LA ZONE -
Résumé : Dans son premier épisode, Mano a eu tendance à faire dans le lyrisme à outrance, en mettant en scène des marginaux idéalisés et irréalistes, sensibles et utopistes. Ici, si le cadre est identique, le ton est autrement plus dur. Les descriptions de tapette on presque disparu. A la place, du gore, du cul non consenti, de la came, ça claque de partout. Un genre de conte de fées trash, dont la brutalité exacerbée est hélas atténuée par la lenteur de l'action.

Les frigos de Babylone (part2)

Le 09/01/2008
par Mano
[illustration] 8
    Respectant la vitesse autorisée sur la voie rapide qui traverse la ville du nord au sud Chef, fenêtres ouvertes, coude à l'air, lunettes de soleil à verres miroirs sur le nez, profite de l'éclaircie, tellement rare en cette saison. Dans 10 minutes il sera chez Zé, il prendra le paquet et sa journée sera bouclée. Un samedi comme il les aime. Avant de passer chez l'ancien flic il décide tout de même de s'arrêter aux abattoirs histoire de voir si tout se passe bien. Pour être sûr que Lucas son nouvel assistant, un ancien des Troupes de Choc blessé lors d'une opération anti-drogue qui lui a coûté le bras droit, contrôle tout.
-"Bonjour, Chef. Ça va comme vous voulez?"
-"Au poil. Et ici, tout se passe bien?"
-"Sans problème."
-"Bonne journée."
-"Bonne journée."
    Chef repart satisfait, Lucas ne semble pas débordé. Les mômes n'ont pas l'air de faire de problèmes. Depuis qu'il l'a embauché il y a trois mois celui-ci n'a jamais posé la moindre question, ne s'est jamais montré curieux. Un mec habitué à obéir, excellent dans l'exécution des ordres et pas prompt à improviser sous prétexte d'idées lumineuses foireuses. Chef aime ça.
    Zé non plus ne pose jamais de questions mais Zé n'est pas pareil, Zé est un ancien flic et les flics juste leur manière de regarder c'est déjà questionner. En plus celui-là est un vrai maniaque. Décidément Chef ne l'aime pas. Passer chez celui là lui donne froid dans le dos. Depuis ce matin il a un creux dans le ventre et il réalise petit à petit d'où cela vient. C'est Zé. Ça le dérange de savoir que l'ancien flic ne demandait rien, non pas pour avoir sa part du gâteau en espèce, ce que chef aurait trouvé normal, mais pour l'avoir en viande.
    Le business dans lequel il s'est embarqué rapporte et c'est l'unique raison pour lequel il le fait. Que des richards se payent des mômes et veuillent bouffer du steak de môme c'est leur problème, il fournit et ne pense pas plus loin. Mais là c'est plus près de lui, il connaît ce mec et ça le débecte que celui-ci puisse y trouver du plaisir.
    Tant que les mômes gardaient leur aspect marchandise, qu'il s'agissait d'aller prendre une carcasse, de demander à Zé de la découper et de livrer les morceaux en encaissant au passage c'était facile, c'était neutre, c'était du commerce. Là, même si les gestes restent les mêmes, il a l'impression d'avoir franchi une limite qu'il n'est pas sûr d'avoir voulu dépasser. Ce n'est plus vraiment de la prestation de service. Il a l'impression d'être complice de la perversion de Zé, lui qui n'a jamais pu imaginer prendre du plaisir à cela. Comment Zé peut-il bien faire, que peut-il bien avoir dans la tronche ?
    Chef se gare sur le parking qui s'étend devant la barre béton où habite Zé. Le bâtiment décrépit le repousse. Comment Zé peut-il vivre là dedans ? Il ne tiendrait qu'à l'ex-flic de se faire un peu plus de blé pour déménager. Et puis Chef se ravise, après tout les préoccupations de ce mec ne sont pas les siennes et il ferait bien de se les ôter de la tête. S'il commence à trop gamberger il risque de se ramollir.
    Depuis qu'il est arrivé aux abattoirs il n'a jamais reculé pour se faire du blé et ça a toujours marché. Ce n'est pas le moment de faire du sentiment sous prétexte qu'il ne comprend pas comment on peut bander en égorgeant un môme. Après tout bander pour une pétasse blonde en minijupe ne fait pas beaucoup plus de sens en soi... enfin il préférerait tout de même être entre les cuisses d'Amélisse que sur ce parking déprimant ; encore un peu de patience et tout ira mieux.
    Il soupire en enlevant ses lunettes de soleil, les nuages sont déjà revenus en force. L'éclaircie n'aura été que de courte durée. Une ondée violente arrive par l'est et il a intérêt à se dépêcher s'il ne veut pas être saucé. En un éclair, le premier sur le lac, il met ses lunettes dans la poche de sa veste, ouvre la portière et la referme derrière-lui. D'une petite foulée souple et assurée il gagne la porte d'entrée de l'immeuble sans oublier de presser le boîtier électronique de l'alarme qui verrouille en deux Blip-Blip la caisse derrière lui et il devance le tonnerre et les premières gouttes à l'intérieur du bâtiment.
    La minuterie est en panne et le hall d'entrée est très sombre car dehors le gris mange la lumière. C'est presque à tâtons que Chef trouve le bouton d'appel de l'ascenseur avant de se rappeler que celui-ci ne marche pas. Il se dirige précautionneusement vers les escaliers quand un roulement de tonnerre ultra puissant fait trembler tout l'immeuble, la foudre n'a pas du tomber loin.
    L'odeur de pisse le prend à la gorge et lui rappelle la semaine d'entraînement commandos qu'il s'était tapé à la fin de ses classes. Quand on les avait fait camper pendant quatre jours dans les égouts et souterrains de la ville pour les conditionner au combat urbain en situation extrême. Toute une théorie ultramoderne d'infiltration par les sous-sols des quartiers chauds en cas d'émeute avait été développée par les instructeurs à cette occasion.
    Théorie qui n'avait pas servi à grand chose lorsque les quartiers ouest s'étaient révoltés une quinzaine d'années auparavant puisque les égouts n'y étaient pas installés. Il ne le savait que trop car y était né et cela était justement l'une des raisons de la révolte. Les habitants ne voulaient plus payer de taxes sans voir de résultats. Ce qui lui avait était utile au moment des émeutes n'avait pas été le blabla des officiers mais la mitrailleuse lourde dont les aboiements sourds et les impacts dévastateurs avaient calmé bien des ardeurs. Un instrument qu'il aurait pu apprendre à manier sans avoir besoin de s'humilier en rampant dans la merde mais ça ses instructeurs s'en foutait.
    Pourtant, quand les même instructeurs lui en avait donné l'ordre, il n'avait pas hésité à tirer et ça lui avait valu ses premiers galons. De son point de vue c'était toujours les mêmes qui payaient et il avait décidé depuis tout jeune qu'il préférerait être du bon côté de la gâchette. C'est pour cela qu'il c'était engagé et il trouvait qu'il n'avait pas eu tort car se connaissant, il aurait sûrement fini une balle dans la peau sur une barricade à trop vouloir faire le chaud en défiant le tankiste qu'il avait été.
    Il en avait personnellement dézingué plus d'un dans ce cas là. Peut-être même des qu'il connaissait. Cependant, il n'avait jamais regretté d'être dans la tourelle blindée qui le protégeait mieux des merdes de la vie que les trop minces parois de carton, bois ou tôle de ce quartier qu'il haïssait. Les doigts crispés aux poignées d'acier de l'arme, les mâchoires serrées, le regard concentrés sur la direction que ses balles prenaient, il avait nettoyé.
    A ce moment là il s'était dit qu'il n'était plus du côté des animaux mais de celui des hommes, des vrais. De ceux qui peuvent rentrer chez eux et dormir sous un toit en dur sans craindre que cela s'écroule à cause de la pluie, sans la faim et l'angoisse du lendemain qui rongent le ventre.
    Depuis il a franchi d'autres étapes vers l'humanité et en repensant à cette époque il se trouve parfois bien naïf de s'être un temps satisfait de si peu. Cependant, c'est grâce à ses choix là qu'il en est où il est maintenant, persuadé que cela en valait vraiment la peine, même s'il faut de temps en temps faire quelques compromissions, comme avec Zé.
    Au quatrième étage Chef trouve enfin une minuterie qui marche et la lumière blafarde qui jaillit du plafond lui permet d'accélérer le pas. Il arrive enfin devant la porte de Zé - n°67- mais au moment où il va frapper une odeur familière arrête instinctivement son poing : celle de la poudre. Un instant incertain il se dit que c'est l'orage, l'ozone brûlée dans l'air au moment de la foudre. Mais non, cette odeur là il l'a reconnaîtrait entre mille : des coups de feu ont été tirés près d'ici et il n'y a pas longtemps.
    D'un mouvement rapide de la tête Chef balaie le couloir désert du regard avant de coller lentement son oreille à la porte en ayant pris soin de ne pas rester dans l'axe de celle-ci. Des années d'entraînement, même si cela l'avait toujours fait chier, ne se perdent pas d'un coup. En surimpression des roulements lointain du tonnerre chef perçoit des gémissements, des plaintes brèves et comme des bruits de coup. Il y a quelqu'un d'autre dans l'appartement de Zé et cela n'a pas l'air de tout repos. Mauvais signe.
    Chef n'hésite pas plus de deux secondes, il tourne la poignée, qui ne lui résiste pas, millimètre par millimètre. Lorsque la porte s'ouvre l'odeur de poudre est devenue une certitude, les bruits aussi sont plus distincts : des grognements de rage inarticulés, accompagnés de ahanements sourds semblables à ceux d'une baise violente. La voix est jeune, ne rappelant pas celle de Zé. Par contre des gémissements étouffés semblent mieux correspondre au timbre de celui-ci.
- Mais que peu bien faire ce porc ? Il a oublié que je devais venir ou quoi ? -
    Chef referme délicatement la porte d'entrée derrière lui et commence à avancer silencieusement dans le couloir. En passant devant la chambre de Zé dont la porte est ouverte il ne peut contenir un bref mouvement de recul. La carcasse ensanglantée d'un môme pend du plafond, probablement le petit Ezeschiel. De toutes celles qu'il a vu jusqu'ici c'est vraiment la plus amochée.
- Ce mec est vraiment un malade... Je le savais... Bon, au moins la glacière est là... Vide ?! Ouf, les morceaux prêts à livrer sont sur le côté... Putain, il aurait pu les emballer tout de même, j'ai pas que ça à foutre moi... -
    Chef n'aime vraiment pas ça, il n'est pas venu pour être confronté à toute cette merde. Contenant sa fureur il poursuit sa progression à pas furtifs.
    Arrivé au bout du couloir la scène se découvre à lui en contre jour. Un môme est en train de s'escrimer les fesses à l'air sur le ventre énorme de l'ex-flic. Apparemment en train de le baiser à un endroit où Chef n'aurait jamais pensé que cela était possible. Il y a du sang partout et le môme, Chef croit reconnaître l'un de ceux qui travaillent pour lui, semble déchaîné. Visiblement Zé est très amoché ou au comble de la jouissance, en tout cas presque inconscient.
    La perplexité de Chef ne dure pas : Zé est mal en point. En deux enjambée rapide Chef est sur le môme qu’il attrape par derrière à la mâchoire et a l’épaule et dont il brise les cervicales d'un puissant mouvement rotatif et opposé de chacun de ses avant-bras. Quand ça craque le jeune corps n'a que le souffle d'un hoquet avant de mollir entre ses mains.

9
    Chef est furieux car il s'est foutu du sang de partout : veste, pantalons et chaussures sont maculés. Il écarte rageusement le corps au plus loin sur le côté. En retombant la tête du cadavre heurte l'angle de la table basse projetant tout ce qui se trouvait dessus dans un fracas de verre brisé. Chef jure en s'essuyant les mains sur le tissus du canapé. Dans le même mouvement il observe Zé dont le ventre est affreusement troué. L'ex-flic n'en a plus pour longtemps, sa respiration est très faible. Tant mieux car il n'est pas question d'aller chercher un médecin alors que les cadavres se baladent dans la pièce presque aussi nombreux qu’après les émeutes.
- Mais qu'est-ce qui a bien pu lui prendre à ce porc pour se foutre dans une situation pareille? Quels besoins avait-il de faire ça avec deux mômes? Et comment celui-ci a-t-il pu se faire éclater par... par... Merde ! Impossible de me rappeler de son nom à celui-là. D'accord il est un peu plus vieux que l’autre, quatorze quinze ans peut-être, mais bon de là à se faire défoncer comme ça...-
    Chef sent bien que les vraies questions ne sont pas là, qu'il faut qu'il pense clair et agisse vite. Il va à la cuisine, enlève sa veste et sa chemise qu'il pose sur une chaise après s'être assuré qu'elle n'est pas être trop graisseuse, et se rince les mains. Le bruit du chauffe-eau qui se met en marche le fait sursauter, le système à vraiment l'air ancien, lui préfère l'électrique car avec le gaz on ne sait jamais. Il ferme l'eau chaude et ouvre la froide pour se rafraîchir le visage.
    Il retourne ensuite à l’entrée du salon où il se poste pour observer les dégâts tout en se malaxant les joues et les lèvres de la main gauche tandis que la droite suit le même genre de mouvement sur sa cuisse, inconsciemment. Un signe de grande perplexité chez lui. Il savait le coup foireux et n'aurait jamais du accepter de filer un môme à Zé... Il avait un mauvais feeling depuis le début mais n’avait jamais suspecté que cela arriverait à ce point...
    Un gargouillement très faible sort de la gorge de l'ancien flic. Chef décide d'en finir avec lui. Ce n'est pas la peine de prolonger le supplice à l'excès. Il s'agenouille à côté de Zé les mains prêtes à sévir mais avant d'avoir pu mettre son plan à exécution il se relève d'un bond dans l'espoir de sauver son genoux droit de la tâche. Il n'avait pas vu dans la pénombre que la moquette était gavée de sang. Peine perdue !
    Debout, le pantalon de plus en plus ensanglanté, un frisson de nerfs le traverse comme une évidence : il est en train de merder. Il laisse des traces de partout, hésite, ne sait pas quoi faire. Son sang froid est en train de disparaître. Il sent qu'il frôle le court-circuit. Pour essayer de faire le point il s'allume une cigarette mais cela n’arrive pas à le calmer. Son cerveau tourne trop vite et en boucle, la seule chose qui lui vienne à l'esprit est qu'il faudrait que tout disparaisse d'un coup, comme par magie.
-"Quelle merde!"
    Il donne un coup de pied d'énervement dans les côtes de Zé. Le gros corps réagit à peine. Par contre, Chef, ça lui fait du bien, ça le décharge. Il poursuit donc, de plus en plus fort, méthodique dans son mouvement. Cela lui permet d’arrêter la machine qui tournait à vide, de se concentrer. Il cherche et trouve les os qui cèdent un par un, puis il attaque le visage dont il enfonce les dents et le nez avant de réduire la mâchoire en une bouillie molle que les pommettes ne tardent pas à rejoindre. Le crâne se brisera un peu plus tard dans un bruit qui figera son mouvement.
    Après les quelques secondes d’apathie béate, presque écœurante sans être complètement désagréable, qui ont suivit le dernier craquement Chef revient à lui. Zé n'est plus qu'un souvenir, son visage une grosse boule tuméfiée dont les traits ne sont plus que des caricatures de cauchemar. Apparemment il ne respire plus. - Une bonne chose de faite. - Chef se rend dans la cuisine pour se rafraîchir le visage une seconde fois.
    Lorsqu'il revient dans le salon son plan est au point. Il traîne d'abord le corps du môme dans la cuisine et le laisse contre le frigo, opération facile et rapide car il est léger. Il s'attaque ensuite à Zé. Le déplacer lui prend beaucoup plus de temps, de contorsions et de douleur dans les reins car il est obligé de le prendre à bras le corps pour le décoincer de sous le canapé. Maintenant qu'il a une solution en vue il se fout bien de quelques tâches de plus : le teinturier il verra plus tard. Arrivé dans la cuisine il allonge Zé au milieu de la pièce et part chercher le deuxième môme.
    Le détacher lui prend un certain temps et pas mal de courage car c'est glissant et répugnant. En plus il évite de regarder de trop près les différentes blessures qui lui ont été infligé ce qui ne simplifie pas la tache. Il est obligé de sortir deux fois de la chambre pour contenir ses nausée. Une fois qu'Ezeschiel, ou ce qu'il en reste, a rejoint les deux autres dans la cuisine Chef place les morceaux à livrer dans la glacière.
    Une chose le trouble à cet instant : la caméra vidéo. Non seulement ce con de flic a merdé sur tout la ligne mais en plus il s'est filmé. Chef ne le croit pas ! Il fourre rageusement la cassette dans la poche de son pantalon pourtant à ce moment là de nouvelles possibilités lui traversent déjà l'esprit. Après tout, en fonction ce qu'il y aura dessus il pourra peut-être se faire un peu de blé avec, surtout que Zé est mort. Finalement, c'est peut-être une chance il n’y aura pas de copyrights...
    En attendant il faut qu'il sorte d'ici. Son plan est simple et il le met à exécution. Premièrement il nettoie grossièrement ce qu'il peut du sang qu'il a sur ses fringues, histoire de ne pas saloper sa bagnole. Deuxièmement, il se passe la glacière en bandoulière sur l'épaule et troisièmement il pose le téléphone dans la cuisine, bouche les conduits d'extraction d'air sous la fenêtre et l'évier, ouvre le gaz de la cuisinière et du chauffe-eau à fond, et ferme la porte de la cuisine. Ensuite il regarde par le judas et comme le couloir est désert, il se dépêche vers les escaliers.
    Dévalant les marches quatre à quatre il arrive dans le hall d'entrée sans avoir, pour sa plus grande satisfaction, rencontré personne. Dehors il pleut à verse. Chef déverrouille les portes de sa voiture à distance, le phares clignotent un instant lui annonçant le succès de l'opération, et sprinte jusqu'à elle. Le court trajet est suffisant pour qu'il se fasse tremper mais une fois qu'il se retrouve assis à la place du chauffeur, la glacière sur le siège passager, le moteur en marche, même s'il dégouline cela n'a pas grande importance. Ce qui compte c'est qu'il soit sorti de cet appartement et que tout finisse par s'arranger.
    Il faut qu'il rentre chez lui, qu'il se douche rapidement, change de fringues, fasse disparaître celles-ci et qu'il livre. Il aura probablement un peu de retard mais c'est sans gravité. Après il lui faudra patienter deux heures puis il passera le coup de fil salvateur. BOUM ! En attendant il n'a qu'à croiser les doigts et comme rester une seconde de plus dans ce parking ne changera rien à la chance, au contraire, il démarre d'un bond en direction de la voie rapide.

10
    Chef bande dur sous la toile légère de son pantalon de lin blanc. Décidément, cette Amélisse est une bombe. Elle le rend fou à se coller comme ça contre lui. C'est la troisième danse qu'ils enchaînent et il sent que la soirée va être chaude et longue, très longue. Il s'en fout car il a le temps. Les problèmes de sa matinée ne sont plus que des souvenirs lointains qu'il peut oublier dans la pénombre chaude de l'Aracão, l'une des boites les plus en vue et fermée de l'Île Bleue.
    Il a livré dans les délais et a touché une superbe rétribution. De plus, il a hérité d'une K7 ultra gore, quoique peu dans ses goûts - il ne l'a regardé que pour être sûr qu'elle ne contenait rien de compromettant pour lui - dont il va tirer le maximum en la diffusant en série limité. Pour ce qui est des preuves du meurtre d'Ezéschiel elles seront impossibles à dénicher car l'appartement et tout ce qu'il y avait dedans a été désintégré ainsi qu'un bon tiers de l'immeuble. Un magnifique feu d'artifice qu'il a observé de loin, garé au bord du lac, en contrebas de la colline où est construit l'édifice.
    Du travail de professionnel, même le sergent instructeur Batiste de l'équipe de démolition n'aurait pas fait mieux. Bien sûr, le coup du téléphone n'avait pas déclenché l'explosion et il avait failli céder à la panique lorsque après dix sonneries rien n’avait sauté. La montée de suée et les palpitations cardiaques passées il avait réussi à retrouver son sang froid et était retourné à l'appartement pour tenter autre chose.
    Le diable devait être avec lui car il avait croisé sur son chemin un de ses petits protégés à qui il avait ordonné d'aller chercher un paquet chez Zé. Une tache que le môme s'était empressé d'effectuer en échange de deux cachets et d'une cigarette. Cigarette que Chef avait tenu à allumer lui même lorsque le petit était sorti de la voiture. Il avait pris des risques en envoyant quelqu'un là bas mais cela avait payé : BOUM !
    Lorsque les pompiers étaient arrivés ils n'avaient pu que constater les dégâts, trois étages par terre, ça faisait pas mal de poussière et de gravats. Du coup personne n'irait regarder de trop près l'état des corps, surtout qu'il y en avait une pas mal et qu'il n'y avait aucune raison pour qu'on s'acharne particulièrement sur ceux qui concernaient son affaire.
    Bref, la soirée s'annonce bien et Chef l'apprécie d'autant mieux qu'Amélisse vient de se laisser embrasser dans le cou. Il la serre encore un peu plus au corps, leurs joues se frôlent et leur respirations se cherchent. Ils trouvent leur sourires. Autour d'eux d'autres corps dansent, pleins de couleurs et de vie, de plaisir.

Epilogue

Psaume 54,
Sous le coup de la persécution et de la trahison.
Au maître chantre. Avec instruments à cordes.          Hymne de David. (Hébr. 55)

Prêtez, ô mon Dieu, l’oreille à ma prière,
    Ne vous dérobez pas à ma supplication ;
    Ecoutez-moi et répondez-moi.
Dans ma douleur, j’erre ça et là ;
    Je me trouble à la voix de l’ennemi,
    Sous les cris du pécheur.
Ils veulent me mettre à mal,
    Ils me persécutent avec fureur.
Mon cœur tremble au dedans de moi,
    Une épouvante mortelle m’envahit,
L’effroi et la terreur s’emparent de moi,
    Le frisson d’horreur me gagne.
Que n’ai-je, me suis-je écrié, des ailes de colombe ?
    Je m’envolerais vers un lieu de repos ;
    Je m’en irais bien loin gîter au désert.
Je me hâterais de chercher un abri
    Contre l’ouragan et contre la tempête.

Anéantissez-les, Seigneur, confondez leur langage,
    Car je ne vois dans la ville que violence et discorde.
Jour et nuit ils font la ronde sur les remparts ;
    A l’intérieur il n’y a qu’injustice et vexation.
Partout il y a des embûches, l’iniquité
    Et la fourberie ne quitte pas ses places.
Si l’outrage émanait d’un ennemi,
    Je le supporterais ;
Si l’agression venait d’un adversaire,
    Je pourrais m’en garer.
Mais c’est toi, mon compagnon,
    Mon intime, mon confident,
Avec qui je goûtais de doux entretiens,
    Avec qui je me rendais, dans la foule, à la maison de Dieu.

Que la mort fonde sur eux ;
    Qu’ils descendent vivants au séjour des morts,
    Parce que chez eux, dans leurs maisons, il n’y a que méchanceté.
Mais moi, je crierai vers Dieu,
    Et le Seigneur me délivrera.
Soir et matin je me plains, à midi je gémis ;
    Et il entendra ma voix.
Dans la paix il délivrera mon âme de ceux qui me harcèlent,
    Car ils sont nombreux, mes ennemis.
Le Seigneur m’entendra ; celui qui règne éternellement les humiliera,
    Car ils ne s’amendent pas et n’ont pas la crainte de Dieu.
Ils lèvent chacun la main contre leurs amis,
    Ils violent toutes leurs alliances.
Plus flatteur que la crème est leur visage,
    Mais leur cœur est plein d’hostilité ;
    Plus onctueux que l’huile sont leurs propos,
    Mais ce sont des glaives acérés.
Décharge-toi de ton soucis sur le Seigneur,
    Car il sera ton soutien,
    Il ne laissera pas le juste chanceler pour toujours.
Et vous, ô mon Dieu, vous les précipiterez
    Au fond de la fosse de perdition.
Les hommes de sang et de fraude n’atteindront pas la moitié de leurs jours !
    Pour moi, c’est en vous, Seigneur, que je mets mon espoir.

= commentaires =

Aka


    le 11/01/2008 à 18:27:10
Bon bah désolée, mais chiant. Quand je lis en diagonale, c'ets pas bon signe. Ca se lit comme je regarde un vieux film gore, et encore les vieux films d'horreur ont le mérite de ma faire marrer. Voila.
Le Duc


    le 12/01/2008 à 18:49:45
De ta faire marrer ? C'est original comme concepte.
Dis poulette si tu lis en diago se serait pas plutôt du à un excès de vodka ?
Mano


    le 14/01/2008 à 09:26:39
Non, ce n'est pas toi Aka, je n'ai pas le moindre once de second degré - je crois.
Chiant ?
C'est ça le problème avec Internet, on peut même pas se torcher avec ce que l'on vient de lire comme on faisait avant quand c'était trop chiant.

Vieux film gore. Oui, ça me va.
gertrudosaure     le 14/01/2008 à 22:23:51
la zone, c'était mieux avant....
Mano


    le 15/01/2008 à 17:33:18
Putain si c'est pas affligeant de lire ça :

c'était mieux avant !

T'es un vieil agriculteur, non ?

Au capitaine de torpilleur avec l'assent déguisé en sous-bock :

On s'en fout un peu du momment qu'on rigole, non ?

Mais des fois t'es pas drôle... faut dire.


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