LA ZONE -
Résumé : Qu'est-ce que c'est que ce gloubiboulga à la con ? On sait Ange Verhell obsédé par les clopes et les putes quinquagénaires, mais est-ce vraiment une excuse pour ce genre de litanies embrouillées et semi-poétiques ? C'est pas parce qu'un auteur est en manque de nicotine que c'est nous qui devons subir.

Dernière cigarette

Le 12/04/2007
par Ange Verhell
[illustration] Il y a cette Solange réservée, réfléchie, maternelle, douce comme une caresse, fluide comme un songe. Tu la connais?
Il y a aussi une révoltée qui n’admet pas d’être assimilée au sens commun et qui cherche une façon discrète et élégante de s’en distinguer. Elle rêve d’aventures, triangle des Bermudes, western et sombrero. Où se situer entre des aspirations nobles et un quotidien sans surprises ? Et ce désordre mesuré, est-il le laisser-aller du désabusement ou un témoignage de la distance que tu veux t’imposer par rapport aux choses?

Et puis, il y a cette fatalité dictée par le tabagisme et tu ne veux plus rien attendre ; alors, que peux-tu espérer après tout ? Tu as des côtés flétris et d’autres trop jeunes.
Après la nuit fiévreuse et impatiente, le corps n’est plus qu’un gros cendrier froid, pas terrible un cendrier quand il est froid, d’ailleurs. Comment as-tu pu tenir toute la nuit sans elle ? Fumes-tu en rêve ? Rêves-tu en fumant ? Tu fumes après l’amour ?
Est-ce un dragon qui, vivant dans un cratère à la naissance de ta voix, t’oblige à pincer les lèvres et libère ses fumerolles le jour?

Aurèle gazouille…

La torpeur matinale s’accommode mal de la station verticale. Il faut errer un instant. Ne pas se réveiller trop vite, les automatismes y veillent. Le percolateur chuchote, la nuisette frôle l’air du matin frais. Les mots ne veulent encore rien dire. Les gestes sont économes et lents dans leur membrane fripée. Le café apportera le luxe d’énergie nécessaire à ce qui sous-tend les pensées. Une à une, les consciences éparpillées émergent doucement comme des bulles en désordre. Discrètement les objets se remettent en place. L’espace est reconquis peu à peu.

Aurèle…

L’impulsion sèche du briquet. Le même petit crissement de ces criquets du métro parisien qui se nourrissent des mégots jetés. Il est toujours à portée le briquet, bien rangé dans l’inconscient. Il attend, on lui prête même un peu de vie, de l’ennui mêlé d’impatience par exemple. On se demande parfois combien de temps il tiendra. Il y a même des mégots de briquets qui jonchent l’espace invisible ; ils sont là, à peine cachés, silencieux et accusateurs comme des cadavres. La collection s’étoffe. Ils n’ont pas résisté à l’usure de la guerre. Guerre chimique. Guerre de nerfs. Guerre du feu. Jeu de main jeu de vilain.

La première bouffée se venge du sommeil. La fumée arrive dans un soupir, soudaine. Elle coule comme une lave légère, rampante, pierre ponce ultra light, qui rabote les premières aspérités de l’humeur. Ramona. Tu respires, les paupières se plissent, les yeux regardent vers l’intérieur. Pendant un instant d’éternité tout se tait.
C’est sans rêves, comme une absence esthétique. Il n’y a rien qu’une légère torpeur, une moiteur sèche où les premières pensées se vrillent comme des insectes en ébriété.

La deuxième bouffée est longue, comme une houle ; douce et rassurée comme une mère berçant l’enfant. Elle tue dans l’œuf les embryons de crainte et projette autour de toi la préface de tes pensées labiles. L’impatience cède à une extase résignée. Tu t’entraînes à exorciser le dernier souffle. C’est la préparation au rituel, l’encensement cérémonial se règle avec un recueillement religieux.

Puis un dialogue silencieux se noue. Tu t’éloignes ; même en parlant. Tu n’atteindras pas la conscience des choses, sauf en illusion. Impossible de te retenir, il n’y a rien à faire, c’est comme un mal au ventre, une infirmité, comme la misère.

L’ambiance se capitonne peu à peu d’une épaisseur vaguement poisseuse. La brume, c’est ton repère, ton repos, tu ne peux pas avancer sans elle. Tes idées s’apaisent dans ce flou bleuté. Il rapproche l’espace devenu inutile et le ramène tout en toi. C’est un voyage intérieur. Tu ne distingues plus si bien les bornes de tes trente ans. Tu es sans âge. Tu règnes, perdue aux marges du temps, Sirène des brumes dans les alluvions de la mémoire.

Les autres bouffées se répandront en une exhalation languissante. Tu ressembles à une indienne qui envoie ses signaux. La langue amère fragmente la fumée en petites métastases cotonneuses qui s’envolent…en files indiennes. Quels messages cherches-tu à coder ?

L’atmosphère s’alourdit. Les objets environnants immobiles deviennent mobiles et changent d’apparence, comme s’ils voulaient échapper à cet envahissement qui vient confisquer leur priorité domestique.

Des grincements musicaux montent en psalmodies d’on ne sait où, par échos, et se transforment en spectres grimaçants se déguisant perpétuellement dans les circonvolutions organiques. Cette fantasmagorie s'étoffe avec l’arrivée d’une foule éthérée invoquée par ta bouche. Une beauté venimeuse s’enroule dangereusement en volutes toxiques. Des excréments de poumons flottent, avec ostentation viennent effleurer délicatement les narines, puis vont se déliter au loin.

Et soudain, révélé au milieu de ces élévations tourmentées, se dresse cet hôtel où tu vénères inconsciemment ce Dieu exigeant, comme si tes incantations patiemment renouvelées avaient fini par décider la divinité à apparaître. Nous sommes dans un rituel Inca où tu déposes les taxes sur ta vie en offrande avant de t’immoler en sacrifice. C’est ton sang qui se vaporise, ton teint se grisaille doucement. C’est une offrande crématoire.

Tout part en fumée, mais la fumée part en toi. Elle s’incarne en toi.
Tu es fumée.

Finalement on est avec toi comme avec la fumée, bien même ; il y a une ambiance ; nos pensées et nos paroles s’élèvent avec elle dans une facilité aérienne. Une part de toi-même flotte en parfumant l’espace et le temps de cette saveur piquante et chaude.
Tu apparais comme un hologramme projetant sa propre fumée. Tu perds ta réalité. Tu es une idée, une parenthèse, un fantôme, une façon de femme. Tu t’évapores. Peut-on s’attacher à cette empreinte ? Tu n’es plus qu’une enveloppe, ta peau est un papier à cigarette. Je me demande si, coincée dans un incendie, tu ne partirais pas totalement en fumée voluptueuse. En attendant, cette braise fragile, ténue comme ton souffle, va te ronger les entrailles et tu te consumes dans cette incinération lente. Moi, je suis là, impuissant, étranger, comme un spectateur dans l’arène. La tragédie est sous mon nez, mais je n’y ai pas de rôle. C’est un destin figé par l’écriture, par les prédictions de l’oracle. Je me sens impuissant parce que je t’aime.

Le chat, lui, ne sait pas. Il sent. C’est le complice par omission. Il se contente seulement de ton affection. Il vivra ; moins longtemps peut-être.

Aurèle sait. Elle est prise en otage par tes onze ans. Se libérera-t-elle d’elle-même ou bien cette complicité morbide qui lie le terroriste à sa victime la fera-t-elle sombrer dans cette autodestruction ? Tu es un terroriste kamikaze. Que peux-tu pour ceux qui sont sur ton orbite ? Quelle extrémité atteindras-tu pour ne pas fuir cet esclavage ?

Ce mouvement autodestructeur qui porte la cigarette à ta bouche, est-ce un souci de persécution alimenté par le besoin obsessionnel de l’attiser avec ces braises ou bien est-ce une obsession de l’esprit ? Parce que dans les solitudes émaillées de ces doux moments enfumés persiste une saveur d’insatisfaction coupable.
Crains-tu de voir des espérances pâlir devant la réalité crue ou bien décevoir quelqu’un alors qu’une trop longue intimité use la considération qui t’est due pour des raisons que toi seule nourris ? Pour toi il n’y a rien de positif derrière ton mégot, tu es désespérée de l’avenir, tu t’en fous et on n’y peut rien. Tu t’asphyxies dans l’angoisse du passé.

C’est fumeux, hein ! ?

Y a-t-il un espoir sans volonté, sans chance et dans cette attente morbide et résignée ? Où est l’espoir ?
Qu’est-ce qui peut te parler directement ? Cette solitude terrible. Comment t’atteindre ? Il y a des choses en toi qui n’ont pas de résonance.
Il n’y a pas quelque chose de détruit mais plutôt d’irrémédiable, une sombre révolte, une tornade qui dévore et convertit en rafale tout ce qu’elle avale. On ne dit pas arrête à « ça ». «Arrête ! » Est aussi dérisoire qu’un fétu de paille, surtout sur le papier. Ni comme ça, ni comme ci : « ! Et Erra .»

Tiens, c’est bizarre, c’est comme un cancer, il le mime déjà dans l’esprit avant que de le concevoir et puis le sécréter en toi. Le pire, finalement, c’est peut-être avant, dans cette chute en avant, cette piste noire infernale, ce doute permanent qui se nourrit d’un soulagement inassouvi. Après, c’est le crabe ; la routine, l’évidence sûre. La fin est là presque rassurante, intime, concrète, comme l’incarnation finale de cette invocation patiente et obstinée. On ne va plus le lâcher comme te lâcheront tous les espoirs. Las ! Pour toi point de lassitude. Il y a là une sorcellerie qui traversera tous les âges ; écrite en lettres de feu dans le grimoire des gènes et traduite par sa fumée dans l’âme en incantations silencieuses qui pénètrent au plus profond de toi-même. Un vertige, une brûlure profonde au dernier degré avec une sensation trompeuse de rafraîchissement. Ça diffuse comme un songe, les songes ça passe dans le vide, dans les failles de l’esprit. Et tout n’est plus si clair, les songes s’enfument et les espoirs et les envies - envie de fumer, envie de toi, encore en vie - et les regards ; regarde-toi.

Peut-être aussi cette espèce de fatalité s’est abattue sur toi parce qu’une affreuse sorcière t’a fait croquer une pomme empoisonnée à la nicotine. Elle ternira ta beauté et ta joie de vivre jusqu’à ce que le miroir magique la rassure de ta ruine. La fumée réconcilie tous les âges, c’est là sa magie. Vois où part la magie de ton destin. Regarde ce qu’il résulte d’agiter imprudemment cette petite baguette magique du bord de tes lèvres.

Mais peut-être aussi en agitant cette amulette phosphorescente tu trompes ta propre déchéance. Mais peut-être aussi tu appliques une des dix recettes d’immortalité de Dali. Les arabesques exponentielles sont en phase avec les tournesols galactiques. Tu recrées la dynamique de la spirale logarithmique régénérée par ton souffle en projection paranoïaque critique holographique pétillante dansante en continuité avec la nébuleuse de granulations corpusculaires logarithmiques du tabac. Tu infuses les myroblytes du havane et intègres ses informations holographiques souriantes et tu survivras éternellement en odeur de sainteté tabagique. Il ne te reste plus qu’à remplir ta voiture de choux-fleurs. Mystique des orifices dans un sacrifice.

Tu es seule au monde à tirer sur ta vie. Il y a autant de gens à mourir que de vivants dans la préparation de la mort, mais quand on meurt, on est toujours seul. Les millions de fumeurs n’existent pas pour t’apporter un alibi, somme toute, bien mince. Tu es seule et ce que tu sembles ignorer avant tout, c’est que tu empoisonnes les poumons de ta fille. La combustion laisse toujours une odeur froide, qui s’imprègne partout alentours et au-dedans.
Et la prochaine errance d’Aurèle dans tous ses regards souvenirs, du haut de son trop plein d’amour, te dira :

“ Va brûler en enfer, pov’ conne ! ”…    

= commentaires =

Dourak Smerdiakov


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    le 12/04/2007 à 21:03:22
"Après la nuit fiévreuse et impatiente, le corps n’est plus qu’un gros cendrier froid, pas terrible un cendrier quand il est froid, d’ailleurs."

J'aurais adoré cette phrase si elle avait su s'arrêter à temps, c'est-à-dire au mot froid.
Glaüx-le-Chouette


    le 14/04/2007 à 12:49:04
Le style calme et contemplatif parfois ça fait du bien, quand c'est servi par un sens de la musicalité des mots. Ici ça marche assez bien.
Par contre à vue de ma bite c'est dépourvu d'accroche (si j'étais fumeur ou quasinécrophile peut-être mais là non) ; je lis, mais je décolle tous les quarts de ligne. Fatiguant.
Si j'avais un esclave avec une belle voix pour me le lire à l'oreille étalé dans mon canapé j'aimerais sûrement mieux.

Plus de détails quand j'aurai un esclave, donc.

Je dirais neutre.
Lapinchien


tw
    le 14/04/2007 à 14:52:39
pub antitabac visée par l'INPES qui passerait sur canal plus en crypté... la suite sur www.manger-bouger.com

c'est au moins du ceinture noire 5é dan de littérature, n'empêche

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**FUMER TURLUTUTUE**
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Commentaire édité par Lapinchien.
Nico


    le 14/04/2007 à 20:19:34
Y a des trucs vraiment sympathiques, le texte passe pas mal avec une clope au bec. J'ai trouvé certains enchaînements de phrase assez bien faits.

Par contre, même le grand fumeur que je suis a très vite commençé à se faire chier. Ca manque de quelque chose qui te donne envie de passer à la ligne suivante.
Glaüx-le-Chouette


    le 14/04/2007 à 20:36:20
cmb ?
Nico


    le 14/04/2007 à 21:18:50
Par exemple oui.
Dourak Smerdiakov


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    le 14/04/2007 à 23:21:20
Non, de majorettes. Ça manque de majorettes.
Imax


    le 16/04/2007 à 10:23:24
Bon c'est du Ange Verhell quoi, pas mauvais, parfois bien écrit. J'aurai mis 5.0573873/10 personnellement.
Aelez.     le 16/04/2007 à 17:03:51
C'est bien, pour du Ange Verhell.

C
Winteria


    le 16/04/2007 à 20:59:12
MB
Glaüx-le-Chouette


    le 16/04/2007 à 21:09:22
La bite de Winteria, un jeu MB.

http://www.dlabobaska.pl/images/mbp40838_01.jpg



Regardez comme il rend ces enfants joyeux quand il jouit.

http://images.amazon.com/images/G/03/toys/toysreview/elefun1.jpg

Commentaire édité par Glaüx-le-Chouette.
momo cigarette    le 17/12/2007 à 17:50:26
la cigarette est degeux
juji sida    le 17/12/2007 à 17:51:50
le sida tue des milliers de gens dans le monde entiers.
Glaüx-le-Chouette


    le 17/12/2007 à 17:53:31
Rien à foutre.

Et puis ça fera autant de branleurs potentiels en moins à mettre des commentaires ineptes sur la Zone. Au pro rata du taux de blaireaux parmi les humains, c'est énorme.

Moi je dis merci, ô SIDA.
Si on peut t'aider, y a qu'à demander.

Commentaire édité par Glaüx-le-Chouette.

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