L’APOCALYPSE du VERBE
Tout commença un certain vendredi juste après la fermeture d’une grande bibliothèque parisienne qui ressemblait ce soir là à un navire - comme toujours d’ailleurs quand se déroulait le dernier store - un navire à l’arrêt toutes voiles rentrées libérant la lumière jaune des lampes de bureau qui jetait des halos de lumière sur les piles de dossiers aux reliures fatiguées.
Quelques tasses de café froid abandonnées rappelaient que tout un équipage s’activait dans ce bâtiment non délaissé par son capitaine, une femme qui ne manque jamais d’aller faire un tour du côté des derniers rayons consultés. C’est ainsi qu’elle découvre des marque-pages épars sur le sol. Elle s’étonne un instant mais n’y voit rien d’autre qu’un courant d’air malencontreux ou l’indélicatesse des visiteurs.
De retour à son bureau dans la salle Richelieu, la directrice de la BNF achevait la vérification d’un manuscrit du XIX è siècle en manipulant la reliure souple et craquante qui exhalait une odeur rare d’encre ancienne.
Ses journées étaient faites de ces gestes répétitifs, ouvrir, lire, comparer, noter, refermer quand lui vint l’idée d’aller replacer les signets errants aux volumes concernés. Elle prend au hasard l’un des livres repérés par un onglet portant le titre et la référence de l’ouvrage, elle l’ouvre, et s’arrête net. Les pages sont blanches, tous les caractères typographiques ont disparu, pas une trace d’encre, plus de police ! Seule subsiste la ponctuation suspendue dans l’espace de la page comme des pierres tombales privées de noms.
Elle croit d’abord à une plaisanterie de mauvais goût, elle attrape un deuxième livre, même constat, même vide, un troisième, un quatrième toujours sous la rubrique « Langue et Linguistique » mais tous sont effacés, tous muets, seuls les titres des couvertures rappellent encore que ces ouvrages évoquaient l’origine de la langue.
Le cœur serré, la directrice repose les ouvrages ; sa silhouette droite, presque rigide, cache mal la secousse intime qui l’ébranle. Femme de savoir et de discipline, universitaire brillante, ses collègues la respectent pour son autorité tranquille mais c’est aussi une âme blessée et peu connaissent la solitude de ses soirs quand elle pense à son compagnon injustement emprisonné, et qui laisse en elle un vide bien plus dur que ces pages blanches.
- Mais que se passe-t-il lâcha t-elle à haute voix, presque malgré elle, une voix qu’elle ne reconnaissait plus comme si tout sortait d’une autre gorge. Et si tout venait de moi pensa t-elle, si les pages étaient intactes et que mes yeux, eux, avaient cessé de lire !
Tu divagues Michèle, des livres ne s’effacent pas ainsi, plutôt un bug d’imprimeur ou une substitution… Une hallucination ?
Elle ferma un instant les yeux, respira profondément ; son instinct de chercheuse lui hurlait bien de consigner les faits via un rapport d’incident mais que dire, lettres disparues, syntaxe envolée, la bibliothèque s’est vidée de ses mots ?
Elle sourit malgré elle, on m’enverrait consulter un psychiatre !
Elle caressa la couverture d’un ouvrage les yeux fermés comme on palpe une peau blessée. Ils étaient pourtant là ces mots qu’on pouvait lire, bien vivants, noirs et serrés, et maintenant… des cendres invisibles !
Elle hésita les yeux fermés et les doigts crispés sur le bord du bureau ; si j’en parle trop tôt, je serai la risée du département, peut-être même jugée incompétente.
Un éclair d’ironie optimiste lui traversa l’esprit, et si c’était une mauvaise blague se dit elle encore, un collègue facétieux... Non, l’odeur du papier est trop authentique, bien sûr que non, je ne délire pas, je suis gardienne du savoir pas une somnambule perdue au milieu de ses fantômes.
Elle rouvrit les yeux pour fixer les piles de volumes muets, non, je dois vérifier murmura-t-elle presque comme un serment, revenir là où tout a commencé, reprendre les marque-pages, comparer, chercher un indice.
Son regard glissa vers l’écran de son ordinateur resté allumé et l’idée d’un mail bref à son supérieur lui traversa l’esprit, un simple signalement administratif, une phrase neutre, banale, du style :
« Anomalie constatée sur plusieurs ouvrages de linguistique. Vérification en cours. Rapport détaillé à suivre. »
Elle tapota cette formulation dans sa tête, pesant chaque mot. Ça suffira pour gagner du temps se dit elle, personne ne doit savoir du moins pas encore.
Rassemblant son courage, elle attrapa son manteau, son pas résonna dans la salle vide. Oui, retour sur les lieux du crime dit-elle avec un sourire forcé, peut-être que le silence m’éclairera plus que ces pages vides.
Conservatrice en chef et directrice à la Bibliothèque nationale de France, Michèle, brune, la peau dorée comme une icône byzantine, portait en elle les reflets d’un Sud antique, minéral, presque oublié.
À quarante-trois ans, elle avait le genre de beauté que le temps ne ronge pas mais polit comme une pierre rare et rugueuse aux arêtes ; sa thèse rédigée dans les marges d’un exil intellectuel, portait sur l’anarchie comme élan mystique autant que politique. Elle y voyait moins un système qu’un souffle, une volonté de rupture sacrée avec les hiérarchies fossilisées du monde que dénonçait souvent son compagnon.
Elle vivait seule, dans un appartement de fonction modeste mais spacieux, encombré de livres ouverts, de plantes oubliées, de notes manuscrites suspendues aux murs comme des prières égarées. Ses collègues la décrivaient comme précise, rigoureuse, parfois absente mais c’était une absence particulière, comme celle d’un esprit qui n’a jamais vraiment quitté la bibliothèque car parfois, à l’aube, on pouvait la trouver assise, immobile dans une salle obscure, un courrier de son homme sur les genoux et le regard fixé vers un manuscrit que nul n’avait consulté depuis un siècle, mais c’est la dernière lettre de son compagnon de cœur qu’elle fixait et lisait ; il lui disait qu’il entendait des choses, pas des voix non, mais des inflexions, des murmures de texte, des intentions anciennes, comme si les livres n’étaient pas morts mais seulement endormis à la manière des dieux anciens.
Cette réflexion la stimula, elle retourna presque malgré elle vers les rayons suspects, ses doigts tremblaient en ouvrant le premier volume. Les pages qu’elle avait vues muettes quelques heures plus tôt se couvraient à présent d’une écriture noircie de caractères bien lisibles, vivants, comme si l’encre avait resurgi d’un sommeil obscur.
Est-ce moi qui délire… ou eux qui reviennent chuchota-t-elle fascinée.
Elle sentit l’abîme d’un doute, si les mots disparaissent et renaissent, qui en décide, le papier, le temps, ou ma propre pensée ?
Elle ferma brusquement le livre. Devait-elle rédiger un nouveau rapport, corriger l’ancien, non, cela la trahirait pensa t elle, on rirait d’elle, ou pire, on la soupçonnerait de falsification.
Le vibreur discret de son ordinateur sonna comme une gifle, un courriel venait d’arriver :
« Ordre de fermer la bibliothèque à fin d’observation, jusqu’à nouvel ordre. »
Michèle n’eut pas le temps de lire le message qu’une sonnerie sur son portable retentit :
« Colonel Kaldi, bonsoir Michèle, sachez qu’une équipe technique du service concerné va être dépêchée sur les lieux pour installer une surveillance électronique aux rayons incriminés ;
la bibliothèque est placée sous quarantaine pour le public, vous pouvez y déambuler si besoin mais privilégiez votre logement de fonction, je reviens vers vous plus tard Michèle, c’est déjà tard , dès demain matin à la première heure plutôt... et aucune information ne doit filtrer, tenez cette affaire au secret s’il vous plaît … »
- Entendu Colonel répondit-elle d’une voix plus ferme qu’elle ne se sentait, j’assurerai la discrétion vous pouvez compter sur moi.
Un bref silence puis elle ajouta, presque malgré elle :
- Mais si d’autres anomalies apparaissent cette nuit, dois-je simplement observer et signaler...
- Rien d’autre trancha la voix au bout du fil. Observer, signaler, ne rien interpréter...
Elle serra le téléphone contre son oreille, comme pour retenir ce verdict. Observer, signaler, ne rien interpréter… et si tout se jouait justement dans l’interprétation !
- Très bien Colonel, je suivrai vos instructions, bonne nuit.
Sa main tremblait lorsqu’elle raccrocha. Elle répéta tout haut comme pour s’en convaincre : observer, signaler, et rien d’autre…
Peu convaincue de trouver le sommeil, Michèle s’empara d’un précis de philosophie qu’elle désirait annoter depuis longtemps ; peut-être y trouverait elle une idée qui nourrirait un rêve, si toutefois le sommeil daignait l’approcher.
Elle commença à lire, tout semblait normal, les lignes se déroulaient sous ses yeux avec la familiarité rassurante d’un texte bien connu mais lorsqu’elle reposa l’ouvrage un instant pour laisser infuser une pensée, elle s’immobilisa ; les signes, les lettres, les mots, tout s’effaçait, là, devant elle, en direct, comme aspirés hors de la page, il ne restait que le papier nu, à peine taché d’ombres.
Elle n’eut pas le temps de prendre peur qu’un bruit étrange la tira de sa stupeur ; un froissement, un chuchotis, une rumeur indéfinissable qui venait des salles de conférence ; elle se leva, prit un chandelier, et s’avança.
À travers une lucarne vitrée, elle vit l’impossible, une salle envahie par une nuée de feux follets, minuscules et agités, bruissant comme une multitude d’insectes ailés. Leur éclat palpitant faisait vibrer les vitres. En tendant l’oreille, elle crut distinguer une langue, un discours fragmentaire, mi humain, méconnu tout au moins. Tremblante, elle se précipita vers un magnétophone pour enregistrer à la hâte ce bourdonnement polyphonique puis soudain, tout disparut dans le silence et l’obscurité.
De retour dans sa chambre, elle écouta l’enregistrement jusque tard dans la nuit, multipliant les arrêts, les retours en arrière, les ralentis mais rien d’intelligible n’en sortit, on entendait qu’un souffle ténu, comme si la voix des flammèches avait refusé de se laisser capturer.
Au même moment dans les couloirs assombris, les techniciens annoncés par le colonel s’activaient à installer leurs dispositifs de surveillance, détecteurs de mouvements et capteurs de toute sorte. Il était quatre heures du matin, Michèle n’a ni dormi ni rêvé mais beaucoup attendu.
Le lendemain, la bibliothèque désormais interdite au public, étouffa dans un silence étrange troublé par le ronflement continu des ventilateurs qui refroidissaient le moteur des machines tout en chauffant les livres paradoxalement.
La nuit suivante, le phénomène se répéta sur un autre ouvrage, un essai de sémiologie. De nouveau les signes qui s’effacent, de nouveau le souffle, puis le tumulte dans la salle, de nouveau la lucarne dévoilant la nuée lumineuse, plus dense encore, plus sonore, plus pressante. Elle enregistra encore et encore et resta jusqu’à l’aube à tenter de déchiffrer, en vain jusqu’à une ultime tentative où cette fois, il y eut plus. Alors qu’elle fixait l’écran de son dictaphone, une forme se matérialisa dans l’air devant elle, un idéogramme, lumineux, suspendu comme l’hologramme d’un glyphe vivant, et le signe lui parla.
- Personne ne pourra décrypter notre code. Il est hors de portée de l’intelligence humaine.
Michèle eut un mouvement de recul. Pourtant la voix continuait, non, pas une voix, mais une polyphonie qui émanait du signe lui-même :
- Vous êtes convoquée. Nous ne sommes pas des étrangers fantômes, nous sommes ta langue. Venez nous entendre.
L’idéogramme se dissipa en vacillant, et il n’y eut plus que le vide. Ébranlée, Michèle crut avoir rêvé, elle se jeta sur le magnétophone mais la bande était vierge, totalement, ni souffle, ni trace, ni bruit.
Alors elle courut jusqu’à son bureau, saisit un crayon et mit par écrit, fébrile, tout ce qu’elle venait de vivre mais quand elle posa enfin le crayon pour relire sa rédaction, ses yeux se figèrent ,là, au bas de la page, des mots s’étaient inscrits seuls, d’une écriture étrangère et pourtant familière :
« Un certain vendredi, à vêpres, espace de conférence, département sémiologie, vous êtes invitée. »
Vendredi , Vêpres , de la lumière en feu qui parle, qu’est-ce que cette histoire !
Michèle sentit son esprit se nouer. Les mots de la veille, la vision des feux follets, tout revint en un vertige silencieux ; elle s’abandonna à un soliloque intérieur, mi- ironique, mi- inquiet pour dissiper l’aporie qui s’installait :
- J’ai bien entendu parler d’une physique qui explique pourquoi le feu ne nous brûle point quand on le regarde alors qu’il pourrait très bien nous consumer via des cordes vibrantes mais en linguistique, rien de tel, le mot chien si on l’écrit va t-il se mettre à nous mordre se dit-elle !
Au matin, elle compose le numéro du service de surveillance, espérant de nouvelles informations.
- Ici la BNF, enfin la Directrice, je voudrais savoir si toutefois...
Une voix sèche l’interrompt :
- Madame, cette affaire ne relève plus de votre compétence, bonne journée.
Le déclic de la tonalité la laissa seule, la rage mêlée à un vertige glacé montait en elle. Comment cela se peut-il, comment une anomalie aussi manifeste peut-elle être ignorée.
Se tenir à l’écart, observer, ne rien interpréter... répète t-elle à voix basse, mais ce conseil administratif sonne creux et surtout faux. Chaque mot lu, chaque syllabe entendue dans la bibliothèque pourrait être porteur de sens caché. Elle sent la peur s’insinuer, sourde, et avec elle, la certitude que quelqu’un ou quelque chose manipule cette scène derrière les murs.
Elle serre les poings, la colère la pousse à ne pas céder, je dois documenter, comprendre, malgré l’angoisse qui persiste. Le silence administratif, l’injonction de se retirer, tout cela aiguisa le mystère et transforma sa solitude en veille active. Michèle sait désormais qu’elle est seule mais pas sans témoins.
La directrice avait senti dès les premières heures de l’enquête comme un parfum de suspicion autour d’elle ou pire, l’impression que ses supérieurs étaient au fait de cette énigme et s’efforçaient de lui en masquer les véritables contours. Dans les couloirs feutrés du ministère de l’intérieur ses notes étaient lues sans commentaire, ses questions recevaient des réponses vagues derrière cette double porte capitonnée qui dissimulait la Cellule des anomalies linguistiques, un espace secret qui ressemblait à une salle de crise militaire où s’affichaient différentes cartes du monde cloutées de drapeaux rouges et de tableaux couverts de suites de signes étranges agrafés aux photographies de pages blanches légendées comme des pièces à conviction. Les néons blafards écrasaient les visages, et le ronronnement des ventilateurs couvrait les voix confuses.
- Nous avons trois hypothèses messieurs-dames, déclara le colonel Kaldi, chef de la cellule : Sabotage technologique, phénomène naturel non identifié, ou… il marqua une pause, manifestation surnaturelle mais je ne veux pas entendre le mot fantastique dans ce dossier s’exclama t-il en frappant la table du plat de la main.
- Pourtant continua Louise, la linguiste spécialisée dans les langues rares, ces signes ne ressemblent à rien d’humain.
A la droite du colonel, elle triturait entre ses doigts un feuillet couvert d’idéogrammes inconnus. Ses yeux clairs fixaient les symboles comme on fixe un serpent prêt à mordre.
- J’ai soumis cette page à toutes nos bases de données reprit-elle, aucun résultat, même les algorithmes de reconnaissance de glyphes sont, comment vous dire, désorientés.
Un technicien en veste grise s’avança, une tablette entre les mains :
- Dans les nuits où les caractères disparaissaient les capteurs installés à la Bibliothèque ont détecté une hausse de température localisée, et un échange de gaz… exactement comme si le papier expirait et inspirait.
- Le papier qui respire maintenant, parfait, et demain les livres vont se mettre à nous parler !
Michèle se sentit comme obligée de contourner la consigne de silence pour se confier à des amis sûrs. Elle initia une visioconférence clandestine avec sa collègue de Cambridge en Angleterre qui à son tour invita son ami américain.
L’écran grésilla d’abord, puis apparut le visage pâle de l’Anglaise éclairé par la lumière filtrée d’un vitrail ancien.
- J’ai dû couper l’alarme de mon bureau murmura-t-elle. Les caméras du Home Office surveillent tous nos échanges, et j’ai dû mentir à mon doyen pour vous parler dit elle à voix basse...
Derrière elle, une ombre glissa furtivement dans le couloir, elle se retourna vivement puis revint à l’écran, la connexion changea laissant apparaître le conservateur de la Bibliothèque du Congrès américain. Il parlait depuis un sous-sol aux murs tapissés de classeurs verts, la voix basse, ses yeux guettant la porte, le regard nerveux.
- Les mêmes phénomènes se produisent ici vous savez, et il y a pire, mes collègues pensent à une attaque cybernétique mais, comment dire, j’ai une source interne au Vatican qui ne va pas vraiment dans le même sens…
La directrice fronça les sourcils.
- Une source ?
L’américain esquissa un sourire nerveux.
- Oui, ma sœur est religieuse au Vatican, et pour tout vous dire, c’est un peu mon espionne, au service du Congrès bien sûr, et Il existe un rapport interne du Vatican qui mentionne qu’un certain Simon, versé lui aussi dans l’étude d’essais sur l’origine de la langue, et secrétaire personnel du Pape, a été interné mais écoutez donc cet extrait sonore du rapport que m’a confié ma sœur :
« Je lisais quelques mots sur un passage de l’Apocalypse biblique Saint Père mais constatez, les pages sont vides et blanches pour l’heure, et les caractères imprimés de notre sainte Bible se sont envolés devant moi, en parlant !
- Dieu du ciel lâcha le pape, établissez un rapport d’incident comme il se doit Simon, nous irons prier ensuite.
L’Anglaise se pencha vers l’écran :
- Envolés, en parlant ! Quelle langue ?
- On ne sait pas mais le secrétaire du pape a perdu la parole depuis son internement.
Un long silence pesa sur la conversation puis l’Américain reprit :
- On ne pourra pas rester chacun de notre côté, et si ces “choses” nous donnent rendez-vous, pouvons nous être ensemble. Paris, vendredi, à Vêpres , j’y serai, quitte à réserver un jet privé !
Les deux femmes échangèrent un regard entendu.
- D’accord dit la directrice mais sachez que nous serons surveillés.
L’Américain acquiesça.
- Alors faisons en sorte qu’ils nous surveillent… là où nous voulons qu’ils regardent.
Vendredi soir.
Paris semblait retenir son souffle. Une bruine légère perlait sur les vitres de la Bibliothèque déformant la lumière des réverbères. Dans l’appartement de fonction de Michèle, les trois conservateurs attendaient, chacun perdu dans ses pensées.
L’Américain tournait nerveusement un vieux dictaphone entre ses mains comme un fétiche. L’Anglaise, impassible, alignait sur la table un carnet, un stylo plume et un petit appareil d’enregistrement portatif. La directrice française, elle, fixait l’horloge murale, les aiguilles avançaient trop lentement ressentit- elle, comme si le temps lui-même hésitait à franchir l’instant convenu.
- C’est l’heure dit l’Américain, bien que Vêpres soit déjà passé… Il fait nuit maintenant, allons y...
Ils traversèrent les couloirs sombres jusqu’à la salle de conférence du département de sémiologie. La pièce était plongée dans une pénombre hormis quelques reflets d’une lune naissante sur les grandes baies vitrées.
Puis soudain, la lumière éclata. Pas une lumière ordinaire non, plutôt une pluie de photons colorés, flottant comme des poussières conscientes. Les murs semblaient s’effacer, remplacés par un espace infini où virevoltaient des formes lumineuses, des hologrammes tantôt lettres, tantôt idéogrammes, tantôt signes inconnus.
Une voix, ou plutôt un chœur s’éleva. Les trois humains sentirent la vibration jusque dans leur cage thoracique :
- Nous sommes la famille linguistique et le Verbe continua seul à parler :
Avant tout débat, et cela devrait vous intéresser humains, il me faut rappeler que nos consonnes sont chanceuses car elles ont pu s’exprimer bien avant les autres, dès la naissance du bébé humain puisque le petit s’exerce déjà à vous faire vibrer vous les consonnes, à vous faire vivre via le jeu musculaire des lèvres du bébé qui tètent le sein de sa mère ; vous êtes les premières à vivre avec des « peuh… » et des « meuh… » leur dit-il. Ce sont surtout nos voyelles qui ont souffert continua le Verbe, oui, ce fut douloureux pour elles de forcer le larynx de l’homme, mais fallait bien composer avec le corps que nous avions choisi, nous n’avions point le temps, fallait vite qu’on tombe en syntaxe comme on tombe en amour pour se laisser paradigmatiser par des sentiments ; nous avons donc choisi le singe qui jouit de la station debout, libre de deux membres de plus que le chien par exemple. L’homo sapiens peut nous dessiner, nous écrire de ses deux mains sans pour autant cesser de jacasser ou de nous siffler. C’est bien le grand singe qui est devenu Homme après notre passage qu’il fallait choisir, ne négligeons pas cela.
S’ensuit un débat compliqué entre articles définis et indéfinis que je ne vais point développer moi narrateur, mon auteur ne le souhaite pas, parce que trop impliqué…
Puis de la nuée surgit un A majestueux, aux courbes dorées, qui parlait avec l’assurance d’une reine :
- Nous, voyelles, avons donné souffle et musique aux langues humaines. Nous avons porté vos chants, vos cris d’amour et vos hurlements de douleur , après les nôtres. Et voici comment vous nous avez traitées…
Un R d’acier, rugueux, intervint brutalement :
- Silence ma reine. Ce sont les consonnes qui frappent, qui sculptent les sons. Sans nous, vos souffles ne seraient que du vent.
Au fond, une petite virgule flottait, hésitante, oscillant comme une lanterne au vent. Sa voix tremblotante coupa la querelle :
- Peut-être, peut être qu’ils peuvent encore apprendre…
Un point final, noir et dense roula dans l’air en tranchant :
- Non, l’ère humaine touche à sa clôture.
Derrière lui, les points d’exclamations vibrants d’impatience rebondissaient tandis que les accents, légers comme des papillons, voltigeaient au-dessus des débats. Plus loin, un idéogramme chinois millénaire conversait avec un glyphe cunéiforme, tous deux émettant des éclats de lumière d’un blanc ancien.
- Comprenez reprit le Verbe dans une résonance grave, réalisez que nous étions là avant vos bouches, avant vos mains. Nous avons choisi vos corps pour nous porter mais nous nous sommes retrouvés vecteurs de vos paroles falsifiées, propagandes mensongères véhiculées par nos graphes pollués et déroutés de leur orthodoxie.
La salle tout entière vibra dans une clameur et les trois conservateurs sentirent leurs oreilles se remplir de phrases dans des langues qu’aucun être humain n’avait jamais parlées. Les sons semblaient à la fois incompréhensibles et profondément familiers, comme si la mémoire des mots originels se réveillait en eux.
L’Américain, les mains crispées sur son dictaphone, osa à peine respirer. L’Anglaise notait frénétiquement des lettres qui tremblaient sur la page. La Française elle, restait figée, fascinée par un accent aigu qui s’était posé sur son épaule et lui chuchotait :
- Nous déciderons bientôt si vous méritez encore la parole.
Puis, aussi soudainement que cela avait commencé, tout s’éteignit. La salle redevint banale, avec ses chaises alignées, son pupitre vide, ses murs de béton. Seule subsistait dans l’air une odeur étrange, mêlant poussière de papier et ozone après l’orage.
- Je… je crois qu’ils nous ont donné un avertissement, souffla l’Américain.
L’Anglaise referma son carnet d’un geste sec.
- Non, pas un avertissement, un ultimatum.
Les jours suivants, Paris semblait une ville normale aux yeux du commun des mortels mais pour les trois conservateurs, chaque bruit, chaque mot, chaque ligne de texte était suspect.
Ils remarquaient des anomalies minuscules : une pancarte dont les lettres semblaient se décaler toutes seules, une phrase de journal qui se réécrivait en l’espace d’un clin d’œil, un message électronique qui se vidait de son contenu avant qu’ils n’aient pu le lire.
Le vendredi suivant, comme convenu, ils se retrouvèrent dans la même salle de conférence.
La pièce était vide, plongée dans un silence presque oppressant.
- Pas de lumière cette fois, murmura l’Américain. Peut-être que…
Il n’acheva pas.
Un frisson d’air parcourut la salle suivi d’un bruit discret comme celui d’une page qu’on tourne puis du centre de la pièce, une spirale lumineuse se forma aspirant l’obscurité environnante pour révéler des hologrammes qui jaillirent plus nombreux que la fois précédente, mais aussi plus agités, presque nerveux.
Le Verbe prit la parole mais sa voix était changée, plus émotive, plus lente, chargée d’une gravité implacable :
- Nous avons délibéré.
Autour de lui, les consonnes se pressaient en rangs serrés comme une armée disciplinée tandis que les voyelles formaient un cercle mouvant, leurs timbres oscillant entre plainte et colère.
La ponctuation flottait autour, instable, les points d’interrogation se tortillaient, les points de suspension s’étiraient interminablement.
- Vous nous avez détournés de notre essence, continua le Verbe, des mots, vous avez fait des armes et des pièges. Vous avez tué le sens pour flatter l’orgueil.
Michèle, tremblante, tenta de parler mais un guillemet s’enroula autour de sa bouche et étouffa ses paroles.
- Nous avons donc décidé de nous retirer du corps humain, déclara le Verbe.
Un silence d’une densité presque physique s’installait mais très vite, la voix tranchante du Point final brisa le silence :
- Définitivement.
Un murmure parcourut la foule lumineuse. Certaines lettres protestaient :
- Ils peuvent changer, ils ne sont pas tous corrompus !
Mais les autres signes, plus nombreux, répondaient par un vrombissement désapprobateur.
L’Anglaise se leva, fit un pas en avant…
- Pourquoi maintenant ?
Un idéogramme ancien, lumineux comme une braise s’avança et sa voix résonna comme un gong :
- Parce que l’humanité a atteint la saturation. Vos mots ne servent plus à dire la vérité, mais à l’effacer.
La spirale se resserra. Les trois conservateurs sentirent comme une pression dans leur crâne, comme un vertige qui les obligea à s’agenouiller.
- Préparez-vous, conclut le Verbe. Quand nous partirons, vous ne saurez plus dire qui vous êtes.
Puis tout s’éteignit.
La salle était redevenue grise, banale, mais les trois conservateurs, encore haletants, savaient qu’ils venaient d’assister à une condamnation et qu’elle serait exécutée.
La décision était tombée un vendredi soir.
Personne ne le savait encore hormis nos trois linguistes mais dès l’aube du samedi, les premiers signes apparurent dans le monde, furtifs et étranges, comme à Paris où un marchand de journaux remarqua qu’un titre du journal Libération se vidait sous ses yeux ; les lettres tombaient de la page comme des flocons noirs se dispersant dans le vent.
À Tokyo, une présentatrice de télévision ouvrit la bouche pour lire le bulletin du matin mais aucun son ne sortit et derrière elle, les sous-titres à l’écran se brouillèrent pour se réécrire dans une langue inconnue.
Et l’on pouvait zapper d’un canal à l’autre pour retrouver les mêmes ’ break news’ qui défilaient telles des bandes annonces de films fantastiques jamais vus.
Un jeune avocat plaidant devant un juge vit son discours se transformer en borborygmes inarticulés provoquant la panique dans une salle d’audience à New York. Les surdoués du langage perdirent toute aisance verbale, les radios se mirent à émettre des silences ou des suites de sons incohérents, les bibliothèques virent leurs ouvrages se dépouiller comme des arbres en automne, laissant des pages blanches ou couvertes de tâches incompréhensibles.
Mais il y eut aussi des miracles, des sourds-muets se mirent à parler spontanément mais dans une langue que personne ne reconnaissait. Des enfants balbutièrent des phrases entières en araméen, en sanskrit, en langues mortes depuis des siècles que beaucoup affirmaient comprendre, d’autres hurlaient qu’il s’agissait de prophéties.
En quelques heures, le phénomène gagna la planète. Les réseaux sociaux explosèrent, saturés de vidéos étranges comme dans cette église de Lagos où les fidèles virent les mots de la Bible s’élever dans les airs comme des papillons lumineux.
Même dans les contrées les plus éloignées, sur une route de Mongolie, un panneau de signalisation en cyrillique s’était métamorphosé en hiéroglyphes.
Partout, les autorités tentaient de garder le contrôle. Les services secrets de plusieurs pays coopéraient en urgence, échangeant des données cryptées. Les gouvernements parlaient de virus linguistique mais les scientifiques eux, commençaient à admettre qu’aucun microbe, aucun programme informatique ne pouvait provoquer cela. Les religions entrèrent en ébullition, le Vatican publia un communiqué sibyllin :
“ Le Verbe est revenu. Écoutez le ”
À Jérusalem, des rabbins et des imams s’affrontèrent verbalement devant le Mur des Lamentation avant de perdre, ensemble, la faculté de parler.
Des sectes surgirent prêchant que l’heure était venue de se préparer au Jugement phonétique.
Puis, un soir, le ciel s’embrasa, non pas de nuages, ni d’orages, non, juste une flambée d’idéogrammes lumineux flottant à des centaines de mètres au-dessus du sol, au-dessus de nos têtes, visibles depuis chaque contrée, chaque ville, chaque village de notre planète. Les signes prenaient toutes les écritures en enflammant le ciel : arabe, cyrillique, latin, grec, kanji mais aussi des alphabets inconnus qui se rassemblaient pour former un seul mot flamboyant dans le firmament :
VERBUM
Une voix unique, universelle, envahit alors l’air, elle ne sortait pas des haut-parleurs ni des radios, elle semblait naître directement dans le crâne de chaque être vivant :
- Babel n’a point suffi. Cette apocalypse peut être !
Et, dans un choc invisible, la parole s’éteignit pour tous.
D’un bout à l’autre de la Terre, les hommes ouvrirent la bouche et aucun son n’en sortit. Des millions de visages figés dans l’effroi lançaient des cris silencieux et les prières restaient muettes. Certains tombèrent à genoux, d’autres frappèrent les murs, d’autres encore restèrent pétrifiés comme des statues. Les villes devinrent étrangement calmes, hantées seulement par le bruit du vent et des oiseaux qui eux pouvaient toujours gazouiller.
Quelques heures plus tard, un murmure revint, pas un murmure humain non, un souffle ancien, grave, vibrant comme une basse infinie puis les mots jaillirent à nouveau des lèvres humaines comme par miracle sous forme d’une prière unique, commune à toute l’espèce, une prière que personne n’avait apprise.
Et dans le ciel, le Verbe murmura une dernière fois :
- Vous nous porterez dignement désormais… Ou nous vous quitterons à jamais.
Le lendemain de la grande coupure, le monde entier était suspendu à un seul point : comprendre.
À New York, le siège de l’ONU ressemblait à une ruche paniquée. Les traducteurs officiels, d’abord réduits au silence la veille, parlaient à nouveau mais uniquement dans une langue inconnue que tous comprenaient instinctivement. Les casques de traduction simultanée diffusaient le même flux sonore via une voix claire, neutre, dénuée de toute inflexion nationale.
Le Secrétaire général prit la parole ou plutôt la voix parla à travers lui :
- Le Verbe nous a rendu notre souffle mais il a lié nos langues...Notre liberté d’expression est perdue …
Les délégués, abasourdis, comprirent qu’ils s’exprimaient désormais tous avec les mêmes mots, les mêmes phrases, sans accent, sans idiome propre. Les différences culturelles subsistaient mais le langage était unique.
À Pékin, le Président chinois en direct sur toutes les chaînes nationales, lut un communiqué écrit dans des caractères mandarins mais chaque spectateur où qu’il se trouve dans le monde, le perçut instantanément dans la même langue universelle, une langue que le pouvoir en place ne pouvait plus manipuler selon son gré désormais.
À Rome, le pape François vieilli de dix ans en une nuit, adressas sa bénédiction urbi et orbi depuis un balcon inondé de lumière matinale, mais les mots qui franchissaient ses lèvres n’étaient ni latin, ni italien, ni espagnol.
Ils étaient d’une clarté absolue, comme taillés dans du cristal :
- L’humanité est sous serment, le Verbe nous entend, et n’oublions pas,
« Au commencement était le verbe, et la parole était avec Dieu… » nous avertit le Livre Saint, n’ayons plus peur lança le Pape…
- Le mur de Planck est tombé rajouta un cardinal astrophysicien qui se tenait au côté du Saint père, et que la Trinité nous pardonne, ne sommes nous pas ses fractales après tout.
Dans les laboratoires, les linguistes se heurtaient au vertige de toutes les langues humaines qui étaient encore présentes dans les livres, les archives, les enregistrement mais personne ne pouvait les parler. Les cordes vocales semblaient refuser de produire autre chose que cette langue nouvelle. Les enfants, eux, l’apprenaient sans effort, et certains demandaient innocemment pourquoi les adultes pleuraient en silence devant les vieux romans, incapables d’en prononcer les phrases.
Sur les réseaux, le choc laissait place à une étrange euphorie ; exit les malentendus linguistiques, plus de traduction nécessaire, les échanges commerciaux, diplomatiques et personnels se faisaient sans obstacle mais d’autres s’inquiétaient :
- Et si le Verbe décidait demain de nous retirer cette langue unique !
- Et si derrière cette unité se cachait un contrôle invisible ! Sommes nous toujours libres de nous même ?
Des groupes clandestins apparurent, cherchant à recréer les anciennes langues à partir des archives. Ils étaient traqués dans certains pays, encouragés dans d’autres pour pirater les voix.
Pendant ce temps, les trois conservateurs restés silencieux depuis leur dernière rencontre, observaient le monde basculer.
Ils savaient, eux, ce que les gouvernements et les religieux taisaient, le Verbe n’avait pas donné, il avait prêté, et tout prêt se rembourse ou du moins se respecte.
Malgré les perturbations aériennes, l’anglaise put rejoindre Cambridge in extremis. Michèle apprit dans un dernier courrier que son compagnon devait être libéré pour raison médicale ( virus phonétique mentionnait le rapport ) et qu’il pourrait la rejoindre dans l’appartement de fonction qui restait à la disposition de la directrice de la BNF.
L’anglaise fut interceptée à l’aéroport d’Heathrow pour préciser ses relations avec le conservateur du Congrès américain qui lui a été incarcéré sitôt le pied posé en Amérique.
Mise hors de cause provisoirement avec interdiction de quitter le territoire britannique, elle informa de suite son amie française qui dans le même temps apprenait en double appel sur son smartphone que son compagnon venait d’être déposé au pied de la BNF par un fourgon pénitentiaire.
Michèle déambulait dans une ruelle anonyme de Paris, elle pressa le pas pour rentrer tout en remarquant un vieux livre posé sur un banc, un très vieux livre relié de cuir, sans titre, sans auteur. Elle l’ouvrit, les pages étaient blanches puis lentement, des lettres se mirent à apparaître, formant une phrase dans la langue universelle :
« Le problème est loin d’être clos ma chérie, je t’attends devant chez toi, rejoins moi vite, les livres endormis dont je te parlais nous attendent. »
Et le Verbe se retira.
LA ZONE -
PROLOGUEOn se souvient de la dernière pandémie en date du 21è siècle (Covid ) qui priva le monde de tant de choses dont la fréquentation des bibliothèques physiques et numériques ; l’auteur et le narrateur de la chronique qui va être relatée s’en souviennent bien eux aussi ; mission leur avait été confiée pour réfléchir sur le bien fondé d’une énième réforme de l’orthographe en faveur de la gente féminine, et voilà qu’un autre fléau vient frapper notre planète.
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Écrire si mal sur le langage devrait être un délit.
Pas d’apocalypse, pas de fin du monde, juste un contrôle qualité du langage
Qu’on laisse cet auteur mourir muet.
Même si le style est un peu sec, l'intrigue de ce thriller ésotérique, digne de Dan Brown, m'a tenue en haleine de bout en bout. L'auteur devrait en faire un gros page-turner et le soumettre à une maison d'édition puis en faire une adaptation ciné avec Tom Hanks puis décliner le concept et en faire une grosse licence hyper lucrative qui finirait dans le portefeuille de Disney. J'ai ressenti par contre comme des problèmes d'échelle dans le récit. Par exemple, on fait intervenir l'armée pour s'occuper de ce qui pourrait être une petite blagounette à l'encre sympathique de Toto et d'autres trucs du même ordre tout du long. Mais ça ne m'a pas empêché d'apprécier.
@Rosalie : Il y a des traités en linguistique qui sont plus arides.
"L'Apocalypse du Verbe" serait par contre un super titre pour désigner les œuvres complètes en 50 volumes d'HaiKulysse.
RabbitDog, je n’ai pas fait d’études, moi, mais il en faut peut-être pour supporter ce genre de bouillie.
une bonne histoire, écrite avec les pieds, ça reste criminel
L'intrigue tient bien et l'idée d'un verbe qui se révolte au plan mondial, originale. Par contre, le texte est très dense, ça manque un peu d'air. Au commencement, le souffle
@Rosalie : J'ai fait des recherches pour trouver des manchots célèbres pour faire une blague mais je n'ai trouvé que des culs-de-jatte donc ça tombait à l'eau.
ET C4EST PAS RABBITDOG EN ANGLAIS MON NOM MAIS BUNNYDOG §
Je sais.
Si on remplace tous les "b" par "g" dans tout le texte, ça devient tout de suite plus intéressant.
Et la Verge se retira.
(Je me demande comment Rosalie sait que LpC ne veut pas qu'on l'appelle "Rabbitdog"...).
Sinon, en ce qui concerne le texte, à part que j'ai des doutes sur une reliure à la fois "souple et craquante", je n'y vois pas du fantastique à purement parler, mais plutôt une métaphore. Il y a des longueurs au début (heureusement la fin est syncopée), sans doute dues au fait que l'auteur n'a pas osé jouer sur le mot "Conservateur" (qui désigne le responsable d'un musée ou d'une bibliothèque), pensant sans doute que cela aurait été perçu comme une note d'humour mal venue. Mais en exploitant ce mot, on aurait aussi rapidement compris le trauma ressenti pas Michèle en voyant disparaître ce qu'elle est censée préserver. Cela aurait pu éviter à l'auteur (et aux lecteurs) toutes les circonvolutions utilisées pour parvenir à ce résultat. Pour le reste, on note les allusions au film "La nuit au Musée", à Rimbaud ("Les Voyelles")n et à Esope ("La langue est la meilleure et la pire des choses"). Et bien sûr à : "Au début était le Verbe... (à la fin aussi)" (ce qui me fait penser à un titre de film pornographique, mai ce n'est pas le sujet). A moins bien sûr qu'au sens figuré on puisse qualifier ce texte de "pornographique" (ce qui n'est pas une critique, mais une image pour qualifier l'exacerbation des moyens mis en œuvre pour insuffler l'intensité dramatique voulue pour ce texte. Mal nécessaire et justifié, car il réussit l'exploit de ne pas nous donner envie de sourire; Mission accomplie, donc). Au final la synthèse des références mobilisées dans ce texte donne un alchimie efficace et au surplus glisse un méta-message : l'importance du patrimoine culturel (Esope, Rimbaud...) dans l'acte de création et la communication qui à l'origine sa faisait par la parole, puis par l'écrit. Message bien reçu.
Le texte m'a perdu en cours de route.
(Je vois que LpC a subodoré une dimension pornographique dans ce texte. Pas forcément la bonne, mais... bon...).
Sur le papier, ça pourrait être un très bon texte, mais le Verbe s'est retiré.
Je vois que le niveau de puterie de René est dans le négatif, et je vais essayer d'inverser la tendance parce que je suis sympa.
Merci Sinté ! Mais ne prends pas de risques !
A moins de remplacer tous les v par g
@René. C'est écrit sur la tasse.
RaggitDob ?
C'est une grande invitation à faire une soirée BOGGLE en fait.
> Rosalie : tu veux sire que je vais la boire ?
... dire, évidemment.
Le texte raconte des événements impliquant des livres et le langage. Le personnage principal est une directrice de bibliothèque qui observe des phénomènes inhabituels. L’intrigue suit ses réactions et celles de collaborateurs face à ces phénomènes.
Les descriptions concernent l’environnement, les objets et les interactions entre personnages. Le récit inclut également des éléments surnaturels liés au langage. La narration progresse de manière chronologique et les différents incidents sont relatés avec détail.
Tout ce verbiage s’étire comme un vieux chewing‑gum, chaque phrase tombe à plat comme une bulle qui fuit et finit par étouffer. On suit des hologrammes, des idéogrammes, des discours cosmiques… et on se fait chier.
Le "Contr'Babel" pour le coup ? Le verbe qui s'incarne pour niveler le monde.
J'avoue que pour ma part le principal problème c'est la concordance des temps. On saute du passé au présent etc. Et des lieux (notre Michèle atterit dans une réunion on ne sait pas trop comment).
Sur le fond, j'avoue avoir eu du mal à accrocher et à comprendre ou on m'emmenait. Ce qui en soit peut être une qualité, mais là, ouah, paye le pavé, donc être entrainé a l'aveugle et sans souffler, non merci, les soldes c'est pas mon truc.
Aprés il y a des qualités oui, les scènes de manifestation "ontologique" (puisque le texte est parsemé de beaux mots dans ce genre) du Verbe sont plutôt réussies quoique répétitives.
François n'est plus Pape depuis un moment, on peut filmer avec des téléphones portables depuis près de 20 ans, et je ne suis pas sûr qu'on utilise encore des chandeliers... Sauf bien sûr si c'est le nom technique qu'on donne aux lampes de la BNF ? Bref, j'ai quand même eu l'impression de lire une aventure d'Harry Potter écrite par une thésarde en linguistique.
C'est trop lourd pour moi en fait, l'équivalent de 5 éclairs au chocolat littéraire, et même pas un peu d'eau gazeuse pour faire passer.
En fait, j'ai pas aimé. Pas détesté non plus. Mais je pense qu'en élaguant la moitié et en ajustant la concordance et le message, ça pourrait avoir de la gueule.
Ah oui et la haute fonctionnaire qui habite dans un logement de fonction (c'est répété deux fois...) et que le Colonel appelle par son prénom (je ne suis pas sûr qu'il y ait un lien fonctionnel fréquent entre ces deux entités administratives) et bien sûr en prime le cliché du "ne réfléchissez pas"... quoique, si c'est un cliché militaire, et non général à l'administration, j'aurais du mal à le contredire.
Réfléchir, c'est commencer à désobéir...
Nino, je ne suis pas entièrement d'accord avec ton analyse, même si je dois reconnaître que j'ai eu du mal avec la chronologie dans ce texte, et parfois l'impression d'un manque de cohérence.
Mais face à ce genre de texte, on ne peut s'arrêter aux mots. Et même si ce n'est pas volontaire de la part de l'auteur, il y a là une sorte de mise en abyme qui nous montre l'importance que les mots ont dans notre quotidien, et la catastrophe que cela serait s'ils venaient à disparaitre. Je vais faire une transposition osée, cela me fait penser aussi aux Monty Python dans "Sacré Graal" qui recherchent le "Château de Arrrrrrgh..", n'ayant pas su interpréter la disparition du mot manquant.
Sur le "ne réfléchissez pas" c'est justement l'écueil. On se dit donc que les bons petits fonctionnaires sont des bons petits soldats (et inversement). Premier point avec lequel je suis en désaccord par expérience et par principe. Même si l'auteur ne l'avance pas clairement, c'est à mon sens sous entendu.
Le second écueil est celui de se dire que, si on réfléchit, on a forcément raison (ou du moins on a un avantage sur les "autres). Et/ou que toute réflexion implique un début de désobéissance en soi (ce qui reste a démontrer, sauf dans un contexte où le fait même de réfléchir est interdit : façon 1984).
Sauf a supposer qu'il y a une "fausse réflexion", une illusion de réflexion.
C'est pour cela que j'ai du mal avec le "paradigme orwellien" même si je lui reconnais d'immenses qualités (pas seulement littéraires), et tous les héros qui découlent de cet archétype du "seul éclairé" contre tous. Ce que j'appelerai le "glissement Randien", rapport aux héros d'Ayn Rand, de l'autre coté du spectre, mais suivant les mêmes logiques pouvoir/contre pouvoir.
Tu as bu Nino?
Tu réfléchis trop, Nino...
Et je dois m'inscrire en faux : on ne demande pas aux fonctionnaires de réfléchir, et il y a un terme révélateur pour les désigner : Agent. Etymologiquement, cela désigne celui qui agit, mais par glissement de sens, c'est devenu "celui qui exerce une fonction" 'd'où le mot "fonctionnaire". Dans aucun cas il n'est censé penser, car seul les "Décideurs" pensent, alors que les "Acteurs" ont la charge de faire appliquer ce que les "Décideurs" ont pensé, par les "Agents". J'en parle par expérience et par pragmatisme : si un Agent commence à penser, il biaise le système et ne fait pas long feu. Donc le texte résume très bien et illustre très bien cela.
@René : Tu travailles pour Disney qui représente les fonctionnaires comme des paresseux sous Tranxene dans Zootopia ?
Je suis fonctionnaire. Je n'ai pas l'impression d'être un "agent", c'est une réduction étymologique.
Je suis d'accord avec toi René pour dire une chose : nous ne sommes pas d'accord sur ce point.
Et j'y reviens c'est mon ressenti, j'ai trop vu de personnes se fourvoyer dans mon entourage en pensant qu'il suffisait de "réfléchir" pour réflechir.
@Lindsay : non à jeun mais un peu géné aux entournures sur les questions de "liberté de pensée" justement en utilisant, de manière je le reconnais un peu facile, Ayn Rand qui s'en retournerait dans sa tombe, rien qu'en s'imaginant citée sur la Zone !
Réfléchir pour réfléchir..en fait si t'as raison j'ai du boire à l'insu de mon plein gré. Je voulais dire réfléchir pour avoir raison. Un peu facile comme approche en littérature (dans la vraie vie aussi) a mon sens
Crois moi Nino, je connais bien ce milieu. Très bien même. En effet, il ne suffit pas de réfléchir pour avoir raison. Et les fonctionnaires réfléchissent beaucoup... pour appliquer ce qu'on leur demande d'appliquer, sans jamais rien remettre en question. C'est pourquoi l'administration ne fait jamais d'erreurs. Il y a parfois des "anomalies", le pire qu'il puisse arriver, c'est qu'il y ait eu un "dysfonctionnement", le tout toujours vite réparé ou effacé, mais jamais de fautes. Je te le répète, Nino, je connais très bien ce milieu.
Tu écoutes Nino, quand le monsieur il parle?
Lui il sait.
Ma femme est fonctionnaire et est beaucoup impliquée dans des processus d'amélioration continue pourtant. Sa mission évolue tout le temps par des retours de terrain.
Je vous souhaite d'avoir affaire à l'administration. De celles qui par exemple vous demandent votre relevé de carrière qu'elle seule possède par définition, et que vous devez lui demander, pour que vous puissiez lui renvoyer. Ne me faites pas rire.
Oui merci la zone !
j'ai tout compris et aussi sur le fait que dire que l'auteur a des petits soucis de concordance c'est manifestement de la critique superficielle qui prouve la aussi qu'on a rien compris au texte (puisque chaque texte a sa verité immanente) et qu'on ne fait que poser.
Allez je retourne à mes grands cimetières sous la lune essayer de continuer a rien comprendre.
:'(
Aux visiteurs qui seraient venus pour des textes : oui, en effet, vous vous êtes trompés, ici c'est le PMU, au revoir.
Je ne pense pas que qui que ce soit puisse s'exprimer au nom de la Zone à part Clacker qui a remporté les 5 dernières Saint-Con mais il très occupé car il est garé en double file depuis avril dernier.