LA ZONE -
Résumé : Le boss de lapin.org nous parle en direct du bistrot du coin. On sent l'habitué des rades , le mec à l'aise entre trois poivrots, une pression tiède dans une main et une fléchette dans l'autre. Le patron des lieux, Pascal, est un personnage singulier, gentil pornographe et esthète du combustible, un vrai poète quoi. Mais quand un vrai con vient se poser contre son zinc, il finit par un peu s'énerver...

On brûle bien les ordures

Le 11/04/2005
par Phiip
[illustration] Je l’ai encore vu aujourd’hui, devant l’école une fois de plus… L’ordure, une école maternelle, et il a ouvert sa… Comment peut-on oser, ces gamins n’ont même pas 10 ans !!
Une demi-heure après, il est rentré au bar des Sports, comme à son habitude. Mais cette fois-ci, j’avais pris sa place favorite, héhéhé. Il m’a regardé, il a hésité, puis il a choisi le tabouret de bar à côté du mien. Pascal, le barman, m’a fait un très léger mouvement de tête de complicité.

Pascal, c’est un roman à lui tout seul : il écrit justement, sous un pseudonyme, des romans roses, où figurent chacun de ses clients. J’ai dit rose ? Je voulais dire pornographiques hards, et parfois avec des animaux. Son dernier ouvrage, « Ca nique à OK corral », aurait rencontré, dans son milieu, un bon succès critique. Moi, j’ai jamais réussi à lire ses trucs, au bout de deux paragraphes, ça me tombe des mains. Des fois, ça colle pas, la lecture, ça fait comme ça. Alors qu’en vrai, il est adorable, Pascal. Ce que j’aime chez lui, ce sont ses petites bizarreries. Par exemple, il collectionne l’essence. C’est pas une manie courante, c’est clair, et je ne suis pas certain que ça soit complètement autorisé non plus, une fois il m’a montré sa collection, dans le capharnaüm qui lui sert de jardin, terrible, trois citernes énormes, dont une enterrée, c’est pas l’endroit pour faire des barbecues, c’est clair. Faut dire que le bistrot était une ancienne station service. Pascal a tout racheté, puis il a changé le style de magasin : ça lui faisait trop mal au cœur de donner SON essence à des inconnus à longueur de journée.

C’est un émotif, Pascal.

A gauche de l’ordure, y’a moi, mais j’aime pas parler de moi, alors on va parler de René. René, c’est le principal client de Pascal, il est là dès l’ouverture, il s’en va à la fermeture. Il vit au Clôt Fleuri, le mouroir à vieux local, et il n’a pas le droit de s’échapper comme ça, mais il le fait quand même. C’est incroyable d’imaginer comment certaines règles sont impossibles à respecter : personne ne peut le retenir, René, et comme au mouroir ils n’ont pas les moyens d’engager un gorille, ben René il fait ce qu’il veut. Des fois il emmène des filles, et il paye sa tournée, tout le monde rit très fort, parfois un dentier tombe dans la bière et ils rient encore plus fort. Après, ça sent très fort le pipi dans le bar à Pascal, alors Pascal il aime pas trop, mais il va rien dire à René.

C’est un tendre, Pascal.

La première fois que l’ordure a sévi, je n’y étais pas. C’est Madeline, une copine à René, qui a tout raconté au bistrot. Je crois que personne n’y a cru, parce qu’ils avaient pas beaucoup réagi à l’époque. Alors je m’étais énervé, mais bien énervé, et ils m’avaient écouté, hmmm, ah ouais, vu comme ça, t’as pas tort, ah ben oui, c’est vrai, la tournée est pour moi, et puis René avait raconté qu’il y avait une nouvelle au mouroir, qu’elle avait l’air super bonne, et qu’il comptait l’amener ici, et Madeline avait dit qu’elle croyait qu’elle était la seule, et René il avait dit, mais oui, aujourd’hui t’es la seule, mais demain, on peut pas savoir, moi je sais pas voir dans le futur, et Pascal avait acquiescé, oui, on peut pas voir dans le futur, et moi aussi j’avais dit pareil, Madeline elle nous a regardé comme si on était un peu dingues, et puis elle avait rigolé et elle avait repris une bière sur le compte de Pascal.

Les petites vieilles de René, il les aime bien, Pascal.

Comme prévu, j’ai engagé la conversation avec l’ordure. Il m’a répondu d’un air blasé que oui, le temps avait l’air de se dégager, mais qu’en cette saison, on ne pouvait être sûr de rien. Il avait raison. Alors j’ai parlé des travaux rue du général Leclerc, qu’ils nous faisaient chier avec leurs travaux, quoi, et l’ordure a dit que ouais, mais bon après, c’était tellement mieux, en plus ils vont planter des arbres. Des arbres ? j’ai dit, des arbres ? et j’ai regardé René qui m’a regardé en retour avec l’expression du style « quoi, les arbres ? ta mère a été violée par un arbre, c’est ça ? » alors je lui ai silencieusement répondu « pauv’ type », il a rigolé et j’ai continué ma phrase, les arbres ils foutent des feuilles partout, après ça glisse, c’est déguelasse, on s’en fout des arbres, et l’ordure a dit que lui les arbres, il s’en foutait aussi parce que dans sa maison de campagne, il en avait plein des arbres, et ça a jeté un froid. Pascal, il aime bien les arbres, mais dans le jardin ils sont tous morts à cause de l’essence. Alors Pascal, ça le rend super triste quand on parle arbres.

C’est un écologiste, Pascal.

Alors après, l’ordure a commencé à parler toute seule, sans qu’on lui pose des questions, de trucs incompréhensibles, comme le rôle de l’Europe dans l’agression de l’environnement ou dieu sait quoi. Pascal, quand on lui parle de l’Europe, ça fait comme avec René quand on lui parle de sobriété : ça rentre pas. René, les intellos, ça l’énerve, et quelque part, ça tombait bien. Après cinq minutes du monologue de l’ordure, René lui a gentiment dit « ta gueule, tu nous emmerdes avec tes conneries », mais l’autre, il a pas compris tout de suite à quel point René voulait qu’il se taise, et il a commencé à expliquer pourquoi on était tous concernés par l’Europe, alors René il a prit la bouteille de rouge qui traînait sur le bar, et il lui a cassée sur la tête. L’autre, il a eu la tête toute rouge, et il sentait très fort le pinard, il a vacillé quelques instant et il s’est écroulé sur le bar. Pascal, ça lui a pas plu qu’on lui salope son bar, alors il a violemment essuyé le type qui est tombé par terre, René l’a traîné dehors. Dans un coin du bar, y’avait un étudiant, il était tout vert l’étudiant, il nous regardait comme si on venait de Mars, mais on venait pas de Mars, y’avait pas de raison de nous regarder comme ça, mais les étudiants, c’est bizarre, ils se nourrissent pas et ils font de l’ordinateur tout le temps, pas étonnant qu’ils soient verts.

Après Pascal a versé un échantillon de sa collection sur l’ordure, moi j’ai craqué une allumette, ça a fait « VLOOF ! ! », les flammes sont montées très haut tout de suite, ça m’a un peu cramé les cheveux, j’ai eu vachement peur, mais Pascal, il était là tout de suite, il m’a tapé dessus avec le torchon, ça a éteint le feu, c’était humide, mais ça faisait un peu mal aussi, parce que Pascal, il a tapé un peu fort, je tenais plus très droit, René m’a soutenu, il m’a ramené au bar, Pascal a servi une autre pression sur le compte de la maison, et puis après on a bien rigolé mais j’étais un peu paf.

Bon, le type, il a pas brûlé complètement, il s’est relevé en hurlant, il est allé s’écraser dans une des jardinières moches de la mairie où ils avaient planté des bégonias fânés, des canettes et des mégots de cigarettes, il a fourré sa tête dans la terre, ça a un peu éteint le feu, il a enlevé la plupart de ses vêtements et il les a jeté au loin, le tout en hurlant et en nous regardant comme si on était le diable, nous on rigolait bien, moi moins parce que j’étais un peu assommé, mais je participais en faisant hin hin hin, et puis Pascal il lui hurlait des trucs, genre, voleur d’essence, ma collection, ou des trucs comme ça, c’était génial.

Pascal, il y tient à sa collection d’essence, faut pas déconner avec.

La prochaine fois, l’ordure réfléchira avant de se garer sur un passage piéton, surtout devant une école. C’est vrai quoi, c’est super dangereux pour les enfants.

Non mais.

= commentaires =

nihil


    le 12/04/2005 à 12:47:18
Patron, une autre !
Ouais... Enfin tout ça c'est bien pour nous faire chier quoi... Avec leurs impots là, vous croyez quand même pas que y a tout qui va dans les hostos et les maisons de retraite où y a les vieux qui crâment l'été ? Ouais...
Patron, une autre !
Enfin, moi jdis ça, mais bon les vieux c'est encore autre chose hein, à la limite des fois y en a qui devraient crever plus tôt. Jdis pas ça pour vexer hein, moi aussi comme tout le monde je voudrais mourir le plus tard possible. Mais bon, vise les déchets des fois ! Ahahah, ouais putain. Y en a qu'on devrait incinérer à soixante ans, morts ou pas.
Patron une autre !
Moi jdis pas, soixante ans, y en a qui se portent très bien et tout et qui font leurs courses avec leur cabas, et toutes ces vieilles peaux qui te passent devant à la boulangerie ! Mais poui parce que si c'est pour nous faire chier à pas redémarrer aux feux rouges, attention hein ! Eh oui mais oui ma bonne dame c'est toujours comme ça que ça se passe, quoi, c'est les forces vive de la patrie, genre moi par exemple, qui pâtissent quoi !
Patron, une autre !
Les feux rouges, y en a un en face de chez moi, bah je peux vous le dire : y a même pas de route qui croise. On reste coincés là pendant des heures, tout ça pour des cons de piétons. Ah excusez-moi, ça m'arrive de marcher moi aussi, mais là faut pas exagérer, si ça continue on va nous mettre des priorités à droite sur les autoroutes ! Y zont qu'à acheter des bagnoles les piétons, au moins ça ferait redémarrer l'économie.
Patron, une autre !
Nan mais je vous dis moi, tous ça c'est pour nous arnaquer, on bosse comme des chiens pour payer des maisons de retraite et des feux rouges qui servent à rien quoi. Mais c'est ça ! Mais oui, mais c'est exactement ça n'empêche !
Patron, six autres !
Et des cahouettes, parce que là j'arrive plus à fermer ma gueule de con !

Commentaire édité par nihil.
Dourak Smerdiakov


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    le 12/04/2005 à 12:57:02
Ca me rappelle une chanson de Renaud.
Kirunaa


    le 12/04/2005 à 13:41:36
Quel salopard !
Z'on bien de le flamber, çui là.
Arkanya


    le 12/04/2005 à 18:24:03
J'ai adoré, c'était génial, certainement mon texte préféré de la Saint-Con !
Nounourz


    le 12/04/2005 à 21:14:52
c'est un chic type ce pascal avec sa collection d'essence
Lapinchien


tw
    le 13/04/2005 à 14:10:06
J'ai juste commencé ma lecture mais y a deja un passage d'anthologie : " Son dernier ouvrage, « Ca nique à OK corral », aurait rencontré, dans son milieu, un bon succès critique. Moi, j’ai jamais réussi à lire ses trucs, au bout de deux paragraphes, ça me tombe des mains."

Qu'est ce qui te tombe des mains au bout de deux minutes de lecture d'un roman porno ?
Lapinchien


tw
    le 13/04/2005 à 14:25:26
Je viens de finir ma lecture et effectivement, çà m'est tombé des mains...
Nounourz


    le 13/04/2005 à 15:21:48
tu viens de lire "ça nique à OK corral" LC ?
Aka


    le 13/04/2005 à 15:52:33
Euh mouais même pas drole, j'ai juste eu l'impression de m'être connectée au bar en fait.
Phiip


hé !    le 16/04/2005 à 10:51:27
Hé, Lapinchien, on a pas le droit de se branler en lisant mais textes !

Non mais...

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