LA ZONE -
Résumé : Carc s'offre une balade en forêt. Qu'on se rassure : pas d'elfes, pas d'écureuils, pas de chasse aux champignons. Plutôt le récit d'un cauchemar fantasmallégorique pleins de craquements d'os et de charognes féminines. Sans le moindre doute, un texte initiatique et édifiant à destination de la jeunesse.

La forêt

Le 19/07/2012
par Carc
[illustration] Je marchais sur des cadavres.
Au début, cela m‘avait gêné, mais, finalement, j‘avais fini par m‘habituer au bruit creux des os que l‘on brise. J‘évitais cependant de marcher sur leur tête. Autour de moi, la forêt devenait de plus en plus sombre, et mon chemin était pavé de cadavres. De cadavres de femmes, nues, et d‘enfants, nus. Pas d‘hommes. Uniquement des femmes et des filles drapées dans des positions grotesques et masquant ce qui avait été une route forestière de leur nudité obscène. Certaines me regardaient, les yeux grand ouverts, et toujours ce même regard d‘effroi. D‘autres, et je leur en était reconnaissant, regardaient à terre. Encore d‘autres avaient tout simplement les yeux fermés.

Et autour de moi, la forêt se faisait de plus en plus dense, et de plus en plus noir.

La route s‘était transformée en chemin, et le chemin en sentier. Je continuai à m‘enfoncer dans la forêt, et elle semblait s‘étendre à perte de vue. Au début, cela avait été un bosquet, et une route forestière. Maintenant, à chaque pas que je faisais, des ronces me déchiraient le visage, et les bras, et les vêtements. Ma peau tombait en lambeaux, sur les cadavres qui faisaient le bruit des os que l‘on brise quand je marchais. Je continuai cependant à avancer. La vision de tous ces morts comme offerts à mon bon vouloir, m‘aurait été insupportable à l‘arrêt, alors je préférais continuer à avancer en trébuchant. Et, pour étouffer un peu ce mal de ventre qui me rongeait, je me répétais sans cesse que les cadavres, c‘était ce qu‘on voulait bien en faire, et que ce n‘était pas moi qui les avais drapé de la sorte. On ne pouvait pas dire que cela m’aidait. Au contraire, leur nudité semblait m’adresser des reproches, de plus en plus de reproches. Leurs sexes, enfantins ou non, semblaient s’adresser à moi, et me répéter que je n’avais rien fait pour les recouvrir, pire, que je profitais bien de la vue qui m’était donnée.

Au fur et à mesure, les reproches devenaient plus vifs, plus incisifs, plus violents, et j’accélérais mon allure, espérant de tout mon cœur que la forêt se termine, et que devant moi s’ouvre à nouveau une plaine verdoyante. Rien n’y faisait, bien au contraire. La forêt se fit de plus en plus dense, et la vision de tous ces sexes et de toutes ces poitrines m’obsédait et m’angoissait encore d’avantage et quand je marchais, cela faisait le bruit des os que l’on brise. Au détour d’un virage, je ne parvins pas à éviter de tomber, et, alors que je rouvrais les yeux après la chute, mon visage s’était retrouvé à quelques centimètres de l’intimité d’une enfant. Je me relevais en vitesse, constatant avec effroi que l’odeur qui en émanait était envoûtante. Je me mis à courir.

Bientôt, je trébuchai à chaque pas, alors même que j’essayais de tomber le moins possible. De plus en plus souvent, mon visage s’écrasait contre les lèvres d’un sexe féminin alors que je continuais ma route, courant aussi vite qu’il m’était possible de courir. La forêt, elle, continuait à s’assombrir, et à s’épaissir, et les cadavres s’empilaient de plus belle, prenant des positions de plus en plus lascives et sexuées. Les bruits aussi changeaient : Je ne sais si c’était dû à la forêt où à ma perception, mais chaque os qui se brisait semblait doubler de volume, et le son qui en résultait m’était renvoyé par les arbres. Les échos, ainsi, s’entremêlaient, et se muaient peu à peu en une cacophonie qui me glaçait le sang.

Et puis la forêt fit place à une clairière. Et au milieu de la clairière, elle aussi parsemée de corps, était un lit. Sur le lit, une jeune femme nue était assise,yeux verts, cheveux bruns. Je l’avais déjà vue quelque part. Je vins vers elle, évitant autant que je pouvais sans tomber de regarder à terre. Elle me regardait sans me regarder, alors même que je n’étais plus qu’à quelques mètres. « Tu dois te demander pourquoi ? », me dit-elle. Je ne répondis pas. J’attendais la suite. Elle s’avança vers moi. Elle était belle. « Si tu ne sais pas pourquoi, peut-être que tu n’as pas encore assez marché. » Je ne disais toujours rien. Elle était maintenant près de moi, et appuya sa tête contre mon torse. « Tu bandes », dit-elle.

= commentaires =

Lapinchien


tw
    le 19/07/2012 à 23:20:49
Carc, mais...mais... mais tu es Frédéric Mitterrand en vacances en Thaïlande ?
Abel     le 20/07/2012 à 00:22:02
Chouette, de la nécropédophilie !
Lapinchien


tw
    le 20/07/2012 à 07:27:35
...Frédéric Mitterrand tout frétillant de ne pas avoir à se culpabiliser dans d'infécondes circonvolutions philosophiques et morales liant la pulsion, le resentir, l' affect, les codes sociaux et la loi, contraires aux indices de la puberté, le risque d'AVC par caillot de testostérone et l'épineuse controverse de la mercantilisation du corps. Merci tsunami.
Koax-Koax


    le 20/07/2012 à 14:42:31
Ca pourrait s'appeler "cueillette de cèpes au bois de Boulogne", ou "l'après Denver", l'actualité s'y prêterait bien.
Carc


    le 20/07/2012 à 20:33:44
ce moment où, après cinq relectures, quelques mois entre la fin de l'écriture et la publication...

On voit un "noir", auquel il manque un e.

Je veux mourir.
Dourak Smerdiakov


lien fb tw
    le 20/07/2012 à 22:46:07
On lit pire jusque sur le site du monde.fr. Ce genre de fautes, il est évident que c'est pure distraction et il n'y aura jamais que des cons pour te le reprocher. Dans le même registre, il manque un "s" à "drapé". Et le "trébuchai", j'aurais mis "trébuchais". T'es admin, tu peux aller corriger ce genre de choses.

Il y a d'autres choses que je serais plus tenté de signaler comme discutable :

- répétition de "alors que". Déjà un seul, je trouve que c'est une construction un peu lourde. Quand ils se suivent d'assez près, comme deux ici, je n'aime vraiment pas.

- répétition de "était : le "[..], était un lit." en fin de phrase, bien mis en évidence par la construction de la pharse, et puis "était assise" juste derrière.

- "évitant autant que je pouvais sans tomber de regarder à terre" : je trouve ça bancal et il m'a fallu le relire deux fois. Je changerais au moins pour "évitant, autant que je LE pouvais sans tomber, de regarder à terre".
Hag


    le 22/07/2012 à 14:38:37
Je ne suis pas d'attaque pour critique la forme, mais sur le fond j'ai trouvé ça plutôt cool. Bon, j'aurai tendance à dire que des os ne se brisent pas forcément quand on marche dessus, mais c'est juste un détail ; c'est suffisamment bien écrit, c'est sympa, un peu répétitif peut-être vers le milieu mais sauvé par la fin qui est bïen, ce genre de choses.

J'ai trouvé ça assez onirique, aussi.

= ajouter un commentaire =