LA ZONE -
Résumé : Je sais plus où on en était de l'histoire, mais peut-être qu'on s'en fout. Hag nous précise de lui-même qu'il n'arrive plus à être drôle, ce qui m'évite de le faire. Ca sent clairement le manque d'inspiration, avec un bond de nos héros dans une faille spatio-temporelle et leur recueil par une frégate militaire britannique. A un gag par paragraphe, on s'ennuie vite. C'est pas grave, on verra la suite.

La belle et noble geste d'Arthur, roi de la Bretagne du Haut et du Bas, chapitre 5

Le 03/07/2008
par Hag
[illustration] Etait-il mort ? Pouvait-il encore mouvoir son corps ? Ce néant, cette absence de forme, de couleurs, était-ce le Paradis, l'Enfer ? Allait-il perdre conscience ? Dans le vide Arthur semblait entendre des murmures, mais ne devenait-il pas fou ? Où avait-il pêché ? Merlin les aurait-il trahis ? Il avait du se tromper dans ses formules ce vieux con. Mais comment lui, le Roi, avait-il bien pu faire confiance à un pédé sénile ? Il sentait son esprit s'embrouiller, il n'espérait plus qu'une chose, que la folie vienne vite, car la conscience commençait déjà à être un lourd fardeau dans ce début d'éternité. C'était donc ça la mort. Pas d'anges, pas de félicité, pas de damnation ni de douleur. Seulement les champs infinis du néant, dans lesquels les âmes venaient finalement se dissoudre. Toutes les conneries des religieux ne résistaient jamais à la pratique. Putain de prêtres, fallait-il qu'en plus d'être pédophiles ils soient cons. A quoi bon avoir prié, a quoi bon avoir retenu ses coups ? Il s'en allait rejoindre le fleuve de l'éternité en compagnie de millions de tueurs, de saints, de sages, d'idiots. C'était fini. C'était nul. Néant.
Puis il interrompit son sombre soliloque en s'apercevant qu'il venait de se retrouver en un instant dans ce qui constituait le vrai monde, et il en fut soulagé, au détail près qu'il se trouvait toujours avec ses nobles compagnons, et que tous les six étaient présentement à une centaine de mètres d'altitude au dessus d'une vaste étendue de liquide aqueux, qui pour ainsi dire se rapprochait rapidement.

- Yeah la chute libre c'est trop fuuun !

Arthur n'eut que le temps de crier, en même temps que quatre autres voix, un "PUTAIN MAIS TA GUEULE GALAHAD" avant de heurter l'inamicale surface saline et iodée, et tout fut noir.


***


- Tu crois que ça a marché ?
- Pas la moindre idée. Ils sont partis, c'est sûr, reviendront plus, espérons-le.
- Oui. Bon. T'as prévu quelque chose de spécial ce soir ?
- Non. Branlette et dodo.
- Ouais ok je rentre alors. Il reste des pâtes ?
- Je crois. J'avais mal dosé. Je te les mets dans un tupper ?
- Ce serait sympa.
- Pas de problème. Bordel.
- Qu'est-ce qu'il y a?
- Je crois que je les ai laissé partir avec mon dernier tupper. Fait chier.
- On les rappelle ?
- Ce serait l'idéal. Mais je ne sais pas si c'est possible.
[voix sombre et mystérieuse] : Non, c'est pas possible.
- Bon ben... Fait chier.
- Bah laisse tomber, tu me les faxeras.
- Ça marche. C'est sympa d'être passé.
- Bah c'est tout naturel. La prochaine fois, j'essaierai de pas ramener de gols.
- Ou alors prends-les jeunes. Les affaires marchent pas très bien ces temps-ci.
- Ok j'y penserai. Allez, salut.
- Bon retour.


***


Etait-il mort ? Pouvait-il encore mouvoir son corps ? Cet endroit nimbé de blanc, aux formes floues, était-ce le Paradis, l'Enfer ? Avait-il perdu conscience ? Dans le vague Arthur semblait entendre des murmures, mais ne devenait-il pas fou ? Il essaya de regarder autour de lui, mais son corps allongé ne semblait pas vouloir réagir à sa volonté défaillante. Un visage emplit alors son champ de vision, celui d'une personne de blanc vêtue qui l'observait. Ses traits étaient doux, et couverts d'une généreuse barbe. Arthur ne put se retenir de murmurer "Dieu...", et en réponse, un sourire paternel éclaira le visage de son correspondant. Celui-ci prit alors la parole, et sa voix était calme comme la brise un soir d'été, et qui apporte avec elle le parfum lourd et enivrant des roses, une voix belle, vibrante d'amour et de sagesse. Ses paroles tombèrent.
- Ah, enfin réveillé. Je suis Henry Nordman-Wallace, chef infirmier. Vous revenez de loin croyez-moi.
- Je... Où suis-je ?
- A l'infirmerie du HMS Sheffield, destroyer anti-aérien de Sa Très Gracieuse Majesté.
- Hein ?
- Nos écrans radars ont présenté un étrange artefact voici de-celà une semaine. Un de nos canots semi-rigide est parti en reconnaissance, et vous a repêché, vous et cinq autres personnes.
- Cinq ?
- Oui, et pas plus que les vôtres, leurs jours ne sont plus en danger.
- Merde.
- Toujours est-il que vous avez fait une sacrée chute à ce qu'il semble. Bien, maintenant que vous semblez avoir repris tous vos esprits, peut-être pourriez-vous fournir quelques renseignements sur votre personne.
- Je suis le Arthur, Roi de la Bretagne du Haut, et de celle du Bas.
- Ah.
- Nous sommes à la recherche du Graal. Dites-moi, notre bagage a-t'il survécu à notre chute ?
- Nous n'avons trouvé que quelques armes soviétiques, et des tuppers de nourriture.
- Alors la vodka est perdue.
- J'en ai bien peur. Mais continuez je vous prie, comment êtes-vous soudain apparu dans notre espace radar à quelques trois cent mètres d'altitudes, en un instant?
- C'est un sort de Merlin. Pour nous envoyer dans ce monde où se trouve désormais le Graal.
- Ici dites-vous ?
- Il parait. Je ne suis guère renseigné moi-même. Mais peut-être pourriez vous nous prêter main-forte en cette noble quête.
- J'ai bien peur de devoir vous décevoir. Mais allons donc sur le pont, l'air marin vous revigorera.

Il suivit encore un peu sonné l'infirmier à travers les coursives grises du bâtiment, et croisèrent quelques marins affairés qui le saluèrent brièvement, empruntèrent les escaliers quasi-verticaux, franchirent une épaisse porte au dessus de laquelle un panonceau annonçait utilement que "Fire-proof door. Must be closed in case of fire", et purent enfin contempler le calme spectacle de l'océan infini qui entourait le navire. Enfin l'infinité était toute relative puisqu'à tribord était une île de fort belle taille. L'homme alla vers la proue, et s'appuya sur le bastingage, à proximité d'une plaque indiquant que "For your own safety, do not fall overboard", et ils profitèrent un moment du vent chaud qui berçait le pont. Le soleil tapait fort, sans doute était-on à proximité des tropiques.

- Voila, alors si ce que vous cherchez est dans les parages, alors il est sur cette foutue île.
- Qu'y vit-il ?
- Des primitifs. A l'ouest, indiqua t-il de sa main gauche, vivent les hommes-jaguars. Et à l'est, indiqua t-il de sa main droite, vivent les hommes-serpents. Allez voir ceux que vous voulez, ils sont tous aussi cons. On y trouve aussi quelques autre tribus dispersées - je vous fait grâce de leur noms - vivant tous dans un bordel inimaginable.
- Et vous, que venez-vous faire ici ?
- On n’a pas le choix. A la suite d'une faille spatio-temporelle, alors qu'on patrouillait au large des Falkland, on s'est retrouvé projeté dans ce monde stupide. On a bien essayé de revenir, mais sans cartes ni satellite, on a pas mal tourné en rond. Finalement on est tombé à court de diesel, et donc maintenant on attend. On effectue quelques raids pour se ravitailler et passer le temps, mais dans l'ensemble on se fait bien chier.

Ils observèrent un temps les oiseaux plonger attraper les poissons que l'on devinait se mouvoir près de la surface. Beaucoup perçaient le miroir aqueux en un bruit sec, mais peu ressortaient et reprenaient leur envol. Les corps souvent désarticulés des volatiles morts écrasés ou noyés remontaient régulièrement à la surface, donnant à la mer une drôle de couleur. L'homme recula en soupirant, et vint s'adosser à la tourelle d'une des pièces de 114mm, cachant l'écriteau qui spécifiait que "Warning, playing with the outer barrel when loaded may lead to hazardous results".

- Même les oiseaux sont cons ici. Et donc vous, vous êtes le Roi Arthur ?
- Vous semblez surpris. Qui d'autre serait assez stupide pour gâcher sa vie à courir après un gobelet brillant ?
- Je vous imaginais un peu plus... passionné.
- C'est parce que l'exaltation c'est beau, mais ça a une date limite de fraîcheur. La mienne est périmée depuis belle lurette.

Un autre oiseau heurta l'océan dans fracas invraisemblable, et une foule de poissons vint rapidement emporter les petits morceaux.

Et puis, alors, comme dans un rêve, les autres chevaliers apparurent sur le pont. Les retrouvailles furent pudiques mais fraternelles, moultes poignées de mains et chastes accolades furent échangées, et malgré leurs efforts ils ne parvinrent à envoyer Galahad à la baille. Le soir commençait à tomber, le soleil rougissant enflammait doucement la superstructure du destroyer. Alors, figure même de l'autorité, sortant de la passerelle de navigation, le capitaine fit son apparition. Il vint se poster à une balustrade au sommet du blockhaus, devant une batterie de missiles Sea Darts (cachant l'avertissement "For God's sake, do not poke the warhead"), surplombant les chevaliers. Il les jaugea longuement, avant de s'adresser à eux, la pipe dans une main, l'autre caressant sa barbe grise.

- Ohé mes amis ! Camarades d'infortunes, voyageurs d'outre-espace, chevaliers, mercenaires, espions bolcheviques, saboteurs Populaires, engeance communiste, qui que vous soyez, soyez les bienvenus sur Le HMS Sheffield ! Je vous en prie, faites de ce lieu votre demeure, venez à notre table partager notre repas, le pain de l'amitié et nos bâtonnets de poissons ! Ici, l'air est doux au soir, et le vent n'apporte que le parfum des fleurs magnifiques de l'île, tout n'est que joie, amour, et c'est un plaisir de vous voir vous joindre à nous dans nos repas et nos chants, que vos voix se mêlent aux nôtres et ensemble louons le destin, et les Dieux, car ici commence une ère nouvelle, et nous en sommes les hérauts. Et que la tempête se lève de derrière les collines, et que la mer renverse les empires des hommes faibles, car voici l'aube de la fin des temps, et le jugement, et les bêtes se terrent, et les hommes croient qu'ils peuvent résister encore ! Fous ! Qui peut se dresser contre Shrub-Nigolad le grand calamar, qui au fond de sa cité de basalte et de gabbro se réveille d'éons d'attente, voici enfin que ses plans éternels qui sont réalisés, et sa venue est proche, ahahah, gloire à Shrub-Nigolad, et prosternez-vous, et rampez devant sa puissance, ou soyez anéantis, foi de Cap'tain Igloo !
- Captain Igloo ! Répéta l'équipage d'un bel ensemble.
- Eh bien mes amis, je vous vois surpris, reprit le capitaine. Et si nous allions discuter autour d'un bon repas, car vous devez avoir grand-faim, et je suis sûr que nous avons beaucoup de choses à nous raconter !

Et son rire diabolique résonna longtemps sur le pont du navire.

***

En pendant ce temps, dans les fonds brumeux et sourds, sur les territoires sous-marins des abysses, entre les ruines décalées et bleuâtres, Staline s'approchait à bord de son bathyscaphe, maugréant à l'égard d'Arthur des menaces sans nom.

= commentaires =

l'ocsa     le 04/07/2008 à 19:39:10
le texte est marrant mais le dernier gros paragraphe et un peu long... dans le fond sa reste pour ma part un texte agréable et sympa... d'un autre côté je n'ai pas lu les autres de la meme série mais si ils sont tous dans le meme sttyle sa peut etre drole a lire a la suite...
Dourak Smerdiakov


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    le 04/07/2008 à 22:53:18
Au contraire, il n'y a que ce paragraphe-là qui est parvenu à vraiment me faire marrer.

nihil


    le 04/07/2008 à 23:54:50
Tiens, étrange.
Citation du Christ de Combourg, de Winteria (http://zone.apinc.org/articles/1955.html) :
"Dans les fonds brumeux et sourds, sur les territoires sous-marins des abysses, entre les ruines décalées et bleuâtres, la pieuvre Amork et Negana l’ourson blanc chassaient ensemble."

Citation de ce texte :
"dans les fonds brumeux et sourds, sur les territoires sous-marins des abysses, entre les ruines décalées et bleuâtres, Staline s'approchait à bord de son bathyscaphe"

C'est une incantation sataniste ?
Hag


    le 05/07/2008 à 00:22:33
Tiens étrange :
Citation de Petit Conte Apocalyptique, de nihil ( http://zone.apinc.org/articles/1045.html) :
"Dans les fonds brumeux et sourds, sur les territoires sous-marins des abysses, entre les ruines décalées et bleuâtres, la pieuvre Amork et Negana l’ourson blanc chassaient ensemble."

On va mettre ça sur le compte d'Alzheimer.
nihil


    le 05/07/2008 à 00:26:19
C'est la mode des zonards qui comprennent plus les vannes ? Si je te traite de tanche, tu vas tenter de me prouver que tu n'es pas un poisson ?
Hag


    le 05/07/2008 à 00:34:45
Je suis certain d'avoir déjà lu ta remarque quelque part.
Narak


    le 07/07/2008 à 00:58:39
C'est objectivement chiant comme texte, l'humour naze passait plutôt bien dans les précédents mais là j'ai même pas souris. En fait j'ai même décroché. Dommage, c'était pourtant l'attrait principal de cette rubrique d'être marrante sans être prise de tête. Mauvais épisode.
l'ocsa     le 12/07/2008 à 13:05:20
après avoir lu les autres volets de cette histoire il est vrai que celui ci est un peu décevant mais bon dans l'ensemble j'aime bien, et j'attend avec impatience les prochains épisodes...

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