Le jour où les chats ont commencé à parler, personne n’a été surpris.
Il faut dire que les oiseaux jacassaient déjà depuis un moment, et que le prix Nobel de littérature était depuis longtemps une affaire de dauphins plutôt que d’humains.
Il faut dire que les oiseaux jacassaient déjà depuis un moment, et que le prix Nobel de littérature était depuis longtemps une affaire de dauphins plutôt que d’humains.
Beaucoup furent soulagés. Se séparer des chats aurait été un crève-cœur pour plein de gens. Même dépourvus de parole, ils possédaient ce charme félin que l’humanité adulait depuis l’Antiquité.
Mais les animaux qui ne parlaient pas étaient devenus trop dangereux. Ils finissaient par croquer des bébés. Et pas seulement des bébés humains. Toutes les espèces y passaient. C’était absolument bestial.
Certaines de ces bêtes mangeaient même leurs propres enfants. Comme Pouic-Pouic, mon cochon d’Inde.
Heureusement, maman avait pu le faire euthanasier rapidement. Il aurait pu me manger après. Les chats se révélèrent fort peu bavards. Même doués de parole, ils exprimèrent peu d’avis sur le cannibalisme des bébés souris ou des bébés oiseaux.
L’ensemble des êtres vivants était aussi végétarien que vous et moi, à l’exception de quelques animaux demeurés muets et carnassiers : les mantes religieuses, les brochets, les papillons… D’interminables débats occupaient les écrans. On y suivait des mangeurs de salades opposer leurs raisonnements fondés à ceux des mangeurs de pommes, tous s’interrogeant sur la future capacité des végétaux à parler. Cela représenterait certainement une grande avancée dans les progrès alimentaires que tous devraient mettre en œuvre à l’avenir.
Des recherches très sérieuses étaient menées par des collectifs regroupant mouches, hamsters et phoques. Ils voulaient créer des aliments minéraux riches en nutriments. C’est plus important encore que la lutte contre le cancer ou même contre les puces. Des philosophes paresseux disaient que toutes les espèces animales savaient déjà parler depuis leur apparition. Elles n’auraient gardé le silence que pour faciliter la survie de chacun au sein de la chaîne alimentaire.
En vrai, aucun d’entre eux n’était capable de citer un seul ancêtre qui lui aurait transmis secrètement ce don. Cette hypothèse ouvrait néanmoins un vaste débat sur ces animaux qui avaient, de fait, poursuivi consciemment leurs massacres.
Si les coccinelles défendaient leur droit à asservir les puces, qui n’étaient pas encore érigées au rang d’êtres parlants, elles avaient dû renoncer à l’idée de les croquer en fin de service.
Pour ma part, je ne me voyais pas jouer aux échecs avec Jacob, mon cochon domestique, pour finir par le cuisiner avec des champignons parce qu’il avait encore triché avec son cavalier.
Ça aurait été bizarre.
Mais papa racontait parfois que, quand il était petit, son papy mangeait du poulet frit et des omelettes. Je ne sais pas ce qu’est une omelette, mais ça a l’air vachement dégueu…
Je crois que le papa du papy de papa devait se cacher, d’ailleurs, pour les poules. Il les avait enfermées dans son jardin et papa dit toujours que, si quelqu’un l’avait vu, ça aurait fait les gros titres !
Moi, j’aime beaucoup la laitue. Est-ce que, si elle parlait, je la ferais pousser en cachette pour la manger le dimanche ?
Je ne sais pas trop.
Ça devait être dur quand même. Entendre les oiseaux supplier et pleurer de ne pas être mangés.
Quand je serai grand, j’aimerais beaucoup être préhistorien et peut-être même écrire des livres pour enfants avec des humains qui sont toujours en colère et des animaux qui s’habillent. Sinon, je pourrais peut-être faire des recherches pour guérir des maladies, ou pour faire parler les animaux qui n’ont pas encore essayé. La maîtresse dit qu’il y a aussi beaucoup de travail comme soigneur animalier. Ce sont des humains qui s’occupent des animaux les plus intelligents du monde, en leur faisant la vaisselle ou en les aidant à se laver les dents.
J’ai vu ce film à l’école pour faire plaisir à la maîtresse. Je ne savais pas avant que l’Histoire et la préhistoire, c’était pas pareil.
Elle voulait qu’on comprenne l’Histoire. Elle disait que, si on comprenait d’où on venait, on ne reproduirait pas les erreurs, ou quelque chose dans ce genre. Alors, on a vu un grand requin blanc manger des humains.
C’était triste parce que personne ne comprenait le requin et que les humains semblaient très en colère.
Après, elle a quand même dit que les moustiques tuaient plus que les requins. C’est pour ça qu’ils ont été mis en prison, d’ailleurs.
Elle a dit que la semaine prochaine, on verrait des images d’archives du procès des moustiques.
Il y a toujours des gens dans la rue avec des pancartes pour dire qu’ils sont innocents, mais moi je dis que, s’ils étaient comme ça, il faut les laisser en prison, comme les éléphants !
La préhistoire, c’est ma matière préférée !
C’est une époque chouette. Dans les livres des années d’avant, on voit des animaux qui parlent, qui s’habillent comme des humains. Jacob, ça le fait trop rire. Il dit que jamais il ne mettra de culotte !
On sait aussi que les humains n’écoutaient personne, pas même les autres humains. Il y avait des guerres et de la chasse !
Un de mes préférés, c’est celui que Mamie m’a donné. C’est un livre qui s’appelle *Pierre Lapin*.
C’est l’histoire d’un lapin qui vient cueillir des carottes dans le potager d’un humain. Le lapin est super mignon avec son tee-shirt bleu, mais l’humain est vraiment fâché qu’on lui prenne ses carottes.
Le lapin discute souvent avec le renard qui aimerait le croquer parce que Pierre est un bébé lapin. Heureusement, il n’y arrive pas.
Mais Papi dit que *Pierre Lapin* est un livre pour enfants, que les lapins ne parlaient pas quand la dame a dessiné ça.
Elle avait juste fait ça pour rire et pour faire plaisir. Mais en vrai, les lapins étaient sauvages et les carottes domestiques.
Les humains, ce ne sont pas les pires dans la préhistoire. Il y avait des tigres et des serpents qui essayaient de manger des bébés humains, et des orques qui aimaient bien les bébés phoques. Quand on sait à quel point les phoques sont super intelligents pour trouver des choses à manger qui ne parlent pas, on se demande pourquoi on aurait voulu les manger.
Moi, j’ai de la chance de parler depuis longtemps, et que papa et maman m’aient protégé quand je ne parlais pas encore. Je veux même pas croire qu’il y a des bébés à qui on ne laisse pas le temps de parler.
Comme j’ai écrit une page recto verso, je vais dire FIN !
Merci maîtresse de lire mon devoir. C’était chouette comme sujet : « Que vous inspire l’Histoire ? »
Mais les animaux qui ne parlaient pas étaient devenus trop dangereux. Ils finissaient par croquer des bébés. Et pas seulement des bébés humains. Toutes les espèces y passaient. C’était absolument bestial.
Certaines de ces bêtes mangeaient même leurs propres enfants. Comme Pouic-Pouic, mon cochon d’Inde.
Heureusement, maman avait pu le faire euthanasier rapidement. Il aurait pu me manger après. Les chats se révélèrent fort peu bavards. Même doués de parole, ils exprimèrent peu d’avis sur le cannibalisme des bébés souris ou des bébés oiseaux.
L’ensemble des êtres vivants était aussi végétarien que vous et moi, à l’exception de quelques animaux demeurés muets et carnassiers : les mantes religieuses, les brochets, les papillons… D’interminables débats occupaient les écrans. On y suivait des mangeurs de salades opposer leurs raisonnements fondés à ceux des mangeurs de pommes, tous s’interrogeant sur la future capacité des végétaux à parler. Cela représenterait certainement une grande avancée dans les progrès alimentaires que tous devraient mettre en œuvre à l’avenir.
Des recherches très sérieuses étaient menées par des collectifs regroupant mouches, hamsters et phoques. Ils voulaient créer des aliments minéraux riches en nutriments. C’est plus important encore que la lutte contre le cancer ou même contre les puces. Des philosophes paresseux disaient que toutes les espèces animales savaient déjà parler depuis leur apparition. Elles n’auraient gardé le silence que pour faciliter la survie de chacun au sein de la chaîne alimentaire.
En vrai, aucun d’entre eux n’était capable de citer un seul ancêtre qui lui aurait transmis secrètement ce don. Cette hypothèse ouvrait néanmoins un vaste débat sur ces animaux qui avaient, de fait, poursuivi consciemment leurs massacres.
Si les coccinelles défendaient leur droit à asservir les puces, qui n’étaient pas encore érigées au rang d’êtres parlants, elles avaient dû renoncer à l’idée de les croquer en fin de service.
Pour ma part, je ne me voyais pas jouer aux échecs avec Jacob, mon cochon domestique, pour finir par le cuisiner avec des champignons parce qu’il avait encore triché avec son cavalier.
Ça aurait été bizarre.
Mais papa racontait parfois que, quand il était petit, son papy mangeait du poulet frit et des omelettes. Je ne sais pas ce qu’est une omelette, mais ça a l’air vachement dégueu…
Je crois que le papa du papy de papa devait se cacher, d’ailleurs, pour les poules. Il les avait enfermées dans son jardin et papa dit toujours que, si quelqu’un l’avait vu, ça aurait fait les gros titres !
Moi, j’aime beaucoup la laitue. Est-ce que, si elle parlait, je la ferais pousser en cachette pour la manger le dimanche ?
Je ne sais pas trop.
Ça devait être dur quand même. Entendre les oiseaux supplier et pleurer de ne pas être mangés.
Quand je serai grand, j’aimerais beaucoup être préhistorien et peut-être même écrire des livres pour enfants avec des humains qui sont toujours en colère et des animaux qui s’habillent. Sinon, je pourrais peut-être faire des recherches pour guérir des maladies, ou pour faire parler les animaux qui n’ont pas encore essayé. La maîtresse dit qu’il y a aussi beaucoup de travail comme soigneur animalier. Ce sont des humains qui s’occupent des animaux les plus intelligents du monde, en leur faisant la vaisselle ou en les aidant à se laver les dents.
J’ai vu ce film à l’école pour faire plaisir à la maîtresse. Je ne savais pas avant que l’Histoire et la préhistoire, c’était pas pareil.
Elle voulait qu’on comprenne l’Histoire. Elle disait que, si on comprenait d’où on venait, on ne reproduirait pas les erreurs, ou quelque chose dans ce genre. Alors, on a vu un grand requin blanc manger des humains.
C’était triste parce que personne ne comprenait le requin et que les humains semblaient très en colère.
Après, elle a quand même dit que les moustiques tuaient plus que les requins. C’est pour ça qu’ils ont été mis en prison, d’ailleurs.
Elle a dit que la semaine prochaine, on verrait des images d’archives du procès des moustiques.
Il y a toujours des gens dans la rue avec des pancartes pour dire qu’ils sont innocents, mais moi je dis que, s’ils étaient comme ça, il faut les laisser en prison, comme les éléphants !
La préhistoire, c’est ma matière préférée !
C’est une époque chouette. Dans les livres des années d’avant, on voit des animaux qui parlent, qui s’habillent comme des humains. Jacob, ça le fait trop rire. Il dit que jamais il ne mettra de culotte !
On sait aussi que les humains n’écoutaient personne, pas même les autres humains. Il y avait des guerres et de la chasse !
Un de mes préférés, c’est celui que Mamie m’a donné. C’est un livre qui s’appelle *Pierre Lapin*.
C’est l’histoire d’un lapin qui vient cueillir des carottes dans le potager d’un humain. Le lapin est super mignon avec son tee-shirt bleu, mais l’humain est vraiment fâché qu’on lui prenne ses carottes.
Le lapin discute souvent avec le renard qui aimerait le croquer parce que Pierre est un bébé lapin. Heureusement, il n’y arrive pas.
Mais Papi dit que *Pierre Lapin* est un livre pour enfants, que les lapins ne parlaient pas quand la dame a dessiné ça.
Elle avait juste fait ça pour rire et pour faire plaisir. Mais en vrai, les lapins étaient sauvages et les carottes domestiques.
Les humains, ce ne sont pas les pires dans la préhistoire. Il y avait des tigres et des serpents qui essayaient de manger des bébés humains, et des orques qui aimaient bien les bébés phoques. Quand on sait à quel point les phoques sont super intelligents pour trouver des choses à manger qui ne parlent pas, on se demande pourquoi on aurait voulu les manger.
Moi, j’ai de la chance de parler depuis longtemps, et que papa et maman m’aient protégé quand je ne parlais pas encore. Je veux même pas croire qu’il y a des bébés à qui on ne laisse pas le temps de parler.
Comme j’ai écrit une page recto verso, je vais dire FIN !
Merci maîtresse de lire mon devoir. C’était chouette comme sujet : « Que vous inspire l’Histoire ? »