Elle pousse le fauteuil jusqu’à la table, soupire. La gelée à la fraise tremble dans son assiette. Il la regarde avec des yeux écarquillés, bouche entrouverte, comme si c’était un lever de soleil sur Jupiter. Elle connaît le lever de soleil sur Jupiter : c’est juste un dessert qui colle aux doigts et qui tombe toujours par terre.
Le petit sapin clignotait dans le coin, avec ses guirlandes dépareillées et ses boules en plastique ternies. Un air de musique de Noël grésillait dans le salon, mais elle n’avait plus la force de sourire aux chants forcés.
« Allez, ouvrez un peu la bouche… non, pas comme ça, pas comme si vous alliez l’avaler tout entier d’un coup… »
Chaque cuillère est un effort, chaque grimace un rappel brutal qu’il n’est plus qu’un corps fragile et grincheux, mais elle, elle sait. Elle est là avec la conscience de tout ce qu’il a perdu. Elle lui tend la cuillère, essuie ses moustaches, replace son pull froissé. Vieux, moche, sale, seul. Et elle, là-dedans, à se battre contre la gelée, sa fatigue, et le silence pesant.
Hier encore, il savait dessiner la formule chimique des sucres complexes. Aujourd’hui, il la regarde comme si elle venait de tomber d’une autre planète. Elle aimerait rire, mais elle a trop chaud, trop mal au dos, trop marre de se répéter.
« C’est magique, hein ? » dit-il, béat.
Elle le fixe, la bouche pleine de soupirs retenus. Oui, c’est magique. Magique que ça lui donne encore quelque chose à sentir, et magique qu’elle soit toujours là pour subir ça.
Elle verse un peu de sirop sur la cuillère, glisse la gelée dans sa bouche. Il ferme les yeux, émerveillé. Elle serre les dents. Elle sait que personne ne la remerciera jamais pour ces instants magiques, que personne ne comprendra jamais à quel point la conscience de soi peut être un fardeau… pour deux.
Le petit sapin clignotait dans le coin, avec ses guirlandes dépareillées et ses boules en plastique ternies. Un air de musique de Noël grésillait dans le salon, mais elle n’avait plus la force de sourire aux chants forcés.
« Allez, ouvrez un peu la bouche… non, pas comme ça, pas comme si vous alliez l’avaler tout entier d’un coup… »
Chaque cuillère est un effort, chaque grimace un rappel brutal qu’il n’est plus qu’un corps fragile et grincheux, mais elle, elle sait. Elle est là avec la conscience de tout ce qu’il a perdu. Elle lui tend la cuillère, essuie ses moustaches, replace son pull froissé. Vieux, moche, sale, seul. Et elle, là-dedans, à se battre contre la gelée, sa fatigue, et le silence pesant.
Hier encore, il savait dessiner la formule chimique des sucres complexes. Aujourd’hui, il la regarde comme si elle venait de tomber d’une autre planète. Elle aimerait rire, mais elle a trop chaud, trop mal au dos, trop marre de se répéter.
« C’est magique, hein ? » dit-il, béat.
Elle le fixe, la bouche pleine de soupirs retenus. Oui, c’est magique. Magique que ça lui donne encore quelque chose à sentir, et magique qu’elle soit toujours là pour subir ça.
Elle verse un peu de sirop sur la cuillère, glisse la gelée dans sa bouche. Il ferme les yeux, émerveillé. Elle serre les dents. Elle sait que personne ne la remerciera jamais pour ces instants magiques, que personne ne comprendra jamais à quel point la conscience de soi peut être un fardeau… pour deux.