LA ZONE -
Résumé : C'est une très belle histoire de cons que nous propose Traffic : personnages de boulets existentiels, scénario décousu et improbable, narration cynique et débile à souhait ; le tout condensé dans un genre de texte-apéro hautement abordable et très agréable à lire. Bon, l'ensemble n'est pas de très haute volée, la crémation tient en trois lignes, et le con n'est peut-être pas un con de compétition élevé en plein air ; mais c'est frais, c'est bien, c'est CMB.

Œil de sphinx

Le 11/04/2009
par Traffic
[illustration] Pour ne pas donner l’impression de relativiser la portée de ma défaite en finale du tournoi de Tennis de Pilat les Orges, je pris ma raquette et à contrecœur je la projetais de toutes mes forces sur le sol de terre battue en poussant un juron. Je n'avais pas préjugé de l'élasticité du matériau de cet accessoire sportif. Et c’est de cette façon que j’ai perdu mon œil gauche.

Certes être borgne n’était pas si grave dans un monde où l’on y voit pas plus loin que le bout de son nez néanmoins j’en gardais un souvenir meurtri car cet évènement s'était déroulé le jour même où j'avais obtenu de la rousse Sidonie un rendez vous derrière l’église. C'était d'ailleurs pour cette exacte raison que je n’avais pas joué correctement mon match. Sidonie, cette rousse à gros seins avait déja montré ses roploplos à tous les garçons du village. Lorsqu’elle avait jeté son dévolu sur moi, j’avais cru défaillir. A treize ans, on ne pense déja qu’avec son sexe, bien entendu.

Les évènements s’étaient déroulés de la façon suivante. Match de tennis, défaite, jet de raquette, rebond dans l’œil, gros hématome, saignement, départ avec les pompiers, nuit à l’hôpital, bandage sur la moitié du crane, trois semaines d’immobilisation à la maison, suivi médical lourd, opération.

Comme vous le voyez, nulle trace d’une paire de robert juvénile.

Des années plus tard, je travaillais pour un éditeur parisien. Mes amis m’appelaient Œil de lynx. Aucun manuscrit valable ne m’échappait. J’avais atterri là car je n’étais pas parvenu à écrire un roman valable moi-même. J’avais accumulé les tentatives dispensables. Je n’aurai pas admis que ça m’avait aigri mais c’est vrai que je jubilais plus intensément lorsque je refusais un manuscrit que dans les rares cas où la qualité du texte m’amenait à admettre que nous ne pouvions nous permettre de le laisser filer.

Dans le milieu, j’étais un peu connu. Les auteurs éclairés priaient pour ne pas tomber sur Œil de lynx.

J’avais décidé d’organiser une fête dans le jardin de mon pavillon de Montigny le Bretonneux. La météo était exceptionnellement bonne. Lorsque j’en avais parlé à ma femme, elle avait dit « faisons-le ». Mais en fait elle avait dit réellement ‘EUSON ‘EU. Car si moi j’étais borgne, elle en contrepartie était affublée d’un bec de lièvre.

Nos amis étaient charmants, et ma vie ma foi, bien que quand même très imparfaite, rayonnait largement au dessus de celle de tous ces auteurs qui écrivaient laborieusement dans leurs studios cafardesques et autres logements insalubres en se prenant pour des auteurs de l’époque du romantisme. Ah Ah les cons.

Après mon travail, finissant toujours le dernier (en faire toujours plus que les autres était une discipline que j’avais suivi depuis mon handicap), j’avais profité du petit moment de relâchement, ce prodigieux espace de sérénité que l’on connaît après une journée de labeur, pour passer commande chez le petit boucher de l’Ile St Louis pour le barbecue du week end. Deux kilos de belles côtelettes d’agneau entière et une cinquantaine de merguez pimentées.

J’entendais soudain la porte d’entrée jouer son tintement habituel. Surprenant. Le vendredi n’était pas un soir où les employés de la boutique revenaient finir un dossier. La plupart quittaient souvent le midi pour partir sur Deauville ou encore Aix en Provence en quête d’un week-end mérité.

Des pas se faisaient pressants dans les couloirs. La porte s’ouvrit ! Un homme inconnu me faisait face. Stature normale, le cheveu désœuvré, le menton fuyant. Je le reconnus aussitôt. Un écrivain loupé. Ce n’était pas le premier qui avait tenté une remontée à la source. Ah oui, c’est sûr. Je me disais toujours que j’aurai pu réagir ainsi à leur place. Mais j’avais su me montrer beau joueur et accepter de prendre un emploi administratif dans une grande maison d’éditions où ma faculté à m’attirer la sympathie m’avait vu devenir lecteur.

« Tu es là Œil de Sphinx !

-    Ah ah.

-    74 fois tu as refusé mes manuscrits. Tu vois qui je suis peut-être ?

Je lui mentis.

-    Non vous savez beaucoup d’auteurs tentent leurs chances plusieurs fois.

Tu parles. C’était The Taré. Celui dont les comics Marcel auraient du s’inspirer pour créer le super héros de la connerie.

-    Balivernes Œil de Sphynx. Maintenant je pense que tu vas comprendre que tout cela ne pouvait rester en l’état.

Il sortit une arme de poing de dessous son veston.

-    Suis moi.
-    C’est que j’ai de la viande à récupérer chez mon boucher moi. Et aussi des huitres pour samedi soir, c’est notre anniversaire de mariage.

Il me regarda avec une exaspération non feinte.

-Ta gueule et suis moi.

Je me mis dans le rang et nous arpentâmes les couloirs des bureaux. Curieusement il savait à peu près où il nous menait. Il franchissait les portes et les portes. Tournant de couloir en couloir. A un moment, il arriva devant l’ascenseur à code qui nous permettait de naviguer d’étage en étage et seuls ceux qui avaient le sésame pouvaient accéder aux endroits confidentiels.

Il tapota sans sourciller. L’ascenseur s’ébranla. Tout était clair il avait un complice dans la place. Je gênais il est vrai et le monde de l’édition est un monde de morveux à l’insignifiance avérée où la lutte est tout aussi mesquine qu’ailleurs.

A bien y réfléchir, si j’étais bien celui qui avait attribué le surnom de The Taré à cet olibrius, je n’étais pas le grand spécialiste de ses envois. C’était Paul Hochon qui s’en occupait. Cet homme était un bonnet de nuit. Il avait toujours jalousé ma faconde. Seul son grand talent lui avait permis de garder son emploi mais son avenir était arrêté là. Je voyais clair il m’avait donné à The Taré. Ironie de l’histoire, Paul Hochon était un féru d’égyptologie ? Je suppose que le « Œil de Sphinx » était un clin d’œil bien volontaire.

L’ascenseur s’ouvrit dans la réserve à manuscrit refusés. Il y en avait certains que l’on jetait et beaucoup d’autres que l’on conservait. Le lieu était particulièrement préparé. Bidons d’essence, Cordes, Caméra vidéo. Bon d’accord, j’allais mourir en martyre. Je n’entendrais plus jamais ma femme me dire « Eusons l’amou ». Dans un sens, ça allait moins me manquer que mon tampon rouge Refusé.

The taré prit sa respiration et me demanda d’aller me mettre au centre de la pièce.

« Œil de Sphinx, c’est ton heure ! »

« Bon ben si j’avais su que ça tournerait ainsi, je me serai fait livrer directement les côtelettes et les merguez au bureau.

« Tu ne feras pas ton malin bien longtemps.

Sur ce je tentais une feinte et je tournais les talons pour m’enfuir. Il tira sans hésiter. PAN. Mollet gauche. Aie.

« Voila pour toi.

« Pourquoi vous avez tiré espèce de malade ?

« « Je vous avais prévenu » était le titre du dernier manuscrit que vous avez refusé. Le précédent était « Tu bruleras en enfer » et je l’aimais beaucoup.

Sous la menace de l’arme, je me laissais encorder. Néanmoins à un moment, ce sinistre personnage me laissa une chance de renverser la situation. Je tentai de lui tordre le bras et c’était vain. Pan. Une autre balle dans l’épaule.

« La chance ne sourit pas aux audacieux » m’a été refusé en 1997 . Vous ne vous en rappeliez plus ?

Aspergé d’essence, j’attendais que l’allumette soit craquée. Ca fait toujours bizarre quand vous voyez que le pire est en train d’arriver et que vous n’y échapperez pas. Il a approché son allumette et je me suis embrasé. C’était vraiment une connerie de sa part. J’ai vu tous les livres, les manuscrits refusés prendre eux aussi feu dans un laps de temps instantané. Et aussi The Taré appuyer comme un forcené sur les boutons de la cabine d’ascenseur. Ce qui me soulageait dans un sens c’est que je savais en crépitant que les ascenseurs ne fonctionnaient jamais en cas d’incendie.



= commentaires =

nihil


    le 11/04/2009 à 22:55:10
Bon ça commence à devenir plus sérieux, mais bon, c'est pas encore la grosse déjante à se tirer les plis du visage en tous sens de rire (TLPDVETSDR). C'est assez plat de la blagounette. Tout est un peu 'bof' là-dedans. Ca m'en touche une sans faire bouger les deux autres.
Lapinchien


tw
    le 12/04/2009 à 03:18:49
oeil de sphynx est à oeil de lynx ce que oeil du cyclope est à oeil du cyclone, c'est ça ?
Le Duc


    le 12/04/2009 à 14:52:01
mouais, pas mal. Mais comme dit Nihil, ça manque de déjante.
Hag


    le 12/04/2009 à 16:36:50
Ca m'a fait rire. Donc j'aime bien.
Mais pas beaucoup. Donc pas tant que ça.
Marquise de Sade


    le 12/04/2009 à 18:20:21
Voilà ce que c'est d'envoyer ses textes à des maisons d'édition. Après on se retrouve à écrire des textes amers pour la St con sur la Zone.

Dourak Smerdiakov


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    le 12/04/2009 à 19:47:52
'Montigny le Bretonneux' : + 5 points
'The Taré' : -1
Léger problème de passé simple et ponctuation paresseuse : -1
Tentative de diversion (du lecteur) au barbecue : +1

Très honorable, mais manque de platanes.


Glaüx-le-Chouette


    le 18/04/2009 à 07:51:13
Avant de lire le reste, je tiens à HAHAHAHAZLOLPREMIERPARAGRAPHEHAHAHAHAHA. Merci.

Bon je me suis progressivement fait chier le reste du temps. Quel dommage, quel dommage, et quel dommage de m'avoir fait penser aux frères de Goncourt, maudits entre tous les maudits pompouilleux.
Pas que ce soit mauvais, mais c'est surfait. Pas accroché, pas vu de joie, ni d'emportement, c'est fade.

MAIS LE PREMIER PARAGRAPHEHAHAHAHAHAHAHAHAHAZLOLHAHAHA. Notons-le derechef.
Traffic


    le 24/04/2009 à 17:15:02
Finalement 7 commentaires pour ce texte à usage unique, c'est bien. Mais en même temps, c'est pas tant que ça. Donc en fait c'est pas énorme.


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