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  1. Saint Valentin par Rosalie - (01/04/2026)

    C'est trop tôt pour la Saint-Con, alors Rosalie nous fait une Saint-Valentin. Et quand son texte sera publié, ce sera trop tard aussi pour la fête des amoureux. La vie est mal faite. Comme l'amour. Ou l'idée que les filles se font de l'amour. Cette présentation commence mal, comme le texte, dont la première partie faussement lucide est un ramassis de lieux communs qui fera plaisir à René. Ca s'arrange ensuite, quand la narratrice démonte son démon et sa dépendance à lui, avant d'entamer sa reconstruction. C'est bien écrit, comme toujours chez Rosalie. L'introspection de la narratrice est menée avec justesse. Mais pauvre Shakespeare, pauvre Roméo, et pauvre Juliette qui ne sont pour rien dans nos illusions si bien entretenues ! La tragédie est une sublimation, qui seule nous permet de supporter notre médiocrité. Pas un guide pour trouver l'âme sœur. Sur ce, bonne lecture !

  2. La maison sur la falaise par Louise Guersan - (02/04/2026)

    WARNING : il est fortement conseillé de lire le texte de Louise Guersan avant sa présentation par l'administrateur. Cette précaution étant prise, je commence. Est-ce volontaire ou l'effet d'une mauvaise relecture par l'auteure, les participes passés étant tantôt accordés au masculin, tantôt au féminin, on ne saura pas si le narrateur est une narratrice et vice versa. Et c'est sans importance ou plutôt ça montre bien que ça n'en a pas. Sans compter que ça ajoute au mystère. Enfin, je me comprends, c'est l'essentiel. Voici donc un récit fantastique dont le twist final, qu'on croit voir arriver avec de gros sabots, est plus subtil que prévu. Le style mériterait par endroits d'être allégé ; il reste quelques fautes, en particulier un "bien que" suivi d'un indicatif qui fait un peu mal. A ces réserves près, c'est un bon texte, qui fait osciller la mémoire cinématographique du lecteur entre "Le Fantôme de Mrs Muir" et "Les Autres". De quoi donner envie d'en lire d'autres de la même auteure.

  3. L’antepénélope par 1000i - (03/04/2026)

    Du grand n’importe quoi, mais dans le bon sens. En quelques lignes, tu te retrouves dans la tête d’une mère complètement à bout, dépassée, et en même temps en train de partir en trip total. Les Playmobil trempés, le caca étalé partout, les mômes qui hurlent… et en parallèle, sa tête s’envole dans des fantasmes complètement dingues où même la corvée la plus banale devient un délire total. Le texte tient juste grâce à sa voix : directe, drôle, mordante, sans filtre. Les répétitions et les exagérations font rire au lieu d’agacer. C’est court, ça va vite, ça pique et ça fait hocher la tête en se disant “putain, oui, ça ressemble à la vraie vie”. Ce texte est une bombe de chaos domestique et de lucidité mordante. L’autrice capte parfaitement l’absurde et le grotesque du quotidien parental, avec un mélange de réalisme crû et de délire intérieur. La juxtaposition entre les événements triviaux et le monologue intérieur ultra-érotisé crée un contraste hilarant. C’est comme si l’esprit d’une mère épuisée partait en rave party dans sa tête tandis que la réalité la tabasse.

  4. Héraklès Navet au pensionnat des ombres par Jean-Mitch - (04/04/2026)

    Ce qu'il y a d'agréable, quand on lit une parodie, c'est de sentir que l'auteur s'est bien amusé en l'écrivant. Et le plaisir est partagé. Bienvenue à Londres chez l'anti Hercule Poirot, détective fauché, alcoolique et répugnant de saleté, appelé par une comtesse à résoudre une affaire de meurtre que la police voudrait enterrer. Et voilà Héraklès dit Raki au coeur d'une affaire de politique et de moeurs dans un pensionnat anglais huppé. Le meilleur dans cette longue nouvelle, ce n'est pas, on s'en doute, l'intrigue, pleine d'impasses, d'incohérences, d'explications inutiles, de révélations qui n'en sont pas. L'auteur joue à malmener les codes du récit policier et entasse pêle-mêle les références : Robin des Bois, Jane Austen, Philip Marlow, Le Cercle des Poètes disparus, Margaret Atwood et pleins d'autres que je ne connais pas. C'est drôle, c'est brillant par endroits. Merci à toi, Jean-Mitch !

  5. J’ai peur. par Lindsay S - (05/04/2026)

    Un texte cisaillé / tranchant, épuré, qui suinte la souffrance domestique, la pulsion de mort civilisationnelle, l’anomie familiale. Ici, vous ne trouverez pas de mode d’emploi ni d’épaules pour pleurer. Juste un état des lieux, un plan net sans plan B. Étouffant de clarté. De la littérature épicurienne qui ne se mesure pas à la taille de bite, qui vient juste décrire l’horreur existentielle, quotidienne. Un PV de meurtre par anticipation.

  6. DROGUISTAN - 1.16 - La Main qui nourrit par Nino St Félix, Laetitia Giudicelli - (06/04/2026)

    France, 2034. Violette, alias Corinne, se glisse dans l’usine du Dragon, entre drones vrombissants et néons blafards. Senek, le type aux dents manquantes, teste sa crédibilité et la balade à travers les cuves, bras mécaniques et palettes de comprimés. Partout, des jeunes en combinaison goûtent, étiquettent, mélangent, dans une chorégraphie clinique et un brin cruelle. Violette observe, note, calcule, tandis que la drogue circule, normalisée et omniprésente, et que le monde continue son chaos légal. Bienvenue au royaume du Dragon, où chacun joue sa partition, entre survie, mensonge et curiosité morbide.

  7. Soft Ice Cream (Goodbye, Meliza...) par Sinté - (07/04/2026)

    Second volet après le délicieux « Une histoire de pédale » des aventures du narrateur qui, rappelons-le — pour les deux du fond — a levé une petite Meliza durant une étape du Tour de France. On retrouve les tourtereaux dans l’appartement de la jeune femme. Mais là, pendant qu’elle fait cuire des pâtes, le héros se trouve englué dans un tourbillon de pensées qui dévoilent, derrière l’animal, l’homme, et derrière l’homme, l’enfant… Le lecteur, abreuvé de références, depuis les délibérations philosophiques façon Jean-Marie Bikierkegaard sur la « nature profonde » des salopes jusqu’à la pittoresque conclusion Delpechio-castelroussine, ressort un poil abattu, triste, désenchanté. Loin de la folie collective de l’arrivée, loin de la voiture-balai, on assiste à une chute solitaire et silencieuse.

  8. L’Affaire du Cornichon Transcendantal. par Buono Frédérique - (08/04/2026)

    Dans le manoir Rutabaga, ô horreur : le cornichon transcendantal est passé de l’armoire au pot à sucre. Navet, comme il se doit, mène l’enquête, prolixe et disert. Ça palabre dru dans cette simili-pièce de théâtre. On ne s’ennuie pas tellement, grâce aux rebondissements insignifiants mais astucieux. Cependant, on n’en ressort pas franchement transcendanté. À lire pendant le thé en écoutant du Jacques Brel.

  9. Bailler grand et fort par Caz - (09/04/2026)

    Une histoire de bite de fantôme. Une bouche attrape un pénis invisible… *-* miam *-*. Le texte te balance direct dans le délire : humour noir, vulgarité assumée et questionnements philosophiques s’entremêlent. C’est court, c’est punchy, et on en redemande. Un texte qui donne envie de bailler pour se prendre une bonne giclée. Fantôme es-tu là ?

  10. Retailleau par Marcel Solide - (10/04/2026)

    Un format original pour la Saint-Con 2026 proposé par Marcel Solide : un tableau formidable qui m'a d'abord rappelé Le Portrait de Dorian Gray avant que je voie en me rapprochant Retailleau en train de fondre, et une chanson à texte à base de merde et de morceaux de Retailleau, sur un fond sonore post punk anal. Alors, comment dire ? Dans la chanson, l'auteur assume on ne peut plus clairement la redondance entre le sujet et sa façon de le traiter. Mais, outre que le tout n'apporte rien à la connaissance du personnage, quel besoin de chier dans la tête de Retailleau, puisqu'elle en est déjà remplie ? Une provocation sans fondement, qui laisse en suspens la seule question qui vaille : liquide ou solide, la merde ?

  11. La Personne la Plus Conne du Monde par CHAUVIN MARC - (10/04/2026)

    L'auteur livre une analyse d'une lucidité féroce, presque un traité philosophique teinté d'humour subtil qui entreprend d'identifier la « personne la plus conne du monde ». En disséquant des critères comme la simplification abusive, l'absence de nuance, la certitude permanente et le succès malgré les contradictions. Politicien ? Influenceur ? Personne publique ? Il dissèque, il compare, il compile… Si le verdict des algorithmes fait mal, le texte est si brillant qu'on comprend pourquoi tout le limon de la résurgence néo-nazie est en place puisque les fascistes misent tout sur la pauvreté des slogans et l'appel aux plus bas instincts pour fédérer. On regrette l’absence de crémation, et on aurait aimé se faire titiller les rétines avec une petite flammèche.

  12. Nihiliste par Sylvain Fesson - (11/04/2026)

    Si cette chanson semble de prime abord dénuée de crémation physique, elle s'inscrit pourtant avec force dans la Saint-Con en fustigeant une forme d'idiotie contemporaine léthargique. L’auteur y dresse un réquisitoire contre les cons du quotidien qui s'accrochent à leur confort superficiel tandis que le monde s’effondre. Il énumère ainsi les spectateurs passifs des salles obscures, les adeptes des terrasses aux discussions vaines et les traders parisiens aliénés par leurs écrans et la quête de likes. Plutôt que d'allumer un bûcher réel, le poète choisit de les cramer à froid par le mépris et l'ironie mordante d'un refrain qui souligne leur déconnexion totale avec la réalité. Cette mise à feu métaphorique s'opère en transformant leurs distractions banales en actes de régression affligeants face à l'urgence du monde qui brûle. En les confrontant brutalement à l'inanité de leur existence à leur inaction, l'auteur réduit leur prétention au silence et à la cendre. De plus, le monde en flammes ne va pas tarder à les brûler de toutes façons.