LA ZONE -

Ottodix

Le 28/03/2008
par Knowyourenemy
[illustration] -Avance! mugit l'homme. Le cri se perdit en échos.
-Je t'ai dit d'avancer!
Cria la voix, plus fort. Chair contre chair: l'homme en frappa un autre. La face de ce dernier vint s'écraser dans la neige boueuse. C'était humide et froid, âpre en goût. Une odeur de terre mouillée s'en dégageais, réactivant ses synapse. L'esprit confus et le corps fébrile, l'homme releva la tête et observa son environnement. Un océan de neige s'étendait par delà l'infini. Une blancheur spectaculaire dans sa simplicité. Seul le ciel était aussi grandiose, en parfait parallélisme avec la plaine, et ces deux mondes créaient une atmosphère emplie de sérénité. Une montagne trônait, dans le lointain, au point de convergence des deux espaces. C'était certainement la destination.
L'homme s'appuya sur un coude pour se relever, le nez ensanglanté, et en profita pour regarder derrière lui. Il aperçut quatre soldats en armure. Ceux-ci le jaugeaient d'un regard impitoyable. L'un d'eux s'avança, la mine hargneuse, et saisissant le bras de l'homme à terre, il cria:
- Avance, misérable!
Tandis qu'on le malmenait, l'homme remarqua que se dessinait derrière eux une silhouette plus imposante. Il s'avançait à pas lents et souples, démarche significative du guerrier aguerri. Sa voix de plomb résonna:
- Règle n°412.1 de la Loi Divine, l'accusé doit être traité comme tel et rien de plus, et ce jusqu'à son jugement. Si cette loi n'est pas respectée, une sanction de Niveau Deux sera infligée au coupable. Amen. Relevez cet homme et ôtez votre gant, Prêtre-Bâtonnier Marbru.
Le dit Marbru s'empressa de relever la personne qu'il avait molestée un temps plus tôt. La frayeur se lisait dans son regard, pourtant il ne flanchât pas. D'un geste sec, il ôta son gant et tint son majeur, paume retournée, devant son supérieur.
C'était un Greffier-Cardinal à la carrure impressionnante,vêtu d'un uniforme sobre, plus confortable qu'elégant. Le noir et le rouge se jouxtaient de part et d'autre du complet, et un écusson d'or brûlait fièrement épinglé au col du manteau. Ses mains immenses, dénuées de tout revêt, paraissaient forgées par les armes, et les balafres s'y perdaient. Ses yeux étaient bleu-pâle, et y plonger son regard entraînait dans un gouffre paisible. Pourtant, l'injonction de sa voix était inflexible, jurant avec la douceur de ses iris. Une coiffe en fourrure flottait sur son crâne luisant, et une barbe fauve et épaisse cachait son menton. A sa hanche pendait le sabre réglementaire. Cependant; l'on devinait aisément qu'il menait ses combats avec le maul massif qu'il portait au dos.
Il dégaina l'épée de son fourreau et, dans un même geste, trancha net le doigt de Marbru. L'horreur se peignit sur le visage de celui-ci. En outre, aucun cri n'accompagna son supplice. Il fit preuve d'un stoïcisme hors du commun.
-Prêtre-Bâtonnier Marbru, reprit l'ample voix,le châtiment a été exécuté. La confession est acceptée, vous êtes de nouveau innocent. Tachez de le rester.
Il tapa amicalement l'épaule du jeune Bâtonnier, un regard paternel et apaisant sur le visage. Puis il fit volte-face et pris la tête de la procession. Le doigt tranché déversait un flot de sang dans la neige, qui se transformait en volutes de buée blanche sous la différence de température. Sur le visage de Marbru n'apparaissait dorénavant nulle peur, mais une titanesque fierté. Son majeur gisait dans la glace, et pourtant un sentiment de liberté extrême s'était emparé de lui: Il avait payé, il était de nouveau neuf et blanc. Cette sérénité sans bornes dénotait une foi infinie dans le système. Il savait que le jugement de Dieu était irrévocable et juste. Indéniablement juste. Le fanatisme, poussé à son paroxysme, donnait lieu à une confiance aveugle envers les Cieux et leur logique. Il n'avait nulle peur, puisque tout était encadré par le Dessein Divin. Sa propre vie n'avait de sens que pour servir un projet supérieur, et il en était fortifié, grandi.

La troupe continua de cheminer doucement vers la montagne. Une bruine épaisse plongeait la plaine dans un halo de brouillard. La nuit tombait et le froid engourdissait les sens. Le Greffier-Cardinal décida de planter le bivouac. Tout le monde s'affaira aussitôt: Chacun transportait dans son paquetage exactement la même masse d'ustensiles, de matière première et de nourriture. La perte d'un homme n'avait matériellement aucune importance. Chacun connaissait son rôle, et très vite nacquit dans le brasero un feu reconfortant. Le haut gradé appela son prisonnier et le fit s'asseoir en face de lui, à même le sol. Le feu tremblait entre eux, la neige tourbillonnait alentour, obstruant la vue, isolant leur discussion. Il entreposa une bouilloire pleine d'eau sur les flammes, puis il dit de sa voix de fonte :

-Bonsoir, accusé Otto. Je suis le Greffier-Cardinal Vladimir. Il est l'heure de l'interrogatoire. Il versa un peu d'eau dans un broc, y ajouta une poignée d'herbes blanches, et le tendit au prisonnier. Buvez.
Sous le regard insistant de Vladimir, il souleva le broc et en avala une pleine goulée.
Maintenant, repris le Greffier, racontez moi tout, depuis le début.

Otto s'allongea dans la neige. Il commença à ressentir les effets de ces herbes blanches. Sa langue se déliait et un flot de mots se pressait à ses lèvres.
-Très bien. Je vais tout vous raconter. Répondit t-il.

Chapitre I - Chez l'Alchimiste

Par les fenêtres filtraient quelques rayons matinaux, le soleil embrassait la pièce. La salle était encombrée d'un amoncellement de singulières machines, d'incongrus mécanismes, d' insolites ustensiles et de bouillonnants chaudrons. Les murs étaient tapissés d'étagères bancales, où trônaient en un chaleureux désordre potions fulminantes et fioles en effervescence. Quelques perruches, hors d'atteinte d'un chat agacé, chantaient allègrement, tandis qu'une symphonie de tic-tacs s'élevait en rythme d'un groupe d'horloges et pendulettes à balanciers. Les sols étaient jonchés d'extraordinaires instruments dont l'utilité était accessoire , de curieux dispositifs qui caressent la curiosité, d'inventions inachevées. Sur des tables tordues s'étalaient quelques plans d'un singulier appareil, dont les courbes manuscrites, n'ayant aucun sens pour le néophyte, reflétaient l'excentricité des alchimistes. Une pousse de lierre, trop longtemps négligée, envahissait à présent les murs et le plafond. Des plumes usées et des encriers renversés roulaient à mes pieds. Dans un coin, une caisse d'artifices débordait d'explosifs. Dans un autre, un automate démuni de jambes gisait, à l'abandon. Une fumée spectrale, résidu de chandelles semis-consumées, tourbillonnait au plafond. Enfin, cartes, parchemins, manuscrits, tomes et encyclopédies s'amoncelaient partout. Ce chambardement, conjugué au tapage incessant des bestioles et engins s'ébattant consciencieusement partout dans la boutique, provoquait un confortable chaos, un chaleureux maelström.

Cette boutique était à la fois mon foyer et mon atelier, et j'y passais le plus clair de mon temps. Cela faisait dix ans maintenant que je menais une vie tranquille, presque en autarcie. Isolé dans ma boutique, je comptais peu de chalands, mais mes maigres rémunérations me suffisaient pour subsister. Pendant cette décennie s'était amoncelé quantité d'objets étranges au sein du magasin, fruits de réparations inachevées ou d'expériences ratées. Je m'approvisionnais en matières premières via le commissionnaire de la ville, (qui faisait office de facteur et de messager) pour la nourriture, l'eau ou encore le métal et le bois pour mes créations. J'excellais dans l'art de la transmutation, cette science qui permet de transformer une chose en une autre. D'ailleurs, lorsque se posaient les problèmes pécuniaires, c'était mon talent, conjugué à quelques grammes de plomb, qui occasionnait les meilleurs profits. La transformation du plomb en or n'était certes pas approuvée par l'état, aussi je tachais d'être discret et n'abusais jamais de ce savoir. Ainsi, en faisant preuve de parcimonie, je réussis à vivre simplement, en ayant cependant la plus brûlante passion quant à mon gagne-pain. Une profonde monotonie s'était instaurée dans ma vie, et j'espérais que ce doux rythme perdurerait toujours.

Nous étions le matin, et j'étais, comme à accoutumée, appliqué à remonter mes horloges. Soudain, on ouvrit la porte.
"Bienvenue chez Artifices et Alchimie" dis-je, machinalement, sans vraiment lever la tête.
L'ombre gigantesque qui se dessina sur mon comptoir me persuada cependant de regarder mon client. Il s'agissait d'un demi-géant, engouffré dans un long manteau qu'il portait jusqu'aux pieds. Ses yeux, surmontés d'épais sourcils, paraissaient imperméables à toute émotion, bien qu'un sourire fugitif hanta ses lèvres. Je remarquai un deuxième visiteur, qui arborait un regard sévère et ne disait mot. C'était un nain dont la houppelande rouge jurait avec le teint blême de son visage, et qui, malgré sa taille, était le plus inquiétant des deux curieux clients.
"Que puis-je pour vous aider?" soufflais-je, peu sûr de moi.
"Bonjour, Otto, commença le grand, je me nomme Vietor, et voici mon compagnon, Kinèse. Nous n'avons pas de temps à perdre. Suis nous si tu veux garder la vie sauve ."
La vie sauve? Qu'est ce qu'ils insinuaient pas là?
Dans mon esprit troublé se bousculaient de nombreuses interrogations. Comment connaissaient t-ils mon nom? Que me voulaient t-ils?
"Ccc..cc...C'est une menace?!" marmonnais-je.
"Pas du tout", répondit-il, toujours aussi calme. "Tu n'es pas sans savoir que, depuis quelque années déjà, la milice traque les alchimistes? En effet, transmuter le plomb en or n'est pas très réglementaire." Le nain s'esclaffa.
"Et bien, continua Vietor, sache que la Polizei t'as retrouvé, et qu'une dizaine de garde marche maintenant vers ta porte."
Je redoutais ce jour depuis longtemps, mais je n'avais jamais vraiment considéré la Polizei comme une sérieuse menace.
"Que dois-je faire?" implorais-je, connaissant les tourments que les gardes d'état faisaient subir aux alchimistes.
"Suis nous, et vite."

Je ne réfléchissais plus vraiment. Je m'emparai de quelque plans, d'un ou deux objets précieux, de ma montre préférée. Je fourrais le tout dans une mallette et je les suivais hors de la boutique. Nous passâmes par un sentier dissimulé afin d'échapper aux autorités. Tandis que nous dévalions la pente douce, j'accordais un ultime regard à la boutique, celle qui avait été une extension de mon être. Elle était déjà aux prises du feu lorsque les gardes d'état m'exhortèrent à sortir, ignorant que je m'évadais sous leurs nez. C'est alors qu'ils embrasèrent véritablement l'échoppe, réduisant en cendre tout un pan de ma vie. Et tandis que mes projet de vie paisible fondait sous les chaleur, ma boutique étant devenue une affreuse fournaise, quelques feux d'artifices se déclenchaient en sinuant dans les cieux, accompagnés des perruches affranchies qui goûtaient enfin à la liberté. C'était un signe d'adieu, aucun doute. Les clameurs des gardes s'estompaient tandis que nous rejoignions la ville par un chemin détourné.
"Où m'emmenez vous?" dis-je quelque peu offusqué d'être maintenu ainsi dans l'ignorance.
"Nous allons nous fondre dans la foule, et ainsi disparaître discrètement" m'expliqua Vietor tandis que nous continuions à courir.
"Nous fondre dans la foule? répétais-je avec le même ton d'importance, Mais comment un demi géant peu t-il se fondre dans la foule?" Le nain s'esclaffa derechef.
Vietor sourit. "Bien. Au moins, la blessure due à la perte de ta demeure ne fut pas longue à cicatriser."
Il avait raison, un je-ne-sais-quoi atténuait mon affliction, peut être un goût pour l'aventure enterré sous des années d'indolence, et enfin exhumé par toutes ces péripéties. Nous atteignîmes la ville de Jonche-le-Dôme, et tentâmes au mieux de nous confondre avec le peuple. Rien de plus simple, c'était aujourd'hui jour de marché. La ville était en effervescence, les comptoirs débordaient de marchandises, les gens se bousculaient pour atteindre l'étal de leur choix. Le tumulte perpétuel des voix créait un admirable chaos organisé, dans lequel seul les plus rodés se dirigeaient vraiment. Le marché était envahi par les articles, les fournitures et les denrées en tout genre, et chaque chose m'inspirait . Tout bouillonnait de vie, les enfants bondissaient partout, les crieurs chantaient leurs achalandages, chacun discutait de tout, et ainsi naissaient les rumeurs qui plus tard, exacerbées et déformées, vivraient dans toutes les oreilles de la ville. Le jour de marché était un événement social d'une remarquable importance, puisqu'il était le coeur de tous les potins de la capitale, la plaque tournante du commerce du bourg. Nous cheminâmes donc parmi le monde en constant mouvement, en tachant de nous dissoudre dans l'agitation. Cependant, comment un nain, un géant et un curieux individu, transportant plans suspect et singuliers objets, pouvaient passer inaperçus?" Mais pas de panique, nous étions invisibles, le nombre jouait pour nous", pensais-je tranquillement tandis que nous approchions du coeur de la ville. Soudain, un membre en armure de la Polizei dégaina son sabre, l'agitant comme un fou au dessus de sa tête. Il mugissait comme un damné:
"Ils sont là chef! Je les vois! Ils veulent s'échapper! L'alchimiste est avec eux!"

Brusquement, tout changea, et ce fut la décadence. La vue de l'arme suscita l'horreur au sein marché, et, en une formidable réaction en chaîne, tous hurlèrent bientôt a l'unisson. La foule, prise de panique, bouleversa le flux de la circulation, et nous fûmes entraînés dans un tourbillon qui nous empêchait de bouger. L'accumulation d'individus qui, auparavant, nous dissimulait, obstruait a présent notre vue et notre champ d'action.. Bientôt, des dizaines et des dizaines de gardes se pressèrent partout, bousculant les gens, tirant leurs épées. Ils fondirent sur nous sans que nous y pûmes quoi que ce-fusse.
"Flûte", vis-je maugréer Vietor.
"Au nom de Dieu, rendez vous!" vociféra l'un d'eux. Sur ces mots, Vietor ôta son manteau large d'un geste, le jetant a terre, découvrant son torse nu. A mon insu, je compris pourquoi le port d'une veste aussi ample s'imposait. L'habit camouflait une extraordinaire difformité quant au torax du géant. Il présentait en effet quatre pectoraux; il présentait, en effet, quatre bras! Le colosse était affublé d'une paire de membres supérieurs en plus, excroissances parfaitement valides puisqu'il parvenait à les mouvoir avec une aisance incomparable. Sa musculature architecturale paraissait comme biseautée par un sculpteur tant ses formes olympiennes tendaient vers la perfection.
" Kinèse, on fonce dans le tas" tona t-il, l'air assuré. L'intéressé acquiesça, arborant un sourire brûlant. La flammèche de l'urgence immolait ses pupilles. "Reste bien derrière moi Otto", me souffla Vietor sans se retourner. Puis, en une formidable commotion, le mastodonte chargea la troupe ennemie, faisant tourbillonner ses appendices, propulsant une partie des hommes a terre. Tandis que nous courrions à sa suite, je vis naître au creux des paumes noircies du nain un globe incandescent, qui crut rapidement jusqu'à atteindre la taille d'un poivron rouge. En tendant le bras d'un geste sec, il projeta la sphère de feu sur l'échoppe d'un malheureux commerçant, l'embrasant aussi sec. La ville entière fut ébranlée par la déflagration. Les gens se précipitèrent à terre, et de la surprise produite par notre originale offensive naquit une brèche que nous nous pressâmes d'exploiter. Nous nous précipitions a la suite de Vietor, celui-ci se frayant un passage a grandes brassées de ses bras puissants. Moi, je me laissais entraîner par les deux héros, mes sens toujours altérés par l'agitation soudaine. Mes oreilles sifflait atrocement, phénomène dû a l'explosion de la boutique, et j'étais incapable de réagir seul, une cécité violente due au cendres m'ayant affectée. Je suivais donc le nain de prêt, tachant surtout de ne pas trébucher. Malgré ma surdité, j'ouïs un lointain son de cor, sans doute le signal d'alarme.

Nous courrions a toute vitesse a travers la métropole. J'étais d'ailleurs un peu éreinté de constater que le nain allait plus vite que moi. Nous approchions enfin de la sortie de la ville, Kinèse faisant parfois volte face pour incendier une charrette, et ainsi mettre en déroute un groupe de gardes. La fuite me parut plutôt aisée, finalement. Je constatais par ailleurs que nul civil n'entrava notre course, vérifiant ainsi chez eux la même aversion que moi envers la Polizei.
Kinèse bombarda même l'énorme pont-levis en bois, la conflagration réduisant ainsi l'ultime barrière a la liberté en cendre. Mais n'ayant plus de support sur lequel passer, un gouffre vaseux, autrefois supporté par le pont rétractable qui gisait maintenant en morceaux a nos pieds, nous dûmes sauter. Sans dire mot, Vietor m'empoigna par la taille et me propulsa de l'autre coté. Je m'écrasait plus que je ne me réceptionnais de l'autre coté, et j'étais enfin libre. Du moins c'est la pensé que je gardais a l'esprit avant d'apercevoir une escouade d'hommes d'armes fondre dans ma direction. Mon sang se glaça d'autant plus que mes compagnons étaient toujours sur l'autre rive. Allongé dans l'herbe, je jetais un coup d'oeil a mes compagnons qui eux aussi étaient en prise avec les autorités. J'étais livré à moi même, et les dix molosses qui accouraient vers moi n'avaient pour mission que de me tuer!

Chapitre II - D.A.N.G.E.R

-REFLECHIS! Me hurlais-je intérieurement.

Mon cerveau bouillonnait à la recherche d'une solution. Tenaillé par l'urgence, je tâtais frénétiquement l'intérieur de mon veston en quête d'un quelconque moyen d'échappatoire. Après une fouille désespérée des tréfonds de ma redingote, je fini par extirper d'une poche dissimulée une minuscule fiole dont le liquide cuivré pétillait hargneusement. Toujours à terre, je décapsulait le bouchon de liège qui protégeais la potion, jetais un oeil aux lettres "D.A.N.G.E.R" s'étirant en gras sur l'étiquette, et, m'apprêtant a boire le breuvage, m'introspectais dans une ultime indécision.

-Une ou deux gouttes?

Le choix était terriblement important, songeais-je en me remémorant l'impact d'un mauvais dosage sur mes petits rats de laboratoire. Après une brève hésitation, je décidai que le sort de mes cobayes était préférable à celui que me réserverait la Polizei si j'étais capturé. Trois gouttes.
Les hommes d'armes m'encerclaient tandis que la boisson ardente coulait dans mon oesophage. La Liqueur de Berserk laissait un goût brûlant de piment cueillit dans l'eau du Styx. Très vite, la potion fit son effet. Je fus violemment inondé d'une fureur sans borne, explosive, qui aussitôt me fortifia d'un énergie destructrice infinie. Je crachai une vocifération bestiale en me relevant d'un bond. Mes assaillants reculèrent d'un pas, surpris par ce soudain changement de situation. De ma puissante force neuve, j'aplatissais ma malle sur le crâne d'un des soldats, avant d'en renverser un second d'un coup d'épaule furieux. Mon bagage en main, je me frayais avec force moulinets hystériques une brèche à travers le corps de fantassins qui me barraient le chemin. En un bond j'étais libéré: J'entamais une cavalcade déchaînée à travers la plaine, crevant le sol de mes folles foulées. La Liqueur de Berserk avait réveillé en moi une bête farouche et brutale pour qui la survie seule importait. Tandis que je courais dieu seul sais ou, laissant loin derrière moi le groupe de badauds, j'entendis vrombir vers mon flanc droit une formation de cavalerie au galop. J'accélérai la cadence, mais les cavaliers parvinrent bientôt à mon niveau, et tous riaient de l'impuissance de ce damné s'évertuant à fuir devant une inexorable fin. L'effet de l'élixir s'exacerbait sans cesse, me procurant une fougue toujours plus intense, laissant de plus en plus de place à l'animal rugissant dans mes entrailles. Je fis volte face et, le corps animé d'une irascible colère, envoyait heurter avec violence mon bagage dans les naseaux de l'équidé le plus proche. En un hennissement de douleur, la bête s'écroula , projetant son destrier a mes pieds. Un long amas baveux s'étalait dans ma barbe, avatar du plaisir anticipé que j'éprouvais. Enfin, j'allais pouvoir déchaîner ma rage! J'avançais vers l'homme a terre, et, poussant d'immondes rires de hyènes cruelle, j'entrepris de matraquer furieusement son visage du coin de ma valise. Les mugissements du soldat, couverts par la crépitation des os cassés, n'eurent pour effet que d'aiguiser ma hargne. La vue du sang giclant partout déchaîna mes instincts primaires, et la boucherie terminée, je me tournais vers les les autres cavaliers, affamé de chair et de sang. Ceux-ci, la mine décomposée par la stupéfaction, brandissaient vaguement leurs épées, toujours sur leurs palefrois.

- Je vais les manger, songeais-je délicieusement, passant ma langue sur mes mains ensanglantées.

Mais tandis que je marchais, un arbalétrier médiocre, resté en retrait, projeta maladroitement un carreau qui se ficha dans mon mollet droit. C'est ici que s'arrête ma mémoire. La fureur fut telle qu'elle submergea totalement ma raison, détonnant l'ultime vestige d'humanité en moi. Seul des souvenirs sporadiques ressurgissent encore parfois. Une oreille arrachée, le goût du sang, les hurlements atroces des hommes alentour. Et un plaisir bestial de prédateur satisfait. Puis le feu... Partout. Puis plus rien.


...

...


...

- Le "S"?

...

- Le "E"?... Comment ça, pas de "E" dans ton mot?! Tu triches encore, Kinèse!

La voix vague de Vietor m'exhuma d'un sommeil noir. Bien que rompu, je m'extasiais d'être si bien installé. Il faisait chaud, tout était doux. A l'aveuglette, je tâtais autour de moi. Un nuage? Non. Un lit douillet. J'entrouvris les paupières et observait. Mes yeux inondés d'une chaleureuse lumière, je m'émerveillait de l'atmosphère si agréable de la salle. Le plafond bas en bois de citronnier miroitait d'or, illuminant abondamment la pièce entière. Les murs en frêne blanc, dans lesquels étaient encastré de larges baies, étaient agrémentés de milliers de minuscules gravures aux formes abstraites, procurant une étrange sensation de sécurité. D'énormes étagères en if, dans lesquelles s'entassait d'épais manuscrits, s'élevait jusqu'au plafond. Au fond crépitait doucement, dans un vaste âtre, un beau brasier sur lequel fumait quelque viande à la succulente senteur. Sur le plancher en niove s'étalait un épais tapis laineux, dont les teintes chaleureuses, conjuguées aux formes arrondies de la chambre, y ajoutait le confort douillet d'un nid. Au milieu trônaient trois généreux sièges drapés de rouge et gonflés de plumes, installés autour d'une haute table de noyer blond. J'y observait l'amoncellement d'ustensiles hétéroclites et singuliers, et rêvait un instant à ma vieille boutique. Mais ou étais-je ici? Étais-je loin de Jonche-le-Dôme? Comment mes perruches allaient t-elles?

- Tient tient, qui vois-je? Dit chaleureusement Vietor, se levant du fauteuil. Comment te sens tu, Otto, mon ami?

J'essayais de me relever sur mon séant pour sortir entièrement de ma torpeur, mais une vive douleur trancha nette mon intention, et je m'écroulais sur le lit.

- Ma foi, c'est déjà allé mieux. Gémissais-je.

-Ménage toi, ton corps est complètement vidé. Tu as largement outrepassé tes limites. M'expliquais t-il, tâtant mon front de l'un de ses nombreux bras. Tu te remettras vite, ne t'en fait dont pas! Un peu de tisane? Ajouta t-il en se levant.

-Volontiers. Soufflais-je. Derrière lui, j'apercevais le nain me fixant, toujours assis, un large sourire au lèvres. Je le lui rendais comme je le pu et interrogeais Vietor:

- Que s'est t-il précisément passé, dans la plaine? Ais-je dormi longtemps?

- Seulement vingt-quatre heures. Et c'était un minimum, après ce que tu as fait. Dit t-il en entreposant une pleine bouilloire d'eau dans l'âtre.
Le nain s'esclaffa en signe d'approbation.

- Je ne me souviens plus vraiment, à vrai dire.

- Et bien, sache seulement que les gaillards à qui tu as eu affaire s'en souviendrons longtemps. Tu dois d'ailleurs avoir encore quelques lambeaux de peau coincés entre les gencives. Dit t-il, amusé.

Horrifié, je passais ma langue sur mes dents, et senti en effet plusieurs morceaux de matière gluante prise entre deux molaires, dont je me refusais pour l'instant à identifier l'origine.
Après ces éprouvantes tribulations, le calme me fit retrouver mes esprits. Ainsi, je pu leur poser la question qui de loin était la plus fondamentale a mon avis.

-En tout cas, tu peux remercier Kinèse et sa pyrotechnie qui t'ont sortis du pétrain.

- Qui êtes vous, et que me voulez vous? Questionnais-je en fronçant les sourcils.

- Il est vrai que nous te devons quelques explications.

Vietor posa au pied de mon lit un petit plateau sur lequel était disposé une tasse de tisane aux herbes, tandis que le nain s'approchait à pas lents. Le géant empoigna deux des sièges et les entreposa de sorte à ce que nous puissions discuter sans que je n'ai a me redresser. Les deux hommes s'installèrent, et Vietor, après une longue pause contemplative, commença à parler.

- Kinèse et moi, ainsi qu'une tiers personne dont tu feras plus tard la connaissance, sommes... des Traqueurs de Titans.

- Des Traqueurs de Titans?! Répétais-je, abasourdi. Mais c'est impossible! C'est complètement interdit!

- Dois-je te rappeler que tu es alchimiste?..

- C'est une autre affaire! M'écriais-je, redressé tant bien que mal. Les Traqueurs de Titans sont pistés jours et nuits, c'est l'une des premières préoccupations du consul, votre tête doit valoir une vraie fortune!

- Écoute, Otto, là n'est pas la question...

- Non! Vous êtes des criminels, et je ne veux rien avoir a faire avec vous.

- Cesse! Gronda Vietor, croisant ses quartes bras massifs. Et écoute attentivement. Je vais t'enseigner des choses que le gouvernement s'évertue à nous cacher depuis toujours. Écoute, car je vais te raconter la vérité.

= commentaires =

Omega-17


    le 28/03/2008 à 23:01:29
D'entrée, je me suis dit : "alors celui-là, il veut me faire perdre mon temps à aller chercher son titre dans google, histoire de me prouver qu'en fait ça veut dire quelque chose".

A ceci près que peintre allemand ou groupe estampillé FNAC, je m'en branle et que oui, en effet, j'ai perdu mon temps.

Alors je ferme les yeux sur l'image à la con absolument hideuse et j'attaque l'intro : entame à l'Alain Gillot-Pétré standard, météo du weekend et prévisions sur la quinzaine, un peu de géographie CM1.

bon, très bien, au revoir.
Lemon A


    le 28/03/2008 à 23:05:01
Quand on confronte le résumé à la longueur du texte on laisse tomber.
Sinon l'image est pas mal, comme d'hab'.
Caboche à kirsch
    le 28/03/2008 à 23:25:26
Du omega en moins lourdingue.
alexis
    le 28/03/2008 à 23:36:28
Ptain la littérature jeux-vidéoistes, sérieux c'est merdique.
(Cependant, l'intention est moins minable que la série de textes "librement inspirés" de Ducasse.)

Allez on est en enfer c'est vrai, et Mon Fils est dans les ordures.

Bande de putes.
Le Duc


    le 28/03/2008 à 23:50:23
Tien tu travaillerai pas à Géotech toi par hasard ?
Advienne-que-pourra


    le 29/03/2008 à 14:08:38
Le roman fait son entrée sur la zone.
Alors quand c'est correctement écrit je veux bien, mais là...

Duc explicite ta vanne, merci
Glaüx-le-Chouette


    le 29/03/2008 à 14:10:42
N'est pas Jodorowski qui veut, voilà ce que j'ai à dire. C'est lourd et mal composé, chaque phrase est en plomb, les images et l'onomastique sortent tout droit des années 70, version pas-cher.
Beurp.
Une sorte de hachis parmentier littéraire, quoi.
Pas aimé du tout.
EvG


    le 29/03/2008 à 14:43:42
Je viens de me faire violer par un demi-pavé victime de l'érosion et ai trouvé la chose désagréable. Voilà, de la description en conserve et de la fantasy incohérente qui m'oblige à boire un coup. C'aura servi à ça.
Quelqu un


    le 29/03/2008 à 21:53:34
Quand j'étais jeune, je me branlais en lisant les Bob Morane..., lire ce texte m'a aidé à re-bander..., je cherche maintenant un texticule pour spermater...
Si vous en avez un, merci de me l'envoyer poste restante !
carque
    le 29/03/2008 à 23:23:22
"Ceux-ci le jaugeaient d'un regard impitoyable"

J'ai vu ça et j'ai pas réussi à continuer. PARCE QUE JE M4INT2RROGE TOUJOURS SUR COMMENT UN REGARD PEUT ETRE IMPITOYABLE? BORDEL DE MERDE§§§ ET SURTOUT QUAND ON JAUGE QUELQU4UN§§§§§§§
Quelqu un


    le 30/03/2008 à 03:44:11
AHHHHHHHHHHHH, oui..., c'est profond, là...
Hag


    le 30/03/2008 à 15:26:58
Un jour j'ai écris comme ça.
Bon ben voila.

"Prêtre-Cardinal-Bastonnier-Enculateur Marbru, coupez le zizi de cet homme !"
nihil


    le 30/03/2008 à 15:34:54
Hag, il serait temps de nous prouver que tu écris autrement.
Hag


    le 30/03/2008 à 15:51:15
Pas de problème, je m'en vais proposer une collaboration à Quequ un.
Quelqu un


    le 30/03/2008 à 16:58:04
Ach so... eine kollaboratione Kolozal, ich liebedish meine Kollaboratur... Fou zé moi Kollaboraturen do petits fours ein, zwei, drei... touz kramé les zonards... Sieg, heil, sieg , heil...
EvG


    le 30/03/2008 à 17:43:08
Toi, mais alors toi... T'es trop trop trop kiffant.
Nico


    le 30/03/2008 à 20:48:06
CMB

Sinon, le texte... le style m'a fait rebrousser chemin assez rapidemment et c'est dommage, je crois, parce qu'il y avait certainement de quoi faire un bon texte.

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