Un livre oui mais lequel. Des naufrages sur ma table de chevet, il y en a des tonnes. Un nom d’auteur oui mais lequel, c’est le titre qui a disparu, ce sont des dizaines de bouteilles que je n’ai pas descendues, trois pages lues trop vite, je bois vite, je bois toujours trop et je ne sais plus si l’histoire est celle du livre ou la mienne.
Celui qui a écrit que la plus belle façon de commencer une journée est de partager une tasse de café avec sa femme est un idéaliste. La mienne ne boit pas de café. La mienne m’a trompé et c’est moi qui l’ai laissé partir. Pas tout de suite. Nous avons essayé à plusieurs, dans plusieurs endroits. Sept années pour attendre que les jumeaux grandissent, une année pour leur dire que papa et maman s’aiment toujours mais ne veulent plus vivre sous le même toit. Miami Beach. Le divorce. Le décès de mon père en bonus. La maison de plain-pied vendue, j’en ai acheté une autre trois pâtés de maison plus loin. Une maison comme une tour, non plus le chiffre trois mais quatre blocs empilés les uns sur les autres, sur une dalle en béton pour éviter que les termites ne me démolissent. Ici, c’est l’usure invisible, le vice de l’éphémère et le déclin, retour à la terre garanti.
Je n’avais plus de comptes à rendre, je pouvais taquiner la mort à plein temps. J’ai passé mon permis moto. Les chambres des jumeaux à temps partiel, la maison pour bunker, j’y ai fait entrer une centaine de nanas que je n’ai pas choisies. Une centaine en est ressortie, toutes adorables, intelligentes, petites, indépendantes, chiantes, méchantes, envahissantes, égoïstes. Avec ou sans enfants et jamais plus jeunes que moi sur l’écran de mon téléphone. Avec toujours la même histoire, la même fin au bout. Trois mois pour épuiser la chair, trois mois pour faire sortir les squelettes du placard. C’est l’effet rebond, le retour de bâton ou l’élastique qui claque, je reprends la main et elles reprennent leurs affaires dans le dernier tiroir de mon dressing. Je donne, un peu, beaucoup, jamais passionnément. Je referme la porte, je désinfecte les sex toys, je me mets minable, je mets trois jours à décuver et je réactive mes abonnements en ligne. Jamais plusieurs à la fois. Jamais une seule n’a atteint le dernier étage.
Les jambes repliées sur le siège, je l’ai photographiée sans qu’elle ne le voie, une cigarette à la bouche. En noir et blanc, jamais en couleurs. Elle disait qu’elle ne buvait pas, qu’elle ne fumait pas, j’allumais un clope pour elle, je m’y reprenais à deux fois, je la lui tendais et elle tirait plus fort, ça fonctionnait entre nous. Notre rituel à deux sur la terrasse de mon studio. Avec elle, oui, nous sommes montés au dernier étage. Nous y avons cru au Nous en hauteur. Ça a débuté par une story sur Instagram. La photo d’un moteur de Ducati, lequel, l’aluminium et son corps à l’intérieur. J’ai liké.
You ride ?
Non. Pas de formules de politesse. Elle montait à cheval. La moto, seulement en passager, elle n’avait pas le permis de conduire, quel qu’il soit et ça m’a fait rire.
Je l’ai suivie. Une semaine plus tard, elle m’a écrit pour me demander pourquoi je lui avais posé cette question. Deux questions en une. Je l’ai trouvée adorable. J’ai proposé une exposition, un truc dans ce genre-là sans prises de risques. De moi, elle ne connaissait que mes motos, mes voyages en moto, en Floride ou même un peu plus haut. Ou les sorties tôt le matin que je filme, entre Miami Beach et Miami, toujours le week-end, toujours en dehors des heures de pointe et que je mets une semaine à monter. Trois heures dans la caméra, la ville sur la route en trois-cent-soixante degrés, entre quarante et cent-vingt miles. Les pièces détachées, c’est comme cela qu’elle baptise les motards qui s’arsouillent en short et en tongs. Le casque, ici, ce n’est pas obligatoire.
Je transpire. Les bottes, le pantalon, les gants, le blouson équipé d’un airbag, j’ai le cou fragile, et les boules Quies en cire naturelle dans les oreilles. C’est comme ça que je dégivre mon quotidien. Les acouphènes et toutes les petites voix dans ma tête s’éteignent. Une fois le moteur coupé, elles reprennent le travail, des termites qui me labourent les canaux, ça ne cesse jamais de creuser. Je veux crever avant soixante-cinq ans et je veux me décomposer vite.
De moi, elle n’avait jamais vu que mon casque, trois lettres en noir, AGU en capitales. D’elle, j’avais tout lu. La suite, ce sont deux whiskies, sa main dans la mienne, le baiser qu’elle m’a refusé, le rendez-vous planifié au samedi suivant, pour une histoire de coucher de soleil sur la plage, le genre de trucs que je refuse. Elle a décommandé. Il fallait que nous nous arrêtions là, pas de raisons particulières, elle souhaitait que nous restions en contact, amis pourquoi pas. Pourquoi faire. Fin de l’histoire.
C’est ma moto qui l’a reconnue. Elle ne saura jamais à quel point faire demi-tour avec ce type d’engin est une manœuvre compliquée. J’ai fait demi-tour et j’ai attendu qu’elle vienne à moi.
Take a picture of me.
Elle s’est agenouillée devant ma roue, elle a pris ça pour un signe de l’Univers. J’ai trouvé ça mignon. Nous avons pris un café et le samedi qui suivait, nous baisions dans ma chambre. Sans préservatif, je suis good, elle était fraîche. Plus après trois mois. Trois mois toujours chez moi, le café y est meilleur. Elle en voulait au moins trois. Nos déjeuners au milieu de l’après-midi quand les gens bossent et nos whiskies-clopes le soir, au bar d’abord, sur la terrasse ensuite. Les bars où j’ai mes places et des copains qui viennent s’assoir à ma table, là où j’avale les images des autres derrière des lunettes noires. Des additions à trois chiffres, j’ai un budget pour chacune. Elle, elle en voulait trois, trois verres, trois clopes, trois orgasmes et elle pleurait trois fois de suite quand je tenais son cœur entre mes jambes. Ou attachée aux barres parallèles que j’ai fait installer entre ma salle de bains et mon dressing. Je lui ai fait tenir mon arme. Le viseur droit devant elle. L’explosion pour qu’elle vacille devant moi.
Le réservoir d’essence contre, les vibrations sous, le sol qui dégouline et le son qui éviscère.
Fuck, I love it.
Elle, je l’ai aimée. Trop tard. Trop vite. Ou peut-être pas assez pour la laisser caresser mes cicatrices. J’ai ouvert la porte du garage et je l’ai mise dehors après le café, après le grand prix moto d’Austin. Les jumeaux arrivaient le lendemain pour Thanksgiving, ça ne collait pas. Ça ne collait plus depuis qu’elle avait pris cette photo de moi de profil. Virée. En dix minutes, elle a remballé ses affaires, elle aurait pu me traiter de connard, claquer la porte, s’en prendre à la moto, elle a mis sa tasse dans le lave-vaisselle, elle m’a souhaité le meilleur, enfin pas tout à fait. Elle m’a conseillé de consulter un psy pour moi, pas pour contrôler la vie des autres et je ne l’ai plus jamais revue.
J’ai observé longtemps la trace de ses lèvres sur ma moto, au moment où elle m’aimait encore pour l’éternité. Ce sont mes voisins qui se sont plaints. Le bruit en plus, c’est du poids en moins sur la bécane. Fuck, c’est elle que j’aime. Je mourrai sur elle et la femme que j’attends poussera ma chaise roulante. Ma douleur, c’est la peur, le seul lien que je suis capable d’entretenir parce que ça maintient ce que j’ai perdu. Je n’ai pas besoin d’un hygiéniste du comportement pour le comprendre. Je les admire. Ceux qui redoutent ce qui se détache. J’admire leur inventivité pour ne pas souffrir. Il y a deux types de personnes sur cette planète. Celles qui savent se brosser les dents sans dommages extérieurs. Elles se baladent entre les pièces, une main dédiée à l’objet, qu’il soit électrique ou pas, l’autre main manipulant les participes présents. Et pour les plus douées, elles planifient à voix haute leur journée ou rapportent celle passée en raccrochant le rideau de douche, la brosse à dents dans la bouche.
J’appartiens à la deuxième catégorie. Ceux qui chaque soir et chaque matin sont sous la menace d’un lumbago. Pliés devant le lavabo, l’autre main pour tenir la posture, deux minutes au cours desquelles il s’agit de maintenir dans la cavité buccale la brosse, le dentifrice, voire la dentition sans s’étouffer. Deux minutes pendant lesquelles il ne se passe absolument rien. C’est de l’eau qui coule. Quant à celles qui me font la morale au sujet du gaspillage de l’eau, je les fous dehors dès le lendemain matin. L’eau ne fuit pas, elle revient à son point de départ, c’est à dire le sol. Point final. Pas même une idée brillante qui émerge sur ma liste de choses à ne pas faire. Je ne veux pas nettoyer la douche, je ne veux pas déjeuner avec ma mère dans son restaurant préféré, je ne veux pas faire réparer le toit de ma maison, je ne veux pas aller à la salle de sport, je ne veux pas de coach personnel, je ne veux aucun effet d’acoustique dans les murs, je ne veux aucun brin d’herbe autour, je ne veux aucune présence animale entre, je ne veux plus mettre en vente ma maison, celle qui siphonne mes comptes en banque chaque mois. Les fissures, les fuites, les pannes, c’est du féminin à tous les étages. Je veux que la femme à laquelle je ne m’attends plus vienne espionner sous mes fenêtres. Ça me donnera un prétexte pour sortir de chez moi.
Bien sûr, je me suis cru puissant, je me suis senti irrésistible. Je les ai aimées en me persuadant que le sentiment amoureux n’existe que pour les honorer. Foutaises. Les femmes oui mais aucune femme pour me déplacer avec. Je suis trop lâche pour le tête-à-tête à temps plein, les promesses au-dessus du lit, quant à mon lit, il est fait sur mesure pour dépasser le king bed standard. Fixé. Je déteste être serré pendant mon sommeil. Je ne fais rien par hasard, je ne fais rien pour rien, tous ces petits riens qui rendent la vie fabuleuse m’agacent. Ça manque d’ampleur ou de résultat. J’ai choisi la vasectomie.
Et entre mes jambes, c’est le torse d’une Ducati qui inhale la ville, Miami et Miami Beach en micrographique sur les cadrans de ma moto. Le son du bitume qui goutte sous mon casque, la vie au compte-goutte, une erreur de courbes ou d’angles et c’est la mort sur la gueule. Je sors de chez moi pour que le poids de chaque pièce du Streetfighter V4S me vrille les méninges. Pour l’effroi que ça provoque dans le voisinage et quant à ceux qui dissertent, leurs concepts n’atteignent jamais mon cerveau. J’aime la moto parce ça avance vite, parce que ça bouge, parce que ça fait du bruit. Point final.
À l’âge où les bambins commencent à déambuler à quatre pattes, moi j’avais les deux jambes dans des tubes métalliques, un truc dans les os dont ma mère ne se souvient plus. Alors ceux qui dissèquent affirment que j’ai été entravé, que je compense quitte à arriver plus tôt que prévu au point final. Ma mère, c’est elle qui subit son corps. Entre le fauteuil et la table, entre le présent et le futur, c’est au passé qu’elle existe. Mon père, elle a oublié qu’il est mort alors elle tombe amoureuse à tour de rôle, elle joue tous les rôles. Il faut avouer qu’il n’y a plus beaucoup d’hommes là où elle est parce que les gens comme elle ont tout effacé. Des banquiers, des juges, des médecins qui signaient des parapheurs avant qu’ils ne soient électroniques à défaut de leurs œuvres, ils se pensaient remarquables. Dommage. Au sol, je suis quelconque. Sur elle, je respire et j’en crève. Mon drame, c’est de voir la vie en 3D sur les écrans de mes trois ordinateurs pour que le sable des plages rejoigne le ciel. Je ne suis pas mystique, je suis architecte. Je travaille de chez moi pour un cabinet qui remporte des concours dans tous les coins du monde. Le couple fondateur a une conception nouvelle de la ville depuis quinze ans, une affaire d’équilibre entre l’intérieur et l’extérieur, le vivant et l’inanimé, le végétal et le minéral, l’artisan et l’artiste, entre ce qui dure et ne dure pas. Ça m’est égal. Je suis assis dans mon studio au dernier étage et je modélise de onze heures du matin à six heures du soir. En temps réel. À six heures, je sors sur la terrasse. Je bois et je fume en hauteur. Je visualise les photos des femmes niquées un étage plus bas. Le drame de ma mère, c’est d’avoir enfanté un cerveau unique dont la seule préoccupation est de remplir un compte en banque, en jouant du plancher au plafond dans des bacs à sable. Un fils qu’elle prétend ne pas avoir. Un fils qui produit autant de décibels que les pleurs d’un nouveau-né, c’est elle désormais le nouveau-né à qui je tiens la main une journée par semaine.
J’ai renoncé à changer le monde et comme tout le monde, j’aime ma mère. J’ai un cerveau à quatre étages. Le sexe, le béton, le whisky et la moto. Je n’ai jamais eu le torse d’une femme dans mon dos, ses jambes entre mes hanches, son corps dans le mien dans les virages, jamais aucune femme n’est montée sur mes onze motos. Celle qui a décortiqué mon encéphale après mon divorce, j’aurais dû choisir un homme pour psy, a conclu que je souffrais d’une blessure de trahison. J’essaime du bruit dans la ville, c’est de la colère qui suinte sous mon casque. Prix du diagnostic sur une année, quinze mille dollars. Doublé d’un manque d’estime de ma petite personne ou de confiance, je n’ai pas bien saisi, j’ai un stock limité en matière de nuance et d’adaptabilité. Je suis un hyper contrôlant. Je suis un mec en dépression depuis le décès de mon père, un gosse né à Miami qui n’a jamais déménagé à moins de trois miles du domicile parental, un adolescent tombé amoureux de la femme du frère de ma mère à deux pâtés de maison de celle de mes parents. Elle aussi. Ça n’a pas aidé. Une année entre nous et vingt ans d’écart.
Ma mère a fermé les yeux et mon père m’a expédié à mille cinq-cents kilomètres pour que mes glandes produisent moins d’hormones ou un peu plus de contenus. Je suis parti avec le livre de John Irving, Liberté pour les ours ! qu’elle m’avait offert et j’ai imaginé que j’éradiquais les termites de la Floride, que je libérais les animaux du zoo de Miami d’abord puis de toutes les villes ensuite. Des reptiles et des milliers de serpents prêts à se répandre, à se reproduire et à remonter dans toutes les canalisations. Infiltrer les veines des femmes et partir partout répandre mon venin. Je suis revenu au point de départ. Mon petit scénario dans la tête. Désormais les femmes dont je ne tombe jamais amoureux sont plus âgées que moi, inaccessibles et interdites. Toutes les femmes agissent de la sorte, elles montrent l’image que j’ai envie de voir. Ensuite elles me trahissent. J’ai eu ce que je voulais. Fin de l’histoire.
Deux millions de dollars. J’ai vendu le bunker à un photographe pour l’attrait du studio et de la terrasse, pour qu’il y dépose ses œuvres. Je me méfie des artistes qui signent leurs œuvres. Peu importe, j’ai doublé ma mise de départ en quinze années. Le toit à refaire pour causes de fuites et quelques fissures sous la peinture fraîche qui réapparaitront. La vie qui prend l’eau ou les termites qui la réduisent en poussière, je lui laisse le naufrage dans les murs. L’artiste a racheté ma moto. Une furieuse envie de liberté depuis son divorce ou de tout plaquer, là sa perception. Il pourra se défoncer en hauteur, depuis la terrasse, se fracasser ou arriver plus vite dans la terre. Ce n’est plus ma responsabilité.
J’ai invité les jumeaux dans leur restaurant préféré, je les ai embrassés sur le bord du front comme quand je les bordais, désolé en secret de ne plus pouvoir les tenir dans mes bras. J’ai tenu la main de ma mère et j’ai mis le cap sur le garde-meubles. J’ai acheté une BMW, de quoi contenir trois tee-shirts, trois jeans, une trousse de toilette avec en double-fond une trousse à pharmacie, une balise GPS, les trucs pour la moto et j’ai filé du cash au gars pour une révision complète.
J’ai dormi dans des motels Super 8, la moto sous la fenêtre, l’alarme et mon arme en alerte. Des routes sans villes, des villes sans routes, des églises mormones qui prédisent la fin du monde, six jours et des kilomètres de rien à attendre le Messie ou la station-service Love où le café a la couleur de l’essence. Oui j’ai eu la trouille, le sacrum sur la chaise roulante non, j’ai eu la trouille de clamser sous les coups de poings des gus, leur nanas plantées dans le dos. Sur la route de Torrington, dans le Wyoming. Mon corps carbonisé, découpé, dans un charnier parmi d’autres parce qu’un psychopathe a vu en moi son œuvre enfin complète. J’ai écouté des centaines d’histoires macabres dans des bars, des trucs pour se faire flipper, pour se flatter que sa vie est mieux que le bonhomme qui a retrouvé sa mère au milieu du salon, le couteau dans le bide et le visage entaillé. Et pas un flic dans les environs pour retrouver le meurtrier, à se demander si ce n’est pas le fils qui a eu de la chance ou la mémoire qui flanche, là le crime parfait.
Elle aussi, elle foutait le camp, avec un van et une remorque collée au cul. Ses deux chevaux et quelques frusques dans trois sacs. Elle changeait d’état. Un café King size avec du lait, oui mais lequel, pour faire passer le goût, j’ai fait comme elle, je l’ai bu brûlant et nous sommes ressortis sur le parking de la station-service Love, pour être près des chevaux. Elle était franco-américaine. Elle avait levé la main droite et versé quelques millilitres de solution lacrymale le jour de sa naturalisation, le drapeau américain épinglé sur sa veste en cuir, elle n’avait surtout pas fait son deuil. Feu l’expresso et le pain.
Elle n’avait rien d’adorable ou de petit, plutôt le genre Redneck, en tout cas pour la version première, peau bronzée, vêtements tannés, cheveux grillés et un foulard, jadis rouge, autour du cou en guise de protestation oui mais contre quoi. Une tige immense, beaucoup trop maigre, qui rongeait ses ongles en fumant clope sur clope. Une ado qui hésitait entre l’Utah ou l’Idaho pour caser les deux amours de sa vie.
Faire un bout de route ensemble, dormir dans le même motel pour diviser le cœur par deux, prendre un verre ou coucher avant, nous sommes tombés amoureux en quatre heures, neuf années entre nous, juste parce qu’en quatre minutes nous nous sommes racontés nos vies sur un parking. Tous les deux en cavale. Quatre minutes, c’est le temps qu’il faut pour vider une vie. Son ranch avait brûlé en quatre minutes. Ses chevaux. Incendie criminel. Mais le type coure toujours. Elle était convaincue que c’était un homme. Les femmes ne sont pas plus vertueuses. Les femmes ne sont pas équipées pour découper le corps d’un cheval, agrafer ses membres sur un mur et replacer le cœur au centre.
Trop de mâles autour d’elle. Elle avait aimé un homme qui était jaloux de ses acheteurs, de ses employés, des arbres et des chevaux qu’elle chérissait. Mais non, ça ne pouvait pas être lui parce que c’était son cœur qui avait lâché avant la date de leur mariage. Des centaines de vies dans sa tête mais une seule histoire de cœur, ils s’étaient connus à Miami Beach. Des gamins de la Beach, entre la quarante et unième et la soixante-troisième, tous les deux à déambuler entre les murs Art Déco, façon papier cigarette. Ils avaient partagé leurs mégots, elle était devenue vétérinaire, lui médecin dans le service de son père à elle. Simple comme histoire. Elle voulait un ranch dans le Colorado ou quelque part là-bas, un caprice, une intuition, une urgence, c’était le rêve de son père aussi. Ocala, en Floride, elle avait commencé comme cela. Elle partait deux semaines par mois avec le paternel. Puis les fiançailles mais rien n’avait fonctionné comme prévu. Tout était juste, la juste conséquence d’une série d’évènements aléatoires, pour elle les choses étaient ainsi et pas autrement. Un brin rigide, radicale, impatiente, pas tout à fait mon style de femme et très loin d’être la femme parfaite ou fatale. Ravie de ne pas avoir d’enfants, pas assez de place pour en abriter un.
Fuck, I love it.
Sur le siège passager, il y avait son livre de chevet, le chevet dont elle ne jouissait plus, une expression pour désigner son livre référence, un truc de fille pour ne pas paraître trop intello. Alors on a fait un bout ensemble, on s’est promis d’édifier le monde, de libérer les animaux captifs, de sauver la planète ou de prendre soin de l’un et de l’autre, l’un derrière l’autre. Puis on a tout laissé tomber. Trop d’hommes dans son téléphone, trop de passé entre nous, on s’était pris en cours de route, c’était trop pour moi. Il n’y avait pas de place pour un Nous. Elle a déguerpi et c’est moi qui ai pleuré mais, bien sûr, elle ne le saura jamais. Elle avait oublié le livre. Je l’ai réparé. Les pages, la couverture, j’ai tout démonté pour voir comment c’était fait, un livre. Notre histoire. Je lui ai écrit et elle a joué avec mes fantômes.
Le moteur qui m’allume, les vibrations entre mes reins, le torse de la moto et contre mon sexe sa chaleur, j’ai pleuré dessus comme un gosse entre le caoutchouc et l’acier. Les machines ont ce pouvoir-là, celui d’accélérer la trajectoire jusqu’à la mort en recueillant les dernières émotions. Confondre la solidité avec la puissance, la sécurité avec la marque. La vitesse ou le manque. Ça m’a pris de cours. Mes peurs dans la gorge, pas d’airbags cette fois-ci, le coup du lapin mental, je me suis cassé la gueule avec la moto.
Elle m’a lâché et j’ai perdu le contrôle. Être possédé, être trompé, être trahi. Des éraflures et une addition à quatre chiffres. C’est ma moto qui l’a rattrapée sur le parking d’un motel Super 8. Ma moto sait. Elle m’évite de me vautrer trop longtemps dans les verres d’alcool, l’apathie au fond de l’abîme ou tous ces trucs que je peine à définir.
Elle, elle avait assez de force pour pousser ma chaise roulante, assez d’amour pour que je lui ouvre le mien, assez de confiance en elle pour que je suive son exemple. Elle s’est démaquillée, mon tee-shirt sur son dos, elle s’est brossé les dents devant moi. Ce n’est qu’après qu’elle m’a expliqué pourquoi le livre de John Irving était son préféré.
J’ai acheté un blouson et un casque et je l’ai assise derrière moi sur elle. J’ai prononcé son prénom et ensemble nous avons libéré les ours jusqu’à ce qu’elle trouve son ranch où parquer ses chevaux. Un endroit où il neige l’hiver. J’ai cessé de redouter qui de nous deux domine l’autre ou le manipule, au fond c’est pareil. Les verbes sont des stalactites, quand elles se dévissent, elles perforent, elles transpercent les chairs puis elles se dissolvent. Nous avions un boulot à faire. L’hiver, la neige, la glace. Nettoyer dans les coins, rénover les vieux meubles, en acquérir de nouveaux, jeter ce qui ne tenait plus et remplacer tous les verbes par un seul pour se mettre au chaud à deux. Mais elle m’a quitté avant.
Elle est morte avec un trou dans la poitrine. Pas de sang. Pas très loin du cœur. Au pied de ses chevaux sous le toit de la carrière, au niveau des gouttières. Son regard dont je connaissais les moindres fluctuations, aussi froid qu’un morceau d’acier. Et ses dents, je savais lesquelles étaient mortes de son vivant. Les dents ne meurent pas. J’ai été interrogé, ils m’ont surveillé. J’ai veillé sur le ranch avec les types qu’elle avait engagés, avec l’argent de la maison vendue. Rien à moins de cinquante miles, hormis les clochers immaculés des églises mormones pour me prophétiser la mort au bout de la vie. Ils ont classé l’affaire. Elle n’avait pas de famille. Son dossier fut coulé dans le béton des cold cases. L’autopsie. Le gaillard en charge, il a beau avoir vingt ans de métier, il cherche encore.
End of the story.
Je reste assis par terre. Je ne bouge plus. Plus rien à absoudre. J’attends celle ou celui qui mettra cette histoire dans un livre qui n’a pas encore été écrit.
Sandrine-Jeanne Ferron
Liberté pour les ours ! premier roman de John Winston Irving (1942), romancier et scénariste canado-américain, paru aux États-Unis en 1968 sous le titre Setting Free the Bears, chez Random House publishing. Pour l’édition française, parution en 1991, aux éditions du Seuil, 411 pages. Son quatrième roman, Le Monde selon Garp, édité en 1978, lui a offert une renommée internationale et son œuvre est traduite dans plus de trente langues.
LA ZONE -
Chère Madame, cher Monsieur,Je vis entre deux langues, native de France, je vis à Miami. Je travaille mon écriture, comme le sculpteur devant moi ses blocs de marbre. Il ne sait pas que j’ai publié dans une autre vie, en France, quatre livres aux éditions Unicité, entre 2017 et 2023. Et puis, entre vous et moi, il s’en moque. Parce que tout est derrière, pour lui tout est devant.
Depuis que je vis aux Etats-Unis, c’est mon écran qui a pris de l’épaisseur. Des deux bords de l’Atlantique. Depuis Miami, je vous envoie une bouteille à la mer. Un texte. Concernant ma petite personne, j’ai coutume de dire que je me tiens au bord du monde, à bonne distance pour l’observer sans être vue, suffisamment immergée pour en ressentir les moindres vibrations. En effet, je ne dépasse les 1m60. Ça aide.
Rédactrice pour La Cause Littéraire depuis neuf années, je participe à l’émission Dépêchez-vous de rester jeunes, depuis 2021, sur Radio Libertaire, une Chronique de Miami en deux minutes. Miami, croyez-moi, c’est bien davantage !
Je fais du vélo, je marche, je mange, pas beaucoup, je chante aussi et je m’en remets a la Vie, voilà, vous savez tout !
Je vous embrasse.
Jeanne
Ps, je suis moderne, Sj-ferron, c’est pour Instagram.
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Putain, rien à foutre.
D'une part, rien à foutre.
D'autre part, les textes qui se regardent s'écrire, ça me donne envie de balancer mes mains partout, si possible en croisant la trajectoire d'objets liés à leur écriture.
Bordel, toute cette complication pour ça. Tout ce packaging pour du racontage de vie, mais sans aucun élan (il est loin, le roman américain). AH MAIS CETTE PURGE.
Ce qui me gène fondamentalement c'est que c'est un texte bourgeois. Les préoccupations se posent elles-mêmes comme cruciales et existentielles, mais elles n'en ont que le nom. Les péripéties sont de l'ordre de l'anodin, du commun, mais dans un contexte que le texte pose comme exceptionnel. Mais qu'est-ce qu'on a, au bout du compte ? De l'anodin. Qui peut avoir rapport avec ces personnages, si ce n'est apparemment le narrateur ? Qui peut en avoir la moindre d'once de quelque chose à en foutre ?
C'est auto-stimulé et auto-entretenu et auto-célébré. Argh. Ptouh. Sérieusement.
Y a une deuxième personne qui a été touchée par le texte, c'est l'IA, dis-donc, elle s'est lâchée, on dirait du Télérama.
Je vais continuer à m'auto-répondre, c'est cool, comme le texte est longuissime et chiantissime vous êtes tous déjà morts ou partis à la piscine.
Si l'auteure vient de radio libertaire, j'imagine qu'elle n'écrit pas sur la vie d'un homme riche pour mettre en valeur l'american way of life. Si une anarchiste s'intéresse à ce type de vie c'est probablement pour en dénoncer la vacuité. La manière de vivre du gars est complètement dysfonctionnelle. Il part en vrille après son divorce et toutes les solutions que lui apportent le capitalisme comme enchaîner des expériences sexuelles, consommer des femmes et cumuler des motos, n'est qu'une longue fuite en avant à la recherche d'un sens à la vie qu'il confond avec une boulimie insatiable de rien. Le style du narrateur est probablement aussi confus pour cette raison. Ce récit sombre et nerveux dépeint la lutte d'un homme hyper-contrôlant face à l'inéluctable déclin de la vie. Finalement j'aime bien la bio de Booba.
Pas forcément ma came malgré la moto.
Mais le style est fluide, l'histoire pathétique ne verse pas dans le nombrilisme pathologique. Même si j'ai trouvé que, par moment, le texte pêchait dans l'autre sens, c'est-à-dire par excès de distance, dans une sorte de pseudo-Easton Ellis mixé avec quelques gouttes de Ernaulx. Ça aurait pu donner un truc indigeste, ça passe crème.
Vroum vroum aidant, pour ma part, bien entendu (et la Ducati, même si on me payait, je crois pas que j'oserais).
Un trés bon, et plutôt beau, texte, que j'ai lu s'en m'emmerder, emporté par sa structure cyclique, son désespoir indolent, et sa mécanique secrète.
Mais, en lisant vos com, je suis aussi d'accord. C'est de la littérature bourgeoise, et il n'y a rien de débile, violent, et trés peu de sombre. Donc c'est pas du tout Zone. Mais ça se lit plutôt bien quand même, j'ai trouvé.
Encore une fois, ça m'étonnerait qu'une anarchiste fasse de la littérature bourgeoise. Les pauvres ne sont pas cons au point qu'on doivent ne leur donner à becter que des tracts politiques au fond de la glotte. L'auteure fait parler un personnage en pleine confusion et le style est donc volontairement surréaliste pour qu'on ressente ce qu'il ressent. Je ne vois pas en quoi être subtile serait incompatible avec la Zone.
Ah. Moi c'était le contraire. Les phrases ânonnent, s'auto-commentent, s'auto-corrigent. On n'arrive jamais à avoir une phrase claire et qui fasse le boulot de narration ; c'est toujours du méta. Le narrateur-personnage qui se commente, la phrase qui se commente, l'épanorthose qui commente ce qu'elle corrige, l'auteur qui commente les références du texte, et l'auteur qui commente sa propre existence en exergue. Stabilocock.
(auteur dont du reste je ne m'intéresse pas à savoir si c'est effectivement la personne qui se présente au début, ou si cette personne est une fiction ; je lis les textes, je n'achète pas des items d'une marquer commerciale, et l'auteur m'indiffère, je regarde l'objet qu'il me donne à lire)
Après, ce que tu dis, Lc, pourquoi pas. Mais si on veut dénoncer un truc, faut le faire dans un format qui soit exploitable et efficace.
Si je veux dénoncer le caca et que je le fais en écrivant "caca" avec du caca, ce sera certes rigolo, mais ça fonctionnera pas.
Faut un minimum d'élaboration. E que s'appelorio littérature.
Un mec qui est obligé de s'enfermer dans un bunker, surarmé, derrière des caméras, vous pensez pas que c'est une dénonciation de la société américaine ? Et à la fin, il parle de manière super confuse du meurtre de la meuf avec qui il part en virée. C'est pas violent ? C'est juste évoqué une fois mais c'est marquant et probablement que ça a plus traumatisé le narrateur encore pour qu'il ne centre pas son récit la dessus. Souvent la violence est dans les non-dits.
"Ca m'étonnerait qu'une anarchiste fasse de la littérature bourgeoise" : faut bien dissocier l'auteur et ce qu'il écrit. Principe fondamental.
Parce que sinon, pour ma part, je serais un nazi, débile mental, obèse, mais aussi anorexique, russe mais aussi bavarois, et vivant à la fois dans une cinquantaine de temporalités. Ce serait un peu chiant au quotidien.
Et là, s'il y a dénonciation, je vois pas bien où.
Je vois une immense admiration de soi et des modèles qu'on s'est choisis, dans la voix du narrateur.
Un lyrisme passablement anodin et usuel, quoique dégoulinant.
Si tu décidais demain d'écrire l'histoire d'une poule pondeuse dont le narrateur serait cette même poule, il resterait au final l'histoire d'une poule racontée par une poule mais probablement que tu aurais eu une intention pour le faire et qu'il serait alors intéressant que le lecteur ne se base pas uniquement sur le texte pour en tirer des enseignements.
Nino St Felix a comparé plus haut, l'auteure de ce texte à Bret Easton Ellis et c'est ici exactement la même approche que dans "American Psycho", un être, pur produit du capitalisme, qui raconte sa vie de l'intérieur et on a le droit à toute sa confusion, digressions à la con et passages moralisateurs complètement WTF. Et pourtant, il ne faut pas se révulser par ce que dit l'architecte de cette histoire, tout comme il ne fallait pas prendre pour argent comptant ce que raconte Patrick Bateman. Tout est fait pour rendre le propos confus, pathétique, émanant d'hommes sûrs d'eux et pourtant complètement aliénés par le capitalisme dans les deux cas.
A cette différence près que le personnage, ici, est anodin.
Y a aucun urgence, aucune nécessité à dénoncer ça, pour moi. J'ai juste l'impression qu'on fait de moi le psychanalyste d'un mec nul et se concevant comme exceptionnel.
Rien à voir avec Bateman, pour moi.
Ca fait du bien quand ça s'arrête.
J'ai trouvé que c'était un peu ambiance Stromae, en moins communicatif.
L'histoire est chaotique (sans doute comme la vie et la moto du héros), et les images forcées enlèvent de l'authenticité et gênent l'entrée du lecteur dans l'histoire.
Un récit que l'on est condamné à lire de l'extérieur, et c'est bien dommage.
P.S. : je n'avais pas lu vos commentaires avant de faire le mien (ils n'apparaissaient pas encore à l'écran).
Donc le Chouette, tu peux voir que je suis plutôt d'accord avec toi. J'espère que tu ne m'en veux pas. C'est... une coïncidence fortuite (?)...
Je pense qu'on peut faire de la littérature du vide et du rien, et que ça peut être pas mal. Je pensais d'avantage à "moins que zéro" en parlant de Easton Ellis. Mais j'avais mentionné le côté "littérature bourgeoise" en citant Ernaulx (que j'ai a peine lu je l'avoue, donc si ça se trouve je dis de la grosse connerie par dessus de la grosse merde).
Ce que je voulais dire de mon côté, c'est qu'il y a pour moi cette maitrise de la vanité, qui peut agacer. Et en fait, c'est là que le texte est plutôt bon pour moi, c'est qu'il est parvenu a ne pas m'agacer. Mais peut être que c'était juste grace à la moto, donc j'ai un méga biais.
Tout ça, pour préciser aussi, que à mon sens, on peut écrire de la littérature "bourgeoise" (qui d'ailleurs n'est pas forcément nulle a chier, et dont le spectre reste a définir), sans être bourgeois (et l'inverse aussi, mais c'est plus difficile).
En terme d'expérience de lecture et même si c'est pas du tout le même style, si je compare avec le texte d'hier de Olivier G, là au moins j'ai eu l'impression de devoir comprendre les phrases, et pas d'avaler un milk shake, même si ça restait trés sucré.
Aprés, niveau "que dénonce l'auteur", là, je me déclare encore plus incompétent que sur le reste.
oh et je viens de comprendre le jeu de mots du titre.
Bon sang ! Il y a un jeu de mot ? Je ne vois pas du tout de quoi il s'agit. Tu peux me le dire sinon je vais passer la fin de ma journée à secouer ma tête d'avant en arrière ?
Puis-je poser une question que m'inspire de texte ?
Est-il judicieux d'adopter un style confus pour traduire la confusion ?
Cela ne crée-t-il pas un "bruit", au contraire ?
Par exemple, si je décris une avalanche, serait-il pertinent que je bouscule les mots et la syntaxe pour rendre le chaos de l'éboulis ? Ou au contraire pourrais-je le décrire avec une "précision chirurgicale", sans en ôter l'impression d'apocalypse
anarchique ?
Vous m'objecterez que je suis le premier à défendre que la forme doit correspondre au fond...
Mais je ne cautionne pas pour cela que l'on force artificiellement cette correspondance.
Les points de vue peuvent être partagés...
* ce texte...
Ben non. Pourquoi il y aurait une seule manière d'écrire la confusion ? Chaque auteur fait comme il veut.
Rising Sand = Sand / Sandrine + Rising (élever / lever / s'élever / s'éveiller) = La Sand(rine) qui s'éveille / se lève (ici au sens de "s'épanoui" peut être ? Mais à voir puisque j'ai compris que ce serait la dernière que le narrateur "lève" et qui meure à la fin (d'ailleurs René par d'analyse à ce sujet ?)
Oui c'est vrai, Lc ; mais pour moi, il n'y a pas un intérêt automatique à un texte s'il parle d'un état extrême. Il faut encore qu'il présente une originalité ou une efficacité supérieure.
Et pour prendre un texte à toi comme exemple, autant Grégoire grégaire me semble réussi parce que la confusion est travaillée dans la chair même du texte sans que ça ne le rende illisible, autant celui-ci me semble très très chiant. Le tien présentait un profil humain qui méritait qu'on s'y interesse, et le présentait avec une recherche stylistique ; celui-ci présente un profil qui n'est rien d'autre que commun (quoi qu'en diraient les psychanalystes, conseillers et coachs de vie qui font leur gagne-pain de rendre exceptionnel ce qui n'est que névrose commune) et le traité de manière commune et pourtant incroyablement démonstrative de soi-même.
@Nino St Félix : Peut-être que l'architecte veut adopter puis élever George Sand ?
Ou alors c'est un manifeste Sandiniste caché.
Je m'ai fait drôlement chier, dis donc. Pas été au bout. (une "plume sensorielle" ? sérieusement ?)