Elle a peur.

Le 19/08/2026
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par Rosalie
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Thèmes / Obscur / Introspection
Après le hit de Lindsay S : « J’ai peur », Rosalie nous livre en face B le récit introspectif d’une mère qui reçoit pour dîner son fils et sa toute nouvelle belle-fille. Une plongée dans la psychologie mystérieuse et incompréhensible de la « belle-mère », cette espèce terrifiante. Tout en non-dits, en silences et regards, un huis clos glaçant dont le fils n’est qu’un ornement, et le gigot un prétexte. Ici, ce qui se joue, c’est plus que de la domination : c’est du dressage.
Je sais exactement ce que je fais.
Depuis le début.
Je la laisse croire qu’elle décide, qu’elle vient de son plein gré.
Mais c’est moi qui choisis la date, le menu, l’heure.
Et les mots.
Toujours les mots.

Je sais qu’elle a peur.
Pas de moi, pas vraiment - de ce que je lui renvoie.
Je suis le miroir où elle se voit fausse, déplacée, imparfaite.
Je n’ai pas besoin de parler fort. Il suffit d’un froncement, d’un silence un peu trop long.
Un soupir mesuré.
Le reste, c’est elle qui le fabrique toute seule.

Je prépare le dîner avec soin.
Un peu trop.
Je sais ce qu’elle aime, je le sers trop tard.
Je sais ce qu’elle déteste, je le pose au centre de la table.
Je l’observe - chaque geste trahit quelque chose.
Ses doigts tremblent quand elle verse le vin, elle regarde souvent la porte, comme si elle cherchait une issue.
Je souris. C’est si simple.

Il parle, lui, mon fils.
Il ne voit rien.
Il croit que tout va bien, que nous “apprenons à nous connaître”.
Je le laisse croire. C’est plus élégant.
Et puis il me regarde avec cette reconnaissance d’enfant qu’on félicite d’avoir ramené un trophée :
Regarde maman, je l’ai trouvée.

Je ne réponds pas.
Je découpe la viande.
Je parle de choses neutres - la pluie, les travaux, le voisin mort.
Mais chaque phrase la ronge un peu plus.
Elle s’efface à vue d’œil, avalée par le besoin de plaire.
Elle rit quand je ne souris pas.
Elle s’excuse quand je ne dis rien.
C’est presque trop facile.

Je sais qu’elle rentrera vidée, qu’elle pleurera peut-être.
Et qu’elle reviendra.
Toujours.
Parce qu’elle croit encore qu’un jour, j’approuverai.

Mais je n’approuve jamais.
Je règne.
Silencieusement.
Et dimanche, elle reviendra dîner chez sa mère.