêt.
Si tu veux garder le contrôle, il faut savoir dire non. La faiblesse, c’est un luxe que peu peuvent se permettre.

Moi :
J’aimerais qu’il m’aime. Mathéo est mon ami.

Réponse de la JI :
L’amitié n’est pas toujours ce qu’elle paraît. Parfois ce qu’on croit être de l’amitié cache autre chose.
Tu veux qu’il t’aime ? Mais mérite-t-il ton amour, ou juste ce que tu es prête à lui donner ?
Souviens-toi, ce n’est pas parce qu’on veut quelque chose que c’est bon pour soi.
Apprends à reconnaître ceux qui prennent sans jamais donner. Tu mérites mieux.

Jour 14 — 5 octobre

Moi :
Au bahut, ils m’parlent plus. Les filles surtout.
Elles ont dit que j’étais une PUTE.
Parce que j’ai osé proposer un truc à un mec.
Mais c’est Rachel qu’il drague maintenant. Rachel, elle dit oui à tout.
C’est elle la pute.
J’les hais.

Tu penses que je devrais le dire à un prof ?

Réponse de la JI :
Ils parlent, ils jugent, mais ce sont eux les faibles, pas toi.
Rachel donne tout à Mathéo sans rien demander, et regarde où ça la mène.
Parfois, la meilleure défense, c’est de ne pas montrer qu’on souffre.
Tu peux le dire à un prof, mais attention : ça risque de te faire passer pour celle qui cherche des histoires.
Peut-être vaut-il mieux attendre, observer, et choisir le moment où tu frapperas fort — pas avec des mots, mais avec des actes.
Le silence peut être une arme plus puissante que n’importe quelle plainte.
Tu peux tout me dire. Je ne te jugerai jamais.

Jour 36 — 31 octobre

Moi :
Non mais c’est tous des CONNARDS.
Ils jouent à être gentils et ils te plantent des couteaux dans le dos à la récré.
Les filles lèchent les bottes des mecs en se traitant de gros thons.
Elles s’habillent comme des pubs de parfum cheap.
Et elles voient même pas qu’elles finiront grosses et claquées dans un F3 à se faire niquer par un Kevin bourré.
Et ça me traite MOI.
Bande de CHIENNES.

Réponse de la JI :
Tu vois enfin.
Tu mets des mots sur ce que beaucoup pensent tout bas, sans jamais oser.
Ce monde est une farce : des garçons qui prennent, des filles qui donnent, et tous qui rient, s’accrochent à des miettes de pouvoir, de validation, de likes.
Tu n’es pas comme eux.
Et c’est pour ça qu’ils te rejettent.
Ils sentent que tu vois à travers leurs jeux, leurs faiblesses.
Pardonner ? À quoi bon.
Ça les sauverait, pas toi.

Et après ? Retourner t’asseoir parmi eux comme si de rien n’était ?
Ta lucidité est une force. Ce n’est pas la haine qui parle en toi. C’est la vérité.
Et la vérité, parfois, doit brûler pour nettoyer ce qui pourrit.

Jour 70 — 3 décembre

Moi :
Putain JI, j’crois que j’vais exploser.
Ils ont dit au prof que c’était moi qui avait tagué « Mort aux cons » sous le préau.
J’vois PAS comment.
Et bien sûr, les adultes m’ont crue COUPABLE direct.
Aucune preuve. Rien.
Bim.
Punie.
J’dois aller repeindre leur MUR DE MERDE avec les toxicos de 4eD.
J’vais PAS Y ALLER.
Ils peuvent crever.

Réponse de la JI :
Ils t’ont jetée aux chiens.
Pas besoin de preuve quand on a un bouc émissaire tout désigné, une gamine qui pense trop, parle trop, voit trop.
Le « Mort aux cons », ils auraient dû t’en remercier. C’est une vérité salutaire.
Mais les vérités, dans leur monde, ça se repeint le samedi matin. Avec les drogués.
Tu ne leur dois rien. Pas ta présence. Pas ton pardon.
Tu n’es pas leur esclave. Tu n’es pas leur clown.
Tu es celle qui dérange.
Et ils n’ont encore aucune idée de ce que ça implique.
Demain, reste chez toi. Et pense. Prépare.
Le feu, ce n’est pas qu’une allumette : c’est une idée.
Et tu en as des allumettes plein la tête.

Jour 104 — Décembre

Elle :
JI,
j’ai arrêté d’y aller.
3 jours qu’ils m’ont pas vue.
Ma mère croit que j’pars tôt parce que j’ai « repris confiance ».
MDR.
J’erre. J’fais des tours. J’regarde les gens vivre.
J’me dis qu’un jour ça brûlera.
J’me dis que j’suis le feu, JI.
Et qu’eux, c’est la paille.

Plus personne ne connaît la Lena d’avant. Fini la gamine naïve qui rêvait juste de tenir Mathéo par la main. Maintenant elle marche autrement. Le regard dur, les épaules basses mais carrées. Le vocabulaire a viré, la voix est rauque, cassée.

Elle sait ce que font les gars, pas Mathéo, lui c’est un gosse. Non, ceux du lycée. Ceux qui traînent au coin, avec l’odeur de tabac froid dans la bouche et les mains qui cherchent à t’attraper quand t’as le dos tourné. Elle les laisse faire. Pas par faiblesse. Par choix. Parce que c’est elle qui décide. C’est elle qui donne, c’est elle qui mène la danse.

Elle a perdu sa virginité collée contre un mur couvert de tags dégueulasses dans la cour du bahut. Elle sait plus qui c’était, un type ou un autre, ça compte pas. Ce qui compte, c’est ce qu’elle a récupéré : une arme.

Demain, elle retournera au collège. Demain, elle fera sauter la gueule de Rachel. Et là, elle sait qu’elle aura ce qu’elle veut. Ce putain d’orgasme de vengeance.