Un homme modeste, sans chichi.
Jean-Baptiste réalisait enfin son rêve. Son objectif ultime. Depuis tout petit, lorsque sa mère l’avait amené pour la première fois a l’EHPAD ou séjournait mamie Berthe, il rêvait de vivre en maison de retraite. Tout lui avait plu. L’odeur de purée mousseline et de couches souillées, de tisane a la camomille et de chocolat chaud, les chambres douillettes ou se livrer a la contemplation béate du parc arboré et de sa pelouse verdoyante. Il rêvait de chaussons confortables et de porter des couches. De s’asseoir des heures sans dire un mot, de jouer au bingo ou au scrabble, de lire Notre Temps et de regarder Question pour un Champion à la tévé. Il voulait qu’on lui lâche la grappe. Le monde tel qu’il était l’emmerdait copieusement. Il posa une candidature à l’EHPAD des Vieux Glands le jour ou il fêta ses 42 ans. On lui répondit qu’il était un peu jeune pour ça. Mais il insista. Il se colora les cheveux en gris et se fit pousser une moustache qu’il blanchit a la chaux. Il s’habillait déjà comme un vieux, avec des gilet acheté chez Emmaus et portait fièrement le slip kangourou. Il se fit faire des faux papier qui attestait qu’il avait 75 ans. Un dentiste de sa connaissance lui enleva douze dents, et il se fit opéré des sphincters afin de pouvoir se chier dessus en toute quiétude. Il aimait sentir la merde liquide lui couler le long de la jambe. Il pu ainsi se faire admettre en maison de retraite, l’aboutissement de toute une vie. Adieu les cons ! Songea-t-il en pénétrant dans le saint des saints. Il croisa des vieux en déambulateur, des soignants blasés, eut l’honneur de rencontrer la directrice, madame Dubois, une fringante quinquagénaire bronzée et dynamique. « Bienvenu chez vous ! » lui dit-elle. Il avait envie de chialer. « Maryse va vous montrer votre chambre ». Il suivit une soignante boulotte, jusqu’à la chambre 307, son nouvel univers, son doux logis. Certes, ça lui coûtait une blinde de réaliser son reve, aussi avait-il mis au point une pyramide de Ponzi pour arnaquer les cons et faire entrer de la caillasse. Dans ses généreux donataires figuraient ses parents, sa sœur Béatrice, un cousin particulièrement con, et deux autres pigeons recruté sur les réseaux sociaux. Il était parti avec la caisse. Personne ne le chercherait ici. Il comptait se dorer la pilule les cinquante prochaines années, si Dieu le permettait. Il s’allongea sur le lit et regarda le plafond, qu’il trouva très chouette. Son sac contenait deux slips et une paire de chaussettes. Il comptait se changer le moins possible. Il allait sentir mauvais et remplirait contentieusement ses couches. Il avait hâte de découvrir le réfectoire, le jambon purée et les petits pois aux lardons.
C’était un homme simple, à l’ambition modeste.
C’était un homme simple, à l’ambition modeste.