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L'inspectrice Fougère reprit tranquillement le cours de son enquête.
C'est ainsi qu'elle, Benjamin et, évidemment, MagAlIe organisèrent un nouveau buffet canadien. Un buffet pour notre octuple.
Si l'agence était à l'origine des meurtres, alors l'agence aiderait à les résoudre.
L'inspectrice se présenta convaincue que parmi les convives se trouvait une personne qui aurait rencontré les huit jeunes gens. Benjamin se mêla au commun des magalisables pour collecter des données, qu'il pourrait ensuite étudier. C'est ainsi qu'une dizaine de policiers en civil interrogea chaque invité sur « ses expériences passées » avec l'agence. Des photos furent montrées, des numéros furent relevés, des convocations établies, mais personne ne sembla suffisamment suspect pour être soupçonné.
Benjamin, lui, réfléchissait à toute vitesse. Comment croiser les informations et établir avec certitude où et quand les huit victimes avaient pu se rendre à une rencontre ? Les antennes-relais aux portes de la zone de pique-nique pouvaient peut-être lui fournir une information. Mais surtout, ses clients avaient-ils laissé des points de confiance magaliens après leurs rencontres « dans le monde réel » ? Il avait en effet instauré un système proche des avis Google, qui permettait aux clients de s'attribuer des notes après une rencontre physique : « Profil conforme », « Personne correctement calibrée par l'IA », « Compatibilité conforme aux prévisions », etc.
Une façon comme une autre de noter un être humain après l'avoir rencontré.
Il parla avec des humains. Pas uniquement pour leur demander des informations sur leurs habitudes. Il se sentit proche d'eux.
Ce buffet qui ne devait être qu'une mise en scène destinée à coincer le meurtrier se changea progressivement en une banalité mondaine dont, il l'avait toujours pensé, seuls les cerveaux inférieurs ont le secret. C'est ainsi qu'à 23h37, il se surprit à rire à une blague à peine drôle d'une jeune femme nommée Lindsay, qu'il trouvait fort sympathique et qui lui rappelait vaguement quelqu'un. L'inspectrice Fougère le ramena sur Terre, lui proposant de rentrer pour « compiler les données et coincer ce salopard ». Benjamin, fort embarrassé d'abandonner ainsi Lindsay, échangea, une fois n'est pas coutume, un 06 et un peu de salive.
La nuit fut longue pour Nadège et Benjamin. Les données étaient nombreuses, les interactions multiples et MagAlIe peinait à trouver du lien, outre leur inscription chez MagAlIe's. Nadège s'allongea sur le sofa et Benjamin sombra rapidement après elle, à même son fauteuil de CEO 6z&ros.
Ce furent les sirènes qui les réveillèrent au matin. La ville semblait prise d'une effervescence trop matinale. Le téléphone de Nadège sonna brusquement.
C'était la sonnerie par défaut. Celle que personne ne change et qui n'annonce jamais rien de bon, parce qu'elle n'annonce jamais rien.
— Fougère.
Benjamin ouvrit un œil. Puis l'autre. Son dos resta dans le fauteuil quelques secondes de plus, par solidarité avec le cuir.
— Oui. — Quand ? — Où ?
Nadège ne prenait aucune note. Benjamin, qui avait passé sa vie à reconstituer des êtres humains à partir de leurs traces, chercha sur son visage quelque chose à analyser. Il n'y avait rien. Juste un visage qui se refermait, comme une boutique qui baisse son rideau.
Elle raccrocha. Elle resta un moment avec le téléphone dans la main, comme si l'appareil pouvait encore ajouter quelque chose.
— Vous avez gardé son numéro ?
Benjamin n'eut pas besoin de demander de qui elle parlait. Il sortit son téléphone. Dix-sept notifications, dont aucune d'importance. Sauf une, reçue à 00h52.
« Merci pour ce soir 🙂 »
Il ne l'avait pas lue. Elle était restée là toute la nuit, bien rangée, entre deux mises à jour.
— Le rapport préliminaire arrive dans dix minutes, dit Nadège.
Dix minutes. Benjamin les passa à relire le mot « merci ».
Le corps de Lindsay était disloqué, comme s'il avait été jeté d'une fenêtre. Le médecin légiste avait précisé que sa gorge avait été tranchée nettement, minutieusement. Ce n'était pas une belle mort, ce n'était plus une belle femme. Benjamin, de par sa proximité géographique avec Nadège, reçut avec elle le rapport préliminaire et les photos de la scientifique.
Pour Nadège, la nouvelle fut un carburant. Elle rouvrit le dossier avant même d'avoir fini de s'habiller. Pour Benjamin, Lindsay existait toujours dans son souvenir, dans son téléphone, et il ne put se résoudre à coller l'image de ce corps sur le souvenir qu'il avait de la femme.
Le crime était personnel, il était ciblé, il cherchait quelqu'un et ce quelqu'un, c'était lui.
C'est ainsi qu'elle, Benjamin et, évidemment, MagAlIe organisèrent un nouveau buffet canadien. Un buffet pour notre octuple.
Si l'agence était à l'origine des meurtres, alors l'agence aiderait à les résoudre.
L'inspectrice se présenta convaincue que parmi les convives se trouvait une personne qui aurait rencontré les huit jeunes gens. Benjamin se mêla au commun des magalisables pour collecter des données, qu'il pourrait ensuite étudier. C'est ainsi qu'une dizaine de policiers en civil interrogea chaque invité sur « ses expériences passées » avec l'agence. Des photos furent montrées, des numéros furent relevés, des convocations établies, mais personne ne sembla suffisamment suspect pour être soupçonné.
Benjamin, lui, réfléchissait à toute vitesse. Comment croiser les informations et établir avec certitude où et quand les huit victimes avaient pu se rendre à une rencontre ? Les antennes-relais aux portes de la zone de pique-nique pouvaient peut-être lui fournir une information. Mais surtout, ses clients avaient-ils laissé des points de confiance magaliens après leurs rencontres « dans le monde réel » ? Il avait en effet instauré un système proche des avis Google, qui permettait aux clients de s'attribuer des notes après une rencontre physique : « Profil conforme », « Personne correctement calibrée par l'IA », « Compatibilité conforme aux prévisions », etc.
Une façon comme une autre de noter un être humain après l'avoir rencontré.
Il parla avec des humains. Pas uniquement pour leur demander des informations sur leurs habitudes. Il se sentit proche d'eux.
Ce buffet qui ne devait être qu'une mise en scène destinée à coincer le meurtrier se changea progressivement en une banalité mondaine dont, il l'avait toujours pensé, seuls les cerveaux inférieurs ont le secret. C'est ainsi qu'à 23h37, il se surprit à rire à une blague à peine drôle d'une jeune femme nommée Lindsay, qu'il trouvait fort sympathique et qui lui rappelait vaguement quelqu'un. L'inspectrice Fougère le ramena sur Terre, lui proposant de rentrer pour « compiler les données et coincer ce salopard ». Benjamin, fort embarrassé d'abandonner ainsi Lindsay, échangea, une fois n'est pas coutume, un 06 et un peu de salive.
La nuit fut longue pour Nadège et Benjamin. Les données étaient nombreuses, les interactions multiples et MagAlIe peinait à trouver du lien, outre leur inscription chez MagAlIe's. Nadège s'allongea sur le sofa et Benjamin sombra rapidement après elle, à même son fauteuil de CEO 6z&ros.
Ce furent les sirènes qui les réveillèrent au matin. La ville semblait prise d'une effervescence trop matinale. Le téléphone de Nadège sonna brusquement.
C'était la sonnerie par défaut. Celle que personne ne change et qui n'annonce jamais rien de bon, parce qu'elle n'annonce jamais rien.
— Fougère.
Benjamin ouvrit un œil. Puis l'autre. Son dos resta dans le fauteuil quelques secondes de plus, par solidarité avec le cuir.
— Oui. — Quand ? — Où ?
Nadège ne prenait aucune note. Benjamin, qui avait passé sa vie à reconstituer des êtres humains à partir de leurs traces, chercha sur son visage quelque chose à analyser. Il n'y avait rien. Juste un visage qui se refermait, comme une boutique qui baisse son rideau.
Elle raccrocha. Elle resta un moment avec le téléphone dans la main, comme si l'appareil pouvait encore ajouter quelque chose.
— Vous avez gardé son numéro ?
Benjamin n'eut pas besoin de demander de qui elle parlait. Il sortit son téléphone. Dix-sept notifications, dont aucune d'importance. Sauf une, reçue à 00h52.
« Merci pour ce soir 🙂 »
Il ne l'avait pas lue. Elle était restée là toute la nuit, bien rangée, entre deux mises à jour.
— Le rapport préliminaire arrive dans dix minutes, dit Nadège.
Dix minutes. Benjamin les passa à relire le mot « merci ».
Le corps de Lindsay était disloqué, comme s'il avait été jeté d'une fenêtre. Le médecin légiste avait précisé que sa gorge avait été tranchée nettement, minutieusement. Ce n'était pas une belle mort, ce n'était plus une belle femme. Benjamin, de par sa proximité géographique avec Nadège, reçut avec elle le rapport préliminaire et les photos de la scientifique.
Pour Nadège, la nouvelle fut un carburant. Elle rouvrit le dossier avant même d'avoir fini de s'habiller. Pour Benjamin, Lindsay existait toujours dans son souvenir, dans son téléphone, et il ne put se résoudre à coller l'image de ce corps sur le souvenir qu'il avait de la femme.
Le crime était personnel, il était ciblé, il cherchait quelqu'un et ce quelqu'un, c'était lui.