La Zone
La Zone - Un peu de brute dans un monde de finesse
Publication de textes sombres, débiles, violents.
 
 

Grand débat sur l’intentionnalité de l'auteur

Démarré par lapinchien, Aujourd'hui à 12:52:52

« précédent - suivant »

lapinchien

La question de la place de l'auteur et de son intention dans la lecture des textes est l'une des plus grandes batailles de l'histoire des théories littéraires.

Aujourd'hui, alors qu'un retour de l'auteur s'observe via la sociologie, la critique éthique ou les approches inclusives, la réalité académique et philosophique s'avère plus nuancée : prendre en compte l'intention n'est pas l'apanage exclusif du progrès, tout comme l'ignorer n'est pas nécessairement un dogme obscurantiste.





1. L'évolution historique des mouvements de pensée




Phase 1 : Le XIXᵉ siècle – Le règne du Biographisme et du Positivisme

Pendant longtemps, comprendre un texte signifiait retrouver l'homme derrière l'œuvre.

Sainte-Beuve au XIXᵉ siècle estimait qu'on ne pouvait comprendre un livre sans analyser la vie, la psychologie et la biographie de l'écrivain.

Le positivisme et l'histoire littéraire (Gustave Lanson) cherchaient l'intention première, le contexte historique, les sources et la psychologie pour verrouiller la seule interprétation vraie.




Phase 2 : Le milieu du XXᵉ siècle – « La mort de l'auteur »

En réaction à cette approche jugée réductionniste (réduire un texte brillant aux petits détails personnels de la vie du poète), les avant-gardes théoriciennes ont opéré un basculement radical :

Proust (dès Contre Sainte-Beuve) rappelle que le « moi » qui écrit n'est pas le « moi » social de la vie de tous les jours.
 Le Formalisme, la Nouvelle Critique et le Structuralisme (Roland Barthes, Michel Foucault) : En 1968, Roland Barthes publie son célèbre texte « La Mort de l'auteur ». Le texte devient un objet autonome. L'intention de l'écrivain importe peu, car l'auteur ne maîtrise pas tout ce qu'il injecte dans sa langue. C'est le lecteur qui produit le sens.




Phase 3 : Fin du XXᵉ et XXIᵉ siècle – La réconciliation herméneutique

Les excès du « tout-textuel » ont poussé la critique à réintroduire la figure de l'auteur, non plus comme un tyran qui dicte le sens, mais comme une hypothèse de lecture nécessaire (Antoine Compagnon, Paul Ricœur, Umberto Eco).

 Umberto Eco distinguait la Intentio auctoris (l'intention théorique de l'auteur), la Intentio operis (ce que dit le texte lui-même) et la Intentio lectoris (ce que le lecteur y projette).






2. Prendre en compte l'intention : une mouvance humaniste et progressiste ?

Il existe aujourd'hui un courant de pensée — souvent lié à la critique éthique, sociologique ou aux études de genre et postcoloniales — qui perçoit la réintégration de l'auteur comme une démarche éthique, voire progressiste :

 Redonner une voix aux opprimés : Dans la littérature engagée, marginalisée ou minoritaire (auteurs racisés, femmes, minorités LGBT+), effacer l'intention et le vécu de l'auteur revient parfois à effacer son combat politique et son expérience incarnée.
 L'éthique de la responsabilité : Si l'auteur n'existe plus, personne n'est comptable du sens ou de l'impact moral des textes. Prendre en compte l'intention, c'est reconnaître qu'un être humain a cherché à s'adresser à d'autres êtres humains dans un contexte donné.
 Empathie et altérité : C'est une démarche d'écoute humaniste où lire consiste à entrer en dialogue avec un autre sujet pensant, plutôt qu'à instrumentaliser son texte.




3. Ignorer l'intention : une vision « obscurantiste d'experts » ?

Si le rejet de l'intention peut parfois donner une impression d'« obscurantisme techno-scientifique » (lorsque des théoriciens analysent un texte à travers un jargon linguistique inaccessible en ignorant l'expérience humaine), ne pas s'arrêter à l'intention conserve une réelle valeur démocratique et émancipatrice :

Exemple critique : Si l'on s'en tenait uniquement à l'intention consciente de Molière, Shakespeare ou Corneille, on passerait à côté des lectures féministes, psychanalytiques ou politiques modernes qui font la richesse de ces œuvres aujourd'hui.





4. Synthèse

L'état actuel de la réflexion littéraire ne consiste pas à opposer de façon binaire le camp « humaniste » (avec l'auteur) et le camp « obscurantiste » (sans l'auteur).

Aujourd'hui, l'approche la plus féconde est une herméneutique modérée :

- Considérer l'intention de l'auteur permet de respecter le contexte historique, politique et humain dans lequel l'œuvre a été créée.
- Reconnaître l'autonomie du texte préserve le droit du lecteur d'y trouver des significations plus vastes, des métaphores involontaires ou des vérités universelles que l'auteur lui-même n'avait pas anticipées.

lapinchien

me concernant je m'inscris dans pensée progressiste et j'encule les interprétations psychanalytiques de merde

concernant mon intentionnalité et mes textes : si vous ne voulez pas en voir, vous n'avez qu'à considérer que ce que je fais est de l'art brut

Nino St Félix

La véritable question :
qu'en penses Augustin Trappenard ?

Dourak Smerdiakov

Je n'ai jamais été passionné de théorie littéraire, et ne suis donc pas du tout armé pour en débattre très sérieusement, ou alors comme un ahuri enfonceur de portes ouvertes redécouvrant laborieusement des chemins creusés par d'autres bien avant lui.

Ceci dit, ça me rappelle une conversation récente avec Gemini sur l'IA et la génération littéraire, plus spécialement en vers, où il y avait des morceaux un peu amusants, surtout après que j'ai parlé de "minage" du potentiel de la langue, comme pour les cryptomonnaies. On en concluait que le seul vrai auteur est la langue elle-même et que, K.K. Sprotch n'étant rien d'autre que l'auteur des textes de K.K. Sprotch, il est soit une hypostase du Dieu-Langage, soit le Dieu-Singe dactylographe, personnification du produit d'une loterie cosmique, soit une marionnette du mauvais Démiurge nihil. Et il n'a pas le droit de réclamer le moindre droit d'auteur sur ses textes, le malheureux (faudra que j'en parle à M. Kradou). Ça ferait un mur de mots illisible à copier-coller, mais si ça intéresse...
Pour le débat citoyen et convivial dans le respect indivisiblement démocratique de la diversité multi-culturelle des valeurs républicaines oecuméniques.

lapinchien

#4
@Nino. trapenard en penserait indubitablement  ce qu'une étude sur "ce que ses téléspectateurs aimeraient qu'il en pense" conclurait puis il s'en ferait un tatouage.

@Dourak, si le langage était le seul vrai auteur, resterait encore à savoir quel langage (python ? Cobol ?) En tous cas gemini à bien l'air d'être totalement sous C. Perso, vos échanges métaphysiques m'intéressent bien

lapinchien

@Dourak, en tous cas hier Gemini m'a confirmé que les races n'existaient pas et Grok m'a affirmé mordicus qu'elles existaient et que le nier était une hypocrisie sémantique des scientifiques wokes donc je ne sais pas pour Gemini mais Grok a bien une intentionalité, celle d'Elon Musk

lapinchien

@Dourak, par ailleurs, je veux juste te mettre en garde avec tes recherches sur "le seul vrai auteur est le langage" car tu es à deux doigts de faire les mêmes conclusions que Burroughs avec son "Language is a virus" et tout ce que tu vas obtenir au final c'est que ton intentionnalité pour te libérer de tes chaînes va muter et tu vas produire du cut-up en boucle pour te libérer du dieu-virus-hote spoliateur, et alors il y aura deux HaiKulysse sur la Zone.

lapinchien

@Dourak, mais toute ton investigation avec Gemini est bien marrante et la boucle est bouclée, peut être ? En effet dans ce que j'avais trouvé initialement dans la présentation historique il y avait une phase 0 que j'ai décidé de zapper pour pas faire de pub à ce gros pédé d'helléniste de Christopher Nolan sur les rapports des grecs antiques à l'intentionnalité de l'auteur et pour eux les poètes ne créaient pas puisque comme c'est bien connu c'étaient les Muses qui s'exprimaient à travers eux.L'intention et le sens du texte appartenaient entièrement aux divinités. Le poète était en état de transe ou de possession comme KK Sprotch vis à vis de son Dieu-langage in fine.

lapinchien

@Dourak J'ai également éludé les intentions plagiaires de Mahomet relatives à l'ange Gabriel pour ne pas me prendre une fatwa au fion.