La Zone
La Zone - Un peu de brute dans un monde de finesse
Publication de textes sombres, débiles, violents.
 
 

Salon des Refusés

Démarré par Cuddle, Mars 09, 2026, 08:50:19

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Cuddle

Bienvenue dans l'arrière-boutique du site.
Ici reposent les textes qui n'ont pas franchi la porte principale. Non pas forcément parce qu'ils sont mauvais... mais parce qu'ils sont trop quelque chose.

Ou simplement trop loin de la ligne éditoriale.

Bref, tout ce qui déborde, déraille ou explose en dehors des rails finit ici.

Considérez ce salon comme une vitrine un peu louche où l'on expose les expériences ratées, les idées absurdes et les délires incontrôlés. Un endroit où les textes refusés continuent malgré tout d'exister... pour le meilleur ou pour le pire.

Âmes sensibles, lecteurs sérieux et gardiens du bon goût : avancez à vos risques et périls. 😈
J'aime pas ta gueule.

Cuddle

Le Diogène des temps modernes
Le 14/03/2026
par Johan Breque


La première fois que j'ai aperçu mon gusse, il traversait la galerie les mains revenues derrière le dos. Je devais taffer dans mon magasin depuis quoi, deux semaines, et déjà il portait son bob crasseux vissé sur son crâne avec la même queue de cheval liant de très fins cheveux grisonnants. Pour les vêtements, on ne va pas se mentir, eux non plus ne devaient pas être changés régulièrement, et le type déambulait, simplement et sereinement, sans demander après son reste. Si on m'avait questionné sur le coup sur ce que j'en pensais, j'aurais dit que le gars n'allait pas tarder à s'asseoir à l'entrée du leclerc et se mettre à faire la manche. Mais j'avais tord. Je vais donc vous raconter l'histoire de ce mendiant qui n'en était pas un, ou du moins, qui aurait pu être n'importe qui qu'on aurait aimé qu'il soit.

Il s'installe sur le banc en face de l'enseigne en regardant après tout le monde. Pas d'animosité dans son comportement. C'est à peine s'il cause quand on vient poser ses fesses non loin de sa position. De l'entrée de la boutique, je l'observe un peu sans rien dire, en me posant des questions après l'histoire de ce type. Mais qu'est-ce qu'il branle à traîner dans les environs ? Après des jours à le voir aller et venir, c'est certain que ce n'est pas un mendiant. Il passe ses journées le cul rivé aux fauteuils des couloirs à dévisager tout un chacun qui passe sous son nez. Est-ce qu'il attend quelqu'un ? Pour l'heure, mon idée est qu'il est sdf et qu'on est mieux ici que sous une tente avec le froid qu'il fait dehors. Il aurait raison. Dans tous les cas, il n'est pas bien emmerdant, alors on ne va pas s'en préoccuper outre mesure. Il fait sa vie comme il le souhaite. Je fais la mienne comme je l'entends.

Je prends un verre au bagel du coin et le voilà qui se pose à une table, même gobelet que moi en main. Il consomme donc, même si ce n'est pas chez nous. Pas aussi fauché qu'il en a l'air. Comme quoi, l'habit ne fait pas le moine, encore que la peau vient m'en dire long sur l'hygiène du personnage. De là où je suis, je distingue des points étranges dans le cou du bonhomme, comme des pustules qui lui pousseraient dans la nuque par dizaines. Peut-être que ceux sont des kystes qu'il se trimbale malgré lui ou des grains de naissances en reliefs ? De quoi vous couper l'envie d'une pâtisserie en accompagnement de la boisson. Mais si le gars n'a pas les moyens de prendre autre chose qu'un café, il ne va pas compter sur la médecine pour l'opérer sans contrepartie généreuse. Voilà qu'il avale d'une gorgée son broc, puis qu'il se lève, puis qu'il se casse. Mais d'après le geste qu'il envoie à la serveuse, ils se connaissent depuis un bail. Il doit squatter les environs depuis bien avant moi.

Pour la première fois, quand je le croise, je le salue et il me répond. Pas de paroles plus hautes que l'autre. Juste un sourire de contagiosité. Depuis le temps qu'on se voit, chacun entrer et sortir de la galerie, on se connaît sans se connaître. Mais au moins, je suis fixé sur sa voix. En plus de ne pas être mendiant, il cause ma langue. Belle avancée.

« Tu connais le type ? » je demande un matin à un collègue en lui montrant mon vagabond du doigt, toujours au rendez-vous.
« Lui, il me répond, il est là depuis un bail, mais je sais pas d'où il sort. »
Sur le coup, je partage mes hypothèses. Mais voilà que quelques jours plus tard, une surprise m'attend lors de mon trajet pour aller au taf. D'une allée privée, un vieux sort sur un vélo pour prendre la route du centre commercial. Mon gars n'est pas sdf du tout. Il a même une baraque à lui et un jardin de grande superficie. Mais c'est qui ce gars bordel ? Et pourquoi est-ce qu'il passe sa vie dans une galéria à deux balles à regarder le temps filer sans s'en saisir ?

« Tu sais, je dis à mon collègue le jour suivant, je me demande si ça serait pas un Diogène. »
Germe alors pour la première fois cette hypothèse folle. Et si mon copain de galerie n'était qu'un philosophe qui refuserait les conventions sociales en vivant comme il l'entend. Diogène, c'est un peu le premier zonard de tous les temps. Il choisissait la rue pour domicile au détriment du confort qui lui était pourtant possession par héritage. L'avantage dans le cas de mon Diogène moderne, c'est que les factures d'électricité ne doivent pas être bien salées s'il n'est jamais chez lui. Puis vu son âge, peut-être que la retraite ne lui réussit pas. Autant vagabonder dans la foule clientèle, en profitant de la compagnie même silencieuse de son public curieux, public dont je fais parti, plutôt que de se morfondre chez soi. Pas con, le gars. D'autant qu'il a de quoi s'acheter la bectance avec les économies qu'il fait. Si j'étais lui, je me la jouerais même Duneier en écrivant un livre de sociologie sur ses années passées dans notre centre commercial. Il aurait sûrement des anecdotes improbables à nous compter ; Puis ça lui ferait du pécule en plus pour ses sandwichs.

Quatre ans ont passé et il est toujours là. Mon Diogène des temps modernes. Je le vois tous les jours, du lundi au samedi, arriver à heure fixe au matin, buvant son café ou fumant sa clope, puis quittant les lieux quand il le décide sur sa bécane qui rouille et qui grince. A force d'observations, j'ai même compris qu'il était moins discret qu'on se le figure, parce que c'est qu'il connaît du monde, mon Diogène moderne, il est moins isolé qu'on pourrait le croire. Beaucoup de gens se sont habitués comme moi à le voir et à force de se croiser, y en a qui lui tapent la discute au point de connaître certainement son nom, celui de ses frères, ses parents, sa vie complète quoi. Mais est-ce que je les ai imité depuis le temps ? Non. En fait, je préfère garder mon mystère entier. Je veux que mon Diogène dise simplement merde à la vie rangée, dans un bicoque payée avec un prêt ou un salaire durement obtenu, un gain gagné au loto ou une coquette somme léguée par ses vieux. Tant que mon Diogène est heureux, la vérité importe peu. Rêvons un peu au merveilleux plutôt qu'au conventionnel, à l'absurde plutôt qu'à l'évidence.
J'aime pas ta gueule.

Glaüx

Pas horrible, mais pas bon non plus, et en effet hors-sujet sur la Zone.

Pas débile ; juste un peu mou du concept, conformiste tout en se prétendant découvrir l'existence de l'anti-conformisme (mais naturel, pathologique, ce qui est vachement plus rassurant), mais sans délire aucun.

Pas sombre : au contraire, gavaldesque, gentil, mignon, bienveillant, tout-le-monde-il-est-magnifique-même-s'il-sent-fort. BOUÄÄRGHL pardon j'ai essayé de me retenir mais ça poussait fort sur le pylore.

Pas violent, ohlalalalalala non.


Après, chacun ses goûts et ses couleurs et son parfum, fraise tagada pour certains, ou huile de vidange utilisée comme lubrifiant pour des sodomies de rhinocéros, pour les zonards. Ca se conçoit.

Faudrait quand même arrêter de chercher la variation à tout crin : les expressions communes légèrement décalées de leur usage, ça fait pas littéraire ni riche, ça fait maladroit.

Bref, pas dégueu, mais dégueu quand même. Un mélange intéressant.
TA GUEULE TA GUEULE TA GUEUUULE

Dourak Smerdiakov

J'ai vu le nom de Diogène, ça m'a donné envie, j'aime aussi le personnage. Et puis le commentaire de Glaüx a attiré mon attention. Ceci dit : "je me demande si ça serait pas un Diogène" manque a priori de naturel, je crois. C'est une phrase d'auteur. Je ne connais personne à part moi - mais je ne le ferais pas, ou pas comme ça - qui pourrait me sortir ça dans la "vraie vie".

Soyons honnête, même si ce n'est pas particulièrement sombre/débile/violent, ce texte aurait sûrement été accepté et publié à plein d'autres moments de la vie du site où on n'avait pas 200 textes en attente. Mais bon, c'est comme ça, on est devenu une jolie fille, on est courtisée, on apprend à dire non. Rien de personnel.

"Je vais donc vous raconter l'histoire de ce mendiant qui n'en était pas un, ou du moins, qui aurait pu être n'importe qui qu'on aurait aimé qu'il soit."

"Quatre ans ont passé et il est toujours là."

Malgré une ellipse de quatre ans, je n'ai pas vu d'histoire, en fait. Ça me donne l'impression que c'est une fois de plus le premier chapitre ou les premiers paragraphes d'un premier chapitre qu'on vient nous balancer pour avoir un avis sur un début de roman, ou pour se faire de la pub, ou juste pour tester sa prose. Et c'est humainement compréhensible mais aussi un brin casse-couilles. On aimerait avoir un truc qui se tient tout seul, qui vaut par soi-même. Un putain de texte.

Je ne suis pas sûr que les expressions décalées soient un effet littéraire délibéré, le reste du texte ne m'en donne pas l'impression.






des omezntn'est pas non plus
Pour le débat citoyen et convivial dans le respect indivisiblement démocratique de la diversité multi-culturelle des valeurs républicaines oecuméniques.

lapinchien

J'ai lu croyant que ça parlait de Diogène de Sinope qui se branlait dans l'Agora alors qu'en fait ça traite de Diogène Laërce qui se branlait sur la vie de Diogène de Sinope.

Cuddle

Petits meurtres en fratrie
Le 27/12/2025
par A.B

Fragments d'une veillée interminable. Comment ils partent en vrille, dans un flot d'humour sans filtre et de rires sarcastiques, en cherchant à tuer le temps sinon leur mère. Est-ce eux qui en viendront à bout ou elle?
Enfermés dans le Berry et veillant leur mère depuis plus d'une semaine, l'atmosphère est insoutenable. A veut péter la gueule du médecin de campagne en dessous de tout. D, elle, souhaite abréger l'enfer de la situation par tout moyen. C, lui, se frotte les mains en permanence, son toc lorsqu'il est angoissé. Pour respirer, ils partent régulièrement en voiture et s'abreuvent dans tous les rades du coin. Puis ils rentrent et attendent.

A arrive dans le salon : Elle respire encore?

D : Pfffff oui. Putain on est maudits

C : Ça fait dix fois que je dis aurevoir à maman, on va finir par devoir faire semblant de pleurer

D : Y'a du citron dans le frigo? Un oignon?

A : C'est notre calendrier de l'avent, tous les jours on ouvre une case et y'a maman

Ils entendent un râle dans la chambre et se précipitent dedans. "Aurevoir maman, tu peux partir là". Silence. Elle respire. Ils ressortent.

C : Eh merde


Plus tard, toujours dans le salon, en train de jouer aux cartes...

A : On fera quoi de l'urne?
Pensant à l'histoire mythique de sa mère avec Jacques Dutronc, A propose de disperser les cendres au Père Lachaise à côté de Dutronc.

D : Bonne idée sauf qu'il n'est pas mort Dutronc

A : Putain, fait chier. Françoise Hardy?

C : Sinon Marc Dutroux?

A projetant la proposition C, simule l'instant de la dispersion des cendres : Désolée maman, oups


Deux jours après : fin de la veillée. Merci mon dieu!
J'aime pas ta gueule.

Glaüx

L'impression que c'est même pas écrit, à peine dicté. C'est nul, y a rien à en dire.

Ça existe encore les dictaphones ? Y a toujours pas de lois contre ça ?
TA GUEULE TA GUEULE TA GUEUUULE

Cuddle

Ce texte m'a bien saoulé.
J'aime pas ta gueule.