LA ZONE -
Résumé : La psychologie du personnage principal est bien pensée, mais elle a le tort de présenter les réflexions et les petits traumas de l'héroïne de manière directe, genre liste de courses, au lieu de les suggérer. Ca fait très lourdaud et ça nique la première partie. Mais peu à peu ça se libère un peu de ce carcan de psycho de comptoir taillée à la hache pour rentrer dans l'action, ça devient fluide et poignant, ça monte en puissance jusqu'à la fin excellente.

Haine maternelle : stabat mater dolorosa

Le 21/09/2004
par Aka
[illustration] Claire connaît le jour exact où elle s’est mit à haïr son enfant. Elle se souvient même de la seconde. Aussi furtive qu’un claquement de porte. Celui de son homme, son amour, sa vie. Fini, parti. Elle savait qu’un jour où l’autre leur histoire se terminerait, mais elle ne pouvait se l’avouer. Naïvement, elle espérait retrouver la passion de leur début, qu’au fur et à mesure, la flamme reviendrait, mais il fallait se rendre compte à l’évidence : le temps n’est qu’un faux allié pour combattre la routine. Et cette routine s’est installée depuis la venue de l’enfant.
L’enfant est arrivé il y a six ans. Claire était jeune à l’époque, à peine vingt ans, mais cet enfant elle l’espérait secrètement. Lui avait été beaucoup moins enthousiaste, mais elle avait quand même réussi à le persuader. Elle lui décrivait de manière convaincue sa définition de la famille, à quel point ils seraient liés à vie quoiqu’il arrive par ce petit être fait de leur chair et de leur sang…
Ils étaient au final bien devenus des parents mais plus un couple. Elle le savait, elle le sentait qu’il l’aimait de moins en moins chaque jour, mais elle se fixait toujours une limite imaginaire : quand la petite sera un peu plus grande, on pourra se retrouver, quand elle rentrera à la crèche, à la maternelle, à l’école… Mais le jour de la rentrée en CP de l’enfant, il n’était pas revenu du travail. Le jour d’après non plus. Le suivant elle reçut une lettre où il lui expliquait qu’il ne voulait plus de cette vie, de cette enfant, de cette maison, et surtout plus d’elle. Que c’était trop et pas assez à la fois, qu’il était encore temps pour lui de recommencer comme il le souhaitait.
C’est ce moment que choisit l’enfant pour poser la question : « Maman, il est où Papa ? » C’est aussi à ce moment que Claire s’était mise à détester l’enfant. C’est aussi à ce moment qu’elle la gifla pour la première fois.

C’était devenu une habitude, une sorte de réflexe moteur. C‘est bien leur chair et leur sang qu’elle a sans cesse devant les yeux, et ça, il faut qu’elle le détruise. C’est tellement facile pour lui de tout recommencer, mais elle, elle doit vivre sans cesse avec le fruit de leur amour en train de s’agiter devant elle. Et cet amour est mort.
Soutenir son regard est insupportable, elle a ses yeux à lui. Souvent, Claire préfère enfermer l’enfant dans le placard lorsqu’elle rentre de l’école jusqu’au soir, simplement parce que ce regard la persécute. Et pendant ce temps-là, prise de remords, elle prépare à l’enfant son plat préféré.
Claire n’est plus que colère, tout le temps, à chaque instant. Elle se sent victime d’une grande injustice. Toute sa vie, elle a travaillé pour que tout ne soit que bonheur avec l’homme et l’enfant. Elle a été ce qu’ils ont voulus, allant de concessions en concessions, sans cesse. Ne vivant que pour absorber la moindre dose d’amour qu’il voulait bien lui donner. Et maintenant cet amour n’est que haine. Elle ne peut pas, il faut que quelqu’un paye et ce n’est pas à elle de payer. Elle n’a rien fait pour mériter ça.
Elle doit le détruire par le biais de l’enfant, exorciser ce qu’il reste de lui à l’intérieur de cette fillette, le faire sortir à tout prix. La peau de l’enfant, c’est sa peau à lui, son odeur. Les brûlures de cigarettes doivent la laver de son empreinte génétique. Les coups sont donnés pour la remodeler, enlever le moindre trais de visage qui pourrait lui ressembler.
Claire se torture, chaque coup qu’elle donne à l’enfant raisonne en elle, lui martèle l’âme. Elle souffre, physiquement elle souffre. Elle hurle à l’intérieur, elle étouffe, elle voudrait que ces hurlements la crèvent. Les cris qu’elle adresse à l’enfant sont autant de coup de couteaux dans chacun de ses organes.
Et l’enfant continue de la regarder quand même. Elle ne lui en veut pas, aucun reproche dans ce regard. Juste de l’affection, de l’acceptation, de l’incompréhension. Au plus, un regard d’amour trahit.

Bouffée par les remords, Claire n’en peut plus. Après chaque accès de violence, elle court s’enfermer dans la cuisine pour reproduire exactement les mêmes blessures sur son propre corps. Son esprit n’est plus. Il n’y a plus qu’une voix qui hurle sans cesse sa culpabilité, sa rage, son amour, son épuisement. Ca tourne en boucle, ça tape éternellement contre ses parois intérieures. Il faut que tout cela cesse, mais elle ne contrôle plus rien.

Et maintenant, allongée, alors qu’elle sent peu à peu les molécules des médicaments couler dans ses veines, alors que la vie est en train de la quitter, elle se dit qu’elle l’aime cette enfant. Elle l’a toujours aimée, d’ailleurs elle l’avait désirée.
Une petite forme est aux pieds du lits. Ne t’inquiète pas ma puce, Maman va juste dormir très longtemps. Maman doit partir. La petite la regarde sans rien dire. Et là c’est une révélation, elle le lit dans ses yeux : sa fille ne veut pas rester seule, et elle ne veut surtout pas que sa mère parte. C’est une réalité, son regard l’implore de l’emmener avec elle. Alors très lentement, elle fait signe à l’enfant de venir s’allonger à ses cotés, et tout aussi doucement, elle l’enlace. Elle l’enlace comme elle ne l’a pas fait depuis plus d’un an. Elle l’enlace comme en fait elle ne l’a jamais enlacée.
Et lorsqu’elle sent le petit corps se relâcher sous son étreinte, elle se laisse elle aussi partir, chantonnant aussi longtemps qu’elle le peut une berceuse à son enfant.

Des hommes en blancs. Dans sa chambre. Autours de son lit. Sortez de chez moi. Ils parlent entre eux. Disent qu’ils sont arrivés à temps. Elle perçoit des mots dans le coton. Overdose. Hôpital. Strangulation. On lui enlève quelque chose des bras. C’est l’enfant. Elle est morte. Un truc implose à l’intérieur. Pile à ce moment, à cette seconde. Quelque chose se brise. Elle le sent. Elle le voit à l’intérieur. Le hurlement qu’elle contient depuis des mois se matérialise enfin. Et alors que tout ce qui lui reste de conscience et de raison qu’il lui reste bondissent à jamais en dehors d’elle, c’est le prénom de l’enfant qui résonne contre les murs de la chambre.

= commentaires =

Aka


    le 21/09/2004 à 17:21:14
Dingue, j'aime bien le résumé, l'image et le titre. Incroyable.
Taliesin


    le 21/09/2004 à 18:11:13
Et le texte, tu l'as pas aimé ? T'as raison, c'est pas terrible, terrible. (je fais la grève des commentaires constructifs)
Aka


    le 21/09/2004 à 19:00:49
Non chuis pas fan du tout.
Gwenwyfhar ...    le 22/09/2004 à 02:25:17
Deux commentaires en une soirée... mazette...

même chose que pour Derry : bon texte (faut pas m'en demander plus)

(quant à nihil, il connaît mon appréciation positive sur son texte alors je vais pas lui balancer des fleurs non plus)
Circumvector     le 22/09/2004 à 16:36:53

Terrible... insupportable... dantesque... vraiment déroutant !
Mike Brant est mort.

(Commentaire écrit bien avant avant la publication des textes)
crdp     le 22/09/2004 à 19:17:53
Aka tu peux mieux faire comme mère, au niveau haine rien à redire .
Aka


    le 03/05/2005 à 05:09:53
Permettez que je me la pète à mort ?

"Mademoiselle bonjour,

Félicitations !

Le jury du Prix PLUME s’est réuni aujourd’hui et a retenu votre œuvre « Stabat Mater Dolorosa »

Vous êtes la lauréate française et vous êtes invitée à l’ETE DU LIVRE "

MOUAHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH

nihil


    le 03/05/2005 à 06:42:39
Faut quand même le faire : ce texte est arrivé genre dernier au concours de la connerie avec le Bar-Ric derrière des bouses sans nom. Je crois que y a que moi qui ait du voter pour... C'est n'importe quoi ce truc.
Dourak Smerdiakov


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    le 03/05/2005 à 08:45:58
Bah, c'est nul. Moi, je veux le Prix de Flore, ou rien. Le Nobel, à la limite. Ou alors, être fusillé à l'aube par l'Académie. M'enfin, bravo quand même. Avec 500 euros, vous allez engager un infographiste ? Ou un tueur à gages ?
Tyler D


    le 03/05/2005 à 11:18:29
Je trouve qu'Aka a eu beaucoup de mérite pour l'obtention du prix. C'est pas tout le monde qui est prêt à se faire gang banguer par un jury littéraire.
Anthrax


    le 03/05/2005 à 11:24:11
félicitation, ça fait toujours plaisir la reconnaissance... et on n'est plus très regardant du coup, l'été du livre, mouahhhahahahahahahahahahaha!
Lapinchien


tw
    le 03/05/2005 à 11:56:00
cool ! Tu me presenteras à Paul Lou Sulitzer, il pourrait me presenter sa femme polonaise, je suis collectionneur, il pourrait me la lèguer apres sa mort imminante.
Lapinchien


tw
    le 03/05/2005 à 11:57:37
tant que c'est pas le journal de mickey qu'organise, je trouve le concours honorable... l'an prochain t'attaque le grand prix OXford... pas l'université hein ? les cahiers...
Taliesin


    le 03/05/2005 à 15:44:54
Pourquoi le prix Plume ? Parce que c'est le texte qui pesait le moins lourd. Faut bien un critère de sélection.
Dourak Smerdiakov


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    le 03/05/2005 à 16:13:53
Franchement, il me semble qu'Aka devrait organiser une distribution de textes et de photos dédicacées à tous ses admirateurs de la première heure.

Chopinade à part, t'en fais quoi de toutes ces Polonaises, Lapinchien ?
Lapinchien


tw
    le 03/05/2005 à 16:34:09
#mode hannibal leicter on#Dourak, quelle est ta recette preférée de pirogi ? #mode hannibal leicter off#
Aka


    le 03/05/2005 à 20:28:40
Ils viennent de me demander de rédiger ma biographie. Deja que question ego j'étais bien placée mais là vous avez pas fini d'en baver !

Mouahahahaha.
Anthrax


    le 03/05/2005 à 20:56:28
fabuleux, incroyable, clap clap clap
Aka


    le 03/05/2005 à 21:06:03
J'étais sure qu'un jour t'en viendrai à me lecher la chatte.
Anthrax


    le 03/05/2005 à 21:25:27
mais aka (au fait ça vient du japonais ton peudo ? rouge ?) j'aurais fait ça même si tu n'étais pas devenue célèbre ! c'est vrai que moi je demande une bio mais je n'offre pas 500 euros
Tyler D


    le 03/05/2005 à 21:27:51
Already Known As ?
Taliesin


    le 03/05/2005 à 22:15:05
Et tu vas leur dire que tu bosses chez Darty ? Ar, arf, arf !
Dourak Smerdiakov


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    le 03/05/2005 à 22:45:47
Quel putain d'acculturé ce Tyler !
Nounourz


    le 03/05/2005 à 23:56:00
*air idiot*
acculturer ça veut dire quoi dites ?
Taliesin


    le 04/05/2005 à 09:32:53
c'est un genre d'enculé anglo-saxon
Aka


    le 04/05/2005 à 14:10:23
Putain Taliesin tu viens de te vendre en avouant sans le vouloir que tu n'as pas lu mon textes de la st con de cet année. Enfoiré.
Herpès


    le 15/05/2005 à 18:48:20
http://www.etedulivre.com/PrixPlume.asp?IDCategoria=230


hummmmmmmmmmmmmm c'est bon ca
Lapinchien


tw
    le 15/05/2005 à 19:08:37
alors comme çà en attendant d'ecrire un bouquin tu postes des nouvelles sur un site ? et on peux savoir lequel ?
Aka


    le 15/05/2005 à 19:29:36
Putain bah vaut mieux pas qu'ils suivent le cheminement de l'autre coté et qu'ils arrivent ici parce que sinon, à mon avis, je peux me les mettre dans le cul mes 500 euros.
Dourak Smerdiakov


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    le 15/05/2005 à 20:09:53
S'il reste de la place.
Herpès


    le 15/05/2005 à 20:11:47
le coté obscure de la force
on a donc une auteuse de talent qui fait ds le DTCS
sur quoi le livre?
Dourak Smerdiakov


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    le 15/05/2005 à 20:13:43
Sur TCS, certainement.
Aka


    le 15/05/2005 à 20:15:31
Si tu a bien lu la superbe biographie de ma vie sur le site, tu auras compris qu'il n'y a pas de livre. Donc pas de sujet. Mais le cul de Dourak me semble un sujet potentiellement intéressant.
Herpès


    le 15/05/2005 à 20:20:06
sur sur mais je n'ai pas aquis assez de maturité dans ce domaine encore
Taliesin


    le 16/05/2005 à 03:49:21
Quand je pense que tu vas être obligée d'aller à Metz pour toucher tes 500 euros, p'tain, ça craint !
Aka


    le 06/07/2005 à 00:36:58
Républicain Lorrain :

"La Belle Province et la douleur récompensées

July Giguere, une jeune Québécoise et Elodie D., étudiante à Paris III, sont les lauréates d'un prix PLUME (Prix littéraire université de Metz-Eté du Livre) 2005 marqué par la noirceur des oeuvres en compétition.

Le jury du prix PLUME (Prix littéraire université de Metz-Eté du Livre) s'est réuni hier au Flo pour délibérer sur les oeuvres en compétition cette année. Septième du nom, ce prix, organisé dans le cadre de l'Eté du Livre, est décerné par l'université Paul Verlaine-Metz, en partenariat avec le ministère de la Culture, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche du Luxembourg, la délégation culturelle française au Luxembourg, le conseil général de la Moselle et la Chambre des notaires de la Moselle. Il comprend deux sélections - l'une française et l'autre francophone - d'oeuvres diverses dont le point commun est d'être courtes. Nouvelles, poèmes, contes: tout est possible. Cette année, les deux catégories ont trouvé un lauréat, ou plutôt une lauréate, ce qui n'avait pas été le cas l'an passé, le prix francophone n'ayant pas été décerné. Celui-ci ira cette année à July Giguere, pour Dans ses yeux. Le talent de la jeune Québécoise, étudiante à Sherbrooke, a séduit à la presque unanimité le jury composé de Mmes De la Touanne, présidente de l'Eté du livre et Mass, chargée de communication de l'université Paul Verlaine-Metz, de Melle Abarnou, chargée de l'action culturelle à la bibliothèque départementale de prêt, ainsi que de MM. Reinert, notaire, Molitor, professeur attaché au ministère de la Culture luxembourgeois, Martin, président du district de Metz du Crédit mutuel, proviseur honoraire, Raulin, directeur adjoint Edf-Gdf Distribution à Montigny-lès-Metz, Goetz, enseignants à l'UPV-Metz et président de la commission culture. Melle Giguere devance Shauna Holshuh, de l'université de Genève, dont la nouvelle Entre deux eaux a également été remarquée.

En revanche, le cas d'Elodie D., étudiante à Paris III, a été plus longuement débattu. Mais la noirceur désolée de son Stabat Mater Dolorosa a finalement emporté les suffrages devant Tokyo-Paris: c'est un mot d'amour de Caroline Antoine, une candidate messine. Les prix seront remis dans le cadre de l'Eté du livre, le 4 juin prochain."

Autre article :

"Roger Lioger, président de l'Université Paul Verlaine, qui a eu le plaisir de remettre le prix "Plume" à Elodie D. pour sa très belle nouvelle Stabat Mater Dolorosa"

"Douleur" et "noirceur désolée" ça tape, je pense que je vais le mettre dans mon cv. Ou mieux encore, changer mon pseudo en "Pain and Darkness Desoled Dans ton Cul".





Commentaire édité par Aka.
nihil


    le 06/07/2005 à 00:40:00
Ouais ! Et maintenant qu'on a ton vrai nom, on va pouvoir trouver ton adresse pour te violer ! Ahahahah !
Aka


    le 06/07/2005 à 00:44:52
Ca fait un bail qu'il tourne mon vrai nom ici et j'attends toujours le viol. D'ailleurs, j'avais pas oublié de te le dire à toi ?
Lapinchien


tw
    le 06/07/2005 à 01:05:32
c'est Paul verlaine ton vrai nom ? donc avec l'auteuse de Tokyo Paris vous étiez trois au concours ? comment qu'tu lui as crouté la place à droite de la plus haute marche du podium, elle se sera contenté que de la gauche didonc !

"En revanche, le cas d'Elodie"... comment qu' tu t'es pas faite débusquer... j'te propose "le K" comme nouveau pseudo
Aka


    le 06/07/2005 à 12:40:11
Le K la K, c'est du pareil au même...
nihil


    le 25/11/2005 à 00:13:20
On a enfin droit aux photos de la remise des prix, très émouvante :

http://zoneimg.apinc.org/watermark4.jpg
fossoyeur     le 23/12/2006 à 00:06:23
c'est bien les trous
Glaüx-le-Chouette


    le 23/12/2006 à 00:07:25
T'es drôle, mec, c'est pas croyable. Mais surtout original. Impressionnant.

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