LA ZONE -
Résumé : Mamie Ginette fait son marché dans un Teknival pour s'acheter comprimés et substances illicites. Rien que l'idée de départ vaut le déplacement. Au début on capte rien, submergé de jargon technoïde et psychotrope, puis on se cale tranquillos dans le texte et on se laisse divertir sans se poser de questions. Bonne ambiance, un vrai carnaval hallucinogène, un bon sketch psycho-addictif. Bien trop long pour tenir complètement en haleine toutefois.

Mamie Ginette fait son marché

Le 16/02/2006
par Lemon A
[illustration] Kaki basique en faction derrière les donations. Sympa et serein, il vendait ce qu'il affirmait être "des artisanaux bleus", ne cédait pas à moins de 100 francs l’unité. Mamie Ginette emplie des espoirs propres aux débuts de quête ne visa même pas les comprimés. La mention artisanal ne l’impressionnait pas. Elle trouverai moins cher ailleurs.

« Pas de précipitation, surtout paaas de précipitations »

Furetant dans les allées sombres et cornues de la teuf, elle cibla 2 autres kaki. Ceux ci, casquettes piercées et bagouzes mortifères, filaient direct au sas de crémation : nonchalamment appuyés contre un gros pilier vertical à moitié explosé ils préparaient des poutres horizontales pour totalement s’exploser. Mamie Ginette les rejoignit à grandes enjambées rectilignes, accrocha une paire d’yeux, et, sourire en façade, s’intrigua :

"C'est quoi ça ?"

Réponse ésotérique dans une langue latine apparemment italienne, signe d’incompréhension réciproque, tentative en anglais.

« Ouat iz diss ? » s’appliqua mamie Ginette en désignant d’un hochement de menton calculé les 2 traits blancs que façonnait son interlocuteur principal. Celui-ci était assisté du second casquette piercée/bagouze mortifère qui, par dessus son épaule, braquait le faisceau d’une lampe électrique.

Aaaaah » rigolèrent-ils en se regardant l’un l’autre. Vraisemblablement la requête de mamie Ginette avait sonné quelques cellules valides dans leur cervelle enfarinée. Les deux cloches se firent plus résonnantes.

« Aimé dé aimé a » tintèrent-elles en cœur « aimé dé aimé a » retapèrent-elles en canons « velly goude aimé dé aimé a » conclua celui qui préparait les rails. Puis il sorti une paille en carton roulé, se l’enfonça dans une narine et sniffa bruyamment. Un demi centilitre de morve soupoudrée devait lui couler dans la trachée. « Dou iou wanté ? » D’un tempérament jovio-commercial il tendait support et rouleau en direction de mamie Ginette, l’invitant à s’envoyer le trait restant. Bravant l’hépatite elle renifla dans la même paille d’une seule rasade bien envoyée. La brûlure amer du MDMA l’entrepris immédiatement au fond du pif, un goût âcre descendait jusqu’à la base de son cou d’un rythme chicot ravalé. «Aaaaaaah goud drug » grimaça mamie Ginette, elle secouait la tête comme une vache indisposées par les mouches. Un régiment d’assurance emportait ses globules rouges. PIM PAM POUM, sérénité du bien sucé. Incontestablement la poudre valait la mèche. « Goooooouuuud drug » confirma mamie Ginette. Elle escaladait plein pot l’échelle de l’enthousiasme.

Bonne nouvelle, les italiens en possédaient un stock à fourguer.

« Maaaaaaaahhh… » le gars sortait un petit sachet plastique fermé par un zip qui contenait une douzaine de cachetons, expliquant à grand coup de mimiques et de « aimé dé aimé a » récurrents que « yes yes » c’était bien le même produit. Peut-être avaient-ils écrasé les comprimés pour les prendre en trait ou peut être se foutaient-ils de sa gueule. Mamie Ginette s’empara d’un ecsta et se pencha pour l’observer à la lumière de la lampe. Elle hocha la tête et esquissa un sourire entendu lorsqu’il reconnut les Papillons Roses, une série de soi-disant ecstasy charclés aux amphétamines. Les italiens cédaient à 50 francs l'unité. Elle décida d’acheter un comprimé, à défaut de francs paya en pesetas et déclamant d’affirmative que 100 francs valaient 2000 pesetas ajouta son vice au bizness. Comme personne n'avait de monnaie sur 2000, elle en acquis deux. En prenant congé, mamie Ginette calcula que 2 ecstasy coupés aux amphétamines + un trait de MDMA pur lui avait coûté 80 francs.

Bénéficiant des effets socialisant du MDMA mamie Ginette se sentait d'attaque pour continuer son marché au village de camions. Ses neurones empathiques lui suggérèrent de dénicher un support adéquat afin de vérifier les Papillons Roses. Elle retrouva d’abord la fiole de Marquis dans la troisième poche latérale gauche de son baggy/treillis et parti en quête d’une assiette. Elle longeait le mur extérieur des festivités. Des voitures étaient stationnées en brochette de part et d’autres du chemin. Plusieurs points lumineux, fixes ou mobiles, lampes torches, phares, feux et briquets intermittents picoraient la nuit claire. Des cavaleries de son sourd transperçaient les briques grises du bâtiment : usine classée fin XIXème longtemps abandonnée aux revenants.

Mamie Ginette obliqua finalement derrière l’usine. Elle repéra droit devant elle la formes massive et fat des camions disposés. Au village les poêles grésillaient sur les feux et les démarches confirmaient. A cette heure çi comme à toutes heures, c'était kétaland le pays des marionnettes et des chiffons heureux. Au premier feu elle connecta un groupe hardcore punk crade et germanique. Ils étaient quatre éparpillés aux confins du système solaire. « Hello my friends, could you please lend me a plate ? », gazouilla mamie Ginette en double bubble gum stylee. Elle traduisait beaucoup mieux à présent, ne cherchait plus ses mots, les prononçait naturellement en imitant l’accent texan. « Could you please lend me a plate ? » elle répéta. Un des grognards sembla comprendre la requête, leva son cul et la dirigea en slalomant dangereusement vers un hypothétique ustensile de cuisine. Son allure peu assurée permettait à mamie Ginette de suivre le train sans s’essouffler ni faire grincer ses os. Elle bravait les cambrures anarchiques du sol, évitait un trou et enjambait câbles et moult objets non identifiés.

A mi-chemin, entre deux culs de camion, le guide exigea une donation en retours du service. Vexé d'être ainsi prise pour une touriste mamie Ginette l'envoya bruyamment se faire foutre. Elle arriva d’elle-même vers un deuxième feu (résidus de foyer) regroupant le quart le plus trash des travellers allemands (ceux qui n’avaient jamais réussi à atteindre le premier feu). Dans son anglais merveilleux, elle tenta de les éclairer sur le principe du test de Marquis, espérant tel un colporteur d'antenne parabolique, susciter la curiosité de ses interlocuteurs avachis, puis demanda poliment une assiette afin de procéder à la démonstration. Le seul membre de son auditoire d'écroulés apparemment capable de réagir, leva une paire d’yeux à orbite vitreux et lui demanda, à mots pitchés, si elle faisait partie des renseignements généraux. Celui-ci devait se prendre pour un rebelle hautement contestataire et mamie Ginette pensa qu’avec d’aussi subtils activistes la révolution était mal engagée, à la suite de quoi elle se rappela qu'en fonction des types d'abrutis, tester son taz avant de le claper…voyons voir… Sainte Vierge de saperlipopette mais ça faisait keuf !

Profitant de sa réflexion, les allemands grognèrent quelques borborygmes incompréhensibles puis son interlocuteur principal signala un désir d’observer l’ecsta. Mamie Ginette farfouilla dans sa poche et lui tendit un comprimé, l'autre le contamina de ses doigts dégueulasses. Il l'observait d'un oeil torve en maugréant. Sa tête balançait d’avant en arrière et le Papillon Rose se retrouvait parfois à un poil de narine de ses lèvres gercées. Allait-il le rendre ou le gober ? Cette question traversa simultanément l'esprit des deux protagonistes. Mamie Ginette conforté par l'aisance tranquille du MDMA précédemment sniffé patienta sereinement, n'esquissait aucun geste d'impatience ou d'incertitude tout en dupliquant le regard à la fois complice et assuré du gars à qui on ne la fait pas. L'onde atteignit son objectif et le comprimé retourna dans sa poche.

Le taz n’avait pas touché le fond du tissu qu’un inconnu sorti de la nuit cloua l’action.

Chapitre suivant : il déboulait d’on ne sait où et se campa nerveusement devant le feu, raidit sur deux jambes artificiellement gonflées par un baggy boueux, cheveux blond crade en bataille et rictus pincé de strychnine, ses yeux roulaient de fureur, peut être parce qu’un mince filet de sang coulait sur son visage hagard :

"Where is this fuckin’ french ??" questionnait-il assortissant l’interrogation d’un air super furibard.

Egratigné au dessus du pif, il venait de se prendre un pain par un autre énervé, "a fuckin’ black who fuck everybody" et devait ignorer que ce n'était pas une bande de kétaminés hauts dosages qui risquerai de bouger leurs culs pour choper un mec où même le voir passer. Le lait bouillant fuyant de la marmite, mamie Ginette choisi de s’esquiver. Elle abandonna le sketch aux affres de sa destinée, et s’éclipsa, toujours à la recherche d’une assiette pour tester.

Mamie Ginette avançait prudemment sur une surface en terre battue semée de pierres coupantes. Au loin les sons se mélangeaient, rythmes soutenus, roulements de tonnerre enveloppants, des explosions simultanées. Elle chemina jusqu’à un feu autours duquel deux français s’employaient à rouler un joint. Le premier cramait un morceau de shit basique entre le pouce et l’index et, basiquement, l’effritait à creux la paume. Le second, basiquement, cherchait des feuilles. C’était des tranquilles, moins raides, descendus de Lyon et chiffonnés de n’avoir point encore dégotté de coke sur la teuf « putain on est en Espagne pourtant merde ! ». Mamie Ginette dépanna les feuilles et les autres, à défaut d’assiette s’engagèrent à lui fournir une tasse « après avoir fumé le joint ».

Ils discutèrent un brin sur les sons et la dégradation continue de l’ambiance dans les fêtes.

Les outils pour le test : le taz, une lampe de poche, la fiole de marquis, un canif, la tasse, et pour cueillir la goutte, une perche de papier aluminium malhabilement fabriquée. Le canif gratta l’ecsta, un demi cafard nain de poudre tomba au fond de la tasse, la perche de papier aluminium y ajouta une goutte de Marquis et la lampe électrique illumina le tout. Réaction lente d'abord brunasse (amphétamine ?) puis finalement noirâtre (méta amphétamine ?). Les 3 pseudo chimistes mataient en silence. Avec le couteau mamie Ginette agaçait la solution qui devenait totalement noire. « Le coquelicot est à la datura ce que ce taz est au MDMA » estima-t-elle finalement. Elle entendait demeurer brave et spécialiste. Les autres, bon feinteurs, acquiecèrent de « tu m’étonne » et « tu l’as dit ». Sur ce : « ben merci pour la tasse et bonne soirée les morveux ».

Retours vers la voiture.

A bord le chemin un van, porte latérale ouverte, attroupement serré en guise de devanture. De la lumière chaude style lampe à pétrole s’échappait de l’ouverture. Touche de convivialité, signe d’effervescence, curiosité titillée et volonté emportée. Mamie Ginette s’approcha. Elle aperçu un comptoir qui barrait l’entrée du van aux trois quarts. Derrière le comptoir (table de camping pliable), un freak des montagnes était posé sur un fauteuil (cuisine en fer oxydable). Mais les vraies stars du van, les putes routardes du far west, le plébiscite des attentions du moment, la source des paroles et le confluent des regard, se trouvaient très exactement au centre de la table. Exhibés dans un conséquent sac plastique transparent des morceaux de champignons séchés nourrissaient les libido hallucinogènes de l’assistance. Chemise à fleur ou sombrero ? Jim le surfeur ou chorizo ?

« Sont hawaïens ou mexicains ?? » demanda mamie Ginette à l’ombre la plus proche. « Mexicains » répondit l’ombre en pivotant sur elle-même. Mamie Ginette aperçut d’abord la pomme d’adam de son interlocuteur. Montante et descendante, elle coulissait paresseusement comme un téléphérique, proéminente et dominante, mobile et bien vivante. Une de ses ascensions emmena mamie Ginette jusqu’au menton : panorama sur champs ravagé, carnage de sparks purulents, rouges, blancs, mûrs, fraîchement explosés et regrattés. La flamme de la lampe à pétrole, perverse comme toute les danseuses, les rendait plus luisant encore et ajoutait du suintement à l’épiderme saccagé. Une vraie pizza napolitaine ! Mon dieu quelle mauvaise peau pensa mamie Ginette.

Détournant le regard, elle reporta son attention sur la table du van et remarqua deux gros morceaux de shit mal découpés harmonieusement disposés sur les deux bords du sac à champis. « Du bon pollen » réflexa-t-elle salivant leur prometteuse apparence.

Si dans les boutiques gavées de monde maîtres et petit personnel se situent communément à bord le nervous breackdown, le marchand ici posé ne semblait pas autrement dépassé par l’affluence. Il affichait un calme plat, économisant gestes et paroles, ne se pressant pas pour servir ou négocier sa cargaison, répercutant une attitude lisse, limite blasée, jetant parfois un coup d’œil à sa compagne, une grosse fermière sanguine à couettes échevelées qui se tenait à l’écart des conversations, assise sur une pile de couvertures indiennes au fond du compartiment. Le client du moment, un petit pois à casquette dévissée, exposait avec emphase et force mimiques sa science des hallucinogènes. Son air amicalo-interessé était palpable, il convoitait la sympathie du pourvoyeur. « Cherche à faire baisser les prix le saligaud » analysa mamie Ginette pour elle-même. « Mais qui possède de la vraie bonne coke végétale, une plantureuse paire de seins parée d’un cul superbe ou des liasses à gaver attire naturellement la bienveillance » nuançait-elle en poursuivant son dialogue hermaphrodite. Puis la petite vieille ecstasiée considéra la difficulté de cerner précisément les motivations de ses contemporains. « Qui sait d’ailleurs si chacun est seulement capable d’identifier les fondements de ce qu’il branle ». L’esprit naviguant mamie Ginette avait décidé de patienter pour se procurer du bon pollen. Celui-ci était trop rare pour laisser se perdre l’occasion. Par intermittence elle re-motivait la patience en amenant sa concentration sur la table du van pour apprécier le tempérament frais du haschich : jaune/brun tendre et gonflé, puis elle surveillait le freak des montagne, halé d’un teint de paille sous chapeau blé. L’homme continuait de converser avec le petit pois décidé, une auréole de sérénité se déployait au dessus de son couvre-chef usé. Mamie Ginette, encore émoustillée par les molécules actives du MDMA sniffé un peu plus tôt, ne parvenait pas à fixer son attention, ses yeux voguaient du shit au marchand, du marchand au shit et puis du shit aux autres scènes de l’assistance.

Principale attraction : un petit gros perché et lourd rabattait du monde et animait la salle d’attente. Sa voix éraillée surplombait les discussions éparses. Un timbre de juif du sentier parsemées de piques suraiguës qui évoquait le break-beat saccadé des indicateurs de fréquences. Le tonnelet ambulant vantait principalement les aptitudes psychoactives des produits disposés sur l’étal. Personne n’aurai eu envie de lui ressembler. Tassé, rustaud, cétacé, rougeaud, il infusait de son enveloppe corporelle quelque chose d’insupportable, un à priori rapidement esquissé du pire casse couille, crédible concurrent des belles mères ; de ceux qu’on se refuse de recevoir à dîner, dont on se demande parfois comment il font pour passer devant le maire et dont on plaint finalement la femme et les enfants. Mais en dehors de ces réserves, et à mieux apprécier son état de l’instant, la qualité de l’achalandage dont il célébrait les vertus paraissait effectivement incontestable : sa verve artificielle et son éloquence gargantuesque, l’aisance et la force du souffle promotionnel, et surtout la totale inconscience d’un hyper enthousiasme indéboulonnable titillaient avec insistance l’envie d’une bonne foncedade. Puis voilà qu’entre deux diatribes publicitaires l’agité du cervelet se perdait et reperdait en conneries sur Interpole gonflant et graduant abusivement les compétences de l’institution planétaire, lui prêtant mille et une méthodes vicieuses et performantes de spy. A en croire l’excessif bavard, il n’était pas possible de pisser contre un arbre sans qu’un satellite mesure la taille de votre queue en calculant à la virgule sa puissance de débit. Autant dire que les teufs devaient être littéralement envahies d’agents secrets à la solde de l’oncle sam et de ses sbires. L’opinion des gens présents tout autours balançait majoritairement entre indifférence mollassonne et gazouillis vagues d’assentiment. Mais les plus jeunes, puceaux naïfs et innocents de l’épisode, approuvaient stupidement et alimentaient ainsi le flot continu de la mitraille crécelle. L’émetteur ne s’arrêtait jamais de toute façon, un simple regard dans sa direction ou un hochement de tête, même imperceptible, suffisait à en recharger les batteries. Mamie Ginette tout simplement soûlée par la dialectique du bonimenteur et plus encore par la réception apparemment positive de son exposé débraillé s’efforçait de ne pas la ramener. Ce genre de discours alternatif, fantasme du complot et de l’efficience institutionnelle, prospérait sur les parano traditionnelles des marges, un échafaudage de frayeurs communes qui bâtissait une pseudo identité de groupe et tissait les liens solidaires. Mythes et légendes scellaient les peurs culturelles « Quelle bande de blaireaux ! » pensait mamie Ginette qui, trop ardente, fourrait tout le monde à la pelle, paf paf, dans un grand sac poubelle. Elle s’encanaillait complaisamment dans la médisance mentale, extrayant ces quelques diamants d’autosatisfaction propres aux veines du fiel et du cancan. D’autant que son humeur badino-MDMesque la maintenait à point, ambiance cartoon et indisposition relative. Détachée. Fâchée mais détachée. Extérieure. Fureur mais extérieure.

Lorsqu’enfin le freak des montagne termina la transaction et que le petit pois, acquéreur envié de quelques champignons magiques, s’en retourna vers les zones d’ombre, mamie Ginette profita de l’interstice pour capter l’attention du van :

« eh houhouh, jeune homme !!! »

Le freak des montagnes, leva la tête vers elle en refermant le sac de psylos. Malgré les érosions de l’âge, sa voix aiguë avait percé :

« Salut fiston, tu peux m’faire un bout de shit ?
_ tu veux combien ?
_ pour 50 balles »

Le dénigrement des pauvres il n’y a que les textes pour l’occire. Le freack grimaçait d’une moue discourtoise, un ramsellet ça faisait toujours chier. Bon gré mal gré il enchaîna en risquant ses molaires sur un des deux morceaux et recracha un ongle taillé court de hasch.

« Attend t’abuse c’est trop ledge rajoute un peu »

L’autre remis un coup de dent sans rien dire, sculpta un demi ongle qu’il fractionna en deux, saisis le plus gros bout (3 joints supplémentaires), l’ajouta au morceau déjà présenté et exposa la somme à l’acquéreur.

« Va z’y putain y a même pas un gramme, rajoute encore s’te plait »

De mauvaise grâce il balança le dernier bout sur la table (2 joints supplémentaires). Mais emportée par son élan mamie Ginette en redemandait toujours plus. Tel un Léon 15ème pastis tisonné par une danseuse de balloche elle en voulait, en revoulait et rebraillait encore.

« Encore, encore !! »

Cette fois le freak des montagnes repris les 3 bouts exposés sur la table en fermant le poing. Il maugréait un vague équivalent de « écoute c’est bon la vioque, tu me gonfle, je te vend rien du tout ». Visiblement mamie Ginette avait dépassé un seuil de tolérance et le gars s’abstenait commodément de rafraîchir son stock. Pourquoi perdre plus de temps pour 50 misérables francs, fussions nous un amis des déshérités et des grands mère a lunettes. La qualité de ses drogues mettait tout le monde d’accord. Elles partiraient de toute façon = réduction significative des marges de marchandage. Mamie Ginette le savait également et appartenait à ceux qui acceptent facilement de dépenser plus pour acquérir des produits purs. Victime de la guerre, elle avait laissé sa fierté sur la bite de trois SS allemands en 1943 et rattrapa facilement l’affaire d’un « non non c’est bon je prend » en dégainant un billet de 50 qu’elle agitait comme une bouteille d’Orangina rouge. L’arôme de l’argent tourne les têtes et corromps jusqu’aux pucelles d’Orléans. Ainsi les émanations de la monnaie secouée devant son pif rendit au freaks des montagnes son appétence. Ainsi la séquence se dénoua rapidement et mamie Ginette obtint environ un gramme de très bon shit.

Les bouts de pollen avaient rejoins les taz conditionnés dans un plastique de paquet de clope. Mamie Ginette se cala le sachet improvisé entre les rides de son sein gauche, puis leva l’ancre et continua de s’en retourner vers la voiture. Deux fois 50 mètres plus loin elle reconnu la Simca 1000 de tonton Marcel, s’avança et cogna contre la vitre du conducteur. Tonton Marcel leva les yeux. « Aaaaargglll !!! » en portant les deux mains ouvertes autours de son cou mamie Ginette simula un étranglement à œil exorbité et moue distordue. Sa passade déclencha un vague sourire, tonton Marcel baissa la vitre « va z’y monte derrière ». Sur le siège du mort, pépé Alphonse, le pote de tonton Marcel, s’occupait de rouler un joint. Il humectait d’un double coup de langue rapide et saliveux la bande collante Rizzla original pour refermer le cône. Pépé Alphonse se gargarisait de rouler plus vite que tous ses congénères de la maison de retraite. Il n’hésitait jamais à proposer des défis. « T’es pas atteint de la maladie de parkinson ? il demandait. Mamie Ginette s’installa à l’arrière du véhicule. Elle déballa ses commissions.

Un quart d’heure plus tard les trois compères avait fumé le joint et avalé un demi Papillon Rose chacun. Ils attendaient la montée mais mamie Ginette qui en raison de sa faible corpulence, louvoyait déjà dans l’espace intersidéral, éclipsa la dernière moitié d’ecsta et retourna dans la teuf. Elle abandonna tonton Marcel et pépé Alphonse qui parlaient foot et tour de France, se retrouva sur le chemin mal éclairé. Il faisait froid, du vent soufflait. Cap sur l’usine, pour se chauffer.

A l’intérieur 40 kilos de son pulsaient. Mamie Ginette oscillait vaguement du genoux en pensant au déhanché d’Elvis Presley quant un français locké jeune pousse passa une main autours de ses épaules et lui proposa des trips. Il se tenait penché sur son oreille remplie de poils. « Des E-mail » qu’il lui gueulait, "50 balles l'unité parce que j'en ai que 10" se justifiait. Jamais à court d’idée, quarante ans de métier, mamie Ginette se jeta sur l’occasion et fit savoir à ce jeune coq qu’elle troquerai volontiers un de ces fameux E-mail contre une moitié de taz. Le gars désirait voir l’ecsta pour se faire une idée. Il l’inspecta comme un prix Nobel de biologie observant une partouze de microbe à la loupe, puis passa un rapide coup de langue dessus, avala sa salive en plissant disgracieusement les narines : "non merci ça m'intéresse pas, bonne soirée madame", enfin tourna talons, traça direct devant lui et s’évanouit dans la faune ondulante.
.
Mamie Ginette remonta sa capuche qui lui donnait des airs de troll et se replongea dans les boucles sonores. Alors qu’elle fermait les yeux et commençait à partir en spirales un autre français (c'est gavé) la trentaine banale, laide et marquée se rapprocha. Il entama la discussion sans autre transition. Son teint blafard même dans l’obscurité ne présageait rien de bon pour son avenir. « Mon Dieu de saperlipopette qu’il est laid ! » boudait mamie Ginette. Il habitait Paris et racontait sa vie à haut débit. Du tac au tac lui répondit qu’elle résidait sur Montpellier (pour le décourager). Mais l’autre enchaîna, jacassait toujours comme un mauvais petit canard et ils s'aperçurent finalement qu'ils avaient des amis commun dans le milieu de la pétanque languedocienne. Le gars lui confessa qu'il aimerai bien s'installer là bas et continuait de meubler sur la mer, le soleil et les palmiers. Sans doute trompé par la capuche remontée, ne s’était-il pas même rendu compte qu’il s’adressait à une vieille dame et le vilain fangeux se lâchait sur les meufs, les étudiantes, nombreuses à Montpellier.

" à 20 ans elles sont encore serrées j'adore, t'as quoi comme dope ?
_ un demi ecsta comme tu vois
_ il est comment ?
_ moyen mais ça va"

Le gars venait d'arriver, il débarquait à peine dans la teuf et s'était mis un gramme de braun la veille, sans retenue l’avouait et faisait preuve de cette impatience si caractéristique des tox mal barrés. En conséquence de quoi, il était prêt à rénover le trou du cul du pape pour se charger. Mamie Ginette fourgua son demi-taz pour 50 balles. Tout emballé pesé, elle savoura vite fait qu’un taz et demi coupé aux amphétamines + un gramme de très bon shit + un trait de MDMA pur lui en avaient coûté 80.

Mamie Ginette sorti du son, du bâtiment, se retrouva dehors et revint vers la voiture. En cours de route elle s'arrêta à un feu pour se réchauffer, assis derrière 5 ou 6 français. Ils avaient tendu une bâche à un mètre du sol. Plus en retrait un gars kaki lunette préparait de la kéta à la poêle Téfal qu'il maintenait sur un réchaud en faisant glisser le liquide. Assis coté bâche ses potes assez jeunes. Debout en face un groupe de 4 français style traveller, plus vieux. 3 sous kéta "prout prout". Parmi eux, un blond la quarantaine toxique proposait du rach'. Le gars aux acides repassa, "savez pas ou je pourrai trouver de la rabla ?". Personne savait. Pour pas rester en restes le cuisinier suggéra les espagnols « y z’en avaient hier ». Le gars au acides prit note et se cassa, les 3 vieux kéta « prout prout » aussi. Du groupe d’en face il ne restait qu’un rac’ avec un anneau planté sur le sourcil droit, la trentaine burinée et des locks. Ils discutèrent un brin. Le gars aux locks biznessait des ecsta, « des jaunes belges, très bons » disait-il, « méta amphet avec quasi pas de strychnine », le gars ajouta qu'il ne supportait pas la strychnine. Il les vendait 100 balles, avait touché les 10 à 600 "tu comprend ça me paye le voyage". Mamie Ginette tentait de négocier, l’autre lâcha juste : "je peux pas les faire à moins mais si tu veux je te file un ou deux rail de kéta avec". Il proposait le gramme de kétamine indienne à 300, "elle est super puissante et c'est vraiment un bon gramme, tu fais au moins 20 rails". La poudre était blanche et faisait des petits cailloux. Le gars s'emballa, décida d'offrir deux traits « pour que tu vois - ah c’est cool mais là tu vois de la kéta maintenant euh…non la kéta j’veux pas en prendre maintenant ». Alors le gars conditionna un peu de poudre dans un rectangle de papier "tiens si tu veux pas les prendre tout de suite tu les prendras plus tard, tu va voir c'est de la bombe". Mamie Ginette encaissa le rectangle de papier et calcula : 1 trait de MDMA pur + un taz et demi coupé aux amphet’+ un gramme de très bon shit + deux rails de kéta = 80 francs. Puis le type parlait héro, " c'est dur de trouver de la bonne dreu sur les teufs, y avait de la blanche qui tournait elle était dégueu, coupée au moins à 90 %". Y prétendait préférer la coke ou l'ecsta mais surtout la coke : "pour le bizness c'est le mieux faut surtout pas prendre de kéta sinon tu fais n'importe quoi, tu sais plus où t'en es, tu fais n'importe quoi, tu perd tout, c'est pas la peine".
Un autre gars passa, il proposait de l'essence "du gaz oil 3 francs 50 le litre". Négociable à 3 francs.

= commentaires =

nihil


    le 16/02/2006 à 17:42:25
Sympa, la nouvelle meuf de Monsieur Maurice, dis-donc.
Bon j'aime bien le ton décalé, je trouve juste que ça joue pas assez sur le concept de base : j'aurais bien vu un cabas, un fichu sur la tête et plus d'insistance sur les tics de vioques pour ajouter au décalage. Et puis surtout c'est beaucoup trop long et circonstancé, y a un moment où on a pigé le coup et où on a envie que ça passe à l'étape supérieure, mais ça décolle jamais vraiment. Et ça se termine bien méchamment en queue de poisson. Ca bouffe pas tout le plaisir de la lecture, mais ça aide pas.
Dourak Smerdiakov


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    le 16/02/2006 à 22:10:58
Faut toujours se pencher en avant quand on pisse dans la nature, à cause des satellites. C'est aussi pour ça que le capitalisme sauvage tient absolumment à vous agrandir le pénis.

Sinon, d'accord avec Nihil dans l'ensemble. Je salue l'effort pour la qualité d'écriture, pas mal récompensé, et ça, ça fait plaisir. Même s'il manque une étincelle, je ne sais quoi qui allume le pétard.
Lapinchien


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    le 16/02/2006 à 22:18:44
Fait tourner Dourak
Dourak Smerdiakov


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    le 16/02/2006 à 22:26:52
Je ne suis pas sûr d'identifier clairement sujet et COD dans la phrase ci-desus. Et ça m'inquiète.
Lapinchien


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    le 16/02/2006 à 22:55:11
c'est pas grave, c'est la drogue...
Nounourz


    le 17/02/2006 à 11:55:02
héhé moi j'ai adoré ce texte
faut dire, ça me rappelle plein de souvenirs de free party et de teknivals...
ça tient plus du reportage/témoignage que du texte narratif à proprement parler. a classer dans un nouveau dossier "documentaires animaliers", donc ^^
Malax


    le 17/02/2006 à 12:45:55
J'aime bien aussi, ça sent le vécu; mais l'idée de la vielle qui va dans les raves n'est pas assez exploité et fichtre ce que c'est long !
Womble


    le 17/02/2006 à 17:52:11
J'ai pas trouvé ça si long, et l'écriture m'a bien fait marrer.

Je sens un bon gros potentiel de série là-dedans : "La maison de retraite s'amuse". Les aventures de mémé en Teuf.
Avec en guest Nourz.
nihil


    le 17/02/2006 à 21:04:43
Jeu-concours spécial : retrouvez lequel des abrutis que croise Mamie Ginette dans le texte de Lemon A est Nounourz.
Lemon A


    le 18/02/2006 à 00:12:37
Ouais vous avez raison.
Merci pour les commentaires.
Dourak Smerdiakov


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    le 18/02/2006 à 00:27:38
De rien. Sers-toi. Est-ce-que-tu-suces ?
trognon     le 18/02/2006 à 01:32:02
C'est qui la sauce du plat du soir, j'ai pas bien suivi?
Nounourz


    le 18/02/2006 à 04:05:59
C'est la gloire de se retrouver cité en exemple dans les commentaires du texte de quelqu'un d'autre ^^
totor     le 05/04/2006 à 10:58:56
sympa...du vécu et des souvenirs....merci mamie ginette
Dourak Smerdiakov


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    le 01/09/2006 à 00:07:00
Par contre, Lemon A, je voudrais savoir si je te dois un versement de droits d'auteur pour utilisation de Mamie Ginette - la perfection au masculin - lors d'un tour de notre célèbre concours intergalactique "à la recherche du nouvel auteur maudit" (toutes responsabilités assumées par lapinchien).
Lemon A


    le 01/09/2006 à 22:23:42
Tu fais pas de soucis Dourak, mamie Ginette je veux bien la faire tourner.
Mill


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    le 08/03/2007 à 12:43:35
Long, chiant, mal écrit, pas drôle. Pas aimé du tout.
statok     le 03/11/2009 à 18:09:39
j'ai lut ton texte avec nostalgie du weekend dernier, le style de l'ecriture colle bien avec le sujet, expression bien trouver, pour moi le seule hic est que çé parfois un peu long,puis faudrai trouver une chute
Dourak Smerdiakov


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    le 04/11/2009 à 16:57:17
Moi, j'aime mieux mamie au gué.

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