LA ZONE -

La rééduc sans peine

Le 05/05/2010
par Yog
[illustration] Je suis depuis un mois dans ce centre de rééducation fonctionnelle. Il y a quatre bâtiments officiels (A, B, C, D) et un officieux, dit « bâtiment E » c'est le bistrot à côté où tous les éclopés viennent noyer leur ennui avec de la bière à deux francs, mêlé au Temgesic ça va bien.
Je suis overbookée, rencontres avec la psychologue, les kinés, la piscine, le toubib, l'assistante sociale.
Je n'aurais pas du prendre ce raccourci que je ne trouvai jamais. Surtout je n'aurai pas du boire comme une truie avant, ca qui m'aurait permis de ne pas me perdre et encore moins de m'emplâtrer une petit famille en Espace Renault.
Avec ma Fiat pourrie j'ai eu une jambe broyée, je les ai eu de travers et malgré la carosserie en tôle ondulée de ma panda, avant de hurler comme un goret égorgé, j'ai vu les parents s'emplâtrer dans le pare brise et la gamine en siege auto s'éclater la gueule contre la vitre arrière. En fait, j'ai vu des yeux, et les gencives étalées sur la vitre, avec des dents deci-delà, comme un collier de nouilles en émail non définitif.
Comme quoi il faut bien attacher sa ceinture, vérifier ses air bag et mieux sécuriser les enfants à l'arrière.
En sortant d'ici sur une patte et demie j'irai au tribunal, en attendant je peaufine mon alcoolsime au bâtiment E.
Super, j'ai fait de super progères malgré ma fracture du femur et celle « fracture éclatement » du plateau tibial. J'ai pu abandonner le fauteuil roulant au profit de béquilles, ça fait travailler les bras.

La psychologue me console de tout le mal que j'ai fait à ces gens, je me repens puis je vais me jeter un cognac de derrière les fagots, parce que comprenez moi bien, c'est pas facile à gérer la destruction d'une famille parfaite avec 2,1 enfant, une espace et une belle maison.

C'est hier que j'ai rencontré le père, hémiplégique. Par bonheur, son traume crânien a effacé tous ses souvenirs qui datent maintenant de 1993, quand il baisait encore sa femme sans chiards. Je suis gentille avec lui, je lui donne des astuces comme porter des gants pour rouler en caddie quatrième âge et manger avec la main gauche. Sa droite est inopérationnelle, dommage pour un droitier.

Il se rappelle qu'il était courtier, qu'il avait une merveilleuse femme nommée Stéphanie et qu'elle était enceinte. Son enceinte a maintenant les gencives sur la vitre arrière de son Espace avec les dents tout autours, à moins qu'ils ne les lave pour rendre les restes du corps à la famille, je ne sais pas.

Hier j'ai décidé de manger en salle, auparavant je mangeais en chambre pour regarder la première saison de Loft Story et parce que mes camarades de tablées me trouvaient dérangeante à les fixer tour à tour avec des yeux de hulotte.

Je fais un effort.

La table derrière il y a les gros, qui sont là pour un régime. Un peu plus loin au fond de la salle surnage une femme toute de guingois, avec un déambulateur et des cheveux filasses qui ne touche pas à son repas. La moitié de sa tronche me dit quelque chose, l'autre est paralysée. Hémiplégie. Aussi. C'est beau la communion de l'amour.

Le soir avec Manu on va s'enfiler des cognacs au bâtiment E
« -Tu la connais la nouvelle avec le déambulateur? »
C'est cool, Manu, en plus d'être fracturé, est hypomane, il parle avec tout le monde
« Une pauvre femme, c'est la femme de Thierry, tu sais, qui est avec toi à la rééduc en piscine, terrible accident de la route, elle a perdu sa fille de deux ans dans un accident. Mais elle se souvient de tout. Elle dit qu'elle se souvient de la tronche du conducteur à travers les vitres pleines de sang et qu'elle se vengera »
Je respire par la glotte, ça semble impossible et pourtant si
« Elle a pété un plomb, tiens, je recommande un cognac »

Pourtant le lendemain à la piscine, elle est là. J'ai le droit de marcher dans l'eau jusqu'au cou. Elle se fait masser par Alain, kiné.
Je marche, l'air de rien et le teint pâle, avec des palmes pour faire mieux travailler.
Elle me regarde.
Je souris benoitement et fait un petit signe.
Ses yeux disent « kill kill kill »
Elle m'a reconnue.

Je respire : faire face à ses responsabilités.
J'ai mes béquilles. Elle son déambulateur. Toutes deux un maillot d'aquagym über pas sexy, des claquettes et un bonnet de bain.
Alain la masse au jet.
Je sors doucement de la piscine pour m'eclipser. Elle repousse Alain et sort aussi.
Béquilles face à déambulateur « Tu as tué ma fille, ma famille, ce que j'avais dans la vie, je vais te crever radasse »
Je cherche Alain du regard, mais cette poufiasse a parlé à un cran doux, le style de la conversation de fin de kiné. Je me reblle
« Où tu veux, avec tes armes »
Elle dit « Ici et maintenant»
et me fout un coup de déambulateur dans la gueule
Je la fauche sur son côté paralysé avec une béquilles »SALOOOOOOOOOOOOOOOOOOOPE !!! »
hurle t elle
Sans espoir. Alain est allé ranger les pull buoy.
Je m'acharne encore sur sa face avec ma béquille droite, la meilleure. Elle me pousse dans la piscine à 34° avec son déambulateur. Je rippe. Je tombe. J'ai pied mais je recule de sa place de harpie. Ma béquille droite est longue, je la fauche, elle s'éclate sur le bord glissant qui irrigue l'eau utilisée. Deux dents du fond, des prémolaires à première vue, se coincent dans les grilles. Une écume rose et glaireuse sort de sa bouche.
« Ah là, t'as un air de famille avec ta petit Léa » je ricane.
Elle plonge à l'eau, peignoir et déambulateur compris.
Les bras juste hors de l'eau, je la maintiens en reculant. Et je lui fous des coups de bequille survivante sur la tronche.
« Vive le marechal, vive la fraaaance ! » je gueule
Alain est revenu
« mesdames, mesdames... »
Il enlève son propre peignoir tout doucement et entre dans l'eau chaude.
Mais la garce m'a poursuivie jusqu'à l'escalier le plus doux. Je saisis la pompe à massage hydraulique et lui fous derrière les incisive. Je la regle à fond
« mesdames » supplie Alain
Et vlan, comment savoir si ce qui la tue est l'eau ingérée à grande vitesse, les dents expulsées, la bave sanguinolente.
Elle me donne de faibles coups de déambulateurs. De plus en plus faibles.
L'eau de la piscine sent le chlore et le sang frais, mais plutot le chlore. Cette salope se dégage de la pompe hydraulique et me mord la cuisse faible. Envolée rouge/rose.
Je la tracte, affaiblie, sur la dernière marche de l'escalier pendant qu'Alain se tient la bouche à deux mains et que les autres résiednts cherchent à s'extraire de la piscine à toute vitesse, ce qui est compliqué pour les paralégiques.
Je la frappe à la béquille, sur la tête, pas moyen de frapper fort avec ces merdes en alu mais contre le carrelage ça va pas mal, si bien que je lui enlève son bonnet et frappe et frappe et frappe jusqu'à une bouillie d'esquilles d'os et de sang mousseux.
Ca doit être le chlore qui fait mousser.
La piscine est rosâtre avec des trainées rouge caillot, de la mousse, des bouts de maillot et ma béquille gauche, au fond.
« -Mesdames » dit faiblement Alain.
Mes épaules sont couvertes de sang épais et je lui souris, une incisive en moins à cause d'un coup de déambulateur.
« Tout va bien Alain. Je peux retourner à ma chambre? »

= commentaires =

Dourak Smerdiakov


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Pute : +0.66
    le 05/05/2010 à 22:28:16
Je pense tout de même qu'il vaut mieux envoyer les gens en Sibérie, pour la rééducation.
Dourak Smerdiakov


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Pute : +0.66
    le 05/05/2010 à 22:29:56
Je me dis aussi que tous les rééduqués ne doivent pas disposer des moyens nécessaires pour ce genre de programme, étant donnés les prix du cognac, quelque soit le bâtiment.
Lapinchien


tw
Pute : +1
    le 06/05/2010 à 00:24:33
C'est la meilleure scene d'action que je n'aie lue ou vue ou subie depuis pas mal de temps. ça me fout le cafard un truc aussi bien pensé et aussi mal fichu au niveau des finitions. Je n'irai pas voir Iron Man II, j'ai eu ma dose de super héros.

... alors comme ça, les permis à points de suture c'est l'avenir ?
Lapinchien


tw
Pute : +1
    le 06/05/2010 à 00:26:21
pour les finitions, y a un supplément, c'est pour ça ?
Koax-Koax


    le 06/05/2010 à 01:23:20
C'est pas mal du tout, ce texte. Ca mériterait bien une suite, et des coups de plateaux repas dans la gueule, pour bien faire.
Kolokoltchiki


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    le 07/05/2010 à 01:39:08
Amusant, mais bourré de fautes de frappe. Ecrire quand on a bu c'est mal.
MantaalF4ct0re


    le 08/05/2010 à 00:43:58
Realismus über alles.

commentaire édité par MantaalF4ct0re le 2010-5-8 1:30:41
Kolokoltchiki


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    le 09/05/2010 à 22:19:03
alles ziffit über !

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