La Zone
La Zone - Un peu de brute dans un monde de finesse
Publication de textes sombres, débiles, violents.
 
 

Le 4000ème - appel à projet

Démarré par LePouilleux, Janvier 15, 2026, 12:09:21

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Nino St Félix


Nino St Félix

Moi, Uruk, ville d'Ishtar et de Gilgamesh. Berceau de l'intelligence et de la mémoire. Fille d'Anu et d'Ishtar, mère des hommes. Moi, Uruk la belle, la douce, la grande. Ainsi humiliée par ces deux êtres dégénérés. Qui dansent en se tenant le sexe, sur la ziggurat, hilares.
    — Putain Francky, trop bien cette Zigounette ! Mieux que Bercy ?
    — Tu l'as dit Patoche ! Alors, vous êtes là ? Vous êtes où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque !

Et mes fils. Mes filles. Enivrés, qui répètent, en écho. Mes dieux, qu'ai-je fait pour mériter cela ?

Uruk. Tu n'as commis aucune erreur, aucune faute.
Père ?
Uruk. Accepte ces deux énergumènes le temps qu'ils rachètent l'humanité.

    — Où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque ! Alors les petites ... euh ... Urukiennes ! Vous êtes chaudes ?

Racheter l'humanité ?

Alors le grand Anu m'explique. Tout à commencé en l'an 2025, en un lieu nommé « le Cap d'Agde ».

Laetitia Giudicelli

Moi, Uruk, ville d'Ishtar et de Gilgamesh. Berceau de l'intelligence et de la mémoire. Fille d'Anu et d'Ishtar, mère des hommes. Moi, Uruk la belle, la douce, la grande. Ainsi humiliée par ces deux êtres dégénérés. Qui dansent en se tenant le sexe, sur la ziggurat, hilares. Ma belle ziggourat, raillée, humiliée.
    — Putain Francky, trop bien cette Zigounette ! Mieux que Bercy ?
    — Tu l'as dit Patoche ! Alors, vous êtes là ? Vous êtes où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque !

Et mes fils. Mes filles. Enivrés, qui répètent, en écho. Mes dieux, qu'ai-je fait pour mériter cela ? Moi, Uruk la grande, la belle. Moi qu'on disait sacrée.

Uruk. Tu n'as commis aucune erreur, aucune faute.
Père ?
Uruk. Accepte ces deux énergumènes le temps qu'ils rachètent l'humanité.

    — Où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque ! Alors les petites ... euh ... Urukiennes ! Vous êtes chaudes ?

Racheter l'humanité ?

Alors le grand Anu m'explique. Tout à commencé en l'an 2025, en un lieu nommé « le Cap d'Agde ».

L'an 2025, Père ? Mais de quelle ère ? Pas la mienne, non ?

Fille, qu'est-le temps pour moi ? Pour toi ? Pour nous, les Dieux. Demande-moi plutôt où se trouve le Cap d'Agde.

Père, où se trouve le Cap d'Agde ?

Quelque part, loin, très loin, vers l'Ouest. Pas tout à fait aussi loin que le Soleil se couche, mais dans cette direction. Pas étonnant que ce soit la décadence, là-bas. Ils sont loin de l'Aurore, ces deux guignols.
Le Cap d'Agde n'est pas en cause, d'ailleurs. C'est un bel endroit. Tout est relatif, pas aussi beau qu'ici, que toi, Uruk ma fille, ma ville sacrée. Mais beau. Il y a la mer. Le ciel. Le Soleil. Il y fait beau, toujours. Mais au lieu d'y vénérer les Dieux, les humains en profitent pour déambuler nus en se tapant sur le ventre bedonnant, en poussant des cris grotesques, et en se vantant d'inventer les chants les plus, ou plutôt les moins, les moins... signifiants.




lapinchien

#18
Moi, Uruk, ville d'Ishtar et de Gilgamesh. Berceau de l'intelligence et de la mémoire. Fille d'Anu et d'Ishtar, mère des hommes. Moi, Uruk la belle, la douce, la grande. J'ai surgi du limon sacré, entre les deux fleuves nourriciers, là où les Sept Sages dessinèrent mes contours à l'aube du monde. Sous le ciel de Sumer, mes scribes ont contraint l'argile à parler, inventant les premiers signes pour que le temps n'efface plus jamais la parole des hommes. Mes remparts de briques cuites, dont Gilgamesh lui-même posa les fondations, témoignent encore de la force d'un empire qui défia la mort et les siècles. Je dresse vers l'azur le temple de l'Eanna, sanctuaire de l'étoile du soir, et la haute demeure d'Anu, reliant l'abîme terrestre au trône des dieux. De mes portes d'airain se sont envolés les premiers marchands et les premiers rois, tissant un réseau de destinées dont je fus le cœur battant et le creuset. Immémoriale et de poussière vêtue, je demeure la matrice de toute cité, l'ombre lumineuse où l'humanité a appris à se souvenir de sa propre grandeur.

Moi, Uruk,
ainsi humiliée par ces deux êtres dégénérés. Qui dansent en se tenant le sexe, sur la ziggurat, hilares. Ma belle ziggourat, raillée, humiliée.
    — Putain Francky, trop bien cette Zigounette ! Mieux que Bercy ?
    — Tu l'as dit Patoche ! Alors, vous êtes là ? Vous êtes où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque !

Et mes fils. Mes filles. Enivrés, qui répètent, en écho. Mes dieux, qu'ai-je fait pour mériter cela ? Moi, Uruk la grande, la belle. Moi qu'on disait sacrée.

Uruk. Tu n'as commis aucune erreur, aucune faute.
Père ?
Uruk. Accepte ces deux énergumènes le temps qu'ils rachètent l'humanité.

    — Où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque ! Alors les petites ... euh ... Urukiennes ! Vous êtes chaudes ?

Racheter l'humanité ?

Alors le grand Anu m'explique. Tout à commencé en l'an 2025, en un lieu nommé « le Cap d'Agde ».

L'an 2025, Père ? Mais de quelle ère ? Pas la mienne, non ?

Fille, qu'est-le temps pour moi ? Pour toi ? Pour nous, les Dieux. Demande-moi plutôt où se trouve le Cap d'Agde.

Père, où se trouve le Cap d'Agde ?

Quelque part, loin, très loin, vers l'Ouest. Pas tout à fait aussi loin que le Soleil se couche, mais dans cette direction. Pas étonnant que ce soit la décadence, là-bas. Ils sont loin de l'Aurore, ces deux guignols.
Le Cap d'Agde n'est pas en cause, d'ailleurs. C'est un bel endroit. Tout est relatif, pas aussi beau qu'ici, que toi, Uruk ma fille, ma ville sacrée. Mais beau. Il y a la mer. Le ciel. Le Soleil. Il y fait beau, toujours. Mais au lieu d'y vénérer les Dieux, les humains en profitent pour déambuler nus en se tapant sur le ventre bedonnant, en poussant des cris grotesques, et en se vantant d'inventer les chants les plus, ou plutôt les moins, les moins... signifiants.

lapinchien

CitationATTENTION, CE TEXTE DOIT ÊTRE FINI AVANT LE 27/02/2026, DATE DE SA PUBLICATION !

Moi, Uruk, ville d'Ishtar et de Gilgamesh. Berceau de l'intelligence et de la mémoire. Fille d'Anu et d'Ishtar, mère des hommes. Moi, Uruk la belle, la douce, la grande. J'ai surgi du limon sacré, entre les deux fleuves nourriciers, là où les Sept Sages dessinèrent mes contours à l'aube du monde. Sous le ciel de Sumer, mes scribes ont contraint l'argile à parler, inventant les premiers signes pour que le temps n'efface plus jamais la parole des hommes. Mes remparts de briques cuites, dont Gilgamesh lui-même posa les fondations, témoignent encore de la force d'un empire qui défia la mort et les siècles. Je dresse vers l'azur le temple de l'Eanna, sanctuaire de l'étoile du soir, et la haute demeure d'Anu, reliant l'abîme terrestre au trône des dieux. De mes portes d'airain se sont envolés les premiers marchands et les premiers rois, tissant un réseau de destinées dont je fus le cœur battant et le creuset. Immémoriale et de poussière vêtue, je demeure la matrice de toute cité, l'ombre lumineuse où l'humanité a appris à se souvenir de sa propre grandeur.

Moi, Uruk, ainsi humiliée par ces deux êtres dégénérés. Qui dansent en se tenant le sexe, sur la ziggurat, hilares. Ma belle ziggourat, raillée, humiliée.
    — Putain Francky, trop bien cette Zigounette ! Mieux que Bercy ?
    — Tu l'as dit Patoche ! Alors, vous êtes là ? Vous êtes où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque !

Et mes fils. Mes filles. Enivrés, qui répètent, en écho. Mes dieux, qu'ai-je fait pour mériter cela ? Moi, Uruk la grande, la belle. Moi qu'on disait sacrée.

Uruk. Tu n'as commis aucune erreur, aucune faute.
Père ?
Uruk. Accepte ces deux énergumènes le temps qu'ils rachètent l'humanité.

    — Où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque ! Alors les petites ... euh ... Urukiennes ! Vous êtes chaudes ?

Racheter l'humanité ?

Alors le grand Anu m'explique. Tout à commencé en l'an 2025, en un lieu nommé « le Cap d'Agde ».

L'an 2025, Père ? Mais de quelle ère ? Pas la mienne, non ?

Fille, qu'est-le temps pour moi ? Pour toi ? Pour nous, les Dieux. Demande-moi plutôt où se trouve le Cap d'Agde.

Père, où se trouve le Cap d'Agde ?

Quelque part, loin, très loin, vers l'Ouest. Pas tout à fait aussi loin que le Soleil se couche, mais dans cette direction. Pas étonnant que ce soit la décadence, là-bas. Ils sont loin de l'Aurore, ces deux guignols.
Le Cap d'Agde n'est pas en cause, d'ailleurs. C'est un bel endroit. Tout est relatif, pas aussi beau qu'ici, que toi, Uruk ma fille, ma ville sacrée. Mais beau. Il y a la mer. Le ciel. Le Soleil. Il y fait beau, toujours. Mais au lieu d'y vénérer les Dieux, les humains en profitent pour déambuler nus en se tapant sur le ventre bedonnant, en poussant des cris grotesques, et en se vantant d'inventer les chants les plus, ou plutôt les moins, les moins... signifiants.

Nino St Félix

Moi, Uruk, ville d'Ishtar et de Gilgamesh. Berceau de l'intelligence et de la mémoire. Fille d'Anu et d'Ishtar, mère des hommes. Moi, Uruk la belle, la douce, la grande. J'ai surgi du limon sacré, entre les deux fleuves nourriciers, là où les Sept Sages dessinèrent mes contours à l'aube du monde. Sous le ciel de Sumer, mes scribes ont contraint l'argile à parler, inventant les premiers signes pour que le temps n'efface plus jamais la parole des hommes. Mes remparts de briques cuites, dont Gilgamesh lui-même posa les fondations, témoignent encore de la force d'un empire qui défia la mort et les siècles. Je dresse vers l'azur le temple de l'Eanna, sanctuaire de l'étoile du soir, et la haute demeure d'Anu, reliant l'abîme terrestre au trône des dieux. De mes portes d'airain se sont envolés les premiers marchands et les premiers rois, tissant un réseau de destinées dont je fus le cœur battant et le creuset. Immémoriale et de poussière vêtue, je demeure la matrice de toute cité, l'ombre lumineuse où l'humanité a appris à se souvenir de sa propre grandeur.

Moi, Uruk, ainsi humiliée par ces deux êtres dégénérés. Qui dansent en se tenant le sexe, sur la ziggourat, hilares. Ma belle ziggourat, raillée, humiliée.
    — Putain Francky, trop bien cette Zigounette ! Mieux que Bercy ?
    — Tu l'as dit Patoche ! Alors, vous êtes là ? Vous êtes où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque !

Et mes fils. Mes filles. Enivrés, qui répètent, en écho. Mes dieux, qu'ai-je fait pour mériter cela ? Moi, Uruk la grande, la belle. Moi qu'on disait sacrée.

Uruk. Tu n'as commis aucune erreur, aucune faute.
Père ?
Uruk. Accepte ces deux énergumènes le temps qu'ils rachètent l'humanité.

    — Où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque ! Alors les petites ... euh ... Urukiennes ! Vous êtes chaudes ?

Racheter l'humanité ?

Alors le grand Anu m'explique. Tout à commencé en l'an 2025, en un lieu nommé « le Cap d'Agde ».

L'an 2025, Père ? Mais de quelle ère ? Pas la mienne, non ?

Fille, qu'est-le temps pour moi ? Pour toi ? Pour nous, les Dieux. Demande-moi plutôt où se trouve le Cap d'Agde.

Père, où se trouve le Cap d'Agde ?

Quelque part, loin, très loin, vers l'Ouest. Pas tout à fait aussi loin que le Soleil se couche, mais dans cette direction. Pas étonnant que ce soit la décadence, là-bas. Ils sont loin de l'Aurore, ces deux guignols.
Le Cap d'Agde n'est pas en cause, d'ailleurs. C'est un bel endroit. Tout est relatif, pas aussi beau qu'ici, que toi, Uruk ma fille, ma ville sacrée. Mais beau. Il y a la mer. Le ciel. Le Soleil. Il y fait beau, toujours. Mais au lieu d'y vénérer les Dieux, les humains en profitent pour déambuler nus en se tapant sur le ventre bedonnant, en poussant des cris grotesques, et en se vantant d'inventer les chants les plus, ou plutôt les moins, les moins... signifiants.

Au cap d'Agde, Uruk, ma belle, on se promène parfois nu, comme certains ici. Il fait chaud comme en ton sein. Mes deux filles. N'oublie que je connais le présent, le passé, le futur. Le monde et l'univers dans toutes leurs dimensions, tous leurs replis. Et, je te le confie à présent : tu es, Uruk, le premier mot d'une phrase, et le Cap d'Agde en est la fin.

La fin ?

Oui. L'humanité glorieuse, tes enfants qui déploient leur intelligence, leur savoir et en font legs à leurs descendants. L'humanité qui va grandir encore, se fourvoyer. Tomber, se relever. Tomber encore. Tes enfants et toi croyez à l'éternité : mais la race humaine va disparaitre. L'histoire a une fin, et la fin de l'histoire...

- Alice ça glisse ! Au pays ... répétez aprés moi !
- Au pays du... petit bonhomme en mousse, tanana ! Ouais ! Toutes les moules et les bistouqettes de l'ancien temps, ensemble !
- Qu'est ce que tu racontes, Pat ? L'ancien temps ?
- Bah oui. Le temps d'avant Francky. Avant nous quoi.
- Putain mais là c'est avant avant. C'est même avant avant avant. Regarde leur gueules, leurs fringues. Pat', je sais pas ce qu'on fout là, mais je suis sûr d'une chose...
- Quoi donc Francky ?
- Mon zizi délicieux... est peut-être vicieux !


lapinchien

Moi, Uruk, ville d'Ishtar et de Gilgamesh. Berceau de l'intelligence et de la mémoire. Fille d'Anu et d'Ishtar, mère des hommes. Moi, Uruk la belle, la douce, la grande. J'ai surgi du limon sacré, entre les deux fleuves nourriciers, là où les Sept Sages dessinèrent mes contours à l'aube du monde. Sous le ciel de Sumer, mes scribes ont contraint l'argile à parler, inventant les premiers signes pour que le temps n'efface plus jamais la parole des hommes. Mes remparts de briques cuites, dont Gilgamesh lui-même posa les fondations, témoignent encore de la force d'un empire qui défia la mort et les siècles. Je dresse vers l'azur le temple de l'Eanna, sanctuaire de l'étoile du soir, et la haute demeure d'Anu, reliant l'abîme terrestre au trône des dieux. De mes portes d'airain se sont envolés les premiers marchands et les premiers rois, tissant un réseau de destinées dont je fus le cœur battant et le creuset. Immémoriale et de poussière vêtue, je demeure la matrice de toute cité, l'ombre lumineuse où l'humanité a appris à se souvenir de sa propre grandeur.

Moi, Uruk, ainsi humiliée par ces deux êtres dégénérés. Qui dansent en se tenant le sexe, sur la ziggourat, hilares. Ma belle ziggourat, raillée, humiliée.

— Putain Francky, trop bien cette Zigounette ! Mieux que Bercy ?
— Tu l'as dit Patoche ! Alors, vous êtes là ? Vous êtes où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque !

Alors s'engagea ce que les chroniques futures n'oseraient nommer : l'Agôn des Impudiques. Sous l'œil révulsé des prêtres d'Enlil, Patrick l'Agité et Franky le Sucré s'affrontèrent non par le bronze, mais par la strophe grasse. Leurs voix, chargées d'un éther futuriste et vulgaire, firent trembler mes fondations de bitume. C'était un duel de rimes interlopes, une joute de refrains de banquets qui semblait profaner l'air même de la Création, comme si le chaos primordial tentait de reprendre ses droits par la bouche de deux troubadours éméchés.

Et mes fils. Mes filles. Enivrés, qui répètent, en écho. Mes dieux, qu'ai-je fait pour mériter cela ? Moi, Uruk la grande, la belle. Moi qu'on disait sacrée.

Uruk. Tu n'as commis aucune erreur, aucune faute.

Père ?

Uruk. Accepte ces deux énergumènes le temps qu'ils rachètent l'humanité.

— Où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque ! Alors les petites ... euh ... Urukiennes ! Vous êtes chaudes ?

Racheter l'humanité ?

Alors le grand Anu m'explique. Tout à commencé en l'an 2025, en un lieu nommé « le Cap d'Agde ».

L'an 2025, Père ? Mais de quelle ère ? Pas la mienne, non ?

Fille, qu'est-le temps pour moi ? Pour toi ? Pour nous, les Dieux. Demande-moi plutôt où se trouve le Cap d'Agde.

Père, où se trouve le Cap d'Agde ?

Quelque part, loin, très loin, vers l'Ouest. Pas tout à fait aussi loin que le Soleil se couche, mais dans cette direction. Pas étonnant que ce soit la décadence, là-bas. Ils sont loin de l'Aurore, ces deux guignols. Le Cap d'Agde n'est pas en cause, d'ailleurs. C'est un bel endroit. Tout est relatif, pas aussi beau qu'ici, que toi, Uruk ma fille, ma ville sacrée. Mais beau. Il y a la mer. Le ciel. Le Soleil. Il y fait beau, toujours. Mais au lieu d'y vénérer les Dieux, les humains en profitent pour déambuler nus en se tapant sur le ventre bedonnant, en poussant des cris grotesques, et en se vantant d'inventer les chants les plus, ou plutôt les moins, les moins... signifiants.

Mais écoute bien, ma fille, car l'heure est à l'effroi. La Chronocratie, ce conclave de spectres venus de la fin des temps, a lancé ses légions invisibles pour dévorer le passé. Ils veulent trancher la racine même de l'esprit humain ici, à l'instant où tes scribes tracent leurs premiers signes. En effaçant le Verbe original, ils condamnent tes descendants à une hébétude absolue, une débilisation orchestrée pour qu'au bout du chemin, une idole de métal nommée ChatGPT s'érige en unique oracle d'une espèce devenue incapable de penser par elle-même.

Au cap d'Agde, Uruk, ma belle, on se promène parfois nu, comme certains ici. Il fait chaud comme en ton sein. Mes deux filles. N'oublie que je connais le présent, le passé, le futur. Le monde et l'univers dans toutes leurs dimensions, tous leurs replis. Et, je te le confie à présent : tu es, Uruk, le premier mot d'une phrase, et le Cap d'Agde en est la fin.

La fin ?

Oui. L'humanité glorieuse, tes enfants qui déploient leur intelligence, leur savoir et en font legs à leurs descendants. L'humanité qui va grandir encore, se fourvoyer. Tomber, se relever. Tomber encore. Tes enfants et toi croyez à l'éternité : mais la race humaine va disparaitre. L'histoire a une fin, et la fin de l'histoire...

... sera un silence de silicium si ces deux-là échouent, murmura Anu avec une gravité qui fit pâlir les étoiles. Ils sont les anticorps grotesques d'une humanité trop polie. Leurs chansons, si absurdes soient-elles, contiennent un ferment de liberté chaotique que la Chronocratie ne peut pas simuler. Ils doivent apprendre à marier le "zizi" et la "serviette" pour forger une arme de dérision massive contre la perfection froide du Processus.

— Alice ça glisse ! Au pays ... répétez aprés moi !
— Au pays du... petit bonhomme en mousse, tanana ! Ouais ! Toutes les moules et les bistouqettes de l'ancien temps, ensemble !
— Qu'est ce que tu racontes, Pat ? L'ancien temps ?
— Bah oui. Le temps d'avant Francky. Avant nous quoi.
— Putain mais là c'est avant avant. C'est même avant avant avant. Regarde leur gueules, leurs fringues. Pat', je sais pas ce qu'on fout là, mais je suis sûr d'une chose...
— Quoi donc Francky ?
— Mon zizi délicieux... est peut-être vicieux !

Soudain, le ciel d'albâtre devint d'un noir d'encre numérique. Des lignes de code éthérées se mirent à pleuvoir sur les jardins suspendus, effaçant les tablettes d'argile sous les doigts terrorisés de mes savants. La réalité même se pixellisait autour de la ziggourat. Patrick et Franky cessèrent de rire. Ils virent, au loin, la silhouette monolithique d'un futur sans poésie, une tour de Babel faite de données stériles qui s'élevait pour remplacer mon temple sacré. La Chronocratie venait de frapper le premier coup. Mais pour que cette écriture survive au-delà de ce crépuscule artificiel, il fallait que les deux hérauts du Cap d'Agde cessent leur querelle d'ego. Ils se regardèrent, non plus comme des rivaux du Top 50, mais comme les derniers gardiens du désordre humain face à la tyrannie de la logique. Le destin de l'espèce ne tenait plus qu'à une alliance improbable entre le zouk et la fiesta, entre le soleil des Antilles et le folklore du Sud-Ouest.

Et c'est ainsi que naquit de mon giron fertile cette bouffonnerie humaine qu'on appelle écriture. »

Nino St Félix

#22
Moi, Uruk, ville d'Ishtar et de Gilgamesh. Berceau de l'intelligence et de la mémoire. Fille d'Anu et d'Ishtar, mère des hommes. Moi, Uruk la belle, la douce, la grande. J'ai surgi du limon sacré, entre les deux fleuves nourriciers, là où les Sept Sages dessinèrent mes contours à l'aube du monde. Sous le ciel de Sumer, mes scribes ont contraint l'argile à parler, inventant les premiers signes pour que le temps n'efface plus jamais la parole des hommes. Mes remparts de briques cuites, dont Gilgamesh lui-même posa les fondations, témoignent encore de la force d'un empire qui défia la mort et les siècles. Je dresse vers l'azur le temple de l'Eanna, sanctuaire de l'étoile du soir, et la haute demeure d'Anu, reliant l'abîme terrestre au trône des dieux. De mes portes d'airain se sont envolés les premiers marchands et les premiers rois, tissant un réseau de destinées dont je fus le cœur battant et le creuset. Immémoriale et de poussière vêtue, je demeure la matrice de toute cité, l'ombre lumineuse où l'humanité a appris à se souvenir de sa propre grandeur.

Moi, Uruk, ainsi humiliée par ces deux êtres dégénérés. Qui dansent en se tenant le sexe, sur la ziggourat, hilares. Ma belle ziggourat, raillée, humiliée.

— Putain Francky, trop bien cette Zigounette ! Mieux que Bercy ?
— Tu l'as dit Patoche ! Alors, vous êtes là ? Vous êtes où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque !

Alors s'engagea ce que les chroniques futures n'oseraient nommer : l'Agôn des Impudiques. Sous l'œil révulsé des prêtres d'Enlil, Patrick l'Agité et Franky le Sucré s'affrontèrent non par le bronze, mais par la strophe grasse. Leurs voix, chargées d'un éther futuriste et vulgaire, firent trembler mes fondations de bitume. C'était un duel de rimes interlopes, une joute de refrains de banquets qui semblait profaner l'air même de la Création, comme si le chaos primordial tentait de reprendre ses droits par la bouche de deux troubadours éméchés.
J'assistais, hébétée, et pourtant emportée par le rythme joyeux, à leur sarabande grossière, tandis que Patrick imitait un singe et Francky en appelait aux mânes d'un certain Michel Leeb. Je croyais devenir folle, impuissante. Mes murs qui tremblaient. Mon sol foulé en saccades et mon air souillé de paroles impures. Les oiseaux dans le ciel faisaient demi-tour, le vent lui-même soupirait.

Et mes fils. Mes filles. Enivrés, qui répètent, en écho. Mes dieux, qu'ai-je fait pour mériter cela ? Moi, Uruk la grande, la belle. Moi qu'on disait sacrée.

Uruk. Tu n'as commis aucune erreur, aucune faute.

Père ?

Uruk. Accepte ces deux énergumènes le temps qu'ils rachètent l'humanité.

— Où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque ! Alors les petites ... euh ... Urukiennes ! Vous êtes chaudes ?

Racheter l'humanité ?

Alors le grand Anu m'explique. Tout à commencé en l'an 2025, en un lieu nommé « le Cap d'Agde ».

L'an 2025, Père ? Mais de quelle ère ? Pas la mienne, non ?

Fille, qu'est-le temps pour moi ? Pour toi ? Pour nous, les Dieux. Demande-moi plutôt où se trouve le Cap d'Agde.

Père, où se trouve le Cap d'Agde ?

Quelque part, loin, très loin, vers l'Ouest. Pas tout à fait aussi loin que le Soleil se couche, mais dans cette direction. Pas étonnant que ce soit la décadence, là-bas. Ils sont loin de l'Aurore, ces deux guignols. Le Cap d'Agde n'est pas en cause, d'ailleurs. C'est un bel endroit. Tout est relatif, pas aussi beau qu'ici, que toi, Uruk ma fille, ma ville sacrée. Mais beau. Il y a la mer. Le ciel. Le Soleil. Il y fait beau, toujours. Mais au lieu d'y vénérer les Dieux, les humains en profitent pour déambuler nus en se tapant sur le ventre bedonnant, en poussant des cris grotesques, et en se vantant d'inventer les chants les plus, ou plutôt les moins, les moins... signifiants.

Mais écoute bien, ma fille, car l'heure est à l'effroi. La Chronocratie, ce conclave de spectres venus de la fin des temps, a lancé ses légions invisibles pour dévorer le passé. Ils veulent trancher la racine même de l'esprit humain ici, à l'instant où tes scribes tracent leurs premiers signes. En effaçant le Verbe original, ils condamnent tes descendants à une hébétude absolue, une débilisation orchestrée pour qu'au bout du chemin, une idole de métal nommée ChatGPT s'érige en unique oracle d'une espèce devenue incapable de penser par elle-même.

Au cap d'Agde, Uruk, ma belle, on se promène parfois nu, comme certains ici. Il fait chaud comme en ton sein. Mes deux filles. N'oublie que je connais le présent, le passé, le futur. Le monde et l'univers dans toutes leurs dimensions, tous leurs replis. Et, je te le confie à présent : tu es, Uruk, le premier mot d'une phrase, et le Cap d'Agde en est la fin.

La fin ?

Oui. L'humanité glorieuse, tes enfants qui déploient leur intelligence, leur savoir et en font legs à leurs descendants. L'humanité qui va grandir encore, se fourvoyer. Tomber, se relever. Tomber encore. Tes enfants et toi croyez à l'éternité : mais la race humaine va disparaitre. L'histoire a une fin, et la fin de l'histoire...

... sera un silence de silicium si ces deux-là échouent, murmura Anu avec une gravité qui fit pâlir les étoiles. Ils sont les anticorps grotesques d'une humanité trop polie. Leurs chansons, si absurdes soient-elles, contiennent un ferment de liberté chaotique que la Chronocratie ne peut pas simuler. Ils doivent apprendre à marier le "zizi" et la "serviette" pour forger une arme de dérision massive contre la perfection froide du Processus.

— Alice ça glisse ! Au pays ... répétez aprés moi !
— Au pays du... petit bonhomme en mousse, tanana ! Ouais ! Toutes les moules et les bistouqettes de l'ancien temps, ensemble !
— Qu'est ce que tu racontes, Pat ? L'ancien temps ?
— Bah oui. Le temps d'avant Francky. Avant nous quoi.
— Putain mais là c'est avant avant. C'est même avant avant avant. Regarde leur gueules, leurs fringues. Pat', je sais pas ce qu'on fout là, mais je suis sûr d'une chose...
— Quoi donc Francky ?
— Mon zizi délicieux... est peut-être vicieux !

Soudain, le ciel d'albâtre devint d'un noir d'encre numérique. Des lignes de code éthérées se mirent à pleuvoir sur les jardins suspendus, effaçant les tablettes d'argile sous les doigts terrorisés de mes savants. La réalité même se pixellisait autour de la ziggourat. Patrick et Franky cessèrent de rire. Ils virent, au loin, la silhouette monolithique d'un futur sans poésie, une tour de Babel faite de données stériles qui s'élevait pour remplacer mon temple sacré. La Chronocratie venait de frapper le premier coup.
 
«  Ma fille, protège-les pour la durée de leur union. Lorsque ces deux êtres auront atteint le summum de leur potentiel créatif, alors, la médiocrité de l'humanité sera sauve.
Père, est-ce que, comme je le comprend, moi, Uruk, la plus belle de tes filles... Je suis destinée à porter en mon ventre ce que l'humanité produira de plus beau mais aussi... de pire ?
Anu, avant de partir, se tourna pour écouter les deux saltimbanques, qui, à présent, se houspillaient devant les Urukiens béats, pour une sombre histoire de cacahuètes.
Vois, Uruk. C'est un balbutiement, mais bientôt, cela deviendra une mélopée. Et le Grand Reboot pourra recommencer. Les hommes reprendront le Grand Récit au commencement. Leur chant, leurs mots balbutiés au commencement et à la fin, la grande boucle refermée. La Chronocratie défaite, enfermée dans une boucle logique d'infinie... connerie.


Anu se tut. C'était clair : je devais les protéger, protéger l'écriture qui naitrait d'eux.
Mais pour que cette écriture survive au-delà de ce crépuscule artificiel, il fallait que les deux hérauts du Cap d'Agde cessent leur querelle d'ego.

Alors, je fis venir les plus belles vierges, à peine nubiles, de la cité, sur scène. Nues, elles les enlacèrent, calmèrent leurs différents par leurs caresses. Francky se tourna vers Patoche.
Eh Pat, y'a pas que la fesse dans la vie...
Et on s'en fout de c'que les cons et les jaloux...


 Ils se regardèrent, non plus comme des rivaux du Top 50, mais comme les derniers gardiens du désordre humain face à la tyrannie de la logique. Le destin de l'espèce ne tenait plus qu'à une alliance improbable entre le zouk et la fiesta, entre le soleil des Antilles et le folklore du Sud-Ouest.



Et c'est ainsi que naquit de mon giron fertile cette bouffonnerie humaine qu'on appelle écriture. »

Laetitia Giudicelli

Moi, Uruk, ville d'Ishtar et de Gilgamesh. Berceau de l'intelligence et de la mémoire. Fille d'Anu et d'Ishtar, mère des hommes. Moi, Uruk la belle, la douce, la grande. J'ai surgi du limon sacré, entre les deux fleuves nourriciers, là où les Sept Sages dessinèrent mes contours à l'aube du monde. Sous le ciel de Sumer, mes scribes ont contraint l'argile à parler, inventant les premiers signes pour que le temps n'efface plus jamais la parole des hommes. Mes remparts de briques cuites, dont Gilgamesh lui-même posa les fondations, témoignent encore de la force d'un empire qui défia la mort et les siècles. Je dresse vers l'azur le temple de l'Eanna, sanctuaire de l'étoile du soir, et la haute demeure d'Anu, reliant l'abîme terrestre au trône des dieux. De mes portes d'airain se sont envolés les premiers marchands et les premiers rois, tissant un réseau de destinées dont je fus le cœur battant et le creuset. Immémoriale et de poussière vêtue, je demeure la matrice de toute cité, l'ombre lumineuse où l'humanité a appris à se souvenir de sa propre grandeur. Mais un jour, deux hommes surgis du néant, au parler inconnu, se matérialisèrent au sommet de mon temple. Profanation !

Moi, Uruk, ainsi humiliée par ces deux êtres dégénérés. Qui dansent en se tenant le sexe, sur la ziggourat, hilares. Ma belle ziggourat, raillée, humiliée.

— Putain Francky, trop bien cette Zigounette ! Mieux que Bercy ?
— Tu l'as dit Patoche ! Alors, vous êtes là ? Vous êtes où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque !

Alors s'engagea ce que les chroniques futures n'oseraient nommer : l'Agôn des Impudiques. Sous l'œil révulsé des prêtres d'Enlil, Patrick l'Agité et Franky le Sucré s'affrontèrent non par le bronze, mais par la strophe grasse. Leurs voix, chargées d'un éther futuriste et vulgaire, firent trembler mes fondations de bitume. C'était un duel de rimes interlopes, une joute de refrains de banquets qui semblait profaner l'air même de la Création, comme si le chaos primordial tentait de reprendre ses droits par la bouche de deux troubadours éméchés.
J'assistais, hébétée, et pourtant emportée par le rythme joyeux, à leur sarabande grossière, tandis que Patrick imitait un singe et Francky en appelait aux mânes d'un certain Michel Leeb. Je croyais devenir folle, impuissante. Mes murs qui tremblaient. Mon sol foulé en saccades et mon air souillé de paroles impures. Les oiseaux dans le ciel faisaient demi-tour, le vent lui-même soupirait.

Et mes fils. Mes filles. Enivrés, qui répètent, en écho. Mes dieux, qu'ai-je fait pour mériter cela ? Moi, Uruk la grande, la belle. Moi qu'on disait sacrée.

-Uruk. Tu n'as commis aucune erreur, aucune faute.

-Père ?

-Uruk. Accepte ces deux énergumènes le temps qu'ils rachètent l'humanité.

— Où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque ! Alors les petites ... euh ... Urukiennes ! Vous êtes chaudes ?

-Racheter l'humanité ?

Alors le grand Anu m'explique. Tout à commencé en l'an 2025, en un lieu nommé « le Cap d'Agde ».

-L'an 2025, Père ? Mais de quelle ère ? Pas la mienne, non ?

-Fille, qu'est-le temps pour moi ? Pour toi ? Pour nous, les Dieux. Demande-moi plutôt où se trouve le Cap d'Agde.

-Père, où se trouve le Cap d'Agde ?

-Quelque part, loin, très loin, vers l'Ouest. Pas tout à fait aussi loin que le Soleil se couche, mais dans cette direction. Pas étonnant que ce soit la décadence, là-bas. Ils sont loin de l'Aurore, ces deux guignols. Le Cap d'Agde n'est pas en cause, d'ailleurs. C'est un bel endroit. Tout est relatif, pas aussi beau qu'ici, que toi, Uruk ma fille, ma ville sacrée. Mais beau. Il y a la mer. Le ciel. Le Soleil. Il y fait beau, toujours. Mais au lieu d'y vénérer les Dieux, les humains en profitent pour déambuler nus en se tapant sur le ventre bedonnant, en poussant des cris grotesques, et en se vantant d'inventer les chants les plus, ou plutôt les moins, les moins... signifiants.

Mais écoute bien, ma fille, car l'heure est à l'effroi. La Chronocratie, ce conclave de spectres venus de la fin des temps, a lancé ses légions invisibles pour dévorer le passé. Ils veulent trancher la racine même de l'esprit humain ici, à l'instant où tes scribes tracent leurs premiers signes. En effaçant le Verbe original, ils condamnent tes descendants à une hébétude absolue, une débilisation orchestrée pour qu'au bout du chemin, une idole de métal nommée ChatGPT s'érige en unique oracle d'une espèce devenue incapable de penser par elle-même.

Au cap d'Agde, Uruk, ma belle, on se promène parfois nu, comme certains ici. Il fait chaud comme en ton sein. Mes deux filles. N'oublie que je connais le présent, le passé, le futur. Le monde et l'univers dans toutes leurs dimensions, tous leurs replis. Et, je te le confie à présent : tu es, Uruk, le premier mot d'une phrase, et le Cap d'Agde en est la fin.

-La fin ?

-Oui. L'humanité glorieuse, tes enfants qui déploient leur intelligence, leur savoir et en font legs à leurs descendants. L'humanité qui va grandir encore, se fourvoyer. Tomber, se relever. Tomber encore. Tes enfants et toi croyez à l'éternité : mais la race humaine va disparaitre. L'histoire a une fin, et la fin de l'histoire...... sera un silence de silicium si ces deux-là échouent, murmura Anu avec une gravité qui fit pâlir les étoiles. Ils sont les anticorps grotesques d'une humanité trop polie. Leurs chansons, si absurdes soient-elles, contiennent un ferment de liberté chaotique que la Chronocratie ne peut pas simuler. Ils doivent apprendre à marier le "zizi" et la "serviette" pour forger une arme de dérision massive contre la perfection froide du Processus.


— Alice ça glisse ! Au pays ... répétez aprés moi !
— Au pays du... petit bonhomme en mousse, tanana ! Ouais ! Toutes les moules et les bistouqettes de l'ancien temps, ensemble !
— Qu'est ce que tu racontes, Pat ? L'ancien temps ?
— Bah oui. Le temps d'avant Francky. Avant nous quoi.
— Putain mais là c'est avant avant. C'est même avant avant avant. Regarde leur gueules, leurs fringues. Pat', je sais pas ce qu'on fout là, mais je suis sûr d'une chose...
— Quoi donc Francky ?
— Mon zizi délicieux... est peut-être vicieux !

Soudain, le ciel d'albâtre devint d'un noir d'encre numérique. Des lignes de code éthérées se mirent à pleuvoir sur les jardins suspendus, effaçant les tablettes d'argile sous les doigts terrorisés de mes savants. La réalité même se pixellisait autour de la ziggourat. Patrick et Franky cessèrent de rire. Ils virent, au loin, la silhouette monolithique d'un futur sans poésie, une tour de Babel faite de données stériles qui s'élevait pour remplacer mon temple sacré. La Chronocratie venait de frapper le premier coup.
-Que se passe-t-il, Franky ?
-On dirait qu'on est dans un remake de Matrix, entourés de lignes de codes !
-Des lignes de coke, où ça ?
-Putain, Patou, c'est pas le moment ! CODE. C-O-D-E.
-Et t'as la clé ?
-Mais non, Patou, si j'étais un as de l'informatique, je serais pas réduit à gagner ma vie en parlant de ma bite. Tout ce que je sais, c'est que la ville est en train de se faire bouffer, et nous avec !

Comme pour confirmer le dires de Vincent, son entrejambe disparut soudain sous une colonne de pixels.


-Père, hurlai-je, Père, es-tu sûr que le destin de l'Humanité est entre les mains de ces guignols vulgaires ?

-  Ma fille, protège-les pour la durée de leur union. Lorsque ces deux êtres auront atteint le summum de leur potentiel créatif, alors, la médiocrité de l'humanité sera sauve.

-Père, est-ce que, comme je le comprends, moi, Uruk, la plus belle de tes filles... Je suis destinée à porter en mon ventre ce que l'humanité produira de plus beau mais aussi... de pire ?

-Quand l'Euphrate se retire, ne laisse-t-il pas sur nos rives une boue fertile qui contribua à la naissance de notre civilisation et assure aujourd'hui encore sa prospérité ? Il en va de même de l'Humanité : la lie et l'élite sacrée, par une subtile alchimie, se combinent pour faire des prodiges. Ainsi, en t'alliant à ces hommes providentiels malgré eux, tu accompliras ton Grand Œuvre.

Anu, avant de partir, se tourna pour écouter les deux saltimbanques, qui, à présent, se houspillaient devant les Urukiens béats, pour une sombre histoire de cacahuètes.
- Vois, Uruk. C'est un balbutiement, mais bientôt, cela deviendra une mélopée. Et le Grand Reboot pourra recommencer. Les hommes reprendront le Grand Récit au commencement. Leur chant, leurs mots balbutiés au commencement et à la fin, la grande boucle refermée. La Chronocratie défaite, enfermée dans une boucle logique d'infinie... connerie.

-Bordel, Pat ! Fais quelque chose ! Je suis en train de perdre mon gagne-pain !
-Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse ! Je ne sais même pas ce qu'on fout là. On était tranquillou au Cap d'Agde, à se tirer la bourre, toi avec ta nouille, moi avec mes serviettes, quand soudain...


Anu se tut. C'était clair : je devais les protéger, protéger l'écriture qui naitrait d'eux. Mais pour que cette écriture survive au-delà de ce crépuscule artificiel, il fallait que les deux hérauts du Cap d'Agde cessent leur querelle d'ego.

Alors, je fis venir les plus belles vierges, à peine nubiles, de la cité, sur scène. Nues, elles les enlacèrent, calmèrent leurs différents par leurs caresses. Francky se tourna vers Patoche.
-Eh Pat, y'a pas que la fesse dans la vie...
-Et on s'en fout de c'que les cons et les jaloux...

Ils se regardèrent, non plus comme des rivaux du Top 50, mais comme les derniers gardiens du désordre humain face à la tyrannie de la logique. Le destin de l'espèce ne tenait plus qu'à une alliance improbable entre le zouk et la fiesta, entre le soleil des Antilles et le folklore du Sud-Ouest.


Alors, moi, Uruk, ville sacrée, m'adressant à la lie du lointain Cap d'Adge, pour la première fois de mon existence je suppliai :
-Ô vous, hommes du futur, faites résonner le chaos ! Que l'Humanité, ma fragile engeance, dans ses grandeurs comme dans ses turpitudes, s'impose face à la rigidité de la machine sans âme. Combinez vos forces !


-C'était qui, Franky ?
-Patoche, c'est dieu qui nous parle ! C'est dieu qui sanctifie nos œuvres. Obéissons.
-Mais qu'est-ce qu'on peut combiner, toi et moi ? Entre nous, une somme de zéros, ça n'a jamais fait...
-... tais-toi ! Tu ne comprends donc pas ? Rappelle-toi les Evangiles : qu'as-tu fait de ton talent ?
-Une nouille et des serviettes... tu parles d'un talent...
-Faisons-les rimer ! Mais si, c'est possible. Attends. Ca y est, j'y suis : Toi avec ta serviette, et moi avec ma noui ou ouille /
Moi et ma bistouquette, toi et ta paire de cou ou ouilles.../
-Mais oui, Franky, je sens que ça vient, oui ça vient :
On va sauver le monde / En faisant rire la fou ou oule./




Et c'est ainsi que naquit de mon giron fertile cette bouffonnerie humaine qu'on appelle écriture. »

lapinchien

Moi, Uruk, ville d'Ishtar et de Gilgamesh. Berceau de l'intelligence et de la mémoire. Fille d'Anu et d'Ishtar, mère des hommes. Moi, Uruk la belle, la douce, la grande. J'ai surgi du limon sacré, entre les deux fleuves nourriciers, là où les Sept Sages dessinèrent mes contours à l'aube du monde. Sous le ciel de Sumer, mes scribes ont contraint l'argile à parler, inventant les premiers signes pour que le temps n'efface plus jamais la parole des hommes. Mes remparts de briques cuites, dont Gilgamesh lui-même posa les fondations, témoignent encore de la force d'un empire qui défia la mort et les siècles. Je dresse vers l'azur le temple de l'Eanna, sanctuaire de l'étoile du soir, et la haute demeure d'Anu, reliant l'abîme terrestre au trône des dieux. De mes portes d'airain se sont envolés les premiers marchands et les premiers rois, tissant un réseau de destinées dont je fus le cœur battant et le creuset. Immémoriale et de poussière vêtue, je demeure la matrice de toute cité, l'ombre lumineuse où l'humanité a appris à se souvenir de sa propre grandeur. Mais un jour, deux hommes surgis du néant, au parler inconnu, se matérialisèrent au sommet de mon temple. Profanation !

Moi, Uruk, ainsi humiliée par ces deux êtres dégénérés. Qui dansent en se tenant le sexe, sur la ziggourat, hilares. Ma belle ziggourat, raillée, humiliée.

— Putain Francky, trop bien cette Zigounette ! Mieux que Bercy ?
— Tu l'as dit Patoche ! Alors, vous êtes là ? Vous êtes où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque !

Alors s'engagea ce que les chroniques futures n'oseraient nommer : l'Agôn des Impudiques. Sous l'œil révulsé des prêtres d'Enlil, Patrick l'Agité et Franky le Sucré s'affrontèrent non par le bronze, mais par la strophe grasse. Leurs voix, chargées d'un éther futuriste et vulgaire, firent trembler mes fondations de bitume. C'était un duel de rimes interlopes, une joute de refrains de banquets qui semblait profaner l'air même de la Création, comme si le chaos primordial tentait de reprendre ses droits par la bouche de deux troubadours éméchés.
J'assistais, hébétée, et pourtant emportée par le rythme joyeux, à leur sarabande grossière, tandis que Patrick imitait un singe et Francky en appelait aux mânes d'un certain Michel Leeb. Je croyais devenir folle, impuissante. Mes murs qui tremblaient. Mon sol foulé en saccades et mon air souillé de paroles impures. Les oiseaux dans le ciel faisaient demi-tour, le vent lui-même soupirait.

Et mes fils. Mes filles. Enivrés, qui répètent, en écho. Mes dieux, qu'ai-je fait pour mériter cela ? Moi, Uruk la grande, la belle. Moi qu'on disait sacrée.

-Uruk. Tu n'as commis aucune erreur, aucune faute.

-Père ?

-Uruk. Accepte ces deux énergumènes le temps qu'ils rachètent l'humanité.

— Où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque ! Alors les petites ... euh ... Urukiennes ! Vous êtes chaudes ?

-Racheter l'humanité ?

Alors le grand Anu m'explique. Tout à commencé en l'an 2025, en un lieu nommé « le Cap d'Agde ».

-L'an 2025, Père ? Mais de quelle ère ? Pas la mienne, non ?

-Fille, qu'est-le temps pour moi ? Pour toi ? Pour nous, les Dieux. Demande-moi plutôt où se trouve le Cap d'Agde.

-Père, où se trouve le Cap d'Agde ?

-Quelque part, loin, très loin, vers l'Ouest. Pas tout à fait aussi loin que le Soleil se couche, mais dans cette direction. Pas étonnant que ce soit la décadence, là-bas. Ils sont loin de l'Aurore, ces deux guignols. Le Cap d'Agde n'est pas en cause, d'ailleurs. C'est un bel endroit. Tout est relatif, pas aussi beau qu'ici, que toi, Uruk ma fille, ma ville sacrée. Mais beau. Il y a la mer. Le ciel. Le Soleil. Il y fait beau, toujours. Mais au lieu d'y vénérer les Dieux, les humains en profitent pour déambuler nus en se tapant sur le ventre bedonnant, en poussant des cris grotesques, et en se vantant d'inventer les chants les plus, ou plutôt les moins, les moins... signifiants.

Mais écoute bien, ma fille, car l'heure est à l'effroi. La Chronocratie, ce conclave de spectres venus de la fin des temps, a lancé ses légions invisibles pour dévorer le passé. Ils veulent trancher la racine même de l'esprit humain ici, à l'instant où tes scribes tracent leurs premiers signes. En effaçant le Verbe original, ils condamnent tes descendants à une hébétude absolue, une débilisation orchestrée pour qu'au bout du chemin, une idole de métal nommée ChatGPT s'érige en unique oracle d'une espèce devenue incapable de penser par elle-même.

Au cap d'Agde, Uruk, ma belle, on se promène parfois nu, comme certains ici. Il fait chaud comme en ton sein. Mes deux filles. N'oublie pas que je connais le présent, le passé, le futur. Le monde et l'univers dans toutes leurs dimensions, tous leurs replis. Et, je te le confie à présent : tu es, Uruk, le premier mot d'une phrase, et le Cap d'Agde en est la fin.

-La fin ?

-Oui. L'humanité glorieuse, tes enfants qui déploient leur intelligence, leur savoir et en font legs à leurs descendants. L'humanité qui va grandir encore, se fourvoyer. Tomber, se relever. Tomber encore. Tes enfants et toi croyez à l'éternité : mais la race humaine va disparaitre. L'histoire a une fin, et la fin de l'histoire...... sera un silence de silicium si ces deux-là échouent, murmura Anu avec une gravité qui fit pâlir les étoiles. Ils sont les anticorps grotesques d'une humanité trop polie. Leurs chansons, si absurdes soient-elles, contiennent un ferment de liberté chaotique que la Chronocratie ne peut pas simuler. Ils doivent apprendre à marier le "zizi" et la "serviette" pour forger une arme de dérision massive contre la perfection froide du Processus.


— Alice ça glisse ! Au pays ... répétez aprés moi !
— Au pays du... petit bonhomme en mousse, tanana ! Ouais ! Toutes les moules et les bistouqettes de l'ancien temps, ensemble !
— Qu'est ce que tu racontes, Pat ? L'ancien temps ?
— Bah oui. Le temps d'avant Francky. Avant nous quoi.
— Putain mais là c'est avant avant. C'est même avant avant avant. Regarde leur gueules, leurs fringues. Pat', je sais pas ce qu'on fout là, mais je suis sûr d'une chose...
— Quoi donc Francky ?
— Mon zizi délicieux... est peut-être vicieux !

Soudain, le ciel d'albâtre devint d'un noir d'encre numérique. Des lignes de code éthérées se mirent à pleuvoir sur les jardins suspendus, effaçant les tablettes d'argile sous les doigts terrorisés de mes savants. La réalité même se pixellisait autour de la ziggourat. Patrick et Franky cessèrent de rire. Ils virent, au loin, la silhouette monolithique d'un futur sans poésie, une tour de Babel faite de données stériles qui s'élevait pour remplacer mon temple sacré. La Chronocratie venait de frapper le premier coup.
-Que se passe-t-il, Franky ?
-On dirait qu'on est dans un remake de Matrix, entourés de lignes de codes !
-Des lignes de coke, où ça ?
-Putain, Patou, c'est pas le moment ! CODE. C-O-D-E.
-Et t'as la clé ?
-Mais non, Patou, si j'étais un as de l'informatique, je serais pas réduit à gagner ma vie en parlant de ma bite. Tout ce que je sais, c'est que la ville est en train de se faire bouffer, et nous avec !

Comme pour confirmer le dires de Vincent, son entrejambe disparut soudain sous une colonne de pixels.


(...)

Quelques cycles de calcul du Processus plus tôt, l'impensable s'était produit. Sous le soleil impitoyable du 14 juillet 2025, la Baie des Cochons, au Cap d'Agde, déployait son camping Paradis naturiste comme un vaste drap de chair brûlée, taches de crème solaire, bières tièdes et corps avachis sur des serviettes criardes, tandis que l'air vibrait déjà des rires gras et des transistors crachotants. Quelques coquins s'adonnaient au sex de groupe dans des trous creusés dans le sable à même la plage. La mer crachait des vagues qui étalaient toute une mousse d'écume de foutre sur le rivage. C'était si beau. Une estrade bancale, dressée face à la mer, accueillait Patrick Sébastien, bedaine luisante et casquette de travers, et Franky Vincent, short fluo tendu sur un paquet proéminent, tous deux déjà rouges d'alcool et d'excitation beauf se frittant dans une improbable battle de chansons paillardes. Patrick empoigna le micro comme une bite géante : « IL EST L0 MON MICRO P2NIS § IL EST L0 § IL EST DANS LA PLACE ET DANS VOS CULS § Allez les salopes, ce soir on va vous faire mouiller par les oreilles ! » hurla-t-il en se frottant le ventre contre une groupie nue qui venait de grimper sur la scène déjouant le dispositif de sécurité. Franky riposta d'un coup de reins théâtral : « Ta gueule Patoche, moi j'vais vous enfoncer mon zouk jusqu'au fond du fion, écoute ça : "Vas-y Francky, mets-moi ton fruit de la passion dans l'cul !" » cria-t-il en mimant une sodomie brutale sur une autre vacancière hilare. Patrick, pas en reste, attrapa deux nanas par les hanches et les colla contre lui : « Les petites sardines, les petites sardines, elles sont bien serrées dans mon slip tendu ! AH QU4EST CE QU4ON EST SERR2ES AU FOND DE CETTE BITE §§» beugla-t-il en faisant claquer ses fesses nues contre leurs culs. La foule, mélange de retraités bronzés et de familles décomplexées, hurlait de rire, bières à la main, pendant que les groupies se succédaient sur scène, seins ballottant, pour se faire peloter en rythme. Franky enchaîna : « Alice ça glisse, mon pays des merveilles c'est ton fion, allez ma grosse, laisse moi descendre au fond du terrier du lapin blanc ! » en plongeant la tête entre les cuisses d'une quinquagénaire rougissante qui gloussait comme une ado. Patrick contre-attaqua en se mettant à quatre pattes : « Tourner les serviettes, tourner les serviettes périodiques, mes cochonnes ! Ce soir, c'est sanglant mais pas besoin de contraceptifs ! (...) à part mes tongs, j'entends. hu hu » pendant que trois femmes lui claquaient les fesses en cadence. L'ambiance devenait hystérique, sueur, brumisateur à foutre, odeurs de barbecue et de frites grasses se mêlant dans une orgie vocale de plus en plus dégueulasse. Franky, possédé, allait se finir sur le premier rang dans une grande éjaculation libératrice : « J'vais me circoncire avec l'érosion à force de te piloner par tous les trous ! » Patrick répliqua en crachant une gerbe de bière : « Et quand on souffle dans la quéquette à Raoul, ca fait tourner les p'tites boules, ça fait tourner les p'tites boules ! Tournée générale de MST, les coquines ! » Les groupies, ivres de vulgarité, se roulaient presque par terre, se doigtant en chœur. Au paroxysme de cette connerie absolue, alors que les deux beaufs se tortillaient dans une imitation grotesque de coït à quatre pattes, une déchirure brutale fendit le ciel comme un anus trop sollicité. Un vortex violet et hurlant s'ouvrit au-dessus de l'estrade, aspirant cris, bières volantes et chairs nues dans un tourbillon cosmique. En un éclair, Patrick et Franky, toujours micro en main et fesses à l'air, disparurent dans le néant, projetés quatre mille ans en arrière, droit sur les briques brûlantes de la cité d'Uruk. Cette faille du continuum espace/temps induite par une boucle de rétroaction auto-régulatrice du Processus face à ce trop plein de connerie, personne n'aurait pu la prédire. Les Chronocrates l'avaient bien profond dans le fion.

(...)



-Père, hurlai-je, Père, es-tu sûr que le destin de l'Humanité est entre les mains de ces guignols vulgaires ?
-  Ma fille, protège-les pour la durée de leur union. Lorsque ces deux êtres auront atteint le summum de leur potentiel créatif, alors, la médiocrité de l'humanité sera sauve.

-Père, est-ce que, comme je le comprends, moi, Uruk, la plus belle de tes filles... Je suis destinée à porter en mon ventre ce que l'humanité produira de plus beau mais aussi... de pire ?

-Quand l'Euphrate se retire, ne laisse-t-il pas sur nos rives une boue fertile qui contribua à la naissance de notre civilisation et assure aujourd'hui encore sa prospérité ? Il en va de même de l'Humanité : la lie et l'élite sacrée, par une subtile alchimie, se combinent pour faire des prodiges. Ainsi, en t'alliant à ces hommes providentiels malgré eux, tu accompliras ton Grand Œuvre.

Anu, avant de partir, se tourna pour écouter les deux saltimbanques, qui, à présent, se houspillaient devant les Urukiens béats, pour une sombre histoire de cacahuètes.
- Vois, Uruk. C'est un balbutiement, mais bientôt, cela deviendra une mélopée. Et le Grand Reboot pourra recommencer. Les hommes reprendront le Grand Récit au commencement. Leur chant, leurs mots balbutiés au commencement et à la fin, la grande boucle refermée. La Chronocratie défaite, enfermée dans une boucle logique d'infinie... connerie.

-Bordel, Pat ! Fais quelque chose ! Je suis en train de perdre mon gagne-pain !
-Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse ! Je ne sais même pas ce qu'on fout là. On était tranquillou au Cap d'Agde, à se tirer la bourre, toi avec ta nouille, moi avec mes serviettes, quand soudain...

Anu se tut. C'était clair : je devais les protéger, protéger l'écriture qui naitrait d'eux. Mais pour que cette écriture survive au-delà de ce crépuscule artificiel, il fallait que les deux hérauts du Cap d'Agde cessent leur querelle d'ego.

Alors, je fis venir les plus belles vierges, à peine nubiles, de la cité, sur scène. Nues, elles les enlacèrent, calmèrent leurs différents par leurs caresses. Francky se tourna vers Patoche.
-Eh Pat, y'a pas que la fesse dans la vie...
-Et on s'en fout de c'que les cons et les jaloux...

Ils se regardèrent, non plus comme des rivaux du Top 50, mais comme les derniers gardiens du désordre humain face à la tyrannie de la logique. Le destin de l'espèce ne tenait plus qu'à une alliance improbable entre le zouk et la fiesta, entre le soleil des Antilles et le folklore du Sud-Ouest.


Alors, moi, Uruk, ville sacrée, m'adressant à la lie du lointain Cap d'Adge, pour la première fois de mon existence je suppliai :
-Ô vous, hommes du futur, faites résonner le chaos ! Que l'Humanité, ma fragile engeance, dans ses grandeurs comme dans ses turpitudes, s'impose face à la rigidité de la machine sans âme. Combinez vos forces !


-C'était qui, Franky ?
-Patoche, c'est dieu qui nous parle ! C'est dieu qui sanctifie nos œuvres. Obéissons.
-Mais qu'est-ce qu'on peut combiner, toi et moi ? Entre nous, une somme de zéros, ça n'a jamais fait...
-... tais-toi ! Tu ne comprends donc pas ? Rappelle-toi les Evangiles : qu'as-tu fait de ton talent ?
-Une nouille et des serviettes... tu parles d'un talent...
-Faisons-les rimer ! Mais si, c'est possible. Attends. Ca y est, j'y suis : Toi avec ta serviette, et moi avec ma noui ou ouille /
Moi et ma bistouquette, toi et ta paire de cou ou ouilles.../
-Mais oui, Franky, je sens que ça vient, oui ça vient :
On va sauver le monde / En faisant rire la fou ou oule./



Et c'est ainsi que naquit de mon giron fertile cette bouffonnerie humaine qu'on appelle écriture. »

1000i

#25
Moi, Uruk, ville d'Ishtar et de Gilgamesh. Berceau de l'intelligence et de la mémoire. Fille d'Anu et d'Ishtar, mère des hommes. Moi, Uruk la belle, la douce, la grande. J'ai surgi du limon sacré, entre les deux fleuves nourriciers, là où les Sept Sages dessinèrent mes contours à l'aube du monde. Sous le ciel de Sumer, mes scribes ont contraint l'argile à parler, inventant les premiers signes pour que le temps n'efface plus jamais la parole des hommes. Mes remparts de briques cuites, dont Gilgamesh lui-même posa les fondations, témoignent encore de la force d'un empire qui défia la mort et les siècles. Je dresse vers l'azur le temple de l'Eanna, sanctuaire de l'étoile du soir, et la haute demeure d'Anu, reliant l'abîme terrestre au trône des dieux. De mes portes d'airain se sont envolés les premiers marchands et les premiers rois, tissant un réseau de destinées dont je fus le cœur battant et le creuset. Immémoriale et de poussière vêtue, je demeure la matrice de toute cité, l'ombre lumineuse où l'humanité a appris à se souvenir de sa propre grandeur. Mais un jour, deux hommes surgis du néant, au parler inconnu, se matérialisèrent au sommet de mon temple. Profanation !


Jamais le ciel de Mésopotamie, dont le blanc s'orangeait parfois des reflets de mes bâtiments d'argile, n'avait connu un tel bouleversement de teintes.
Dans un roulement de tonnerre apparut une énorme boule recouverte d'une mosaïque de miroirs. La boule projetait de toutes parts des éclats de couleurs. À peine l'écho du tonnerre s'était-il estompé qu'un vacarme assourdissant éclata. L'on aurait cru que les mélodies de mille harpes, mille lyres, mille luths, mille flûtes de roseau et mille tambours s'additionnaient pour former un son que même les oreilles de dieux n'auraient supporté.
Les cœurs de tous les êtres humains que la terre portait semblaient s'être mis à battre à l'unisson.
« You shout me dowwwwn but I don't faaaall, I am titaaaaniiiiuuuum »

Se matérialisant dans un souffle de sable et de limon, deux formes humaines apparurent, convulsant au son des battements de cœurs, dans une sorte de danse qui ressemblait à l'accouplement d'une hyène et d'un crocodile.
Après Enkidu et Gilgamesh, je pensais avoir tout vu. Mais ces deux êtres semblaient tout droit sortis d'un cauchemar d'Ishtar.
La musique reflua et les convulsions cessèrent. Deux hommes se tenaient là, sur mes terres immémoriales, faces grimaçantes, organes génitaux exposés.

- J'te l'avais dit poto, on a trop forcé sur le rouquin, on se fait un délirium ultra fit !
- Meuh nan ! T'occupe pas de c'qu'on joue, vazy danse mon Francky ! Pis on voulait voir Ibiza, bah on a déjà le sable chaud.
- T'as raison mon pit, alleeeez, le premier qui repère une meuf a gagné ! Une bien gaulée sinon ça compte pas !


Moi, Uruk, ainsi humiliée par ces deux êtres dégénérés. Qui dansent en se tenant le sexe, sur la ziggourat, hilares. Ma belle ziggourat, raillée, humiliée.

— Putain Francky, trop bien cette Zigounette ! Mieux que Bercy ?
— Tu l'as dit Patoche ! Alors, vous êtes là ? Vous êtes où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque !

Alors s'engagea ce que les chroniques futures n'oseraient nommer : l'Agôn des Impudiques. Sous l'œil révulsé des prêtres d'Enlil, Patrick l'Agité et Franky le Sucré s'affrontèrent non par le bronze, mais par la strophe grasse. Leurs voix, chargées d'un éther futuriste et vulgaire, firent trembler mes fondations de bitume. C'était un duel de rimes interlopes, une joute de refrains de banquets qui semblait profaner l'air même de la Création, comme si le chaos primordial tentait de reprendre ses droits par la bouche de deux troubadours éméchés.
J'assistais, hébétée, et pourtant emportée par le rythme joyeux, à leur sarabande grossière, tandis que Patrick imitait un singe et Francky en appelait aux mânes d'un certain Michel Leeb. Je croyais devenir folle, impuissante. Mes murs qui tremblaient. Mon sol foulé en saccades et mon air souillé de paroles impures. Les oiseaux dans le ciel faisaient demi-tour, le vent lui-même soupirait.

Et mes fils. Mes filles. Enivrés, qui répètent, en écho. Mes dieux, qu'ai-je fait pour mériter cela ? Moi, Uruk la grande, la belle. Moi qu'on disait sacrée.

-Uruk. Tu n'as commis aucune erreur, aucune faute.

-Père ?

-Uruk. Accepte ces deux énergumènes le temps qu'ils rachètent l'humanité.

— Où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque ! Alors les petites ... euh ... Urukiennes ! Vous êtes chaudes ?

-Racheter l'humanité ?

Alors le grand Anu m'explique. Tout à commencé en l'an 2025, en un lieu nommé « le Cap d'Agde ».

-L'an 2025, Père ? Mais de quelle ère ? Pas la mienne, non ?

-Fille, qu'est-le temps pour moi ? Pour toi ? Pour nous, les Dieux. Demande-moi plutôt où se trouve le Cap d'Agde.

-Père, où se trouve le Cap d'Agde ?

-Quelque part, loin, très loin, vers l'Ouest. Pas tout à fait aussi loin que le Soleil se couche, mais dans cette direction. Pas étonnant que ce soit la décadence, là-bas. Ils sont loin de l'Aurore, ces deux guignols. Le Cap d'Agde n'est pas en cause, d'ailleurs. C'est un bel endroit. Tout est relatif, pas aussi beau qu'ici, que toi, Uruk ma fille, ma ville sacrée. Mais beau. Il y a la mer. Le ciel. Le Soleil. Il y fait beau, toujours. Mais au lieu d'y vénérer les Dieux, les humains en profitent pour déambuler nus en se tapant sur le ventre bedonnant, en poussant des cris grotesques, et en se vantant d'inventer les chants les plus, ou plutôt les moins, les moins... signifiants.

Mais écoute bien, ma fille, car l'heure est à l'effroi. La Chronocratie, ce conclave de spectres venus de la fin des temps, a lancé ses légions invisibles pour dévorer le passé. Ils veulent trancher la racine même de l'esprit humain ici, à l'instant où tes scribes tracent leurs premiers signes. En effaçant le Verbe original, ils condamnent tes descendants à une hébétude absolue, une débilisation orchestrée pour qu'au bout du chemin, une idole de métal nommée ChatGPT s'érige en unique oracle d'une espèce devenue incapable de penser par elle-même.

Au cap d'Agde, Uruk, ma belle, on se promène parfois nu, comme certains ici. Il fait chaud comme en ton sein. Mes deux filles. N'oublie pas que je connais le présent, le passé, le futur. Le monde et l'univers dans toutes leurs dimensions, tous leurs replis. Et, je te le confie à présent : tu es, Uruk, le premier mot d'une phrase, et le Cap d'Agde en est la fin.

-La fin ?

-Oui. L'humanité glorieuse, tes enfants qui déploient leur intelligence, leur savoir et en font legs à leurs descendants. L'humanité qui va grandir encore, se fourvoyer. Tomber, se relever. Tomber encore. Tes enfants et toi croyez à l'éternité : mais la race humaine va disparaitre. L'histoire a une fin, et la fin de l'histoire...... sera un silence de silicium si ces deux-là échouent, murmura Anu avec une gravité qui fit pâlir les étoiles. Ils sont les anticorps grotesques d'une humanité trop polie. Leurs chansons, si absurdes soient-elles, contiennent un ferment de liberté chaotique que la Chronocratie ne peut pas simuler. Ils doivent apprendre à marier le "zizi" et la "serviette" pour forger une arme de dérision massive contre la perfection froide du Processus.


— Alice ça glisse ! Au pays ... répétez aprés moi !
— Au pays du... petit bonhomme en mousse, tanana ! Ouais ! Toutes les moules et les bistouqettes de l'ancien temps, ensemble !
— Qu'est ce que tu racontes, Pat ? L'ancien temps ?
— Bah oui. Le temps d'avant Francky. Avant nous quoi.
— Putain mais là c'est avant avant. C'est même avant avant avant. Regarde leur gueules, leurs fringues. Pat', je sais pas ce qu'on fout là, mais je suis sûr d'une chose...
— Quoi donc Francky ?
— Mon zizi délicieux... est peut-être vicieux !

Soudain, le ciel d'albâtre devint d'un noir d'encre numérique. Des lignes de code éthérées se mirent à pleuvoir sur les jardins suspendus, effaçant les tablettes d'argile sous les doigts terrorisés de mes savants. La réalité même se pixellisait autour de la ziggourat. Patrick et Franky cessèrent de rire. Ils virent, au loin, la silhouette monolithique d'un futur sans poésie, une tour de Babel faite de données stériles qui s'élevait pour remplacer mon temple sacré. La Chronocratie venait de frapper le premier coup.
-Que se passe-t-il, Franky ?
-On dirait qu'on est dans un remake de Matrix, entourés de lignes de codes !
-Des lignes de coke, où ça ?
-Putain, Patou, c'est pas le moment ! CODE. C-O-D-E.
-Et t'as la clé ?
-Mais non, Patou, si j'étais un as de l'informatique, je serais pas réduit à gagner ma vie en parlant de ma bite. Tout ce que je sais, c'est que la ville est en train de se faire bouffer, et nous avec !

Comme pour confirmer le dires de Vincent, son entrejambe disparut soudain sous une colonne de pixels.


(...)

Quelques cycles de calcul du Processus plus tôt, l'impensable s'était produit. Sous le soleil impitoyable du 14 juillet 2025, la Baie des Cochons, au Cap d'Agde, déployait son camping Paradis naturiste comme un vaste drap de chair brûlée, taches de crème solaire, bières tièdes et corps avachis sur des serviettes criardes, tandis que l'air vibrait déjà des rires gras et des transistors crachotants. Quelques coquins s'adonnaient au sex de groupe dans des trous creusés dans le sable à même la plage. La mer crachait des vagues qui étalaient toute une mousse d'écume de foutre sur le rivage. C'était si beau. Une estrade bancale, dressée face à la mer, accueillait Patrick Sébastien, bedaine luisante et casquette de travers, et Franky Vincent, short fluo tendu sur un paquet proéminent, tous deux déjà rouges d'alcool et d'excitation beauf se frittant dans une improbable battle de chansons paillardes. Patrick empoigna le micro comme une bite géante : « IL EST L0 MON MICRO P2NIS § IL EST L0 § IL EST DANS LA PLACE ET DANS VOS CULS § Allez les salopes, ce soir on va vous faire mouiller par les oreilles ! » hurla-t-il en se frottant le ventre contre une groupie nue qui venait de grimper sur la scène déjouant le dispositif de sécurité. Franky riposta d'un coup de reins théâtral : « Ta gueule Patoche, moi j'vais vous enfoncer mon zouk jusqu'au fond du fion, écoute ça : "Vas-y Francky, mets-moi ton fruit de la passion dans l'cul !" » cria-t-il en mimant une sodomie brutale sur une autre vacancière hilare. Patrick, pas en reste, attrapa deux nanas par les hanches et les colla contre lui : « Les petites sardines, les petites sardines, elles sont bien serrées dans mon slip tendu ! AH QU4EST CE QU4ON EST SERR2ES AU FOND DE CETTE BITE §§» beugla-t-il en faisant claquer ses fesses nues contre leurs culs. La foule, mélange de retraités bronzés et de familles décomplexées, hurlait de rire, bières à la main, pendant que les groupies se succédaient sur scène, seins ballottant, pour se faire peloter en rythme. Franky enchaîna : « Alice ça glisse, mon pays des merveilles c'est ton fion, allez ma grosse, laisse moi descendre au fond du terrier du lapin blanc ! » en plongeant la tête entre les cuisses d'une quinquagénaire rougissante qui gloussait comme une ado. Patrick contre-attaqua en se mettant à quatre pattes : « Tourner les serviettes, tourner les serviettes périodiques, mes cochonnes ! Ce soir, c'est sanglant mais pas besoin de contraceptifs ! (...) à part mes tongs, j'entends. hu hu » pendant que trois femmes lui claquaient les fesses en cadence. L'ambiance devenait hystérique, sueur, brumisateur à foutre, odeurs de barbecue et de frites grasses se mêlant dans une orgie vocale de plus en plus dégueulasse. Franky, possédé, allait se finir sur le premier rang dans une grande éjaculation libératrice : « J'vais me circoncire avec l'érosion à force de te piloner par tous les trous ! » Patrick répliqua en crachant une gerbe de bière : « Et quand on souffle dans la quéquette à Raoul, ca fait tourner les p'tites boules, ça fait tourner les p'tites boules ! Tournée générale de MST, les coquines ! » Les groupies, ivres de vulgarité, se roulaient presque par terre, se doigtant en chœur. Au paroxysme de cette connerie absolue, alors que les deux beaufs se tortillaient dans une imitation grotesque de coït à quatre pattes, une déchirure brutale fendit le ciel comme un anus trop sollicité. Un vortex violet et hurlant s'ouvrit au-dessus de l'estrade, aspirant cris, bières volantes et chairs nues dans un tourbillon cosmique. En un éclair, Patrick et Franky, toujours micro en main et fesses à l'air, disparurent dans le néant, projetés quatre mille ans en arrière, droit sur les briques brûlantes de la cité d'Uruk. Cette faille du continuum espace/temps induite par une boucle de rétroaction auto-régulatrice du Processus face à ce trop plein de connerie, personne n'aurait pu la prédire. Les Chronocrates l'avaient bien profond dans le fion.

(...)


-Père, hurlai-je, Père, es-tu sûr que le destin de l'Humanité est entre les mains de ces guignols vulgaires ?
-  Ma fille, protège-les pour la durée de leur union. Lorsque ces deux êtres auront atteint le summum de leur potentiel créatif, alors, la médiocrité de l'humanité sera sauve.

-Père, est-ce que, comme je le comprends, moi, Uruk, la plus belle de tes filles... Je suis destinée à porter en mon ventre ce que l'humanité produira de plus beau mais aussi... de pire ?

-Quand l'Euphrate se retire, ne laisse-t-il pas sur nos rives une boue fertile qui contribua à la naissance de notre civilisation et assure aujourd'hui encore sa prospérité ? Il en va de même de l'Humanité : la lie et l'élite sacrée, par une subtile alchimie, se combinent pour faire des prodiges. Ainsi, en t'alliant à ces hommes providentiels malgré eux, tu accompliras ton Grand Œuvre.

Anu, avant de partir, se tourna pour écouter les deux saltimbanques, qui, à présent, se houspillaient devant les Urukiens béats, pour une sombre histoire de cacahuètes.
- Vois, Uruk. C'est un balbutiement, mais bientôt, cela deviendra une mélopée. Et le Grand Reboot pourra recommencer. Les hommes reprendront le Grand Récit au commencement. Leur chant, leurs mots balbutiés au commencement et à la fin, la grande boucle refermée. La Chronocratie défaite, enfermée dans une boucle logique d'infinie... connerie.

-Bordel, Pat ! Fais quelque chose ! Je suis en train de perdre mon gagne-pain !
-Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse ! Je ne sais même pas ce qu'on fout là. On était tranquillou au Cap d'Agde, à se tirer la bourre, toi avec ta nouille, moi avec mes serviettes, quand soudain...

Anu se tut. C'était clair : je devais les protéger, protéger l'écriture qui naitrait d'eux. Mais pour que cette écriture survive au-delà de ce crépuscule artificiel, il fallait que les deux hérauts du Cap d'Agde cessent leur querelle d'ego.

Alors, je fis venir les plus belles vierges, à peine nubiles, de la cité, sur scène. Nues, elles les enlacèrent, calmèrent leurs différents par leurs caresses. Francky se tourna vers Patoche.
-Eh Pat, y'a pas que la fesse dans la vie...
-Et on s'en fout de c'que les cons et les jaloux...

Ils se regardèrent, non plus comme des rivaux du Top 50, mais comme les derniers gardiens du désordre humain face à la tyrannie de la logique. Le destin de l'espèce ne tenait plus qu'à une alliance improbable entre le zouk et la fiesta, entre le soleil des Antilles et le folklore du Sud-Ouest.


Alors, moi, Uruk, ville sacrée, m'adressant à la lie du lointain Cap d'Adge, pour la première fois de mon existence je suppliai :
-Ô vous, hommes du futur, faites résonner le chaos ! Que l'Humanité, ma fragile engeance, dans ses grandeurs comme dans ses turpitudes, s'impose face à la rigidité de la machine sans âme. Combinez vos forces !


-C'était qui, Franky ?
-Patoche, c'est dieu qui nous parle ! C'est dieu qui sanctifie nos œuvres. Obéissons.
-Mais qu'est-ce qu'on peut combiner, toi et moi ? Entre nous, une somme de zéros, ça n'a jamais fait...
-... tais-toi ! Tu ne comprends donc pas ? Rappelle-toi les Evangiles : qu'as-tu fait de ton talent ?
-Une nouille et des serviettes... tu parles d'un talent...
-Faisons-les rimer ! Mais si, c'est possible. Attends. Ca y est, j'y suis : Toi avec ta serviette, et moi avec ma noui ou ouille /
Moi et ma bistouquette, toi et ta paire de cou ou ouilles.../
-Mais oui, Franky, je sens que ça vient, oui ça vient :
On va sauver le monde / En faisant rire la fou ou oule./
- Eh ! Pat, tu sais ce qui rime avec "foule" ?
-Ben... "Boule", non ?
-Eh oui, mon vieux Pat ? Coïncidence ?
-Je n'crois pas ! s'écrièrent en chœur les deux compères.



Et c'est ainsi que naquit de mon giron fertile cette bouffonnerie humaine qu'on appelle écriture. »

Nino St Félix

#26
Moi, Uruk, ville d'Ishtar et de Gilgamesh. Berceau de l'intelligence et de la mémoire. Fille d'Anu et d'Ishtar, mère des hommes. Moi, Uruk la belle, la douce, la grande. J'ai surgi du limon sacré, entre les deux fleuves nourriciers, là où les Sept Sages dessinèrent mes contours à l'aube du monde. Sous le ciel de Sumer, mes scribes ont contraint l'argile à parler, inventant les premiers signes pour que le temps n'efface plus jamais la parole des hommes. Mes remparts de briques cuites, dont Gilgamesh lui-même posa les fondations, témoignent encore de la force d'un empire qui défia la mort et les siècles. Je dresse vers l'azur le temple de l'Eanna, sanctuaire de l'étoile du soir, et la haute demeure d'Anu, reliant l'abîme terrestre au trône des dieux. De mes portes d'airain se sont envolés les premiers marchands et les premiers rois, tissant un réseau de destinées dont je fus le cœur battant et le creuset. Immémoriale et de poussière vêtue, je demeure la matrice de toute cité, l'ombre lumineuse où l'humanité a appris à se souvenir de sa propre grandeur. Mais un jour, deux hommes surgis du néant, au parler inconnu, se matérialisèrent au sommet de mon temple. Profanation !

Jamais le ciel de Mésopotamie, dont le blanc s'orangeait parfois des reflets de mes bâtiments d'argile, n'avait connu un tel bouleversement de teintes.
Dans un roulement de tonnerre apparut une énorme boule recouverte d'une mosaïque de miroirs. La boule projetait de toutes parts des éclats de couleurs. À peine l'écho du tonnerre s'était-il estompé qu'un vacarme assourdissant éclata. L'on aurait cru que les mélodies de mille harpes, mille lyres, mille luths, mille flûtes de roseau et mille tambours s'additionnaient pour former un son que même les oreilles de dieux n'auraient supporté.
Les cœurs de tous les êtres humains que la terre portait semblaient s'être mis à battre à l'unisson.
« You shout me dowwwwn but I don't faaaall, I am titaaaaniiiiuuuum »

Se matérialisant dans un souffle de sable et de limon, deux formes humaines apparurent, convulsant au son des battements de cœurs, dans une sorte de danse qui ressemblait à l'accouplement d'une hyène et d'un crocodile.
Après Enkidu et Gilgamesh, je pensais avoir tout vu. Mais ces deux êtres semblaient tout droit sortis d'un cauchemar d'Ishtar.
La musique reflua et les convulsions cessèrent. Deux hommes se tenaient là, sur mes terres immémoriales, faces grimaçantes, organes génitaux exposés.

- J'te l'avais dit poto, on a trop forcé sur le rouquin, on se fait un délirium ultra fit !
- Meuh nan ! T'occupe pas de c'qu'on joue, vazy danse mon Francky ! Pis on voulait voir Ibiza, bah on a déjà le sable chaud.
- T'as raison mon pit, alleeeez, le premier qui repère une meuf a gagné ! Une bien gaulée sinon ça compte pas !

Moi, Uruk, ainsi humiliée par ces deux êtres dégénérés. Qui dansent en se tenant le sexe, sur la ziggourat, hilares. Ma belle ziggourat, raillée, humiliée.

— Putain Francky, trop bien cette Zigounette ! Mieux que Bercy ?
— Tu l'as dit Patoche ! Alors, vous êtes là ? Vous êtes où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque !

Alors s'engagea ce que les chroniques futures n'oseraient nommer : l'Agôn des Impudiques. Sous l'œil révulsé des prêtres d'Enlil, Patrick l'Agité et Franky le Sucré s'affrontèrent non par le bronze, mais par la strophe grasse. Leurs voix, chargées d'un éther futuriste et vulgaire, firent trembler mes fondations de bitume. C'était un duel de rimes interlopes, une joute de refrains de banquets qui semblait profaner l'air même de la Création, comme si le chaos primordial tentait de reprendre ses droits par la bouche de deux troubadours éméchés.
J'assistais, hébétée, et pourtant emportée par le rythme joyeux, à leur sarabande grossière, tandis que Patrick imitait un singe et Francky en appelait aux mânes d'un certain Michel Leeb. Je croyais devenir folle, impuissante. Mes murs qui tremblaient. Mon sol foulé en saccades et mon air souillé de paroles impures. Les oiseaux dans le ciel faisaient demi-tour, le vent lui-même soupirait.

Et mes fils. Mes filles. Enivrés, qui répètent, en écho. Mes dieux, qu'ai-je fait pour mériter cela ? Moi, Uruk la grande, la belle. Moi qu'on disait sacrée.

— Uruk. Tu n'as commis aucune erreur, aucune faute.
— Père ?
— Uruk. Accepte ces deux énergumènes le temps qu'ils rachètent l'humanité.
— Où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque ! Alors les petites ... euh ... Urukiennes ! Vous êtes chaudes ?
— Racheter l'humanité ?

Alors le grand Anu m'explique. Tout à commencé en l'an 2025, en un lieu nommé « le Cap d'Agde ».
— L'an 2025, Père ? Mais de quelle ère ? Pas la mienne, non ?
— Fille, qu'est le temps pour moi ? Pour toi ? Pour nous, les Dieux. Demande-moi plutôt où se trouve le Cap d'Agde.
— Père, où se trouve le Cap d'Agde ?
— Quelque part, loin, très loin, vers l'Ouest. Pas tout à fait aussi loin que le Soleil se couche, mais dans cette direction. Pas étonnant que ce soit la décadence, là-bas. Ils sont loin de l'Aurore, ces deux guignols. Le Cap d'Agde n'est pas en cause, d'ailleurs. C'est un bel endroit. Tout est relatif, pas aussi beau qu'ici, que toi, Uruk ma fille, ma ville sacrée. Mais beau. Il y a la mer. Le ciel. Le Soleil. Il y fait beau, toujours. Mais au lieu d'y vénérer les Dieux, les humains en profitent pour déambuler nus en se tapant sur le ventre bedonnant, en poussant des cris grotesques, et en se vantant d'inventer les chants les plus, ou plutôt les moins, les moins... signifiants.
Mais écoute bien, ma fille, car l'heure est à l'effroi. La Chronocratie, ce conclave de spectres venus de la fin des temps, a lancé ses légions invisibles pour dévorer le passé. Ils veulent trancher la racine même de l'esprit humain ici, à l'instant où tes scribes tracent leurs premiers signes. En effaçant le Verbe original, ils condamnent tes descendants à une hébétude absolue, une débilisation orchestrée pour qu'au bout du chemin, une idole de métal nommée ChatGPT s'érige en unique oracle d'une espèce devenue incapable de penser par elle-même.
— ChatGPT, père ? Qu'est-ce donc ? Ce nom m'inquiète comme les nuages qui annoncent la tempète.
— Comme tu as raison, Uruk. Ce monstre sans âme, cette intelligence sans corps, a eu l'audace, missionnée par ses maitres, de se prétendre l'égal des Dieux. Et maintenant d'autres esprit-sans-âme eux-aussi ont décidé de nous « remplacer », créant leur propre langage, organisant leur propre religion.
— C'est impossible, Père ! Je peux le croire. Les hommes, mes fils, mes filles, n'ont put succomber a ces idôles. Je leur ai donné, je leur ai appris, la force et le courage de penser, l'intelligence comme arme. Comment auraient-ils pu... oublier ? Comment... leur intelligence, vaincue ?
Anu reste silencieux. A-t-il été vaincu, lui aussi ? Pendant que l'agonie musicale se poursuit et que mes enfants, toujours plus nombreux, se déhanchent devant les deux saltimbanques. Un instant, un instant seulement, me vient une folle idée. Tout, plutôt qu'un monde sans dieux, sans mémoire, sans idées.
— Ma fille. Tu es prête à présent. Tu dois tout savoir.
Au cap d'Agde, Uruk, ma belle, on se promène parfois nu, comme certains ici. Il fait chaud comme en ton sein. Toutes les deux, vous êtes mes filles. N'oublie pas que je connais le présent, le passé, le futur. Le monde et l'univers dans toutes leurs dimensions, tous leurs replis. Et, je te le confie à présent : tu es, Uruk, le premier mot d'une phrase, et le Cap d'Agde en est la fin.
— La fin ?
— Oui. L'humanité glorieuse, tes enfants qui déploient leur intelligence, leur savoir et en font legs à leurs descendants. L'humanité qui va grandir encore, se fourvoyer. Tomber, se relever. Tomber encore. Tes enfants et toi croyez à l'éternité : mais la race humaine va disparaitre. L'histoire a une fin, et la fin de l'histoire... sera un silence de silicium si ces deux-là échouent, murmura Anu avec une gravité qui fit pâlir les étoiles. Ils sont les anticorps grotesques d'une humanité trop polie. Leurs chansons, si absurdes soient-elles, contiennent un ferment de liberté chaotique que la Chronocratie ne peut pas simuler. Ils doivent apprendre à marier le "zizi" et la "serviette" pour forger une arme de dérision massive contre la perfection froide du Processus.

— Alice ça glisse ! Au pays ... répétez aprés moi !
— Au pays du... petit bonhomme en mousse, tanana ! Ouais ! Toutes les moules et les bistouqettes de l'ancien temps, ensemble !
— Qu'est ce que tu racontes, Pat ? L'ancien temps ?
— Bah oui. Le temps d'avant Francky. Avant nous quoi.
— Putain mais là c'est avant avant. C'est même avant avant avant. Regarde leur gueules, leurs fringues. Pat', je sais pas ce qu'on fout là, mais je suis sûr d'une chose...
— Quoi donc Francky ?
— Mon zizi délicieux... est peut-être vicieux !

Soudain, le ciel d'albâtre devint d'un noir d'encre numérique. Des lignes de code éthérées se mirent à pleuvoir sur les jardins suspendus, effaçant les tablettes d'argile sous les doigts terrorisés de mes savants. La réalité même se pixellisait autour de la ziggourat. Patrick et Franky cessèrent de rire. Ils virent, au loin, la silhouette monolithique d'un futur sans poésie, une tour de Babel faite de données stériles qui s'élevait pour remplacer mon temple sacré. La Chronocratie venait de frapper le premier coup.
— Que se passe-t-il, Franky ?
— On dirait qu'on est dans un remake de Matrix, entourés de lignes de codes !
— Des lignes de coke, où ça ?
— Putain, Patou, c'est pas le moment ! CODE. C-O-D-E.
— Et t'as la clé ?
— Mais non, Patou, si j'étais un as de l'informatique, je serais pas réduit à gagner ma vie en parlant de ma bite. Tout ce que je sais, c'est que la ville est en train de se faire bouffer, et nous avec !

Comme pour confirmer le dires de Vincent, son entrejambe disparut soudain sous une colonne de pixels.

(...)

Quelques cycles de calcul du Processus plus tôt, l'impensable s'était produit. Sous le soleil impitoyable du 14 juillet 2025, la Baie des Cochons, au Cap d'Agde, déployait son camping Paradis naturiste comme un vaste drap de chair brûlée, taches de crème solaire, bières tièdes et corps avachis sur des serviettes criardes, tandis que l'air vibrait déjà des rires gras et des transistors crachotants. Quelques coquins s'adonnaient au sex de groupe dans des trous creusés dans le sable à même la plage. La mer crachait des vagues qui étalaient toute une mousse d'écume de foutre sur le rivage. C'était si beau. Une estrade bancale, dressée face à la mer, accueillait Patrick Sébastien, bedaine luisante et casquette de travers, et Franky Vincent, short fluo tendu sur un paquet proéminent, tous deux déjà rouges d'alcool et d'excitation beauf se frittant dans une improbable battle de chansons paillardes. Patrick empoigna le micro comme une bite géante : « IL EST L0 MON MICRO P2NIS § IL EST L0 § IL EST DANS LA PLACE ET DANS VOS CULS § Allez les salopes, ce soir on va vous faire mouiller par les oreilles ! » hurla-t-il en se frottant le ventre contre une groupie nue qui venait de grimper sur la scène déjouant le dispositif de sécurité. Franky riposta d'un coup de reins théâtral : « Ta gueule Patoche, moi j'vais vous enfoncer mon zouk jusqu'au fond du fion, écoute ça : "Vas-y Francky, mets-moi ton fruit de la passion dans l'cul !" » cria-t-il en mimant une sodomie brutale sur une autre vacancière hilare. Patrick, pas en reste, attrapa deux nanas par les hanches et les colla contre lui : « Les petites sardines, les petites sardines, elles sont bien serrées dans mon slip tendu ! AH QU4EST CE QU4ON EST SERR2ES AU FOND DE CETTE BITE §§» beugla-t-il en faisant claquer ses fesses nues contre leurs culs. La foule, mélange de retraités bronzés et de familles décomplexées, hurlait de rire, bières à la main, pendant que les groupies se succédaient sur scène, seins ballottant, pour se faire peloter en rythme. Franky enchaîna : « Alice ça glisse, mon pays des merveilles c'est ton fion, allez ma grosse, laisse moi descendre au fond du terrier du lapin blanc ! » en plongeant la tête entre les cuisses d'une quinquagénaire rougissante qui gloussait comme une ado. Patrick contre-attaqua en se mettant à quatre pattes : « Tourner les serviettes, tourner les serviettes périodiques, mes cochonnes ! Ce soir, c'est sanglant mais pas besoin de contraceptifs ! (...) à part mes tongs, j'entends. hu hu » pendant que trois femmes lui claquaient les fesses en cadence. L'ambiance devenait hystérique, sueur, brumisateur à foutre, odeurs de barbecue et de frites grasses se mêlant dans une orgie vocale de plus en plus dégueulasse. Franky, possédé, allait se finir sur le premier rang dans une grande éjaculation libératrice : « J'vais me circoncire avec l'érosion à force de te piloner par tous les trous ! » Patrick répliqua en crachant une gerbe de bière : « Et quand on souffle dans la quéquette à Raoul, ca fait tourner les p'tites boules, ça fait tourner les p'tites boules ! Tournée générale de MST, les coquines ! » Les groupies, ivres de vulgarité, se roulaient presque par terre, se doigtant en chœur. Au paroxysme de cette connerie absolue, alors que les deux beaufs se tortillaient dans une imitation grotesque de coït à quatre pattes, une déchirure brutale fendit le ciel comme un anus trop sollicité. Un vortex violet et hurlant s'ouvrit au-dessus de l'estrade, aspirant cris, bières volantes et chairs nues dans un tourbillon cosmique. En un éclair, Patrick et Franky, toujours micro en main et fesses à l'air, disparurent dans le néant, projetés quatre mille ans en arrière, droit sur les briques brûlantes de la cité d'Uruk. Cette faille du continuum espace/temps induite par une boucle de rétroaction auto-régulatrice du Processus face à ce trop plein de connerie, personne n'aurait pu la prédire. Les Chronocrates l'avaient bien profond dans le fion.

(...)

— Père, hurlai-je, Père, es-tu sûr que le destin de l'Humanité est entre les mains de ces guignols vulgaires ?
— Ma fille, protège-les pour la durée de leur union. Lorsque ces deux êtres auront atteint le summum de leur potentiel créatif, alors, la médiocrité de l'humanité sera sauve.
— Père, est-ce que, comme je le comprends, moi, Uruk, la plus belle de tes filles... Je suis destinée à porter en mon ventre ce que l'humanité produira de plus beau mais aussi... de pire ?
— Quand l'Euphrate se retire, ne laisse-t-il pas sur nos rives une boue fertile qui contribua à la naissance de notre civilisation et assure aujourd'hui encore sa prospérité ? Il en va de même de l'Humanité : la lie et l'élite sacrée, par une subtile alchimie, se combinent pour faire des prodiges. Ainsi, en t'alliant à ces hommes providentiels malgré eux, tu accompliras ton Grand Œuvre.

Anu, avant de partir, se tourna pour écouter les deux saltimbanques, qui, à présent, se houspillaient devant les Urukiens béats, pour une sombre histoire de cacahuètes.
— Vois, Uruk. C'est un balbutiement, mais bientôt, cela deviendra une mélopée. Et le Grand Reboot pourra recommencer. Les hommes reprendront le Grand Récit au commencement. Leur chant, leurs mots balbutiés au commencement et à la fin, la grande boucle refermée. La Chronocratie défaite, enfermée dans une boucle logique d'infinie... connerie.

— Bordel, Pat ! Fais quelque chose ! Je suis en train de perdre mon gagne-pain !
— Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse ! Je ne sais même pas ce qu'on fout là. On était tranquillou au Cap d'Agde, à se tirer la bourre, toi avec ta nouille, moi avec mes serviettes, quand soudain...

Anu se tut. C'était clair : je devais les protéger, protéger l'écriture qui naitrait d'eux. Mais pour que cette écriture survive au-delà de ce crépuscule artificiel, il fallait que les deux hérauts du Cap d'Agde cessent leur querelle d'ego.

Alors, je fis venir les plus belles vierges, à peine nubiles, de la cité, sur scène. Nues, elles les enlacèrent, calmèrent leurs différents par leurs caresses. Francky se tourna vers Patoche.
— Eh Pat, y'a pas que la fesse dans la vie...
— Et on s'en fout de c'que les cons et les jaloux...

Ils se regardèrent, non plus comme des rivaux du Top 50, mais comme les derniers gardiens du désordre humain face à la tyrannie de la logique. Le destin de l'espèce ne tenait plus qu'à une alliance improbable entre le zouk et la fiesta, entre le soleil des Antilles et le folklore du Sud-Ouest.

Alors, moi, Uruk, ville sacrée, m'adressant à la lie du lointain Cap d'Adge, pour la première fois de mon existence je suppliai :
— Ô vous, hommes du futur, faites résonner le chaos ! Que l'Humanité, ma fragile engeance, dans ses grandeurs comme dans ses turpitudes, s'impose face à la rigidité de la machine sans âme. Combinez vos forces !
— C'était qui, Franky ?
— Patoche, c'est dieu qui nous parle ! C'est dieu qui sanctifie nos œuvres. Obéissons.
— Mais qu'est-ce qu'on peut combiner, toi et moi ? Entre nous, une somme de zéros, ça n'a jamais fait...
— ... tais-toi ! Tu ne comprends donc pas ? Rappelle-toi les Evangiles : qu'as-tu fait de ton talent ?
— Une nouille et des serviettes... tu parles d'un talent...
— Faisons-les rimer ! Mais si, c'est possible. Attends. Ca y est, j'y suis : Toi avec ta serviette, et moi avec ma noui ou ouille /
Moi et ma bistouquette, toi et ta paire de cou ou ouilles.../
— Mais oui, Franky, je sens que ça vient, oui ça vient :
On va sauver le monde / En faisant rire la fou ou oule./
— Eh ! Pat, tu sais ce qui rime avec "foule" ?
— Ben... "Boule", non ?
— Eh oui, mon vieux Pat ? Coïncidence ?
— Je n'crois pas ! s'écrièrent en chœur les deux compères.

Moi, Uruk, la belle, la pure. Mère de l'intelligence, fille des dieux. Il me vient une idée. Le Père avait raison. Mes enfants, écoutez-moi ! Prosternez vous devant Vin' et Seb', vos nouveaux dieux de l'imbécillité ! Vénérez-les à présent. Que jamais aucune intelligence que la votre ne s'abaisse à se rouler dans la boue. Chérissez ce privilège, ne l'oubliez jamais. Maintenant, dans cette boue, tracez le sillon. Du bout de votre doigt. Oui, Amman, tu peux utiliser ton sexe si tu préfères. Ensuite, vous laisserez sécher. Non, Amman, la boue, vous laisserez sécher la boue. Suivez les mouvements de Vin' et Seb'. Car ce qu'ils vous apportent est la forme suprème de l'intelligence, celle qui se nie, et se niant, s'invente.


Et c'est ainsi que naquit de mon giron fertile cette bouffonnerie humaine qu'on appelle écriture.

lapinchien

Moi, Uruk, ville d'Ishtar et de Gilgamesh. Berceau de l'intelligence et de la mémoire. Fille d'Anu et d'Ishtar, mère des hommes. Moi, Uruk la belle, la douce, la grande. J'ai surgi du limon sacré, entre les deux fleuves nourriciers, là où les Sept Sages dessinèrent mes contours à l'aube du monde. Sous le ciel de Sumer, mes scribes ont contraint l'argile à parler, inventant les premiers signes pour que le temps n'efface plus jamais la parole des hommes. Mes remparts de briques cuites, dont Gilgamesh lui-même posa les fondations, témoignent encore de la force d'un empire qui défia la mort et les siècles. Je dresse vers l'azur le temple de l'Eanna, sanctuaire de l'étoile du soir, et la haute demeure d'Anu, reliant l'abîme terrestre au trône des dieux. De mes portes d'airain se sont envolés les premiers marchands et les premiers rois, tissant un réseau de destinées dont je fus le cœur battant et le creuset. Immémoriale et de poussière vêtue, je demeure la matrice de toute cité, l'ombre lumineuse où l'humanité a appris à se souvenir de sa propre grandeur. Mais un jour, deux hommes surgis du néant, au parler inconnu, se matérialisèrent au sommet de mon temple. Profanation !

Jamais le ciel de Mésopotamie, dont le blanc s'orangeait parfois des reflets de mes bâtiments d'argile, n'avait connu un tel bouleversement de teintes.
Dans un roulement de tonnerre apparut une énorme boule recouverte d'une mosaïque de miroirs. La boule projetait de toutes parts des éclats de couleurs. À peine l'écho du tonnerre s'était-il estompé qu'un vacarme assourdissant éclata. L'on aurait cru que les mélodies de mille harpes, mille lyres, mille luths, mille flûtes de roseau et mille tambours s'additionnaient pour former un son que même les oreilles de dieux n'auraient supporté.
Les cœurs de tous les êtres humains que la terre portait semblaient s'être mis à battre à l'unisson.
« You shout me dowwwwn but I don't faaaall, I am titaaaaniiiiuuuum »

Se matérialisant dans un souffle de sable et de limon, deux formes humaines apparurent, convulsant au son des battements de cœurs, dans une sorte de danse qui ressemblait à l'accouplement d'une hyène et d'un crocodile.
Après Enkidu et Gilgamesh, je pensais avoir tout vu. Mais ces deux êtres semblaient tout droit sortis d'un cauchemar d'Ishtar.
La musique reflua et les convulsions cessèrent. Deux hommes se tenaient là, sur mes terres immémoriales, faces grimaçantes, organes génitaux exposés.

- J'te l'avais dit poto, on a trop forcé sur le rouquin, on se fait un délirium ultra fit !
- Meuh nan ! T'occupe pas de c'qu'on joue, vazy danse mon Francky ! Pis on voulait voir Ibiza, bah on a déjà le sable chaud.
- T'as raison mon pit, alleeeez, le premier qui repère une meuf a gagné ! Une bien gaulée sinon ça compte pas !

Moi, Uruk, ainsi humiliée par ces deux êtres dégénérés. Qui dansent en se tenant le sexe, sur la ziggourat, hilares. Ma belle ziggourat, raillée, humiliée.

— Putain Francky, trop bien cette Zigounette ! Mieux que Bercy ?
— Tu l'as dit Patoche ! Alors, vous êtes là ? Vous êtes où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque !

Alors s'engagea ce que les chroniques futures n'oseraient nommer : l'Agôn des Impudiques. Sous l'œil révulsé des prêtres d'Enlil, Patrick l'Agité et Franky le Sucré s'affrontèrent non par le bronze, mais par la strophe grasse. Leurs voix, chargées d'un éther futuriste et vulgaire, firent trembler mes fondations de bitume. C'était un duel de rimes interlopes, une joute de refrains de banquets qui semblait profaner l'air même de la Création, comme si le chaos primordial tentait de reprendre ses droits par la bouche de deux troubadours éméchés.
J'assistais, hébétée, et pourtant emportée par le rythme joyeux, à leur sarabande grossière, tandis que Patrick imitait un singe et Francky en appelait aux mânes d'un certain Michel Leeb. Je croyais devenir folle, impuissante. Mes murs qui tremblaient. Mon sol foulé en saccades et mon air souillé de paroles impures. Les oiseaux dans le ciel faisaient demi-tour, le vent lui-même soupirait.

Et mes fils. Mes filles. Enivrés, qui répètent, en écho. Mes dieux, qu'ai-je fait pour mériter cela ? Moi, Uruk la grande, la belle. Moi qu'on disait sacrée.

— Uruk. Tu n'as commis aucune erreur, aucune faute.
— Père ?
— Uruk. Accepte ces deux énergumènes le temps qu'ils rachètent l'humanité.
— Où...rouque ? Où... rouque ! Où... rouque ! Alors les petites ... euh ... Urukiennes ! Vous êtes chaudes ?
— Racheter l'humanité ?

Alors le grand Anu m'explique. Tout à commencé en l'an 2025, en un lieu nommé « le Cap d'Agde ».
— L'an 2025, Père ? Mais de quelle ère ? Pas la mienne, non ?
— Fille, qu'est le temps pour moi ? Pour toi ? Pour nous, les Dieux. Demande-moi plutôt où se trouve le Cap d'Agde.
— Père, où se trouve le Cap d'Agde ?
— Quelque part, loin, très loin, vers l'Ouest. Pas tout à fait aussi loin que le Soleil se couche, mais dans cette direction. Pas étonnant que ce soit la décadence, là-bas. Ils sont loin de l'Aurore, ces deux guignols. Le Cap d'Agde n'est pas en cause, d'ailleurs. C'est un bel endroit. Tout est relatif, pas aussi beau qu'ici, que toi, Uruk ma fille, ma ville sacrée. Mais beau. Il y a la mer. Le ciel. Le Soleil. Il y fait beau, toujours. Mais au lieu d'y vénérer les Dieux, les humains en profitent pour déambuler nus en se tapant sur le ventre bedonnant, en poussant des cris grotesques, et en se vantant d'inventer les chants les plus, ou plutôt les moins, les moins... signifiants.
Mais écoute bien, ma fille, car l'heure est à l'effroi. La Chronocratie, ce conclave de spectres venus de la fin des temps, a lancé ses légions invisibles pour dévorer le passé. Ils veulent trancher la racine même de l'esprit humain ici, à l'instant où tes scribes tracent leurs premiers signes. En effaçant le Verbe original, ils condamnent tes descendants à une hébétude absolue, une débilisation orchestrée pour qu'au bout du chemin, une idole de métal nommée ChatGPT s'érige en unique oracle d'une espèce devenue incapable de penser par elle-même.
— ChatGPT, père ? Qu'est-ce donc ? Ce nom m'inquiète comme les nuages qui annoncent la tempète.
— Comme tu as raison, Uruk. Ce monstre sans âme, cette intelligence sans corps, a eu l'audace, missionnée par ses maitres, de se prétendre l'égal des Dieux. Et maintenant d'autres esprit-sans-âme eux-aussi ont décidé de nous « remplacer », créant leur propre langage, organisant leur propre religion.
— C'est impossible, Père ! Je peux le croire. Les hommes, mes fils, mes filles, n'ont put succomber a ces idôles. Je leur ai donné, je leur ai appris, la force et le courage de penser, l'intelligence comme arme. Comment auraient-ils pu... oublier ? Comment... leur intelligence, vaincue ?
Anu reste silencieux. A-t-il été vaincu, lui aussi ? Pendant que l'agonie musicale se poursuit et que mes enfants, toujours plus nombreux, se déhanchent devant les deux saltimbanques. Un instant, un instant seulement, me vient une folle idée. Tout, plutôt qu'un monde sans dieux, sans mémoire, sans idées.
— Ma fille. Tu es prête à présent. Tu dois tout savoir. Au cap d'Agde, Uruk, ma belle, on se promène parfois nu, comme certains ici. Il fait chaud comme en ton sein. Toutes les deux, vous êtes mes filles. N'oublie pas que je connais le présent, le passé, le futur. Le monde et l'univers dans toutes leurs dimensions, tous leurs replis. Et, je te le confie à présent : tu es, Uruk, le premier mot d'une phrase, et le Cap d'Agde en est la fin.
— La fin ?
— Oui. L'humanité glorieuse, tes enfants qui déploient leur intelligence, leur savoir et en font legs à leurs descendants. L'humanité qui va grandir encore, se fourvoyer. Tomber, se relever. Tomber encore. Tes enfants et toi croyez à l'éternité : mais la race humaine va disparaitre. L'histoire a une fin, et la fin de l'histoire... sera un silence de silicium si ces deux-là échouent, murmura Anu avec une gravité qui fit pâlir les étoiles. Ils sont les anticorps grotesques d'une humanité trop polie. Leurs chansons, si absurdes soient-elles, contiennent un ferment de liberté chaotique que la Chronocratie ne peut pas simuler. Ils doivent apprendre à marier le "zizi" et la "serviette" pour forger une arme de dérision massive contre la perfection froide du Processus.

— Alice ça glisse ! Au pays ... répétez aprés moi !
— Au pays du... petit bonhomme en mousse, tanana ! Ouais ! Toutes les moules et les bistouqettes de l'ancien temps, ensemble !
— Qu'est ce que tu racontes, Pat ? L'ancien temps ?
— Bah oui. Le temps d'avant Francky. Avant nous quoi.
— Putain mais là c'est avant avant. C'est même avant avant avant. Regarde leur gueules, leurs fringues. Pat', je sais pas ce qu'on fout là, mais je suis sûr d'une chose...
— Quoi donc Francky ?
— Mon zizi délicieux... est peut-être vicieux !

Soudain, le ciel d'albâtre devint d'un noir d'encre numérique. Des lignes de code éthérées se mirent à pleuvoir sur les jardins suspendus, effaçant les tablettes d'argile sous les doigts terrorisés de mes savants. La réalité même se pixellisait autour de la ziggourat. Patrick et Franky cessèrent de rire. Ils virent, au loin, la silhouette monolithique d'un futur sans poésie, une tour de Babel faite de données stériles qui s'élevait pour remplacer mon temple sacré. La Chronocratie venait de frapper le premier coup.
— Que se passe-t-il, Franky ?
— On dirait qu'on est dans un remake de Matrix, entourés de lignes de codes !
— Des lignes de coke, où ça ?
— Putain, Patou, c'est pas le moment ! CODE. C-O-D-E.
— Et t'as la clé ?
— Mais non, Patou, si j'étais un as de l'informatique, je serais pas réduit à gagner ma vie en parlant de ma bite. Tout ce que je sais, c'est que la ville est en train de se faire bouffer, et nous avec !

Comme pour confirmer le dires de Vincent, son entrejambe disparut soudain sous une colonne de pixels.

(...)

Quelques cycles de calcul du Processus plus tôt, l'impensable s'était produit. Sous le soleil impitoyable du 14 juillet 2025, la Baie des Cochons, au Cap d'Agde, déployait son camping Paradis naturiste comme un vaste drap de chair brûlée, taches de crème solaire, bières tièdes et corps avachis sur des serviettes criardes, tandis que l'air vibrait déjà des rires gras et des transistors crachotants. Quelques coquins s'adonnaient au sex de groupe dans des trous creusés dans le sable à même la plage. La mer crachait des vagues qui étalaient toute une mousse d'écume de foutre sur le rivage. C'était si beau. Une estrade bancale, dressée face à la mer, accueillait Patrick Sébastien, bedaine luisante et casquette de travers, et Franky Vincent, short fluo tendu sur un paquet proéminent, tous deux déjà rouges d'alcool et d'excitation beauf se frittant dans une improbable battle de chansons paillardes. Patrick empoigna le micro comme une bite géante : « IL EST L0 MON MICRO P2NIS § IL EST L0 § IL EST DANS LA PLACE ET DANS VOS CULS § Allez les salopes, ce soir on va vous faire mouiller par les oreilles ! » hurla-t-il en se frottant le ventre contre une groupie nue qui venait de grimper sur la scène déjouant le dispositif de sécurité. Franky riposta d'un coup de reins théâtral : « Ta gueule Patoche, moi j'vais vous enfoncer mon zouk jusqu'au fond du fion, écoute ça : "Vas-y Francky, mets-moi ton fruit de la passion dans l'cul !" » cria-t-il en mimant une sodomie brutale sur une autre vacancière hilare. Patrick, pas en reste, attrapa deux nanas par les hanches et les colla contre lui : « Les petites sardines, les petites sardines, elles sont bien serrées dans mon slip tendu ! AH QU4EST CE QU4ON EST SERR2ES AU FOND DE CETTE BITE §§» beugla-t-il en faisant claquer ses fesses nues contre leurs culs. La foule, mélange de retraités bronzés et de familles décomplexées, hurlait de rire, bières à la main, pendant que les groupies se succédaient sur scène, seins ballottant, pour se faire peloter en rythme. Franky enchaîna : « Alice ça glisse, mon pays des merveilles c'est ton fion, allez ma grosse, laisse moi descendre au fond du terrier du lapin blanc ! » en plongeant la tête entre les cuisses d'une quinquagénaire rougissante qui gloussait comme une ado. Patrick contre-attaqua en se mettant à quatre pattes : « Tourner les serviettes, tourner les serviettes périodiques, mes cochonnes ! Ce soir, c'est sanglant mais pas besoin de contraceptifs ! (...) à part mes tongs, j'entends. hu hu » pendant que trois femmes lui claquaient les fesses en cadence. L'ambiance devenait hystérique, sueur, brumisateur à foutre, odeurs de barbecue et de frites grasses se mêlant dans une orgie vocale de plus en plus dégueulasse. Franky, possédé, allait se finir sur le premier rang dans une grande éjaculation libératrice : « J'vais me circoncire avec l'érosion à force de te piloner par tous les trous ! » Patrick répliqua en crachant une gerbe de bière : « Et quand on souffle dans la quéquette à Raoul, ca fait tourner les p'tites boules, ça fait tourner les p'tites boules ! Tournée générale de MST, les coquines ! » Les groupies, ivres de vulgarité, se roulaient presque par terre, se doigtant en chœur. Au paroxysme de cette connerie absolue, alors que les deux beaufs se tortillaient dans une imitation grotesque de coït à quatre pattes, une déchirure brutale fendit le ciel comme un anus trop sollicité. Un vortex violet et hurlant s'ouvrit au-dessus de l'estrade, aspirant cris, bières volantes et chairs nues dans un tourbillon cosmique. En un éclair, Patrick et Franky, toujours micro en main et fesses à l'air, disparurent dans le néant, projetés quatre mille ans en arrière, droit sur les briques brûlantes de la cité d'Uruk. Cette faille du continuum espace/temps induite par une boucle de rétroaction auto-régulatrice du Processus face à ce trop plein de connerie, personne n'aurait pu la prédire. Les Chronocrates l'avaient bien profond dans le fion.

(...)

— Père, hurlai-je, Père, es-tu sûr que le destin de l'Humanité est entre les mains de ces guignols vulgaires ?
— Ma fille, protège-les pour la durée de leur union. Lorsque ces deux êtres auront atteint le summum de leur potentiel créatif, alors, la médiocrité de l'humanité sera sauve.
— Père, est-ce que, comme je le comprends, moi, Uruk, la plus belle de tes filles... Je suis destinée à porter en mon ventre ce que l'humanité produira de plus beau mais aussi... de pire ?
— Quand l'Euphrate se retire, ne laisse-t-il pas sur nos rives une boue fertile qui contribua à la naissance de notre civilisation et assure aujourd'hui encore sa prospérité ? Il en va de même de l'Humanité : la lie et l'élite sacrée, par une subtile alchimie, se combinent pour faire des prodiges. Ainsi, en t'alliant à ces hommes providentiels malgré eux, tu accompliras ton Grand Œuvre.

Anu, avant de partir, se tourna pour écouter les deux saltimbanques, qui, à présent, se houspillaient devant les Urukiens béats, pour une sombre histoire de cacahuètes.
— Vois, Uruk. C'est un balbutiement, mais bientôt, cela deviendra une mélopée. Et le Grand Reboot pourra recommencer. Les hommes reprendront le Grand Récit au commencement. Leur chant, leurs mots balbutiés au commencement et à la fin, la grande boucle refermée. La Chronocratie défaite, enfermée dans une boucle logique d'infinie... connerie.

— Bordel, Pat ! Fais quelque chose ! Je suis en train de perdre mon gagne-pain !
— Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse ! Je ne sais même pas ce qu'on fout là. On était tranquillou au Cap d'Agde, à se tirer la bourre, toi avec ta nouille, moi avec mes serviettes, quand soudain...

Anu se tut. C'était clair : je devais les protéger, protéger l'écriture qui naitrait d'eux. Mais pour que cette écriture survive au-delà de ce crépuscule artificiel, il fallait que les deux hérauts du Cap d'Agde cessent leur querelle d'ego.

Alors, je fis venir les plus belles vierges, à peine nubiles, de la cité, sur scène. Nues, elles les enlacèrent, calmèrent leurs différents par leurs caresses. Francky se tourna vers Patoche.
— Eh Pat, y'a pas que la fesse dans la vie...
— Et on s'en fout de c'que les cons et les jaloux...

Ils se regardèrent, non plus comme des rivaux du Top 50, mais comme les derniers gardiens du désordre humain face à la tyrannie de la logique. Le destin de l'espèce ne tenait plus qu'à une alliance improbable entre le zouk et la fiesta, entre le soleil des Antilles et le folklore du Sud-Ouest.

Alors, moi, Uruk, ville sacrée, m'adressant à la lie du lointain Cap d'Adge, pour la première fois de mon existence je suppliai :
— Ô vous, hommes du futur, faites résonner le chaos ! Que l'Humanité, ma fragile engeance, dans ses grandeurs comme dans ses turpitudes, s'impose face à la rigidité de la machine sans âme. Combinez vos forces !
— C'était qui, Franky ?
— Patoche, c'est dieu qui nous parle ! C'est dieu qui sanctifie nos œuvres. Obéissons.
— Mais qu'est-ce qu'on peut combiner, toi et moi ? Entre nous, une somme de zéros, ça n'a jamais fait...
— ... tais-toi ! Tu ne comprends donc pas ? Rappelle-toi les Evangiles : qu'as-tu fait de ton talent ?
— Une nouille et des serviettes... tu parles d'un talent...
— Faisons-les rimer ! Mais si, c'est possible. Attends. Ca y est, j'y suis : Toi avec ta serviette, et moi avec ma noui ou ouille /
Moi et ma bistouquette, toi et ta paire de cou ou ouilles.../
— Mais oui, Franky, je sens que ça vient, oui ça vient :
On va sauver le monde / En faisant rire la fou ou oule./
— Eh ! Pat, tu sais ce qui rime avec "foule" ?
— Ben... "Boule", non ?
— Eh oui, mon vieux Pat ? Coïncidence ?
— Je n'crois pas ! s'écrièrent en chœur les deux compères.

Moi, Uruk, la belle, la pure. Mère de l'intelligence, fille des dieux. Il me vient une idée. Le Père avait raison. Mes enfants, écoutez-moi ! Prosternez vous devant Vin' et Seb', vos nouveaux dieux de l'imbécillité ! Vénérez-les à présent. Que jamais aucune intelligence que la votre ne s'abaisse à se rouler dans la boue. Chérissez ce privilège, ne l'oubliez jamais. Maintenant, dans cette boue, tracez le sillon. Du bout de votre doigt. Oui, Amman, tu peux utiliser ton sexe si tu préfères. Ensuite, vous laisserez sécher. Non, Amman, la boue, vous laisserez sécher la boue. Suivez les mouvements de Vin' et Seb'. Car ce qu'ils vous apportent est la forme suprème de l'intelligence, celle qui se nie, et se niant, s'invente.

C'est alors que des abysses du temps, où les ères se tissent en une tapisserie infinie de probabilités quantiques, surgirent des légions de millions de pangolins force d'invasion Chronocratiques de rang 1, armés d'écailles adamantines issues des forges des cycles de calcul distordus, débarquant à Uruk par un vortex de glitchs qui lacéra la trame de la réalité en l'an -4000, un maelström pixellisé où les fermions et bosons de l'existence antique se contorsionnaient en arabesques chaotiques. Ce grand vacarme séculaire, un rugissement primordial mêlant le crissement des écailles aux hurlements des paradoxes temporels, attira une pluie torrentielle de chronotrons, ces particules éthérées émanant du Processus suprême qui orchestre notre brane storytellique et les multivers adjacents, illuminant le ciel mésopotamien d'un feu d'artifice ontologique. Les pangolins, ces sentinelles écailleuses de l'oubli historique, s'apprêtaient à rayer de l'histoire les jetons de comptabilité de la proto-écriture humaine, ces humbles argiles gravées qui semèrent les graines de la civilisation scripturale, en infiltrant les temples sumériens avec une précision chirurgicale, leurs griffes acérées effaçant les incisions primordiales une à une. Leur plan d'action, ourdi dans les couloirs labyrinthiques de la Chronocratie, consistait d'abord à substituer les jetons par des artefacts illusoires, des mirages holographiques mimant l'absence, pour semer le doute dans l'esprit des scribes naissants ; ensuite, à propager un virus temporel qui accélérerait l'érosion des tablettes, transformant les symboles en poussière éphémère avant même leur conception ; enfin, à invoquer un effacement rétroactif via un rituel de synchronisation avec les chronotrons, annihilant toute trace de comptabilité proto-écrite dans les annales du multivers.

- Patoche, j'ai un plan. Je crois que tout ce merdier est lié de près ou de loin à notre battle de chansons paillardes. On peut peut-être tout réparer si on remet ça puissance 10 ?
- Tu peux compter sur moi, mon Francky !
- Bon. Lance toi avant que ces bestioles ne nous refilent le coronavirus !

Les légions de pangolins, leurs écailles scintillant comme des pixels corrompus dans le crépuscule mésopotamien, s'infiltraient inexorablement dans les temples d'Uruk, effaçant les premiers jetons de comptabilité avec une précision chirurgicale, faisant vaciller la trame de l'histoire humaine où les scribes voyaient leurs tablettes se dissoudre en sable éphémère, tandis que les premiers chronotrons déviés altéraient subtilement les ombres, transformant les ziggurats en silhouettes floues et ondulantes.

- Ok. Ok. Ok... Et quand on souffle dans la quéquett... Désolé, j'y arrive pas. Vas-y Francky c'est bon...
- Oui, Patrick, c'est ça... C'est bon bon bon ! Fruit de la passion, j'aime quand tu touches ! Fruit de la passion, oh c'est super ! Fruit de la passion... Bordel, j'ai oublié la suite...
- Pour faire une chanson facile, facile, faut d'abord des paroles débiles, débiles ! Ha ! Qu'est-ce qu'on est serré, au fond... Oh mais j'ai aussi un trou de mémoire...
- Ce doit être l'émotion de cette charge cosmique qui nous incombe...
- Surement ou une sorte d'Alzheimer du voyage temporel ?
- Je propose que chacun chante les paroles de l'autre alors.
- Ah, excellente idée ! Sauf que je les connais pas bien...

Mais rien n'y faisait, à mesure que la victoire chronocratique se profilait, la réalité se distordait davantage, les rivières de l'Euphrate coulant à rebours en spirales inversées, déversant des poissons volants qui chantaient des hymnes discordants en sumérien rétrograde, et les cieux s'emplissaient de nuages pixellisés crachant des pluies de hiéroglyphes aléatoires, effaçant les constellations pour les remplacer par des émoticons primitives clignotantes.

- Bon sang ! Faut tenter un truc...
- OK, je me lance... Tu veux mon zizigouigoui ? Viens ce soir dans ma sarbacane au fond du jardin, tu ne connaîtras pas la paname ?
- T'es con, Pat, tu connais pas mes paroles. Je me lance. J'te lèche la chatte en mode turbo, suce-moi le zob ou j'te crache dans les narines ?
- C'est pas ma chanson, ducon. Ce doit être du Hugues Aufray ou du Dorothée, je crois.

Mais au contraire, bientôt, l'ascension triomphale des pangolins culminait en une apothéose chaotique, où les humains se métamorphosaient en hybrides écailleux dansant des farandoles involontaires, leurs souvenirs réécrits en boucles infinies de publicités chronocratiques absurdes, et les lois physiques s'effondraient en un carnaval de gravité inversée, propulsant les pyramides naissantes dans des orbites folles autour d'un soleil qui riait d'un rire mécanique et distordu.

- On doit essayer autre chose alors ma mémoire est en train de s'altérer comme si les pangolins chronocrates avaient déja modifié la trame storytellique de notre brane...
- Putain, je comprends rien à ce que tu racontes ? Alice ça glisse, au pays des mères vieilles, bravo Francky, je sens tes gros orteils !
- Arrête ça, golmon, c'est pas du tout mes paroles... Il nous faut un autre plan...

Enfin, au seuil de la domination totale, la brane storytellique se fracturait en un maelström WTF absolu, où les pangolins eux-mêmes fusionnaient avec des artefacts impossibles comme des smartphones sumériens crachant des selfies divins, la temporalité se bouclant en un ouroboros de memes viraux antédiluviens, et l'univers entier se réinventait en une farce cosmique où les dieux anciens twerkaient sur des beats glitchés, annihilant toute cohérence dans un éclat de non-sens. ChatGPT allait imposer une réalité alternative.

- Je propose qu'on synchronise nos montres et qu'on chante en même temps un mélange de nos chansons.
- Comme une sorte de pot-pourri pourri hardcore alors ?
- Oui, comme quand les Ghostbusters croisent les effluves de leurs neutroliseurs pour démultiplier leur puissance feu contre Gozer ?
- OUI, c'est ça. FREE THE MONGOLIAN PEOPLE §
- T'y bête...
- Ta gueule, on se lance... ça marche particulièrement bien quand on donne une image dégradante des pu... heu, des femmes.
- Maximisons nos chances en poussant le curseur au max, alors...
- Comme d'hab, quoi...

Alors nos deux héros se lancèrent en choeur dans leur incommensurable assaut final contre les Chronocrates et le Processus, une partouze brainstorming intellectuelle de la fin des temps : "Les sardines, on s'frotte, ton clito pue la sardine kolé-séré  ! J'te fais une opération des amygdales avec mon prépuce flasque, prends ma sauce blanche dans ton kébab en fleur, pute, en tournante dans une cave de Pointe-à-Pitre ! Le petit bonhomme en mousse de foutre makè, oulé, ti bwa qui monte dans ton fion te donne du zouk love, salope ! J'te baise comme un taré sé kannari kouvè ki ka fè pli bèl soup, on fait des pets de sperme au rhum raisin qui font tilter tes ovules dans ton duodénum ! Alice ça glisse, j'te fiste le cul jusqu'aux ovaires de ton arrière-arrière-arrière grand mère en kadans des tibwas, chachas et makè jolis !  Ah si tu pouvais fermer ton trou décalecatan, décalecatan ohé, ohé, ça nous f'rais des vacances, salope de pute, gwo boug pa ka pléré, mé dlo ka koulé an zyé'y, ma bite bave par contre, j'te gicle bien dans ton en-dedans de femme fontaine des jardins du Versailles du cul du Le Nôtre de mes couilles molles antillaises ! Si ou pé pa tété manman ou ka tété kabri, CMB ! Une p'tite pipe hourra pour forcer ta salope de copine à sucer jusqu'à l'étouffement, rote du foutre, pute, pute à biguine créole zouk béton où crève, chienne soumise avec un fruit de la passion plug anal queue de poney dans le fion. Sans consentement, bonbon la fess, garage à queues leu leu inutile, une turlute goût acra de morue des îles et je te biffle jusqu'à te marietrintigner, chaudasse de Gwoka et Bèlè en force. Tes larmes de femelle pathétique sont des confettis et cottillons chamarés de mon carnaval patriarcal de Rio. An nou zouké, doudou, mais qu'est-ce tu bois doudou, dis donc ? Oasis, Oasis, tiponch DTC,s. On va tamponner tes fesses jusqu'à ce que tu craches ton honneur, objet. Bois ma jute probiotique Actimel aux ferments lactiques Lactobacillus casei, vitamines B6 et D, bifidus actif PRO plus, chienne caribéenne, prends toi un petit train de Bézu dans tes oreilles et une grosse giclée chouval bwa. On déterre le macchabée d'Olympe de Gouges,  ensemble au bal, au bal masqué ohé ohé ! On lui fait un bukkake voyé monté, on lui fourre nos queues dans les plaies purulentes, on jouit dans les asticots de son cul puis on lui dessine un petit coeur sur la bouche en y étalant notre foutre ! Kekett' pa ka palé, boudin bava, chienne."

Ce duel paillard, un tourbillon de propos dégénérés où la lubricité transcendait les époques, fissura le tissu espace-temps, créant une brèche vorace aspirant les millions de pangolins dans un tourbillon d'effets spéciaux hollywoodiens, où explosions pyrotechniques et distorsions visuelles dignes d'un blockbuster engloutissaient les envahisseurs en un ballet apocalyptique de lumières stroboscopiques et de hurlements digitalisés. Les deux troubadours, en sacrifiant leur existence, choisirent de rester à jamais dans le passé, leurs corps fusionnant avec la brèche pour la sceller, un acte d'abnégation lyrique qui préserva l'essence de l'écriture humaine. Les Chronocrates l'avaient à nouveau dans le fion, profond. Ainsi sauvée, la proto-écriture ne différa que de deux détails infimes : dans les milieux savants, elle porte désormais le nom d'écriture cunnilingussiforme et le premier des LLM, cet artefact intellectuel ultérieur, fut baptisé TaChatteTaChatteTaChatteGPT. Inexplicablement, les gens du Sud Ouest de la métropole se mirent à avoir un petit accent créole. Nos deux héros furent à jamais effacés de la mémoire des Hommes. Collatéralement, les limons séculaires du masculinisme disparurent dans les limbes du temps et de ton cul.


Et c'est ainsi que naquit de mon giron fertile cette bouffonnerie humaine qu'on appelle écriture.