Passage tiré d'un de mes romans " Les copains d'abord ". Une enquête policière avec un brin de réalisme magique.
22h30 : L’heure où les chiens hurlent et où les loups ricanent
Les néons clignotaient comme des paupières fatiguées, les verres vides s’entassaient comme des regrets, et l’air empestait ce mélange unique de vin aigre, de tabac froid et de sueur rance. Dédé, les doigts tremblants comme des feuilles mortes, serrait son dernier canon de rouge comme s’il s’agissait de son ultime bouée avant le naufrage. « Encore un et j’me casse », marmonnait-il, mais tout le monde savait qu’il mentait.
Solange étalait ses cartes sur la table avec la précision d’une chirurgicale et le sourire en coin d’une voyante qui n’a plus rien à prouver. En face d’elle, Léona - cette ancienne péripatéticienne au rire de gravier et aux yeux qui avaient vu défiler les siècles - glissait un ticket à gratter vers elle. « Tiens, ma poupée, c’est tout c’que j’ai. Mais dis-moi au moins si j’vais clamser avant l’été. » Solange éclata d’un rire qui sonnait comme une cloche fêlée. « Avec c’que t’as déjà dans le sang, ma vieille, la mort elle osera même pas t’approcher sans t’inviter à dîner ! »
Et puis la porte explosa.
Pas une entrée. Une invasion. Un coup de pied dans la tranquillité, une gifle dans le calme plat de cette fin de soirée. Le caïd du quartier fit son apparition, encadré par ses deux molosses, leurs ombres bouchant la lumière comme une éclipse de mauvais augure. L’air se chargea soudain d’une tension électrique, cette odeur âcre de testostérone mal placée, de sueur froide, de cette arrogance qui précède toujours la chute.
Marc sentit une colère glaciale lui monter le long de l’échine. Pas la peur. Non. Une fureur pure, nettoyante, comme un coup de balai dans un taudis. Ce gamin. Ce gamin qui osait revenir, qui osait profaner son bar, son royaume, son dernier bastion de dignité.
« Alors, t’as réfléchi ? »
La voix du caïd était trop aiguë, trop forcée, comme un revolver mal graissé. Et justement, il en sortit un. Un calibre minable, tenu par une main qui tremblait presque autant que celle de Dédé. Il le braqua sur Marc, les yeux injectés de cette morgue stupide qui précède toujours la correction.
Marc ne cligna même pas des paupières. Il essuya lentement un verre avec son torchon, comme s’il avait l’éternité devant lui. « Range ce jouet, mon p’tit, ou t’as un accident qui t’attend. »
Un silence. Le genre de silence qui précède l’orage.
« Quoi ?! T’me menaces ? » Le caïd essayait de jouer les durs, mais sa voix chevrotait comme celle d’un gamin qui a vu un fantôme.
« Non, je te donne un conseil d’ami. » Marc posa le verre, impeccablement propre, sur l’étagère. « Un conseil entre hommes. »
C’est alors que l’un des complices - un costaud au crâne rasé et au regard de poisson mort - envoya valser une chaise d’un coup de pied. Le bois gronda en s’écrasant, comme un coup de tonnerre dans une cathédrale.
« Ramasse-la. Remets-la en place. »
La voix de Marc était calme. Trop calme. Le genre de calme qui glace les os.
Le gros bras ricana, prêt à en remettre, mais le caïd, lui, sentit le piège. « T’as entendu, connard ? Ramasse ! »
Trop tard.
Marc bondit. Pas comme un homme qui attaque. Comme un fauve. Comme un danseur de tango qui guide sa partenaire vers l’abîme. Il évita le bras tendu du molosse, pivota, et son coude s’écrasa sur le nez du caïd avec la précision d’un marteau de juge. Un crac sec, sordide, suivi d’un grognement étouffé. Le cartilage éclata comme du verre pilé, et le sang gicla, chaud et épais, éclaboussant le comptoir comme une signature rouge sur un contrat diabolique. Le caïd porta les mains à son visage, le souffle coupé, le sang coulant entre ses doigts comme une malédiction.
En une seconde, le pistolet changea de main. Marc le glissa entre les lèvres du caïd, qui sentit soudain le goût du métal et de sa propre bêtise. « Je t’avais prévenu, non ? Alors dis à tes chiens de ranger le bordel. »
Les deux comparses, figés, obéirent comme des écoliers pris en faute. Les chaises se relevèrent, les tables se remirent en place. En moins de temps qu’il n’en faut pour allumer une Gauloise, le bar retrouva son ordre. Son équilibre.
« Maintenant, » dit Marc en appuyant légèrement le canon contre les dents du caïd, « baisse ton froc. »
« QUOI ?! » Le caïd écarquilla les yeux, le nez en feu, le sang coulant sur sa lèvre supérieure comme une larme écarlate.
« Ton froc. Et ton caleçon aussi. » Marc sourit, un sourire qui n’atteignait pas ses yeux.
« Montre-nous donc c’que t’as dans le pantalon, mon p’tit roi. »
Et, incroyable mais vrai, le caïd obéit. Comme hypnotisé. Comme s’il venait de réaliser que, dans cette pièce, il n’était plus le maître. Juste un clown pathétique.
Le pantalon tomba. Puis le caleçon.
Et là, sous les néons impitoyables, apparut l’arme du crime. Un petit truc triste, ratatiné, qui semblait se cacher sous le regard des femmes.
Solange porta une main à sa bouche, les yeux écarquillés. « Ohhh… » Un son entre l’horreur et la pitié.
Léona, elle, n’eut pas cette retenue. « Ben ça alors ! » Elle éclata de rire, un rire grave, profond, qui résonna comme un glas. « J’en ai vu, des bites, dans ma vie. Des grosses, des petites, des tordues, des bien membrées… » Elle marqua une pause théâtrale, savourant son effet. « Mais une aussi minuscule, jamais ! Franchement, mon p’tit, t’es sûr que t’as pas confondu avec ton petit doigt de pied ? À Marseille, on dirait que t’as vendu ton âme pour une poignée de lentilles. »
Le caïd devint blanc. Puis rouge. Puis blanc à nouveau. Ses comparses détournèrent les yeux, étouffant des rires nerveux. L’un d’eux murmura « Putain, patron… », comme une oraison funèbre.
Marc éclata de rire. Un rire franc, libérateur, qui brisa la tension comme une vitre. « C’est avec ça que tu voulais me faire peur ? » Il donna une tape sur l’épaule du caïd, presque paternelle. « Tournes-toi, fais donc un tour sur toi-même. Laisse ces dames admirer ton… équipement royal. »
Le caïd obéit, mécaniquement, comme un pantin désarticulé. Dédé, recroquevillé sur son tabouret, osait à peine regarder. Solange ricanait en se couvrant la bouche, les yeux brillants de larmes. Et Léona, impitoyable, alluma une cigarette en secouant la tête. « T’as l’air d’un coq sans crête, mon p’tit. T’as perdu plus qu’un combat ce soir, t’as perdu ton ombre. »
Un silence. Puis Dédé éclata de rire, renversant son dernier canon de rouge. « Putain, Marc… T’es un putain d’artiste ! »
Solange secouait encore la tête, incrédule. « J’crois que j’vais devoir me laver les yeux à l’eau de Javel après ça. »
Léona, elle, sortit un autre ticket à gratter de son soutien-gorge et le tendit à Solange. « Tiens, ma belle. Pour te dédommager du spectacle. »
Marc ramassa le pistolet, le regarda avec dédain, et le jeta dans le tiroir-caisse. « Bon. Qui veut un dernier verre ? Parce que moi, j’ai soif. »
Dehors, la nuit était toujours là. Mais dans le bar, quelque chose avait changé. L’air était plus léger. Comme si on avait chassé les démons d’un coup de balai.
Les néons clignotaient comme des paupières fatiguées, les verres vides s’entassaient comme des regrets, et l’air empestait ce mélange unique de vin aigre, de tabac froid et de sueur rance. Dédé, les doigts tremblants comme des feuilles mortes, serrait son dernier canon de rouge comme s’il s’agissait de son ultime bouée avant le naufrage. « Encore un et j’me casse », marmonnait-il, mais tout le monde savait qu’il mentait.
Solange étalait ses cartes sur la table avec la précision d’une chirurgicale et le sourire en coin d’une voyante qui n’a plus rien à prouver. En face d’elle, Léona - cette ancienne péripatéticienne au rire de gravier et aux yeux qui avaient vu défiler les siècles - glissait un ticket à gratter vers elle. « Tiens, ma poupée, c’est tout c’que j’ai. Mais dis-moi au moins si j’vais clamser avant l’été. » Solange éclata d’un rire qui sonnait comme une cloche fêlée. « Avec c’que t’as déjà dans le sang, ma vieille, la mort elle osera même pas t’approcher sans t’inviter à dîner ! »
Et puis la porte explosa.
Pas une entrée. Une invasion. Un coup de pied dans la tranquillité, une gifle dans le calme plat de cette fin de soirée. Le caïd du quartier fit son apparition, encadré par ses deux molosses, leurs ombres bouchant la lumière comme une éclipse de mauvais augure. L’air se chargea soudain d’une tension électrique, cette odeur âcre de testostérone mal placée, de sueur froide, de cette arrogance qui précède toujours la chute.
Marc sentit une colère glaciale lui monter le long de l’échine. Pas la peur. Non. Une fureur pure, nettoyante, comme un coup de balai dans un taudis. Ce gamin. Ce gamin qui osait revenir, qui osait profaner son bar, son royaume, son dernier bastion de dignité.
« Alors, t’as réfléchi ? »
La voix du caïd était trop aiguë, trop forcée, comme un revolver mal graissé. Et justement, il en sortit un. Un calibre minable, tenu par une main qui tremblait presque autant que celle de Dédé. Il le braqua sur Marc, les yeux injectés de cette morgue stupide qui précède toujours la correction.
Marc ne cligna même pas des paupières. Il essuya lentement un verre avec son torchon, comme s’il avait l’éternité devant lui. « Range ce jouet, mon p’tit, ou t’as un accident qui t’attend. »
Un silence. Le genre de silence qui précède l’orage.
« Quoi ?! T’me menaces ? » Le caïd essayait de jouer les durs, mais sa voix chevrotait comme celle d’un gamin qui a vu un fantôme.
« Non, je te donne un conseil d’ami. » Marc posa le verre, impeccablement propre, sur l’étagère. « Un conseil entre hommes. »
C’est alors que l’un des complices - un costaud au crâne rasé et au regard de poisson mort - envoya valser une chaise d’un coup de pied. Le bois gronda en s’écrasant, comme un coup de tonnerre dans une cathédrale.
« Ramasse-la. Remets-la en place. »
La voix de Marc était calme. Trop calme. Le genre de calme qui glace les os.
Le gros bras ricana, prêt à en remettre, mais le caïd, lui, sentit le piège. « T’as entendu, connard ? Ramasse ! »
Trop tard.
Marc bondit. Pas comme un homme qui attaque. Comme un fauve. Comme un danseur de tango qui guide sa partenaire vers l’abîme. Il évita le bras tendu du molosse, pivota, et son coude s’écrasa sur le nez du caïd avec la précision d’un marteau de juge. Un crac sec, sordide, suivi d’un grognement étouffé. Le cartilage éclata comme du verre pilé, et le sang gicla, chaud et épais, éclaboussant le comptoir comme une signature rouge sur un contrat diabolique. Le caïd porta les mains à son visage, le souffle coupé, le sang coulant entre ses doigts comme une malédiction.
En une seconde, le pistolet changea de main. Marc le glissa entre les lèvres du caïd, qui sentit soudain le goût du métal et de sa propre bêtise. « Je t’avais prévenu, non ? Alors dis à tes chiens de ranger le bordel. »
Les deux comparses, figés, obéirent comme des écoliers pris en faute. Les chaises se relevèrent, les tables se remirent en place. En moins de temps qu’il n’en faut pour allumer une Gauloise, le bar retrouva son ordre. Son équilibre.
« Maintenant, » dit Marc en appuyant légèrement le canon contre les dents du caïd, « baisse ton froc. »
« QUOI ?! » Le caïd écarquilla les yeux, le nez en feu, le sang coulant sur sa lèvre supérieure comme une larme écarlate.
« Ton froc. Et ton caleçon aussi. » Marc sourit, un sourire qui n’atteignait pas ses yeux.
« Montre-nous donc c’que t’as dans le pantalon, mon p’tit roi. »
Et, incroyable mais vrai, le caïd obéit. Comme hypnotisé. Comme s’il venait de réaliser que, dans cette pièce, il n’était plus le maître. Juste un clown pathétique.
Le pantalon tomba. Puis le caleçon.
Et là, sous les néons impitoyables, apparut l’arme du crime. Un petit truc triste, ratatiné, qui semblait se cacher sous le regard des femmes.
Solange porta une main à sa bouche, les yeux écarquillés. « Ohhh… » Un son entre l’horreur et la pitié.
Léona, elle, n’eut pas cette retenue. « Ben ça alors ! » Elle éclata de rire, un rire grave, profond, qui résonna comme un glas. « J’en ai vu, des bites, dans ma vie. Des grosses, des petites, des tordues, des bien membrées… » Elle marqua une pause théâtrale, savourant son effet. « Mais une aussi minuscule, jamais ! Franchement, mon p’tit, t’es sûr que t’as pas confondu avec ton petit doigt de pied ? À Marseille, on dirait que t’as vendu ton âme pour une poignée de lentilles. »
Le caïd devint blanc. Puis rouge. Puis blanc à nouveau. Ses comparses détournèrent les yeux, étouffant des rires nerveux. L’un d’eux murmura « Putain, patron… », comme une oraison funèbre.
Marc éclata de rire. Un rire franc, libérateur, qui brisa la tension comme une vitre. « C’est avec ça que tu voulais me faire peur ? » Il donna une tape sur l’épaule du caïd, presque paternelle. « Tournes-toi, fais donc un tour sur toi-même. Laisse ces dames admirer ton… équipement royal. »
Le caïd obéit, mécaniquement, comme un pantin désarticulé. Dédé, recroquevillé sur son tabouret, osait à peine regarder. Solange ricanait en se couvrant la bouche, les yeux brillants de larmes. Et Léona, impitoyable, alluma une cigarette en secouant la tête. « T’as l’air d’un coq sans crête, mon p’tit. T’as perdu plus qu’un combat ce soir, t’as perdu ton ombre. »
Un silence. Puis Dédé éclata de rire, renversant son dernier canon de rouge. « Putain, Marc… T’es un putain d’artiste ! »
Solange secouait encore la tête, incrédule. « J’crois que j’vais devoir me laver les yeux à l’eau de Javel après ça. »
Léona, elle, sortit un autre ticket à gratter de son soutien-gorge et le tendit à Solange. « Tiens, ma belle. Pour te dédommager du spectacle. »
Marc ramassa le pistolet, le regarda avec dédain, et le jeta dans le tiroir-caisse. « Bon. Qui veut un dernier verre ? Parce que moi, j’ai soif. »
Dehors, la nuit était toujours là. Mais dans le bar, quelque chose avait changé. L’air était plus léger. Comme si on avait chassé les démons d’un coup de balai.