Le système

Le 29/08/2026
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par Mack Blask
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Thèmes / Fight / Acharnement
Un boxeur et son coach jouent à qui sera le plus malin. Ou à qui prendra l'autre pour un con. Enfin, en vrai, y'en a un qui ne joue pas. Pourtant, y'a de l'argent en jeu. Vous n'avez rien compris à ma présentation ? C'est normal, je ne veux pas spoiler. Ou alors c'est que mon cerveau fait encore des ronds dans sa boîte après le KO que ce texte m'a mis. Mack Blask, tu la joues fine. Reviens vite, tu fais remonter le niveau sur LA ZONE.
Mon style c’est Joe Frazier, ou Floyd Mayweather. Tu vois ? Pas le délire « Vole comme un papillon, pique comme une abeille » comme l’autre danseuse. En tout cas, c’est ce que me dit toujours Jean-Marc. Jean-Marc, c’est mon coach depuis mes débuts. Et on forme une équipe de ouf, moi et lui. Même si je me suis fait refaire plusieurs fois la devanture, on n’a jamais perdu un match. Jamais. Que des victoires par KO. Et à pas vingt ans, je vais combattre contre Kévin « The Beast » Bourdan. Pour moi, ce sera juste un combat de plus, mais lui, il joue gros : s’il me bat, il pourra aller chercher Shahin « Bang-Bang » Mabeck, pour le titre national FFB en super-mi-moyen.
Y’a gros à jouer et y’a du cash, des stacks de biff. Pas trop pour moi, mais pour lui clairement : s’il perd, c’est mort pour la blinde. Ou même, s’il gagne, mais que je le démolis trop, comme j’ai fait pour les autres, alors il sera cramé pour le titre. T’imagines pas combien de moula circule, et toutes les combines et les plans chelous qu’il y a dans ce métier. Heureusement, moi, j’ai Jean-Marc qui me protège de tout ça. Et Jean-Marc, c’est un vieux, genre vénère hardcore, mais à qui tu peux lui faire confiance même avec les yeux fermés. Il est un peu comme le Mickey de Rocky Balboa. Il dit toujours que lui, c’est le cerveau, et que moi, c’est les poings. On est comme deux personnes qui forment un seul corps. Non, c’est le contraire : deux corps qui font une seule personne. Je ne sais plus. Mais, tu vois ce que je veux dire… Donc moi, j’ai pas à me prendre la tête, je boxe comme il me dit et c’est clean. Même la thune, c’est lui qui gère tout.

Les gens disent que Kévin « The Beast » il cogne trop fort, mais Jean-Marc, lui, il dit que j’ai pas à flipper, que j’ai juste à boxer comme il me dit. Il a pondu un « système » que j’ai qu’à le suivre pour être sûr de gagner. Les systèmes à Jean-Marc c’est toujours du lourd. Du coup, moi, j’ai juste à rester focus sur le fight. Il a pas voulu trop me lâcher d’info sur le système, avant le match. Ce que j’ai compris, c’est que ses coups, à Kevin, je les arrête avec ma gueule et que je reste en garde basse pour bien lui montrer que je sais encaisser. Et que je retiens les miens pour jusqu’à quand Jean-Marc il me dira. C’est la première fois qu’on teste cette tactique. J’ai pensé que Jean-Marc avait peur que je gagne trop vite. Et ça, franchement, ça m’a rassuré, parce que les frérots arrêtent pas de me dire que le Kevin, il va me démontrer la tronche. Pardon de ma façon de parler, mais c’est comme ça que eux ils disent.

Jean-Marc me fourre le protège-dents dans la bouche, coup de gong, et c’est parti. Je me présente garde basse devant Kévin. Je pensais qu’il allait halluciner en me voyant baisser mes défenses, mais même pas. D’entrée, il m’assaisonne de directs pleine tête. Secs, lourds. J’en évite certains. Pas tous. Je m’en tiens au système. Ça tape, mais, même si ça fait mal, j’encaisse sans broncher. En retournant à mon tabouret, j’entends des sifflets dans la salle. Et ces sifflets, ça plait pas trop à Jean-Marc. « T’as vu, j’ai bien suivi le système » que je lui dis, « Ouais, un peu trop bien, qu’il me fait, maintenant, tu vas lui en allonger quelques-uns, mais en douceur, pas pour faire mal, juste pour lui montrer qu’il est vulnérable. T’as capté ? ». Il me regarde dans les yeux : « On appelle ça de la psychologie ».

Au deuxième round, le tsunami repart, mais je le caresse tranquille deux, trois fois et je vois bien que ça ne lui plaît pas. Quand le round se termine, je suis tellement rincé que je galère à retrouver mon tabouret. Faut dire aussi qu’il me reste plus qu’un œil pour le chercher. Le gauche, il me fait l’effet d’une orange greffée à ma tête. Je voudrais bien demander à Jean-Marc quand le système me dira d’attaquer, mais je veux pas le décevoir. Et sûrement qu’il me balancera que c’est pas mes bails.

Les rounds suivants continuent pareil. Mon corps, c’est comme un scaphandre de douleur. Dans ma tête, tout tourne et j’ai la gerbe. À un moment, j’ai trop appuyer mon jab à la mâchoire. Je regarde Jean-Marc. Il me fait les gros yeux, pas content du tout. Kevin, après, il se déchaîne, genre pour me punir. J’attends trop que le round se termine, parce que là, j’ai mal partout. Et, en même temps, je flippe ma race d’entendre le gong parce que Jean-Marc va m’engueuler, à cause mon jab trop appuyé.

Au neuvième round, c’est toujours le même délire : je me prends des séries de crochets qui me mettent de plus en plus mal. J’ai le foie qui explose, l’estomac broyé, les oreilles en mode sirènes. Un étau m’écrase les tempes. Mon œil droit c’est juste une minuscule fente. Jean-Marc arrête pas de me dire que si je veux il jette la serviette, mais moi je lui dis que je veux continuer à suivre le système. Je déguste un nouveau uppercut de ouf suivi d’une série de shovels. Du coup, mon poing gauche part tout seul pour me protéger du déluge. Je crois qu’un crochet de mon droit a dû le suivre. Je vois plus Kévin. Je sens le bras de l’arbitre qui me pousse en arrière. Lentement, je commence à capter la clameur de la foule. Je vois plus l’arbitre non plus ! J’y comprends plus rien. Je les cherche partout. Puis, je comprends. L’arbitre a un genou au sol à côté de Kévin allongé ! Il le compte ! Kévin ne bouge pas, son protège-dents a giclé. Y’a juste ses jambes qu’ont des convulsions. Le doc monte déjà sur le ring ! Neuf, dix, j’ai gagné ! Je lève les bras, acclamé par la foule, et je me tourne vers Jean-Marc. Il est effondré dans son coin et me regarde, tout blanc. C’est là que je réalise que j’ai merdé : le système, oh purée, j’ai zappé le système !