L’enquête du siècle
Si vous acceptez de gravir quatre étages par la volée de marches grinçantes de ce vieil immeuble de banlieue à la façade grisâtre, vous atteindrez un palier où se situe la porte du bureau de Heraklès Navet. Une porte de bois avec une plaque de cuivre : Heraklès Navet. Détective privé local et international. Toutes affaires. Sur le chambranle, une sonnette et au-dessous un mode d’emploi : sonnez et attendez qu’on vous ouvre. Un tapis usagé est posé sur le pas de porte, avec écrit dessus Welcome ; mais un tapis posé à l’envers où la lecture se fait en sortant, comme si elle voulait indiquer : heureux de vous voir partir.
A l’intérieur, assis sur le fauteuil de merisier roux hérité de sa tante d’Ardèche, Heraklès parcourt le journal. Le titre : Fermeture des filatures dans tout le pays. Licenciements prévus. Il verse une larme de crocodile. Des concurrents en moins. Il savait, lui, qu’il fallait réagir, enfourcher la modernité pour ne pas disparaitre. Et rester une petite structure. Ce qui pour lui était le cas. Ils étaient deux lui et sa secrétaire, Celia. Celia faisait bien son affaire. C’est vrai, elle était originale, mais au courant de tout et partant en courant dès qu’il donnait un ordre. Une perle. Et lui, discret et refermé comme une huitre, il la gardait bien au chaud.. Tout ça dans un petit deux pièces cuisine wc salle bain et vue sur une rue sans autre intérêt que de laisser passer le soleil au-dessus du seul étage des bâtiments en face.
Dans ce bureau poussiéreux, hors du temps. Heraklès avait conçu un instrument de surveillance d’une novation étonnante et d’une efficacité hors du commun. Un mouchard. Tout petit, percé de minuscules trous et derrière chaque trou, un connecteur qui le mettait en contact avec l’intelligence artificielle. Il l’avait appelé le mouchard à biais pour évoquer l’étude par chaque trou de tous les biais qui perturbaient ses enquêtes et devaient être traités par l’IA dont s’occupait Celia. Pour plaisanter il s’écriait . : c’est l’IA, Celia….
Ce matin, il avait rendez-vous avec un client. Et celui-ci sonnait. Celia, en tutu et ballerines ( son originalité frisait parfois les limites), l’air émerveillé par la vision d’elle-même qu’elle venait de contempler sur le miroir des wc, jaillit, sourit, ouvrit et fit entrer.
- A qui ai-je l’honneur ?
- A un inconnu qui le restera.
- Bien monsieur. Donnez-moi s’il vous plait, votre parapluie.
L’inconnu, n’en avait pas. Celia s’inclina et s’éloigna dans un entrechat en chantant : attendez là un instant monsieur, Heraklès Navet va faire au mieux.
Les pas de danse exigeaient une harmonie et c’était la raison de ses phrases versifiées. Quant à la demande incompréhensible de parapluie, elle obéissait en cela à un ordre d’Herakles qui était obsédé par les parapluies bulgares, porteurs d’une aiguille badigeonnée de curare et qui hantaient ses nuits. Peut-être était-ce l’absence de compagne dans sa couche depuis longtemps qui étaient à l’origine de ce cauchemar et que le refus de Celia de jouer ce rôle rendait encore plus prégnant. On ne le sut jamais.
Heraklès introduisit le client, jaugea sa mine, banale et ordinaire, le fit assoir en face de lui dans un fauteuil défoncé, déboucha son stylo à encre, ouvrit son registre, leva la tête vers l’impétrant :
- Je vous écoute cher monsieur ( c’est moi qui va être cher, pas vous, se dit-il in petto)
- Eh bien voilà. Si j’ai fait appel à vous, c’est pour une affaire d’une ampleur inhabituelle, d’une gravité absolue et dont les conséquences, si nous n’en venons pas à bout, risque de sonner la fin du monde.
Heraklès frissonna et fit un rapide calcul, toujours in petto, sur le montant vertigineux de ses émoluments.
- Que puis-je vous offrir cher monsieur, café, whisky, cognac, anxiolytique, stimulant, cocaïne…
- Café, merci
- Celia, je vous prie un café pour monsieur…
L’homme but et parla. Heraklès appuya avec le pied gauche sur un petit ergot qui sortait du plancher. S’il n’enregistrait pas ce qu’allait lui raconter ce client, il en oublierait la moitié.
- Voilà, vous savez que le monde est sous la coupe des sociétés multinationales qui font régner partout leurs commerces. Plus puissantes que les états, elles ont pourtant l’obligation de suivre les lois nationales pour pénétrer sur leurs marchés. Ce qu’elles font avec des prébendes multiples pour acheter les dirigeants de ces nations. Une fois entrées, elles se paient sur la bête et pillent sans entrave les populations. Elles font ce qu’elles veulent mais cela leur prend du temps et de l’argent… Pour tout vous dire je suis l’envoyé du consortium de ces sociétés…
Bigre, pensa Heraklès. Dans sa tête les prix montaient…
- Donc nous régnions sur le monde jusqu’à ces temps deniers où une organisation nouvelle est apparue. Une organisation transnationale qui traverse les états sans demander l’autorisation à personne, sans graisser la patte à personne et qui met sur le marché les mêmes produits que nous, mais moins cher, beaucoup moins cher… La faillite, monsieur, voilà ce qui nous attend…Trouvez qui sont ces gens, qui les dirige. L’argent n’est pas un problème, le résultat n’a pour nous pas de prix…
Heraklès réfléchissait. Cette affaire transnationale, ces forces commerciales rapides comme des flèches qui traversaient le monde sans aucun obstacle le laissaient pantois. Il regarda Celia qui l’était aussi. Elle fit un entrechat si déplacé qu’elle déplaça une chaise. Il devait apporter une réponse à la hauteur de l’importance de la question.
- C’est d’accord, monsieur, j’accepte l’affaire.
Il remit le capuchon sur son stylo qu’il n’avait pas utilisé. D’ailleurs Celia n’avait pas remplacé la cartouche d’encre et il n’aurait pu écrire s’il en avait senti le besoin. Une odeur fade de besoin venue des wc faisait flotter un fumet incongru au-dessus du tableau que formaient les trois personnages. Héraklès eut l’impression fugace de faire partie d’un tableau de Bruegel l’ancien qui figurait une ruralité urbaine et un passé disparu. Et puis il se reprit.
- Je pars demain par le premier transsibérien (transnationale et transsibérien, Heraklès avait tout de suite vu la concordance. D’ailleurs ce train escargot des steppes l’amènerait tout près de la Chine et de toute évidence, c’était de là-bas que partaient les flèches transnationales).
Il fit un clin d’œil satisfait à Celia qui acquiesça du chef, pourtant se dit-il derechef, il ne peut ici y avoir deux chefs et puis il fit taire son opprobre inutile.
- Je m’en vais voir de quoi il retourne et dès, que j’en retourne, Celia qui gère mes données, mes calculs et leurs conclusions, inscrira le tout sur une boite mail secrète, cryptée, logarithmique et ampoulée ( pour une meilleure vision de notre affaire) à laquelle vous n’aurez pas accès. J’emporte avec moi une valise entière de mes mouchards à biais, un dispositif dont il serait trop long de vous expliquer l’importance. C’est cela la confidentialité absolue. Revenez me voir à mon retour dont vous ne saurez la date et nous discuterons posément de tout cela… Celia, je vous prie, réservez moi un billet première classe sur le prochain transsibérien.
Celia applaudit des deux mains et esquissa un entrechat subreptice qu’un regard ravageur d’Heraklès interrompit sur le champ.
L’étranger se leva après avoir remis un chèque vierge au nom d’Héraclès Navet. Il prit le parapluie qu’il n’avait pas dans un ample mouvement de son bras droit. Celia fit un entrechat pour l’accompagner et il sortit, lisant Welcome sur le tapis de sol et disparut dans la volée de marches grinçantes et dans les rayons de soleil qui rasaient les toits des immeubles d’en face.
- Nous sommes riches, Celia. A mon retour des contrées désolées, accepterez-vous enfin de partager ma couche ?
Il l’embrassa sur la bouche, Celia fit un entrechat et le mouchard à biais sonna…
LA ZONE -
Une enquête de Heraklès Navet dans une ambiance de folie douce = ajouter un commentaire =
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= commentaires =
Amusant et absurde à la fois. Ne se prends pas la tête, même pour l'intrigue qui aurait mérité un petit effort malgré tout. Un goût d'inachevé.
Ou alors il y a une suite ?
Cher A.P., réclamer une suite à cette chiasse relève soit d’un masochisme aigu, soit d’une lecture diagonale. BORDEL § Tu as manifestement ignoré ma SPOILER ALERT finale dans ma critique qui hurlait pourtant l'identité du coupable, répétée dix mille fois dans le texte. Bon, cette fois, je te spoile tout alors :
Le coupable n'est pas caché derrière un rideau de fumée, c'est ChatGPT, lui-même, qui a trucidé la victime : le récit en personne avec la froideur d'un algorithme en carton dans un jeu de Cluedo de mes couilles, avec le sanibroyeur dans la pièce vide logée dans la tronche de l'auteur. Les indices sont partout : le calembour pitoyable "c’est l’IA, Celia", les incohérences logiques comme par exemple le client qui prend un parapluie qu'il n'a pas ou la secrétaire en tutu sans raison narrative et surtout ce fameux mouchard à biais, un clin d'œil direct aux biais cognitifs que les LLM sont censés mal gérer et puisqu'il sonne à la fin c'est l'aveu ultime que la machine, qui auto-évalue le texte, en a détecté prouvant son entière génération artificielle. Cependant la seule chose qu'il détecte en réalité est la vacuité de la démonstration pourrie de l'Héraklès Navet à paillettes qu'est l'auteur.
Ce dernier tente ici un faux procès à l'IA, car le seul véritable criminel, c'est lui qui prompte comme une merde sans la moindre directive judicieuse. Son intrigue en bois est juste une tentative pitoyablement fallacieuse de preuve par l'exemple qui ne démontre que 2 choses : 1) l'auteur n'y connait rien en logique 2) l'auteur n'y connait rien en prompting de base.
Et on peut mener l'enquête à l'envers pour démontrer que son prompt minable est le seul responsable de ce massacre de la langue française et de l'art du storytelling : répétitions surgissant du néant , descriptions ampoulées qui sentent le manque d'imagination crasse, un prompt demandant indubitablement une écriture caricaturale sans en maîtriser les codes. Le texte est tué par l'outil, certes, mais c'est l'auteur qui tenait le pistolet du prompt médiocre en demandant probablement de l'absurde et du mystérieux sans aucune directive précise digne de ce nom. On y voit tous les tics d'un prompteur du dimanche : des dialogues de sourds, un mépris total pour la cohérence narrative, du WTF émergeant du fond diffus cosmologique de l'amateurisme.
Heraklès Navet était mon mentor, il m'a tout appris pour débusquer le renard en enfumant son terrier, on ne me la fait pas à l'envers. BON. Je vais me pieuter, j'ai mes petites cellules grises de mes couilles en surchauffe.
Je plaide coupable à la diagonale, j'étais tellement content de récupérer mon compte qu'il me fallait commenter un truc vite fait.
On ne te la fait pas à toi !