Les Pions de l'Abyssal

Le 30/09/2026
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par Infinity
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Dossiers / Nouvelles lovecraftiennes
L'auteur au blase Wachowskien nous livre un témoignage puissant, sincère et émouvant, de son expérience au concert de Def Leppard de 1993. Pour ma part, j'avais commandé une salade.
L’homme moderne se croit le plus fort de l’univers, il croit à tort en être le maître. Mais que sait-il de l’Univers ? Que pouvons nous même penser savoir de cette immensité au vu de notre méconnaissance de notre propre planète ? Moi aussi je me croyais tout puissant, soldat d’élite voguant sous les océans. Je croyais bien connaître ces étendues abyssales. Mais j’étais naïf. l’Homme pense connaitre toute la surface de la Terre. Il pense qu’il a tout explorer. Mais on oublie souvent les grands fonds. On connaît la surface des mers, mais moins de trois pourcents des grands fonds ont été explorés avec précision. Pourtant, ils abritent des écosystèmes uniques, des créatures bien plus anciennes que ce que l’on peut imaginer. Des monstres plus vieux que la terre elle-même. Des êtres qui nous dépassent. Je n’aurais jamais voulu le savoir. Je n’aurais jamais dû en rencontrer. Et je l’ai appris à mes dépends. Quand j’y repense, je sens tous mes poils s’hérisser, mon cœur s'accélère et tout mon corps tremble. Je me souviens encore de tout. Je me revois dans cette patrouille au printemps quatre-vingt-treize. J’entend tout, je sens tout, toute cette horreur, cette puissance, cet Être.
Le bip répétitif du sonar résonne dans mon casque. Devant moi s'étend de multiples écrans verts qui contrastent avec les reflets rouges des lumières. Dans le poste de commandement tout est calme. Quelques officiers sont penchés sur des cartes tandis que d'autres sous-mariniers s'affairent à leurs tâches en silence. A deux cent mètres sous la surface, tout est calme. Les sous-mariniers parcourent les longs conduits du Dragon. Le silence règne. Et puis une alarme. Juste un bruit strident. Mais le stress se voit dans les yeux de chacun. Ma respiration accélère devant la masse verte claire qui vient d'apparaître sur les sonars. Je tape légèrement sur l'engin. Les pupilles grandes ouvertes, le geste un peu tremblant. Mais la tâche ne disparaît pas. Il est déjà trop tard. Elle est sur nous. Il est là. Je regarde les officiers en essayant de garder mon calme. Alors que mes yeux sont plongés dans ceux de mon supérieur, une douleur me traverse le crâne. J'ai l'impression que c'est le cas de tous dans la cabine. Certains se tiennent à leurs chaises, d'autres posent leurs doigts sur leurs tempes. Alors un son résonne. Il frappe à l'intérieur de ma tête. Les ondes parcourent mon cerveau. Résonne au plus profond de moi, de nous. Tout l'équipage à l'air de vivre la même chose. Soudain on entend un son dans nos têtes. Une langue étrangère. Un chant obscure. Une mélodie chaotique. Je ne comprends rien à ce qui nous arrive. J'ai des visions. Il fait noir. Je flotte, seul dans les abysses. Un être surgit. Divin, sûrement. Démoniaque, certainement. Je le vois sans le discerner pour autant. Il est là, je le sais. Je le ressens. C'est lui qui nous parle. Un être d'un autre plan. Supérieur à nous. Il se déplace, il avance. Alors je le suis. La noirceur s'éclaire un peu. L'amas se déplace sans peine, moi j'ignore même comment j'avance. Je vois des formes, des lettres, des symboles, qui s'effacent l'instant d'après. J'ai accès à un savoir qui dépasse ce que mon cerveau pourrait comprendre. Je vois notre engin. Je suis dans l'océan ? Devant nous une grotte. Je nous vois y entrer. Présage ou menace ? Je n'en savais rien. Pourquoi voit-on ces images ? Soudain un bruit fort me sort de ma léthargie.

Un coup de feu.

Et puis un autre. Des cris. Des cris humain, enfin je crois. Personne ne comprend rien à ce qu'il se passe. Devant moi l'autre opérateur gît, le rouge de son sang jurant sur l'écran vert de son sonar. Je lève les yeux. Un officier en uniforme tient son glock en l'air. Son visage est livide. Son regard est vide. Il tremble. Il pointe son arme partout dans la pièce, comme s'il se battait contre des démons qui m'étaient invisibles. Était-il fou ? Ou bien c'était moi ? Les coups de feu du couloir se rapprochent. Personne n'ose bouger. Qui sait comment va réagir le fou au milieu de nous. Un homme saute de sa chaise et ferme la porte, atténuant les bruits du conduit. Une détonation retentit. Un bruit fort. Long. Un souffle mortel qui semble distendre le temps. Je la vois clairement, la balle, faux de la mort, qui traverse la vie. Le bout de métal transperce le crâne avant de se ficher dans la porte. On entend encore les bruits d'armes étouffés. On respire vite, je ne bouge pas. Je fixe l'homme au centre. Il a l'air apeuré, la fumée sort encore de son canon. Ses mains et ses jambes tremblent. Soudain il s'arrête et commence à rigoler. Un rire désespéré, triste. Il pointe son arme sur lui, le bout entre ses lèvres. Alors il appuie sur la gâchette. La balle le traverse en un instant, et vient se ficher dans le plafond. Il tombe à genoux sur le sol. S'étalant dans une mare de sang.

Tout le monde reste immobile. Sans réellement savoir quoi faire. Il n’y a plus un bruit humain, juste les abysses. Les armes ne hurlent plus dans le couloir. Plus rien. Juste dix hommes, perdu. Personne ne sait quoi faire. Nous aussi on va sombrer dans la folie ? Voir des ombres étranges, puis décider que la mort vaut mieux que cette vision d’épouvante? Personne ne parle, mais tout le monde tremble. Tout le monde a vu les visons. Ces visions marines, cette grotte qu’on nous a montré. L’être, qui est il, c’est lui qui a fait sombrer la patrouille dans la folie ? L'officier principal est le premier a vraiment reprendre ses esprits.

Alors sa voix grave fend le silence.

Il nous ordonne de mettre le cap vers la grotte. Sa voix se veut sûre de lui, mais on le sent tous, il ne sait pas où l'on va, il ne sait pas si on va revoir la terre un jour. Étrangement, on sait ce qu’il faut faire, on sait où est la grotte, on sait qu’elle est proche. Mais c’est un savoir interne, profond, introduit en nous sans que l’on sache comment. Comme si nos esprits ne nous appartenaient plus vraiment. Nos derniers refuges avaient été violés, nos âmes ouvertes, il avait tout vu de nous, mais nous ne savions rien de lui. Les signaux radar nous envoient que nous somme entrés dans la grotte. Et maintenant ? On navigue en terre inconnue. La douleur au crâne revient, plus forte encore. Tout redevient noir. Des ruines. Un temple. Des êtres. Un dieu. Des chants. Un monstre. Des offrandes. Un amas. Les images défilent en boucle, de plus en plus vite. Comme un récit que l’on voudrait me faire entrer de force. Soudain, tout redevient noir. Je ne contrôle plus ma respiration. J’ai l’impression d’étouffer. Je vois juste une dernière image, Lui, si grand, il remplit tout l’espace, il le domine, il est là, il joue avec nous, il est le maître de ce lieu, il dirige tout, nous ne sommes que ses pions, que ses jouets, des âmes qu’il maîtrise.

Le noir.

Mon souffle revient. L'air dans mes poumons me brûle un coup. Je sors de mon asphyxie. Je respire et suis de retour dans le sous-marin. Tout l’équipage suffoque, comme si nous avions été engloutis par l’océan lui-même, un goût salé trône dans ma bouche. On se regarde tous, incertains de ce qu'il va nous arriver. Personne ne veut céder à la panique, mais personne n'en est loin. Alors nos yeux écarquillés se fixent tous sur un homme. Un simple sous-marinier comme moi. Qui se lève et commence à marcher. Nos pupilles effrayées se portent sur son regard. Vide. Les yeux blancs. Son corps bouge comme un pantin, une jambe après l'autre. Mécanique, robotique. Il va jusqu'à la porte. Mais personne n'ose l'arrêter. Il ouvre, et l'horreur s'ouvre sous nos yeux. Le sang recouvre le couloir. Il s'avance entre les corps mutilés. Ce n'était pas un humain qui avait fait ça. Ils n'avaient pas sombrer dans la folie et s'étaient entre-tués. Non c'était plus sombre que ça. On voit d'ici les membres arrachés depuis lesquels le liquide vermeil s'écoule encore. On voit les griffures et les morsures qui parsèment leurs corps. On voit que l'horreur est restée figée sur leurs regards. Et lui continue de marcher entre les cadavres de ses anciens camarades. Alors on se décide à le suivre. Ça nous semble être la meilleure décision, mais c'était vraiment notre choix ? Il marche jusqu'à la sortie du sous-marin. Devant lui, la grande porte métallique présente un dernier obstacle. Il ne va quand même pas ouvrir ? On est entouré d’eau !

Mais je le vois, les deux mains sur la poignée. Il commence à tourner. On devrait l'arrêter. Mais personne ne bouge, personne ne peut bouger. Comme si nos corps étaient maîtrisés, comme si on devait sortir. Alors la porte cède et l’eau rentre à une vitesse fulgurante dans le sas. Je suis projeté contre les tuyaux. J’entends les alarmes qui s’affolent. Tout devient rouge. Je devrais m'évanouir suite au choc. Mais mon esprit reste éveillé. D’une force que je ne me connaissais pas j’arrive à m'extirper du sous marin. Je le vois qui commence à sombrer. Je nage vers le haut. Mais dans ma tête plus rien ne va. Je sens le stress parcourir mon corps.

Ça y est, c'est la fin.

On est à deux cents mètres sous la surface, la pression est trop forte. Je vais mourir ici. Cette grotte sera mon tombeau, ma dernière demeure. Je n’aurais pas le temps de dire un dernier au revoir à ma femme, à mes amis. Mes yeux commencent à se fermer, je manque d’air. Soudain, je vois une lumière qui traverse l’eau. Comme si la surface n’était plus qu'à quelques mètres. Alors je reprends un dernier espoir. Je nage vers le haut. Puis je distingue clairement la surface. Une première main sort de l’eau, une seconde, puis ma tête. J’ouvre grand la bouche et l’air rentre jusqu'à m'en brûler les poumons. Seconde fois aujourd’hui que j'ai failli mourir d’asphyxie. J'essaie de me calmer, de faire redescendre mon rythme cardiaque et de ralentir ma respiration. J’ai froid, j’ai peur et j’ai mal. À quelques mètres je distingue comme un promontoire, une petite plateforme de pierre. Alors j’y nage avec les dernières forces qu’il me reste. Je m’y hisse et sors de l’eau. Le contact de la roche froide n’arrange en rien mon état. Mais je suis hors de l’eau, sauvé pour un instant. Mon corps est lourd et mes paupières se ferment. Mais il ne faut pas que je dorme, je suis en terrain inconnu et j’ai froid. Je me lève difficilement, j’ai mal. Mon corps est meurtri par la pression et les forces invisibles. Plus le temps passe et plus mes yeux s’habituent à l'obscurité. J’arrive finalement à discerner quelque chose sur ma droite s’étend de l’eau plus loin que je ne puisse voir. Devant moi file la rive, une ligne, presque comme si elle avait été découpée par un laser. Et à ma gauche, à quelques cinq mètres, je vois des formes qui s’élèvent vers le haut. Des pavés et des cilindre, monolithe cyclopéen qui semblait n'être plus que des ruines. Le sol est étrange. Silencieux quand je marche. La pierre est si lisse, taillée à la perfection. J'avance une vingtaine de mètres sur ce sol, puis je discerne deux formes humaines en face de moi. Je m'en approche prudemment. Arrivé à leur hauteur, je reconnais leurs uniformes.

Ce sont deux des sous-mariniers qui ont embarqué avec moi. Je me penche sur eux pour prendre leur poul, ils sont encore en vie. Leurs yeux sont fermés, leur peau est très blanche. Le premier est blond, cheveux courts, un treize en chiffres romains comme tatouage sur le cou. Le second à les cheveux aussi courts mais il est brun. Il a des lèvres un peu plus grosses et un nez très droit. Soudain, ils ouvrent les yeux en criant. Je me recule de peur. Ils ont sombré dans la folie ? Mais ils arrêtent de crier. Se regardent, regardent leurs bras, leurs jambes, comme s'ils avaient peur de n'être plus entier. Puis se tournent vers moi. L'incompréhension se lit sur nos visages. Ils se lèvent et se présentent. Eux aussi sont des sous-officiers. On est tous ici à grade égal. Alors on discute, que faut-il faire pour sortir de cette situation. Nous n'avons pas beaucoup de choix. Retourner à l'eau semble impossible, et leurs visages se décomposent quand je soumet l'idée. Alors soit on continue sur la rive, soit on entre à travers les ruines. On se décide pour les ruines.

La marche est silencieuse. On arrive aux premières pierres dressées. Je jette un dernier coup d'œil derrière nous. Sur l’étendue plate de l’eau j’ai l’impression de voir comme un remou. Illusion ? Folie ? Je ne sais pas, je ne saurais jamais. Je laisse le frisson parcourir mon dos, puis je me concentre sur ce qui nous fait face. Les pierres taillées dans des pavés parfaits s’élèvent bien au-dessus de nos têtes. Elles doivent faire dans les quatre ou cinq mètres. Un grand nombre est posé tel une muraille face à l'océan. Mais est ce vraiment une muraille ? Il faudrait protéger quelque chose ? Même, qui viendrait jusqu’ici. Et puis quels Hommes pourraient bien faire ces constructions ? Est-ce même des Hommes ? Et puis que fait-on là ? Les questions s'emmêlent dans ma tête jusqu'à m'en donner une migraine. On continue de marcher à travers les statues cyclopéennes. L’air est lourd, l’obscurité et le silence ne doivent pas arranger la chose. Mais c’est autre chose qui nous donne cette impression. On le sent, on est pas seul entre ces pierres verdâtres. Il y a une présence, sinistre, malsaine, ancienne. On continue d’avancer, les pierres deviennent de plus en plus denses. Une sensation de claustrophobie commence à tous nous serrer la gorge.

Ces immensités sont semblables à des habitations, aux grands buildings de nos métropoles. Mais il manque une chose à ces pavés pour en être vraiment. Ils sont trop lisses. Pas une ouverture, portes ou fenêtres. Juste des surfaces vides. Je pose mon doigt sur l’une d’elles. Je sens bien une roche. Mais la texture ne me rappelle rien que j’aurais déjà touché. Je sens bien la ressemblance avec la pierre des rives. Tout aussi froide. Mais ici elle est bien plus lisse. Presque assez pour que ma silhouette se reflète sous mes doigts. Je me concentre dessus. Je discerne une forme noire, humaine, moi ? Enfin je suppose. N’est-ce pas mes yeux qui me jouent des tours. Soudain, j’ai l’impression que l’ombre bouge. Qu’elle se meut dans la roche. Je me sens attiré par la pierre. Comme si je voulais fusionner avec mon ombre. J’entend une sorte de chant dans mes oreilles. Mon esprit devient si calme, si apaisé. En harmonie totale avec la pierre. Soudain, je sens une main m’agripper l’épaule et me tirer en arrière. Je tombe sur les fesses. Le regard perdu, sans réellement comprendre ce qu’il vient de m’arriver. L'obscurité est de retour. Je vois devant moi les deux autres marins. Le regard paniqué. Je vois qu’ils essaient de me parler. Mais je n’entend que le chant envoûtant des pierres.

Tout redevient sombre. Je me lève, essaye de leurs expliquer ce qu”il vient de m’arriver. Mais mes mots sont troublés, je n’arrive pas réellement à comprendre moi même ce qu’il vient de m’arriver. Soudain, je regarde mes bras. Une couleur noire a remplacé la blanche de ma peau jusqu'à mes coudes. Toutes les parties de moi qui étaient entrées en contact avec la pierre on était “transformés”. Cela ne me fait pas mal, mais m’intrigue fortement. En fait, l'incompréhension et la curiosité sont si fortes que la peur n’est même plus présente. J'essaie de frotter mes bras, de les gratter. Mais rien n’y fait, la marque est indélébile. Sans réellement savoir ce qu’il m'arrive, ni le réel danger des pierres, on décide qu’il ne faut pas les toucher. On reprend notre marche à travers l'inconnu. Les pierres se serrent et souvent, nous nous retrouvons coincés dans des impasses. Soudain, on se rend compte que l’on est perdu. Impossible pour nous de retrouver notre chemin. C’était comme si la cité était vivante, les bâtiments bougent, elle nous mène où elle le veut. Et nous on est que des pions dans les mains d’êtres que l’on ne voit pas, des être qui nous dominent qui ne fait que jouer avec nous. La tension monte. Apeurés, on commence à monter le ton.

Je suis tendu. Je sens que je vais craquer.

Je tourne dans tous les sens pour retrouver le chemin. Mon regard se perd entre les pierres. Je cherche la moindre trace de notre passage. Ou même la moindre trace d’autre chose que nous. Un humain. Un monstre. Juste quelque chose. Autre chose que nous trois et ce grand silence. Nous trois et notre folie. On remarque un petit passage entre les pierres. Alors on se décide à y aller. On marche, on regarde apeurés autour de nous. À la file indienne on se faufile dans le passage. Moi en tête, le blond et puis le brun. On essaie de se faire le plus petit possible pour éviter de toucher les surfaces. On avance comme cela durant quinze bon mètres, dans le stress et la peur. Enfin on sort de ce couloir mortel. Un espace vide s’étend devant nous. Une grande place entourée de ces pierres immenses, horrifiques. L’air y est encore plus étouffant, froid et sombre. Sur la place des statues de la taille d’un homme se suivent. On s’en approche. On dirait des arbres dénués de branche. Malgré l’obscurité de la grotte, ils semblent briller. Mais aucun d’entre nous n’ose y mettre la main. On a tous trop peur de ce qui pourrait bien nous arriver. Les statues semblent faites dans la même matière que les pavés. Noires, lisses, et si attirantes. Longeant la place on fait attention tout de même à ne pas toucher les pierres. On en fait rapidement le tour. Alors on se rend compte que notre entrée a disparu.

Nous voila coincés sur cette place. La peur, le stress et la fatigue se mélangent en nous. On fait le tour de la place une nouvelle fois. Mais toujours aucune sortie, aucun passage. On est condamnés à mourir ici ? À s'entre-tuer dans la folie ? Ou bien étais-je déjà dans la folie ? Je suis juste fou et tout cela n’est que mon illusion ? Je ne sais pas, et eux non plus. Soudain le sol commence à trembler. Les statues brillent de plus en plus fort. Elles éclairent la place, brûlant nos yeux d’une lumière violente. On les ferment par reflexe, plongeant nos esprits dans le noir. Quand le feu de la place semble cesser, on ouvre les yeux. Sous nos pupilles serrées par la lumière, un temple avait remplacé les statues. Il est semblable au temple grec que j’ai pu voir dans des livres. Des colonnes taillées et un toit triangulaire. Sur le fronton est représenté un être. Il semble à peine tenir sur la gravure, on aurait dit que l’auteur voulait montrer l’immensité de l’être.

Etrangement, son regard m'est resté, comme s’il avait percé mon âme. Devant nous s'élève une porte à double battant immense. Lorsqu'on s'approche, un bruit mécanique se fait entendre. Alors elle s'ouvre lentement, grinçant. Une odeur d'algues pourries nous prend au nez. Soudain, des torches s'allument, éclairant le temple d'une flamme bleutée. On s'avance entre elles. Au bout, on voit une sorte d'autel. Un fois arrivés devant, on remarque qu'il est gravé. Dessus, les relief représentent des scènes particulières. Des hommes se battant entre eux, armés de casques et de lances. Un autre pan montre des homme se prosterner devant un être semblant descendre des cieux. Et encore le même regard entre les nuages. On reste muets, personne ne sait quoi dire. Soudain, un chant à la mélodie chaotique pénètre nos corps. On le sent au plus profond de nos âmes. Je ne peux plus bouger, comme si un être supérieur me dirigeait. Soudain, il prit ma conscience. Plongé dans le noir abyssale. Je sens que je ne suis pas seul. Il est là. Mais je ne peux le voir. Comme si j'avais atteint un autre plan du monde. Un plan peuplé d'êtres anciens. Supérieurs à nous. Des être rêvants de leur retour. Prêt à nous soumettre de nouveau. Tout d'un coup une lumière éclaire l'obscurité. Deux yeux brillants, pénétrants. Je discerne à peine son corps. Un amas gigantesque. Une douleur fulgurante me parcourt. Douleur de toute une vie en un instant. Alors je sors de son plan, comme s'il avait chassé un invité involontaire.

A mon réveil je ne savais pas où j'étais. Allongé sur une plage de sable. Où était passée la cité ? Ou étaient mes camarades ? Où était l'être ? J'étais rentré dans mon plan. Tout cela n'était qu'un rêve ? Non, les marques noires sur mes bras en étaient la preuve. Mais alors que s'était il vraiment passé? L'armée m'a questionné, fait passer des tests. Mais rien. Aucune anomalie. J'ai quitté l'armée et me suis installé en montagne. Loin des abysses. Mais parfois la nuit j'ai encore l'impression d'entendre ces chants. Quand mon esprit atteint le plan des rêves, cette mélodie empreinte de chaos résonne. Jamais je ne pourrais l'oublier. L'humanité ne peut rien faire contre cet être.

Et moi j'attends juste mon heure.