LA ZONE -

Mayonnaise Ketchup

Le 02/01/2026
par Driller Killer
[illustration] On avait beau courir, il nous pourchassait encore et encore. Les ruelles se succédaient, les carrefours aussi, et pourtant, on le sentait. Il était là, à l'affût, de partout à la fois, et de nulle part. On sentait son odeur de cochon grillé, sa salade flétrie, sa sauce tomate rance... Cet hamburger géant était là, dans la ville.
On avait beau courir, il nous pourchassait encore et encore. Les ruelles se succédaient, les carrefours aussi, et pourtant, on le sentait. Il était là, à l'affût, de partout à la fois, et de nulle part. On sentait son odeur de cochon grillé, sa salade flétrie, sa sauce tomate rance... Cet hamburger géant était là, dans la ville.

Que je vous explique un truc : moi non plus j'y croyais pas. Quand on a commencé à avoir des informations sur le tueur en série sauvage qui sévissait ces derniers temps, on pensait tous ici, à Murkland, que l'auteur de ces homicides atroces était un homme, probablement. Si on écoutait les profilers et les flics, ce devait être un homme blanc, entre trente et quarante ans, seul ou vivant avec sa mère tortionnaire. Le cliché. Logique. Sauf qu'ils n'y étaient pas du tout, et nous non plus.

Quelques jours après l'apparition des premières victimes, des photos ont circulé. Les corps étaient vides. Il ne restait que la peau. En général, c'est l'inverse, non ? C'était déjà un fait étrange en soi. Puis durant les enquêtes, les flics ont trouvé d'autres preuves louches. Du ketchup. Toujours. Et mêlé à la sauce, de l'adn humain. Celui des victimes précédentes. Le tueur cuisinait les gens putain ! Les flics ont aussitôt changé le profil du meurtrier. Ils ont pensé que le tueur avait un complice, car les crimes se succédaient à une vitesse folle et étaient trop sauvages. Et cette horreur de sauce humaine... Bordel... J'en ai la nausée.

Plus tard encore, alors que j'étais allongé avec ma p'tite femme, tranquilles à la maison, on a regardé les infos. Toutes les chaînes parlaient des crimes, des suppositions... Jusqu'au moment où on a zappé, on est tombé sur une chaîne d'émission culinaire dans un restaurant, et on a assisté à la chose la plus dingue de notre vie...

Une grosse masse énorme, jaunâtre et dégueulasse... Pleine de sauce tomate qui avait l'air gluante... Elle était entrée dans le restaurant, et les cris des gens... C'était quelque chose bon sang ! La masse a avancé comme du jelly, puis sur son passage, les gens trop choqués pour bouger ou paralysés par la peur se sont fait engloutir. Les caméras ont continué de filmer, et quand la masse est partie, il ne restait dans les restaurant que des enveloppes humaines ; des corps flasques et des traînées visqueuses par terre. Sacré cheese ! C'était donc lui le coupable...

Ma femme m'a regardé puis elle a éclaté de rire. Moi aussi. Je crois qu'on était trop choqués par ce que nous venions de voir pour avoir peur, pour réfléchir. Dehors, pendant qu'on se tapait des barres, les gens criaient, couraient dans tous les sens... J'ai regardé un peu par la fenêtre, et la masse était au bout de la rue, on la voyait bien avec les lampadaires. On aurait dit qu'elle était encore plus grosse que ce qu'elle paraissait sur l'écran de télévision. J'ai flippé, et j'vous jure, si y avait pas eu ma femme, je chiais dans mon froc.

Puis j'ai vu que la masse, le cheese, entrait avec une facilité déconcertante chez les gens... Là, j'ai moins rigolé, j'ai moins flippé. Je me suis senti glacé comme pas permis, puis j'ai dit à ma femme de rappliquer, qu'on se cassait d'ici. Elle m'a regardé, interloquée, puis s'est tirée les cheveux, avant de pleurer un bon coup. Je l'ai laissée un peu. Puis je lui ai tiré le bras. Elle s'est levée et on est sortis. La masse n'était pas très loin de nous. On a couru comme des dingues. Et on court encore.

Saloperie d'ogm... Saloperies d'expériences gouvernementales... Saloperies de fast-foods...

= commentaires =

A.P

Pute : 146
    le 01/01/2026 à 12:42:23
C'est drôle mais pas assez.
Ça veut dénoncer mais c'est trop peu et trop maladroit.

L'idée est marrante en tout cas.
À creuser avec un plat de spaghetti violeur ou couscous boulette cambrioleur à la Arsène Lupin
Lapinchien

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Pute : 355
à mort
    le 01/01/2026 à 12:47:25
Après les excès du réveillon, parler d'hamburgers est juste écœurant. J'ai l'impression que l'auteur me fout deux doigts dans la glotte pour que je gerbe. Mais il n'a pas choisi sa date de parution donc on le pardonne et je vous assure que je n'ai rien prémédité de mon coté.

Sinon, je trouve que c'est plutôt gentillet pour parler des ravages de la malbouffe et ses dangers pour la santé même si l'approche tueur en série était un bon départ pour dénoncer l’hécatombe dans nos sociétés et le scandale sanitaire qu'il y a à aussi peu réguler les fastfoods et l'usage excessif que tout le monde en fait.

L'auteur aurait pu encore plus délirer sur le sujet. ça m'a rappelé "l'attaque de la moussaka géante", un film que je n'ai jamais vu pourtant mais dont le nom m'a marqué. Je crois que c'est bien plus gore.

Un sujet que j'aurais plus apprécié dans une approche plus débile et disjonctée.
Lapinchien

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Pute : 355
à mort
    le 01/01/2026 à 12:51:20
Sinon la phrase finale comme un final twist arrive un peu comme un poil de couille dans le Big Mac et les liens agro-industriels entre les OGM et les fastfoods mériteraient d'être plus approfondis. J'ai juste l'impression à une théorie du complot sortie tout droit d'un Happy Meal au finish.
A.P

Pute : 146
    le 01/01/2026 à 14:12:53
En relisant le texte, je me rends compte qu'en remplaçant le ketchup par de la mayonnaise, ça a tout de suite plus de sens.
Lapinchien

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Pute : 355
à mort
    le 01/01/2026 à 15:06:43
J'ai l'impression qu'aujourd'hui tout le monde est plus préoccupé par sa petite promenade digestive.
    le 01/01/2026 à 15:23:34
J'ai pas eu le temps de dire que c'était soit du repompage intégral, soit involontairement en parallèle avec L'Attaque de la moussaka géante, Lapinchien comme d'habitude avait dégainé plus vite que l'ombre de mon arrière-grand-père et trois générations avant que je sois conçu la réplique de LC était déjà là.

Que ce soit repris ou accidentellement parallèle, le fait est que c'est beaucoup moins délirant et beaucoup moins drôle que le film - que pour ma part j'ai vu deux fois. Ça se désigne comme drôle et décalé à base de "ma p'tite femme" ou de "que je vous explique un truc : moi non plus je n'y croyais pas", et autres procédés, mais ça n'est pas vraiment, pas très, pas assez décalé.
Ça sonne en fait comme une idée de fin de soirée, mais qu'on a eu la flemme de mettre en œuvre à fond le lendemain parce qu'on a mal à la mâchoire et à la racine des cheveux.

Mais je suis content quand même, pétard, un texte qui se prend pas le chou de temps en temps, ça fait du bien.
Lindsay S

Pute : 251
    le 01/01/2026 à 16:03:10
Ça commençait bien. Une montée en température, de l’odeur, de la fuite, de la menace diffuse. On sort le beurre, on préchauffe le four, on y croit. Et puis non. Le texte retombe comme un soufflé oublié sur le plan de travail : plat, tiède, vaguement comestible mais sans tenue.

Le hamburger géant aurait pu rester une métaphore inquiétante ; il devient un gimmick qu’on filme sous tous les angles. L’horreur est expliquée, la satire surlignée, la critique des OGM et des fast-foods écrite en gros sur l’emballage. Résultat : plus rien ne travaille tout seul.

Si les scientifiques avaient procédé comme l’auteur, les OGM ressembleraient exactement à ça : une idée prometteuse, manipulée trop vite, surcuite idéologiquement, et qui finit en masse molle, jaunâtre, sans goût ni danger réel.

Dommage. Le texte avait de l’air. Il n’a jamais trouvé sa structure.
A.B

Pute : 88
    le 01/01/2026 à 16:27:23
Cible manquée,
Dommage.
Nino St Félix

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Pute : 189
    le 01/01/2026 à 17:09:33
Une fois n'est pas coutume, j'ai aimé et sans trop de réserve, parcequ'il me semble que j'ai compris la cible de l'auteur : aucune. Juste un délire, tartiné de connerie, plutôt bien écrit pour une fois, avec un début et une semi-fin, mais quand même un bon incipit j'ai trouvé.
Donc, tant pis si ce faisant je fais l'apologie de la malbouffe littéraire, mais, moi, ça m'a fait sourrire, et je me suis pas emmerdé, et j'ai pas eu envie de corriger une phrase sur deux, et j'ai même pas spécialement envie de lire la suite. Je suis repus, satisfait, et légèrement honteux, comme, en effet, à chaque sortie de Mc Do (ce qui ne m'est plus arrivé depuis longtemps).
Ceci dit, je suis trés client de ce genre de style, qui se prend pas la tête, qui prétend pas nous la prendre, qui se la joue Patrick Sébastien de la narration. Donc, je dis ouais, à voir ensuite si l'auteur (dont j'aime bien aussi le pseudo) arrive à tenir la distance ou à se réinventer (car ce genre peut vite s'auto-suffire)
Nino St Félix

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Pute : 189
    le 01/01/2026 à 17:10:33
Et je trouve que l'illustration met particulièrement en valeur le texte.
Sinté

Pute : 60
    le 01/01/2026 à 17:14:52
Manque un peu de tout ce texte, ça pouvait être drôle mais ça l'est pas vraiment en l'occurrence.
Sinté

Pute : 60
    le 01/01/2026 à 17:16:28
« comme un poil de couille dans le Big Mac »
Ça c'est de la littérature @Lapinchien.
René de Cessandre

Pute : -246
    le 01/01/2026 à 18:20:43
Je rejoins Nino. J'ai bien aimé le rythme, en accord avec le sens, qui rend en outre ce texte très musical, avec une musique de dessin animé ou de film muet de l'époque, ce qui n'est pas une critique : cela renforce le côté décalé et en même temps le côté gore.
Pour la référence, je vois plutôt le bibendum chamallow de Ghost Buster (l'auteur confirmera ou non).
J'aime aussi le clin d'œil à Psychose (et au-delà à Hitchcock), et il reste certainement d'autres clins d'œil à voir.
Par contre, en arrivant à la fin, j'ai de suite su que tu allais te faire épingler pour complotisme. Vous êtes prévenus les gars : il faut que vous alliez chercher votre inspiration sur TF1, ici nous devons décrire un Monde parfait qui respecte les Droits de l'homme en toutes circonstances, ne saurait déroger à l'éthique la plus stricte et veille au bien être de tous.
Lapinchien

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Pute : 355
à mort
    le 01/01/2026 à 18:47:45
J'ai pas dit que c'était du complotisme. J'ai dit "J'ai juste l'impression à une théorie du complot sortie tout droit d'un Happy Meal au finish." parce que la théorie est torchée en une phrase à la fin en deus ex machina comme la figurine ASTERIX en cadeau qui finit à la poubelle après le repas.
René de Cessandre

Pute : -246
    le 01/01/2026 à 19:20:16
Nous acceptons ta précision et ton effort pour relativiser. En effet, tu as raison, le lien entre le monstre malbouffe et les OGM expériences gouvernementales se servant de réseaux de distribution alimentaire à grande fréquentation est un peu bâclé, le trait un peu forcé, et plaqué là comme un sparadrap sur une verrue ou un copié-collé maladroit. Mais ce texte n'a pas vocation à être sérieux. Il était difficile d'établir vraiment un lien entre une volonté expérimentale grandeur nature (comme on dit) et une monstruosité improbable qui aurait échappé au contrôle des expérimentateurs eux-mêmes. Là on aurait vraiment été dans du complotisme, et l'auteur aurait été fusillé.
On aurait peut-être aimé une conclusion sous une autre forme (certainement pas le narrateur qui se réveille après avoir fait un cauchemar... ç'aurait été pire), mais quoi d'autre ? Le burger géant est une créature extraterrestre ? Genre guerre des Mondes de Wells tourné en dérision réflexive ? Chercher une échappatoire dans la cryptozoologie ? Ou faire un pastiche de Jurrassic Parc ou Godzilla ? Je crois que l'auteur, par la direction qu'il avait prise, était un peu "piégé". Mais on ne va pas lui jeter la pierre pour ça : il a pris un risque, c'est honorable, et il l'a assumé.
A.B

Pute : 88
    le 01/01/2026 à 20:01:58
Une sauce samuraï jaillissant du bordel déambulant, aurait pu apporter plus de piquant
René de Cessandre

Pute : -246
    le 01/01/2026 à 20:14:22
Je ne peux pas contredire A.B
Mais le ketchup apporte une touche plus réaliste, non ?
Arthus Lapicque

Pute : 102
    le 03/01/2026 à 11:57:23
Un texte de série Z bien naze. J'y vois une parodie d'apologue où le message final n'est qu'une cerise en plastique sur le gâteau à la connerie. On sent tout de suite que l'auteur déconne et déconnera jusqu'au bout.

Ce texte est à l'image de son sujet, un texte fast food, vite consommé, plaisant sur le moment, qui bourre vite mais qui ne nourrit pas vraiment.

D'ailleurs, on sent que l'auteur lui aussi avait hâte de finir, déjà repus de sa connerie bien avant le dernier paragraphe.

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