LA ZONE -
Résumé : Un article au concept rigoureusement identique à celui de Dérapage d'Herpès. Il s'agit donc à nouveau d'un artiste-boucher qui utilise des filles comme matériau. Taliesin s'intéresse au surprenant parralèlle entre la création et la destruction. La victime n'est vu que comme objet et la morale est absente, du coup on à affaire à une espèce de mode d'emploi dépersonnalisé assez bizarre. La fin ironique est vraiment marrante. Impeccablement écrit mais sans doute trop maitrisé pour être exceptionnel.

Arz bev (art vivant)

Le 12/09/2004
par Taliesin
[illustration] Je suis peintre, peintre-graveur plus précisément. En effet, par souci d’originalité ainsi que par goût personnel, je ne travaille pas au pinceau, mais au scalpel. J’avais envie depuis longtemps de créer une technique qui me soit propre, d’utiliser un support et des instruments qui me permettent de laisser libre cours à mon imagination. Je voulais révolutionner l’art pictural, non par la forme et l’esthétisme de l’œuvre en elle-même, mais par la nouveauté des matériaux employés. Comme bien souvent, il fallut l’intervention du hasard pour qu’une volonté diffuse et abstraite s’impose comme une évidence primordiale, pour déclencher le passage à l’acte.
Je rentrais chez moi à la nuit tombante, et la vis soudain dans le halo de mes phares, silhouette évanescente et sombre plantée sur l’accotement, contrastant à peine avec l’obscurité du paysage, silhouette fuligineuse où se distinguait deux tâches plus claires, l’une étant la tête et l’autre, la main tendue, pouce levé sous la pluie. Je m’arrêtai et lui ouvrit la portière. C’était une jeune fille d’environ dix-sept ans, aux longs cheveux noirs, au visage diaphane, le front large et pâle, des yeux d’un vert émeraude, comme deux lacs sombres et profonds enchâssés dans l'écrin blanc neige de ses pommettes saillantes. Je lui proposai de dîner et de dormir chez moi, ce qu’elle accepta avec empressement, ne se sentant pas le courage de continuer sa route de nuit et par mauvais temps.
L’idée me vint pendant le repas. Dès qu’elle avait retiré son imperméable, j’avais pu deviner les courbes de son corps sous le pull moulant, la rondeur des seins, la cambrure des reins, le ventre plat. D’un œil expert, j’estimais la surface du dos, la largeur des épaules. Je lui avais parlé de mon métier, et lui demandai si elle accepterait de me servir de support. Elle se mit à rire, pensant que je voulais parler de modèle, mais non, j’insistai, il s’agissait bien de support. « Vous faites de la peinture sur soi ?» me demanda-t-elle en riant de plus belle. Je lui répondis que c’était un peu ça et, pour satisfaire sa curiosité, je l’invitai à contempler mes œuvres, entreposées au sous-sol. Il n’y avait là rien que de très classique, des peintures sur toile, figuratives et abstraites. Après un rapide coup d’œil sur mes toiles, elle se retourna vers moi et me darda un regard inquiet où frisait l’incompréhension. Sa bouche s’ouvrit pour formuler une question, mais, prit d’une pulsion soudaine et incontrôlable, je glissai ma main sous sa jupe, jusqu’à son entrecuisse et la renversai sur le sol en ciment où je la violai sauvagement. Je me suis souvent demandé par la suite pourquoi j’avais commis ce premier viol, alors que ma démarche n’était pas sexuelle, mais purement artistique. Je compris plus tard que c’était une prise de possession, la première étape obligatoire du processus.
Après l’avoir violée, je l’avais attachée nue sur une chaise, et j’avais commencé à la travailler au couteau de cuisine, c’était le seul instrument que j’avais sous la main. J’essayai, gravant à même la peau, de reproduire sur ce subjectile original les motifs et figures géométriques dont j’étais coutumier. Las ! la trop grande mobilité du support d’une part, la grossièreté de l’instrument utilisé d’autre part, allié à mon manque total de pratique, firent que cette première expérience se révéla être un fiasco total. Dépité, je finis par égorger le support. Mais l’idée était là, il suffisait simplement de passer de la théorie à la pratique.

Je passai la journée du lendemain à réfléchir aux conditions matérielles nécessaires à la réalisation de mon projet : des scalpels et bistouris de différentes tailles, plus maniables et plus précis qu’un vulgaire couteau. Un panneau de bois sur lequel je pourrais bloquer efficacement le subjectile et travailler ainsi en toute sérénité. J’aménageai mon sous-sol en conséquence et me mis en chasse de nouveaux supports. Comme je l’ai expliqué plus haut, je les violais systématiquement avant emploi. Je m’appropriai ainsi complètement le support, sur lequel je pouvais ensuite réaliser mon œuvre sans considérations autre qu’esthétiques, sans autre souci que de progresser en technique et en inventivité. La sélection des supports posait un problème ardu à résoudre, du fait que je ne les voyais nus qu’au dernier moment, pour ainsi dire. De la grosseur d’un sein, de la rondeur d’une hanche, pouvait dépendre le résultat final en trois dimensions. Je portais mon choix sur des sujets jeunes et minces, quinze, seize ans étant l’âge idéal. La tension de la peau était parfaite, la graisse presque absente, les formes, déjà développées, permettaient de jouer avec les reliefs. J’ai toujours été influencé par l’art celtique, combinaison originale de motifs tirés du monde animal et végétal, création fantastique et gracieuse de perfection abstraite, richesse de lignes, luxuriante et redondante, entrelacs d’animaux stylisés, compositions géométriques variant à l’infini. Cet art s’accordait pleinement avec mes supports, avec leurs courbes et leurs rondeurs dont je tirais parti à profusion. En partant du mamelon, je traçais une spirale régulière qui s’enroulait autour d’un sein, des genoux s’élançaient deux volatiles dont le foisonnant plumage fusionnait sur l’abdomen, leurs longs cous enchevêtrés s’infiltrant à hauteur de poitrine avant de se séparer à nouveau, leurs becs s’affrontant en vis-à-vis sur chaque épaule. J’utilisais le support recto verso, cela va sans dire, et j’acquis bientôt une telle dextérité, une telle productivité que je pus rapidement mener cinq ou six œuvres de front, sur des subjectiles différents. Je travaillais nuit et jour, dans un état constant de fièvre créatrice, expérimentant sans cesse, modifiant l’épaisseur des traits par une incision plus profonde, découpant parfois des surfaces d’épidermes et de chairs pour rendre l’illusion d’un dégradé d’ombres et de lumières. Les cris des supports ne me gênaient pas. J’habitais une grande maison aux murs épais, isolée en pleine campagne, et personne n’aurait pu les entendre. De plus, cela stimulait mon inspiration et me donnait du cœur à l’ouvrage.

Je ne fus pas long à remarquer le caractère éphémère de mon œuvre, ce qui me chagrina profondément. En effet, avec le temps, le support, c’est le cas de le dire, supportait de plus en plus mal les séances de travail, se dégradait relativement vite, pour finalement mourir et se putréfier. Je l’enterrais alors dans le fond du jardin, mais mon œuvre disparaissait avec lui et j’étais obligé de la reproduire de mémoire sur un support neuf, dont la durée de vie n’excédait pas une à deux semaines, parfois beaucoup moins, c’est vous dire l’inanité et l’ampleur de ma tâche. Je pensai alors prélever l’épiderme sur lequel était gravé mon œuvre, mais je n’avais ni les connaissances ni le matériel nécessaire pour mener à bien ce genre d’opération ô combien délicate. L’empaillage ou la momification me posait exactement les mêmes contraintes. J’eus enfin l’idée lumineuse d’acheter un appareil photo numérique, grâce auquel je pus immortaliser mes productions artistiques et les conserver sur mon ordinateur. La suite logique fut la création d’un site Web destiné à l’exposition et à la diffusion de mes meilleures pièces, dans un but lucratif, je dois l’avouer. Les visiteurs affluèrent très vite, laissant parfois des messages, les uns admiratifs, les autres incrédules, d’autres encore me félicitant pour la qualité de mes trucages, et je passe sur les lettres d’insultes, peu nombreuses, menaçant même de me dénoncer aux forces de l’ordre. Il est clair que l’on ne peut plaire à tout le monde, et que les goûts artistiques sont infiniment subjectifs, mais je doutais fort que mon art puisse être subversif au point de déclencher une intervention policière. J’avais tort.

Les gendarmes sont venus chez moi ce matin. Ils ont fouillé toute la maison, y compris le sous-sol. En voyant mes œuvres d’art, ils m’ont aussitôt passé les menottes, m’insultant, me bourrant de coups, me traitant de « salopard », de « bourreau nazi », que sais-je encore. Cela a continué dans leur camionnette, jusqu’à la prison. Je ne comprends pas. Comment de simples gendarmes, au niveau intellectuel plus que moyen, sinon pourquoi feraient-ils se métier, pourraient appréhender et surtout juger, une création artistique qui les dépasse de très loin ? C’est incompréhensible, inadmissible ! Leur réaction violente est sans commune mesure avec le fait qu’ils n’apprécient guère l’art abstrait. Il s’agit certainement d’une confusion dont je crois discerner la cause : l’une de mes dernières oeuvres comporte nombre de svastikas dextrogyres, symbole de la course du soleil dans la tradition hindoue et chez les Celtes. Ces balourds auront confondu avec la croix gammée hitlérienne, d’où le terme peu flatteur de « bourreau nazi » employé à mon encontre, et totalement hors de propos. Il faut que je m’explique le plus rapidement possible devant un responsable, afin de dissiper tout malentendu et toute ambiguïté. On n’emprisonne pas les gens pour si peu, pour un symbole mal interprété, et j’ai déjà perdu trop de temps, l’art n’attend pas !

= commentaires =

Aka


    le 12/09/2004 à 20:23:30
" Après un rapide coup d’œil sur mes toiles, elle se retourna vers moi et me darda un regard inquiet où frisait l’incompréhension. " Dis, y avait quoi sur les peintures, je vais pas en dormir de la nuit de ne pas savoir, je le sens.

J'ai trouvé ça bien écrit, impeccable dans le style même. La psychologie du psychopathe est surper bien rendue. Voila voila.
Aka


    le 12/09/2004 à 20:25:07
Ah ouais j'ai oublié un commentaire primordial : tout le début m'a fait pensé à barbe bleue version moderne. C'est sympa.
Bonjour.
Hermine lubrisue     le 12/09/2004 à 20:47:24
Brav !
Ur arzour n'eo ket un den, arzour eo ha netra ken... ha dibaot arzour a labour hep danvez.
Taliesin


    le 12/09/2004 à 21:22:59
Hag er follentez 'vez kavet an awen gwall alies.

(hmm, là, Nihil va pas aimer)
Dourak Smerdiakov


lien fb tw
    le 12/09/2004 à 21:46:42
Deux bons textes coup sur coup, qu'est-ce qu'on a fait pour mériter ça ?

Dites, les Bretons en plein ébat, vous me gardez un petit en cas d'heureux événement ?
Tyler D


    le 12/09/2004 à 21:51:04
jflkj erutoq n'idff orgo lkwdfg lq
Taliesin


    le 12/09/2004 à 22:08:57
Ben ouais, Tyler, il n'y a pas que la sous-culture américaine de masse dans la vie.
nihil


    le 12/09/2004 à 22:17:22
hihan hihan hihan hihan hihan hihan hihan hihan hihan hihan hihan hihan hihan hihan hihan hihan
Taliesin


Azen korneg    le 12/09/2004 à 22:19:34
Le meilleur commentaire de Nihil depuis très longtemps...
nihil


    le 12/09/2004 à 22:45:59
"Taliesin est le meilleur commentateur de commentaires depuis la deuxième guerre, et en plus il est sympa"

Le Figaro
Taliesin


    le 12/09/2004 à 23:05:26
Nihil lit le Figaro, ça se passe de commentaires...
Tyler D


    le 12/09/2004 à 23:18:51
ta connerie aussi
nihil


    le 12/09/2004 à 23:19:01
"Les bretons à l'abattoir"

Jules César
Kirunaa


    le 13/09/2004 à 13:12:53
Ben moi j'ai bien aimé aussi. Voilà.
Bonne nuit !
nihil


    le 13/09/2004 à 18:38:25
Kirunaa tu régresses. C'est con, tu devrais commencer par dégraisser, faut avoir le sens des priorités.
Narak


Petra da zo dans ton cul    le 14/09/2004 à 17:32:47
Ke da zutal Taliesin !!!
Klouc !

Bon, mon breton est un peu moisi mais, c'est tout ce que je connait de cette noble langue...

Taliesin


    le 14/09/2004 à 19:06:11
Tu l'écris comme ça se prononce, un peu comme ton français...
T'es cornouaillais d'origine ?
Kirunaa


    le 14/09/2004 à 21:42:46
Ouais, je sais ouais. Moi aussi j'ai remarqué que mes commentaires étaient moins subtils pendant la pause de midi. Comment ça ils sont jamais subtils ?
Narak


    le 17/09/2004 à 16:26:51
Je connais rien au breton, c'est ma soeur de 10 ans qui m'apprend...elle m'a assuré que ça s'écrivait comme ça cette salope...

Sinon pour le français chui pas encore au niveau d' El def donc je ne m'inquiète pas...

Bon j'ai l'orteil d'une gamine a arracher moi, je prend une tenaille et j'y vais...

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