La Zone
La Zone - Un peu de brute dans un monde de finesse
Publication de textes sombres, débiles, violents.
 
 

MDLC3 - Sujet 5 - Ornithorynque métaphysique

Démarré par lapinchien, Février 10, 2024, 03:57:13

« précédent - suivant »

lapinchien

5ème Sujet - Ornithorynque métaphysique - contribution à poster sur ce topic avant 05h. Si vous ne pouvez pas vous inscrire sur le forum, vous pouvez m'envoyer votre texte par email sur LaRevueQuiTeParle@gmail.com

Lunatik

Le mot de la fin

— Oh ! Ooooooh ! Ornithorynque ! Ornithoryyyyyynque !
La meuf gueulait comme une sirène, et j'ai mis un moment à comprendre de quoi elle causait. Enfin, comprendre, c'est un peu exagéré. Disons que j'ai clairement entendu le mot (Ornithorynque !) mais je n'ai pas vraiment saisi sa portée ni sa pertinence dans le contexte : j'étais en train de la fourrer très proprement, avec toute la conscience et l'art requis dans ce difficile, quoique millénaire, exercice de style. Je venais de lui éclabousser le cabochon, dans un râle mâle et digne, quand elle s'est mise à me bramer dans l'oreille gauche.
— Mais quoi « Ornithorynque ! », j'ai fini par lui demander, excédé, et le tympan à deux doigts de saigner.
— Quoi «  quoi ? » a t'elle dit, l'oeil embrumé de jouissance et la diction pâteuse.
— Mais ça, là « Ornithorynque ! »
— Mmmmm tu n'as jamais vu « Jeux d'enfants » ?
— ...
— Le film, avec Marion Cotillard et Guillaume Canet. Un chef d'oeuvre. Je l'ai vu trois fois à sa sortie.
— Non. J'étais même pas né quand il a été tourné (sûrement en noir et blanc).

Après ça, elle a boudé un moment, et je n'ai pas réussi à avoir le fin mot de l'histoire. Mais j'ai pris l'habitude de gémir « Ornithorynque » d'un air langoureux et inspiré à toutes mes conquêtes, et l'effet était bluffant : la pire rombière devenait chattemite, et me passait tous mes caprices.
Le job de gigolo n'est pas marrant tous les jours, il faut littéralement se farcir des thons et des boudins à longueur de temps, alors si un mot, un seul, tout tétrasyllabique soit il, peut me faciliter la vie, je ne vais pas cracher dessus. Le problème des formules magiques, c'est qu'on ne peut pas les utiliser impunément indéfiniment. Il y a toujours un prix à payer. Et lorsqu'on est pourvu de quelques grammes de cervelle, on se renseigne sur le prix avant d'acheter la marchandise chat en poche. J'ai pêché par flemme, par désintérêt. Par jalousie, aussi, un peu : j'aime pas Canet et sa belle gueule de privilégié qui n'a jamais été dans le dur. Pas question de m'abaisser à regarder un de ses films.
J'aurais dû.
Peut être que je n'aurais pas fini coulé dans le béton.

— Ooooooh ! Ornithorynque ! avais je sussurré à ma dernière cliente, richissime et vieillissime, que je dorlotais depuis des mois, tout espérant qu'elle me coucherait ailleurs que dans son lit (sur son testament, par exemple)
Je gisais entre ses bras flasques, sa bave me dégoulinant dans le cou, son haleine de vinaigre éventé me tapissant les narines, et je lui roucoulais le mot magique à perdre souffle.
— Mon chaton, mon chaton, tu le penses vraiment ? avait elle fondu d'extase.
Je m'en étais sorti honorablement avec des ronds de jambes littéraires, et l'avais assurée que oui, oui, on peut faire tout comme eux dans le film, bien sûr mon ange, puisque, après tout : « Ornithorynque ! »

Et comme je n'ai pas le temps de vous raconter toute l'histoire, que le béton coule autour de nous, la vioque me couvant d'un regard d'adoration folle tandis que je me débats pour sortir de la nasse, de la cuve, du moule de huit mètres de haut et sans issue autre que par le Ciel ou l'Enfer, je vous invite cordialement à aller voir ce foutu film.
Mais surtout, surtout, ne dites jamais « Ornithorynque ! » à une femme.

Clacker

On l'a trouvé là, pas très loin du puits. On s'est dit : c'est un chien crevé. Par chez nous, il n'y a pas des masses de divertissements, comme disent les vieux. Et donc on aime bien jouer avec les machins crevés. Les télés, elles ne fonctionnent plus depuis que c'est arrivé. Le grand WOUSH. En fait, c'est tous les anciens bordels électriques qui ont rendu l'âme. C'était un jour un peu comme celui-là, avec le ciel très bas comme une cloche à fromage, et le vent qui soufflait bien fort à essorer les arbres ; sauf que tout fonctionnait bien. Et puis, sans prévenir ni au téléphone, ni sur les écrans, ni ailleurs, il y a eu le grand WOUSH. Comme un truc qui explosait au ralenti. Le son, ça vous vrillait les feuilles mieux qu'un mixeur de chez GIFI, comme si les tympans c'étaient des feuilles de papier journal qu'on frictionne avec les mains. Le grand WOUSH a fait péter tout ce qui était électronique.
Depuis, on joue avec les charognes, parce qu'on trouve rien de mieux. Samedi, c'est la nana que j'aime bien. C'est son nom. Samedi. Il parait que c'est en rapport avec du vaudou. C'est ce que m'a dit sa mère. Elle est gentille, sa mère. Elle prépare des décoctions à base de gencives de porc.
Elle est sourde, Samedi. Le WOUSH, encore.
Souvent on se regarde, tous les deux. C'est pas que ça dure tellement longtemps, quand on fait ça, mais juste un tout petit peu plus que la normale. Et c'est vachement bien.
C'est elle, la première qui a compris que c'était pas un chien. Avec les autres on s'était dit qu'on récupèrerait bien la queue pour faire une blague au fils débile de ma tante. On lui dit que c'est du saucisson, et il mord dedans. Après il devient tout blanc, et il dégueule.
- Ory-rinqu', elle a dit, Samedi.
On s'est tous regardé. On n'a pas compris.
- Ornythorinque, j'ai dit, après un temps.
C'était bien ça. On n'en avait jamais vu ailleurs que dans les livres de science naturelle. Avant, quand on avait des portables, on regardait aucun livre, et surtout pas ceux sur des animaux. On regardait des gens qui dansaient. Juste des gens qui dansaient.
- Il bouge, a dit l'un des gars de la bande.
L'ornythorinque était encore vivant. Pourtant, il avait la gueule défoncée, même plus de dents, et il sentait la mort. Mais il bougeait. En fait, il vibrait.
- Il est sur vibreur !
- On pourrait le coller dans le fion de Samedi !
Je ne trouvais pas ça marrant, mais j'ai rigolé. Samedi, évidemment, elle ne comprenait rien de ce qu'on racontait. Tout le monde riait, mais quand on a vu l'ornythorinque se relever, comme si quelqu'un le tirait avec un fil de pêche, on a fait le silence.
Il se redressait lentement sur ses deux pattes. Il avait un oeil crevé, mais l'autre, il nous regardait.
Et puis il ne s'est plus contenté de se mettre debout. Il a quitté le sol. On s'est tous frottés les paupières.
Il lévitait à vingt centimètre du gravier. Ses pattes se sont écartées de son corps. Il vibrait encore plus fort, comme un énorme bourdon. C'était comme... une croix. Une grosse croix vibrante pleine de poils et de sang séché. Et l'odeur... ça puait incroyablement.
- C'est quoi ce bordel ?
- Je comprends rien...
- C'est-euh-OUSH, a dit Samedi.
Alors elle a fait un truc bizarre. Elle s'est rapprochée de l'ornythorinque, tout en tendant une main. J'ai essayé de l'en empêcher. Par réflexe. Je ne voulais pas que ce truc l'attaque. Mais elle m'a repoussé, et pas très gentiment.
Finalement, elle a posé sa main sur le ventre de la bête. On avait tous le souffle coupé. On s'attendait à ce qu'il se passe quelque chose. On a attendu, ça a duré un moment.
- Euh-OUSH, elle a répété.
Alors, très tendrement, elle lui a fait un câlin. Enfin, c'est ce qu'on pensait au début. En vérité elle l'a attrapé, serré contre elle, et ils se sont rapprochés du puits. Personne n'a eu le temps de rien faire. Personne n'a voulu rien faire.
Elle a grimpé sur le rebord de pierre, et ils ont disparus d'un coup, engloutis par le puits.

On est rentrés chez nous. Mais avant, on s'est promis de ne répéter ce qui s'était passé à personne. C'était le «pacte». On a fait croire aux vieux que Samedi était partie en voiture avec quelqu'un. Un étranger dans une vieille bagnole cabossée. Quand on a ressorti le bobard à sa mère, j'ai vu qu'elle ne nous croyait pas. Elle n'a rien dit, mais elle savait. 

Le Thaumaturge

IVG postnatale

"Il était un castor,
Et ron et ron, petit patapon,
Il était un' castor,
Qui s'prénommait Tillon,
Ron, ron,
Qui s'prénommait Tillon.

Il rendit un bel éjaculat,
Et ron et ron, petit patapon,
Il rendit un bel éjaculat,
Lors de la Saint-Con,
Ron, ron,
Lors de la Saint-Con"

Ainsi je chantais une comptine à mon crétin de fils en agitant sa peluche favorite. C'est qu'il n'avait jamais sommeil ce con. Sa peluche était un monstre à fourrure palmé, je n'ai jamais compris l'affection qu'il lui portait mais le juge m'avait déjà averti une fois que c'était mieux que de le secouer.
Enfin, je gazouillais joyeusement jusqu'à ce que mon fond de capote de gosse, l'air exagérément dramatique, me coupe dans ma chanson.

"Mais Papa c'est pas un castor, c'est un ornithorynque!"

J'avais horreur qu'il me reprenne sur ce ton arrogant et doctorant. Il n'avait que quatre ans et cette chiotte me dépassait sur le plan intellectuel.

"Et puis il est fort peu probable qu'il produise un bel éjaculat, c'est un des rares mammifères pourvu d'un cloaque."

Reprit-il doctement. Son menton était faiblement relevé de manière hautaine. C'était la fois de trop. J'empoignai sa gorge fermement d'une main, alors je le plaquai avec une rage animale sur le tapis Nemo de sa chambre. Je projetai tout mon poids sur sa trachée. Très vite son visage s'empourpra avant de vagir minablement. L'écume aux lèvres, sa face gagna très vite une teinte violacée.
Il osa poser sa patte sur la main qui comprimait son cou. Je m'insurgeai. Redoublant de férocité, de mes doigts j'enfonçais ses petits yeux de snob dans leur orbites comme pour saisir une boule de bowling. A ca, aucune protestation. Merde.

Charogne

« Celui au bec d'oiseau »

La figure aux dix-mille yeux se redressa au dessus du temple en une silhouette titanesque, recouvrant le globe de sa splendeur, Ses sept bras regroupés auprès de frère Hammil, lui-même qui l'avait appelé. Un énorme bec recourbé surplombait ce qui semblait être sa tête, et un corps vaguement humanoïde d'un bleu pâle, nu translucide, accompagnait ses mouvements. Il était magnifique. Il était immonde. Jamais l'humanité n'aurait dû faire appel à une telle atrocité. Le moment où Il s'est élevé des esprits de Ses enfants, le monde changea. Son existence n'était pas prédite dans les écrits sacrés. Le sacré ne signifiait d'ailleurs plus rien face à Lui. Le réel ne signifiait plus rien. Sa présence était un bruit sourd, une cacophonie infernale de musiques et de trompettes, de cris et de rires, une manifestation violente qui prenait au tripes et qui violait les tympans de tous ceux qui venaient à L'entendre. C'était une erreur de la nature, un aperçu du cosmos qui n'aurait jamais dû entrer en contact avec notre monde. Une singularité qui ne concordait pas avec les normes de ce monde, un parfum qui retournait la gravité, une force qui assimilait et trépassait les frontières de ce qui est.

Un seul regard vers le dieu suffit à faire vriller les circuits internes du compagnon Hammil, à lui frire les neurones, à faire couler son cerveau à travers ses narines. Il s'écroula raide sur le sol, les yeux révulsés. On ne peut pas concevoir l'inconcevable, il faut mourir. Son nom avait déjà disparu dans l'infini.

Le père de famille s'avança lentement vers lui, la tête baissée pour ne pas croiser le regard de Celui qui apportait la vie et la peste. Mais déjà il n'y a plus de titre. Il n'y a plus frère ou de père, plus de parents, plus d'amoureux, d'amitié, de liens, de social. Car il suffit de savoir qu'Il existe, il suffit d'imaginer qu'Il puisse exister, pour ne pas pouvoir en ressortir. La sueur et le sang et la bile et les organes fusionnent pour disparaître en une fumée d'éther qui vient rejoindre Son identité en Sa silhouette d'antimatière.

Il brille autant qu'Il a tué la lumière et le soleil et les lampes en s'élevant, Il est si immaculé qu'il a ravi la vue de tous en existant, Il est Elle et Nous et Rien à la fois, car Il ne peut pas exister, ou alors tout cesse d'exister en Sa présence. La mer est morte, la terre est réduite à des cendres d'atomes, et seul l'animal prodigue, le plus bas des mammifères, la concaténation stupide de tout ce qui existe reste à l'issue de Son apparition. L'ornithorynque n'est pas, car il n'est que par l'existence d'autres dont il s'est approprié la peau. Et si les concepts à qui il a volé les attributs ne sont plus, alors lui seul demeure et définit ses attributs par sa seule individualité.

Il ne reste plus rien que ces étranges mammifères, bénis par Sa patte fatale, Ses suppôts, Eux qui ne peuvent pas le concevoir, qui ne peuvent pas, mais qui devinrent, par delà la matière, outre le physique, ces organismes désormais supérieurs.

Et quand plus personne ne put Le concevoir, quand ni même l'espace ne pouvait se souvenir de Lui, il disparu sans qu'une quelconque trace ne survive, sans une histoire à raconter. Il n'y a pas de tristesse, ni de volonté, ni de motifs. Il n'y a pas de réactions ; pas de logique. Il n'y a plus rien, et quand Il ne fut plus, alors tout ce qui ne pouvait pas exister pu revenir de nouveau. Les particules, les motivations, le destin, le temps, la vie, le monde.

Et seuls les ornithorynques peuvent se souvenirs de leur dieu. Et les autres animaux devinrent secondaires, car ce sont eux qui désormais eurent à s'identifier, se caractériser, s'approprier les qualités du mammifère primordial.

Un regard tourné vers l'immensité du vide.
L'autre vers la structure complexe de l'existence.

lapinchien

Du fond de mes tripes par Zbooba

J'ai de la chiasse à revendre,
Mon reseller sera pas tendre,
Mes tentacules datent de septembre,
De mes écailles ruisselle de l'ambre.

BON ENCORE UN RAP 0 LA CON c'est INSUPPORtaBLe
à écrire, à lire, non c'est imbitable !
Moi au début j'écrivais des poèmes avec des fleurs, des trucs champêtres et bucoliques,
avec des abeilles qui butinaient et des coccinelles, ouais, j'aimais bien les coccinelles.
Et puis un jour, je sais pas. Mon cerveau à vrillé et puis en même temps faut se méfier
des décisions qu'on prend à l'adolescence. Ben ouais on est pas fini, on est en pleine ébullition hormonale.
OUAIS c'est là, à l'adolescence, que j'ai décidé de faire du rap tendance CRACK ZIK-MU mais c'était peut être
un choix un peu trop rapide, qu'avait pas mûrit. Ben ouais, j'aurais peut être dû écouter ma voix intérieure
qui m'intimait de m'adonner à des activités moins viriles. oui, la vannerie, le mako moulage, je vous le
concède sans rougir. Mais bon c'est ce foutu rap hardcore qui a pris le dessus. Mais je suis un suiveur, un
putain de mouton, c'était pour faire comme mes potes de la MJC. Et la rap culture c'est un bulldozer et une fois
qu'on a mis un doigt dedans, c'est le bras qui est happé, on se met à smurfer sur des cartons à même le sol. c'était à qui ferait le plus de pirouettes. Je n'ai pas peur de l'admettre : il y avait comme une émulation malsaine, une culture du consensus pour faire comme les gars des states. Des moutons, oui. Et puis soudain un jour
après s'être adonné quelques tant au graphs et tags sur le mobilier urbain, on vous tend un micro et on l'attrape au vol et on se met à postillonner des stéréotypes vulgaires et encore une fois c'est un effet de masse, on se met à traiter les filles de BIATCHS AVEC DE GROSSES SCHNECKS DE LOP-SA, et je ne dis pas que c'est mieux de leur coté, elles aussi elles veulent entrer dans des clichés, des effets de mode, du coup elles se mettent à TWERKER COMme des putes du BRONX et elles acceptent ce coté FEMME OBJET, parce que c'est plus qu'une mode en réalité, il n'y a pas que le suivisme en réalité, elles se sentent forte, des MEUF MAT2RIALISTES QU4ON TOUT COMPRIS 0 LA LIFE et qui voient dans le libéralisme outrancier post chute du mur de Berlin, une façon de réussir et de s'affirmer. Et puis on est emporté dans un sémantique qui est avilissante en vérité je vous le dit. On glorifie l'argent roi, on parle de MOULAGA, DE  MAILLE, DE PEZ, DE CARAMEL, et on porte des œillères bien vissées sur nos petites tronches acnéiques et bien sûr le questionnement du soi dans le groupe n'aide pas et on est vite acculé à dire des choses qui nous dépassent et au fond de nous on le sais que c'est pas bien. Enfin bon, heureusement il y a le rap conscient qui relève un peu le niveau mais il se traîne toutes ces conneries de SLAM et autres sous-cultures de baltringues, on glorifie les racailles, la drogue, les mafias qui tiennent les cités, des guetteurs aux caïds qui se la coulent douce à DUBAÏ... non, on se questionne quand même en vieillissant. Tenez perso je pense voter pour éric Zemmour aux prochaines présidentielles...