LA ZONE -

Gérard 2017

Le 27/07/2010
par Clems
[illustration] Géérärd 2017 plissa les yeux et dut masquer le reflet aveuglant du septième soleil à l’aide d’une émanation protoplasmique en forme de main droite qui lui demanda un effort de concentration considérable, et lui causa un mal de tête immédiat.
« Putain.. »
Un nuage d’azote se déplaçait à vive allure à l’horizon. Il disparut un moment dans la dépression de Mish-el Drüqher avant de reparaître, se rapprochant à une vitesse folle.
« Putain de Dieu.. »
MôR iS 842 n’avait pas levé le nez de son verre de BNP PARIBAS.
Le nuage s’était déjà immobilisé devant la vitrine du Café de Flore, grasse et tachetée des débris sanglants de multimouches. Il s’estompa doucement et, dans un chuintement pneumatique, la portière d’un coupé Aspegic 1000 à affichage LCD rétro éclairé se décomposa lentement. Sur la carrosserie, les mots « Gloubilzetienne des Jeux » étincelèrent.
« C’est qui ce beauf ? »
Une ombre sortit de la voiture, et étira sa silhouette élégante dans la lumière ébène du changement de soleil. L’homme portait une touloupe de renard chamarrée, une cartouchière en peau de loutre damassée ; du pantalon qu’il portait, avec désinvolture, taille basse, une crosse de revolver nacrée et gravée des initiales T.H. dépassait ostensiblement. Enfin, deux bottes de cuir noir classiques, avec éperons.
« Y en a qui sont pas gênés », vagit Bridge it ! derrière son comptoir sans cesser de torchonner, et en même temps l’épaisse mousse saumonée qui accompagnait chacune de ses secrétions syntaxiques éclaboussa la nuque de Géérär 2017.
L’homme prit le temps de rouler une cigarette, l’alluma tranquillement. Enfin seulement il sembla remarquer le bar et d’un pas tranquille se dirigea vers la porte qui en s’ouvrant lâcha un petit rire joyeux car elle était rouillée. Il y eut un long, long silence.
« Géérär 2017 ? »
MôR iS 842 n’avait toujours pas levé les yeux de son verre. Bridge it ! torchonnait.
« Qu’est ce que vous lui voulez ? »
L’homme s’avança. On n’entendit plus que le claquement sec de ses talons sur le revêtement de basalte bon marché de la salle. Il vint se camper juste en face de Géérär 2017 et ne bougea plus. Les yeux bleus limpides le fixaient intensément, des yeux d’un bleu effrayant. Les muscles du visage étaient d’une immobilité parfaite, le coin gauche de la bouche figé par un léger sourire. Géérär sentait son haleine de fenaison précoce.
Ce mec ressemble à Terence Hill comme deux gouttes d’eau, pensa Géérärd à part lui.
« Géérär 2017, vous avez joué parmi les 874 925 678 combinaisons possibles celle qui a été désignée comme étant la bonne par nos statisticiens, à partir de données prenant en compte les migrations annuelles des myocastors et les rotations des portillons de trois stations de métro parisiennes (Oberkampf, Barbès Rochechouart et Poissonnière). J’ai l’honneur, au nom de la Gloubilzetienne des Jeux, de vous remettre votre chèque. Votre gain s’élève à 65 732 441 cadres lumineux représentant de façon dynamique les Chutes de Manavgat en Turquie. Les formalités de livraison vous seront spécifiées par courrier. »
MôRiS 842 avait levé un sourcil et tentait de sortir la tête de son verre. On n’entendait plus le ffiou-ffiou du torchon de Bridge it !.
« Putain de putain de bordel de Dieu, de quel esprit malade a jailli une réalité aussi stupide ? », eut le temps d’hurler Géérär, avant que l’espace entier ne se déchire avec des roulements de tambour effrayants, des hurlements stridents et les grelots cristallins du rire d’un enfant qui, d’un pincement sec et cruel, venait de couper un multivers en deux et s’extasiait des résidus inutiles qui gigotaient par terre, se demandant s’ils survivraient et si oui, les deux ou un seul, et lors, lequel ?


= commentaires =

Dourak Smerdiakov


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    le 27/07/2010 à 21:40:53
Moi, j'aime bien. Évidemment, c'est pas construit et ça ne va pas loin, ça, c'est clair, mais il y a un peu d'inventivité verbale et ça prend acte de ses propres limites en s'effaçant rapidement comme une blague carambar.

C'est parce qu'on vient de s'en enfiler trois, sinon je suppose que ça aurait été publié en mini-article et, en tant que mini-article, c'eût été e-x-q-u-i-s. Je reprendrais bien un peu kaviär 456 bis avant la supernova de 22 heures.
Nico


    le 28/07/2010 à 20:40:28
Benc'pamaldutouçadidonc.

C'est court, ça fait grosse farce, forcément j'aime bien. A l'heure de l'apéro comme ça c'est très bien, on en reprendrait. Je crois que j'ai même un peu gloussé dans le verre de pinard, entraînant quelques bulles d'azotes dodécagonales.

Manqunpeudesanglierà6patcomdabmébon.
Chacal


    le 28/07/2010 à 21:30:47
Il y a des castors, c'est déjà ça.
Aesahaettr


    le 29/07/2010 à 00:53:52
Pour les mêmes raisons que Dourak sur l'inventivité verbale dans le cadre d'une projection lexicale ça me plait beaucoup et ça ne pète pas plus haut que ça ne doit, c'est presque parfait. CEPENDANT PUTEPUUUUTE PUTE GEN2VRIER PUTE les références à Paris et à la Turquie me semblent complètement sortir de cet univers car le cadre spatial devient alors tangible et, bah, ça me fait chier. Pourquoi ne pas pousser le délire jusqu'à dire un truc genre "Terrain stérile P-4R.ii dans le vieux système" pour Paris. Parce que bon, merde ça parle de sept soleils au début et chacun sait que dans ce système y en a qu'un alorS 0 MOINS D4UNE T2L2Portation de 6 PUTAON DE SOLEILS PUTE PAVOIS GINGEMBRE PUUUUTE dans le putain de système eh ben ça marche pas, alors je veux bien que tout ça n'ait aucun sens mais ça veut pas dire que les contresens sont autorisés petiTE PUTE à pianos. En revanche ce décalage marche vagement bien avec le sosie de Terence Hill, ça donne un truc graphique fun. Je pense à des strips de science fiction abstraite dans des "Métal Hurlant" et AH? PUTE PUTE NOSTALGIE PUTE.

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