LA ZONE -

JOURNAL 2016 RETROUVÉ SOUS LES BRIQUES

Le 12/05/2026
par Ange Farge
[illustration] Journal 2016 retrouvé sous les briques.
Journal 2016 vingt-deux ans dans des bars bondés.
Journal 2016 vingt-deux ans dans des bars bondés retranscrit sur ordi trente-deux ans à quatre heures du mat'.
Journal 2016 vingt-deux ans dans des bars bondés retranscrit sur ordi trente-deux ans dix ans plus tard à quatre heures du mat' en HP.

rien ne fut édité, altéré, changé, interchangé.
(date inconnue)

Mon corps exprime ce que ma psyché ressent et ce que mon inconscient étouffe.        
    Se sentir un peu alien, comme toujours.
Je n’ai pas l’angoisse de la page blanche mais celle de l’adolescence bâclée, et bien que celle-ci ne l’ait pas été, celui qui grandit, se construit dans l’enceinte d’un CHU comprendra ma décomposition de l’être qui s’opère lors du retour à la vraie vie, qui n’est ni plus ni moins vraie qu’une histoire racontée par une lutte, par des luttes, perpétrées envers et pour la vie, de toutes les forces d’humains subrepticement éreintés par des métastases de la pensée qui savent pourtant les mener au plus profond de ce qu’ils sont.

Chaque jour, des images se coupent, se recoupent et s’entrecoupent. D’une manière presque fortuite peut-être, du moins incontrôlée.
    Comment expliquer que l’on a su rire avec un cœur qui battait à 30BPM ?
    Que la déscolarisation n’était pas brute mais pionnière, une chance d’apprendre les fondements de la vie, et la défaillante fragilité de l’être ?
    Que la mort est une tragédie inéluctable qui frappe sournoisement et sans préavis, et surtout sans jamais nous laisser le temps de « se faire à l’idée ».

Comment expliquer que ce qui apparaît comme tragique est toujours fondamentalement imperméable, que d’un drame on érige un havre de paix, et qu’au son d’un corps à moitié mort on en retient que l’on a survécu ?
    C’est cela : réduire une catastrophe à l’état de joyau.


(date inconnue, dans un bar, la nuit)

L’envie de fuir et l’incapacité à.
L’écriture illisible pour éviter le regret. Par quelle inconstance ?
La volonté sordide d’être comprise à tout prix par désespoir de croire l’autre assez inintéressé pour ne pas comprendre.
L’écriture pour soigner l’angoisse et le besoin de se dissiper pour en devenir invisible.

Pourrir. Est-ce cela que l’on appelle l’attente ?
Je n’ai de place nulle part.


Je suis fossé.
Je suis vallée.
Aujourd’hui n’existe pas.

Je reste toujours ici trop longtemps. Histoire de prendre le temps de pourrir. On n’oublie jamais ce que l’on a laissé pourrir.
Je n’accepte pas ce qui me refuse.
Je n’accepte pas ce qui me nie.
Je laisse pourrir ce que je n’accepte pas.

“Sorry, may I sit next to you?”—encore une question que l’on ne pose pas à un groupe.

Laisser pourrir une idée qui grandit.
Mais ne pas oublier d’être.
Ne pas oublier avoir vécu.
Ne pas laisser pourrir la profondeur.



Attendre que l’on me ramène chez moi.
Attendre que l’on me ramène chez l’autre.
Attendre d’être compris.
Attendre de ne pas trop souffrir.
Attendre la mort en se laissant pourrir. Par l’ineffable.
Se répéter que le trauma n’est pas assimilé.
Avoir peur de rien en cachant un tout.

Ne jamais être assez intelligent.
Ne jamais valoir la reconnaissance d’autrui. Et toujours s’oublier dans les mouvements de l’autre.

Je ne sais pas ce que « ça » veut dire.
Mes os craquent.

Provoquer.
Surpasser ses parents et la douleur qui s’ensuit. Faudrait-il avoir toujours besoin d’un plus grand que soi. Mais, surtout, de douceur de vivre. La répression n’est pas à la hauteur des mots. La répression est une pute.

Et puis je m’énerve contre ceux qui ne comprennent pas, mais savent parfois mieux que moi.
Et puis je m’énerve contre ceux qui comprennent parce que je ne veux pas comprendre.


Et puis l’on se croit prétentieux parce que l’on essaie de comprendre.
Et puis l’on finit par comprendre que la compréhension est une pute.
Sans savoir si on la paye ou si l’on s’y adonne.

Qui n’est pas pute ?

J’essaie de me croire quelqu’un tout en n’étant pas dupe. Et de croire que je ne suis pas pute.

L’autre me hante.
Mourir d’amour.
Mourir de honte.
Mourir de la honte de ne pas être autrui.
L’être est une pute.

C’est étrange d’attendre là où il ne faudrait pas. Là où le temps ne nous doit rien. Là où l’attente n’a pas sa place. Sublimer l’orgueil.

(Sa voix m’agace parce qu’elle n’est pas à moi.)

Tiens-toi bien. Marche ou crève.
Marcher dans les rues froides et l’atteinte à la vie privée.

Les gens questionnent ce à quoi je n’aimerais pas réfléchir.
Ne pas dire à son père qu’à vingt-deux ans l’on écrit seule dans un bar.
Je suis profondément triste. Un état entre l’extase et l’infime douleur.
Mais la vie est une pute après tout, alors.

Casse-toi de là, Angélique. Casse-toi de là tant qu’il est encore temps.



(date inconnue)

La connaissance de soi, cette tour que l’on descend pas à pas, qui nous amène toujours dans la noirceur de l’âme.
Je me sens feuille rouillée, en mauvaise santé. Une sorte de fadeur de l’air et des choses tangibles.

Il est de ces jours où l’interaction de mon corps avec ma conscience me semble être le pire fardeau. Je suis fascinée par

les personnes qui ont en elles la capacité de se cacher d’elles-mêmes, d’enfouir les pensées.
Dès lors que je tente de nier quelque chose, celle-ci me frappe.

Le bonheur est chose fragile qui se construit sur des éléments eux-mêmes bancals.
Je suis née avec un crâne qui veut ma peau.

Je ne sais plus trop où je suis ni où je vais et finalement je commence à penser que c’est autant mon sort que ma bénédiction.

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