LA ZONE -

Quand le loup se lève...

Le 18/01/2015
par Akka
[illustration] Le Soleil se couchait, lorsque entre les arbres, une forme fine se faufilait... Agile, elle zigzaguait, sans l'ombre d'une hésitation, le regard dur et sombre braqué vers le village dont on voyait les lumières briller à quelques kilomètres à la ronde. Elle s'arrêta un instant pour l'observer, langue pendante, de la bave dégoulinant sur le tapis d'herbe à ses pattes, du haut de la colline, un magnifique perchoir pour notre bête. L'air lui apportait les odeurs de fumée de cheminée, les effluves d'alcool que les gens ingéraient... Un grognement sourd s'éleva de sa gorge, la lui grattant avec force et lui faisant retrousser ses babines dans un semblant de rictus sadique. La bête n'aimait guère les Hommes, qu'importe d'où ils pouvaient venir. En vérité, elle les détestait du plus profond de son âme noire. Il lui suffisait de les sentir, de humer l'air, de les savoir sur son territoire, de sentir ce qu'ils faisaient pour les haïr. Ils chassaient sans vergogne les autres animaux de la forêt, laissant certaines de ces bêtes agoniser dans un talus, la patte en sang à cause d'une balle qu'ils ne pouvaient enlever et qui les tuaient à petits feux ; se croyaient seuls, tout puissant dans ce monde où la nature ne représentait plus rien pour ces créatures immondes, sans fourrure, complètement nus... à la merci des monstres dans son genre. Ils détruisent tout, toute la Nature. Alors que la Nature était, est, et sera toujours leur mère. Comment pouvaient-ils la faire souffrir ? Comment pouvaient-ils faire ce qu'ils faisaient sans ressentir le moindre éclat de remord ? Mais cela allait changer. Ils allaient se plier face à la nature, face à sa force. Elle le jurait, après cette nuit, rien ne serait plus pareil pour eux et pour elle... Elle vaincrait. Ou mourait en essayant. Peut-être arriverait-elle à une demi-victoire ? Peut-être arriverait-elle à leur faire ressentir la peine et le remord qu'elle attendait d'eux... Mais, ces Hommes qu'elle détestait tant... Ils ne devaient pas compter sur sa pitié. Elle n'en aurait aucune pour des êtres aussi stupides et dérangeants qu'eux. Elle s'engagea de nouveau dans le crépuscule, ses yeux jaunes brillants d'avidité et d'impatience alors qu'elle traversait les quelques centaines de mètres qui la séparaient d'eux et de sa vengeance.
Tom Helcalest ne se doutait pas de ce qu'il allait voir cette nuit là, semble-t-il normale, mais pourtant si différente des autres. Il allait, comme à son habitude en début de soirée, nourrir ses bêtes. De sacrées bêtes. Un troupeau de bovins dont il était extrêmement fier. Une vingtaine de bêtes, de belles bêtes ! Il comptait parmi celui-ci sept têtes qui avaient faillies être primées à quelques concours de la région. Alors, Tom les bichonnait du mieux qu'il pouvait, passant quelques sous de plus chaque mois dans leur entretien qui devenait plus coûteux à chaque nouveau concours. Madeleine était certainement sa plus belle vache et Dieu seul sait à quel point il l'aimait ! Il aurait tout fait pour cette petite bête de plusieurs livres et qui, s'il l'avait vendu, lui aurait valu une année entière de repos dans son dur labeur... Mais pourquoi la vendre, cette si douce et si gentille vache ? Elle faisait sa fierté, plus que n'importe quel autre être sur cette Terre ! Il sifflotait déjà de bonne humeur en pensant à ce qu'elle allait lui apporter aux prochains concours de la région : c'était clair, des prix supplémentaires !
    Fort malheureusement, lorsqu'il arriva devant l'enclos de ses chers amours, il fût assez choqué. Madeleine et une autre de ses vaches manquaient à l'appel. Il eut beau les chercher, les appeler (Madeleine ayant l'habitude de répondre tout de suite par un doux meuglement qui lui correspondait si bien), aucune ne vint. Sceptique, il se gratta la tête, se demandant bien où elles pouvaient être ces vaches là. Ce n'était pas dans leurs habitudes de ne pas revenir et même d'essayer de s'enfuir ! Il inspecta attentivement la barrière sans trouver d'indice lui permettant de définir où pouvait bien se trouver ses deux bêtes... Même pas une éraflure sur le bois, rien d'anormal. Après avoir vérifier même le plus petit point de jointure, il se releva, se grattant la tête de plus belle. Il ne comprenait guère comment elles avaient pu disparaître... Car disparaître était bien le mot ! Plus aucune trace d'elles ! Tom se demanda s'il ne s'agissait pas d'une de ces blagues d'un de ces rivaux. Un peu stupides, mais pas dénués de toute intelligence. Ils avaient très bien pu fomentés ce plan sans qu'il ne se doute de rien ! En plus, l'un d'eux lui avait dit qu'un jour il lui prendrait Madeleine, juste pour voir sa tête ! Il ne l'avait pas crû sur le coup, il avait même ri. Mais si ça se trouve, il l'avait vraiment fait le con là !
    Alors qu'il se retournait pour observer ses autres bêtes, afin de vérifier si tout allait bien pour elles - mieux valait s'en assurer - il entendit un bruissement étouffé, non loin de l'étable, comme quelque chose passant dans l'herbe. Supposant qu'il s'agissait de ses deux vaches ou peut-être des ravisseurs, il se dirigea, trottinant à moitié, vers le bâtiment en bois, ne prenant pas garde à ce qu'il pourrait réellement s'y trouver. Après tout, personne ne lui pointerait une arme dessus tant qu'il était chez lui ! Enfin, il l'espérait fortement, sinon, il aurait quelques ennuis... Mais lorsqu'il l'atteignit : rien. Il n'y avait strictement rien, pas même l'ombre d'un chat. Seulement le vent dans l'herbe. Il se demanda si son esprit ne lui jouait pas des tours : peut-être était-ce la fatigue ? A moins qu'il ne s'agisse encore d'un stratagème de ses voisins ? Confiant, il sourit : oui, ça devait être ça. Il se laissa aller à crier :

« Sortez, bande de cons ! »

    Tom attendit, attentif, un petit sourire en coin, pendant quelques minutes. Mais il n'y eut aucune réponse. Son sourire tomba, le laissant penaud. Là, il s'était planté et royal en plus. Il espérait qu'il n'y avait eu personne dans le coin pour l'entendre, sinon on l'aurait pris pour un fou. Et puis on aurait pas eu fini de le regarder comme s'il était un malade que l'on devait absolument interné juste parce qu'il avait parlé une fois (peut-être deux?) tout seul ! Honnêtement, il n'avait pas envie de subir ce genre de chose. L'éleveur se gratta de nouveau la tête, toujours aussi penaud et tentant de comprendre pourquoi cette journée n'allait décidément pas dans le bon sens... Et, alors qu'il retournait vers l'enclos, il entendit un nouveau bruit, telle une masse se déplaçant furtivement, plus près de lui. Tom se retourna avec vivacité, pensant prendre sur le fait le coupable, qu'il supposait toujours être un de ses rivaux. Il était à deux doigts d'émettre un « Aha ! » victorieux mais s'arrêta : on l'aurait encore pris pour un fou s'il l'avait fait. Son sourire s'éteignit dans un soupir. Il n'y avait là que des herbes hautes et le bâtiment en bois sur qui se heurtait un vent frais et agréable, un vent de saison. Il devait réellement être fatigué. Il se frotta les yeux d'une main en sueur, réajustant son béret. Il en arrivait à imaginer des bruits et à s'en faire des frayeurs !
    Il s'en retourna donc au reste de son troupeau, persuadé qu'il s'agissait là d'un canular ou d'une mauvaise blague et qu'il récupérerait bientôt ses vaches. En fait, dès le lendemain : il irait voir chacun de ceux qui auraient pu lui faire ce coup, et en les sermonnant, on lui rendrait ses vaches. Il en était convaincu et ne s'en faisait donc pas pour elles. Ils les récupéreraient et elles lui feraient encore et encore gagner des concours ! Avant qu'il ne décide de les mettre à la retraite. Oui, il ne les ferait pas abattre pour qu'elles finissent dans une assiette. Il les garderait jusqu'à la fin ! Il entra, tapota l'encolure d'une de ses bêtes et se mit à les inspecter, comme chaque soir. Curieusement, elles étaient un peu plus tendues que d'ordinaire et ne cessaient pas de s'agiter. Ces imbéciles avaient dû être un peu trop brusques, et elles en avaient eu peur ! Imbéciles de paysans à deux sous ! Plus bêtes qu'eux tu meurs ! Ils ne savaient même pas comment prendre soin d'un âne (quelques uns en ont même tué par négligence, c'est vous dire!). Alors s'occuper de ses vaches... Impossible ! Tom avait quelques difficultés à regarder leurs sabots mais il finit pas réussir, grâce à sa légendaire ténacité qu'il tenait de son grand-père maternel, se relevant avec une certaine fierté, encore plus en sueur : ce qu'elles étaient belles, mais ce qu'elles étaient belles ! Il se dirigea vers l'entrée de ce doux pâturage et l'ouvrit, poussant ses bêtes à l'étable. Elles y rentrèrent volontiers, manquant même de le bousculer ! Elles semblaient si heureuses de pouvoir se mettre à l'abri de ces idiots qu'il en était tout ému. Jamais elles ne le trahiraient ! La larme à l’œil, il les regarda se donner quelques coups d'épaules pour rentrer. Il crut apercevoir une bête légèrement blessée, mais n'eut pas réellement le temps de regarder plus attentivement, les meuglements des vaches se faisant entendre et le pressant de venir leur donner leur nourriture. C'est qu'elles étaient intelligentes ces mignonnes petites bêtes là ! Elles avaient très bien compris le petit rituel de Tom et s'impatientaient maintenant lorsqu'elles trouvaient cela trop long.
    Le « paysan », comme le surnommait certains habitants du petit village, attrapa les granulés et le fourrage, prenant bien garde de ne pas en disperser partout et entama la distribution. Soudain, l'une des vaches beugla fortement, faisant un écart sur la droite et bousculant le reste du troupeau, qui manqua une nouvelle fois de bousculer leur éleveur. Tom se précipita vers sa bête, et n'eut le temps que de voir une grosse blessure béante sur le flanc de l'animal qui ne cessait de geindre avant de se retourner. La plaie était profonde et on se demandait ce qui avait pu la provoquer. Il attrapa son fusil, toujours posé, comme à l'accoutumé, sur le dessus des étagères et le chargea, convaincu, cette fois, que quelque chose ne tournait vraiment pas rond. Il se risqua même à parler :

« Vous en faites pas, mes chéries... Papa va vous défendre contre ce salopard qui vous terrifie... Papa vous le jure ! »

    Il s'aventura entre les rangs de vaches, aux aguets, prêt à tirer devant n'importe quel agresseur. Il marchait avec précaution, mais ne pouvait s'empêcher de trembler : il y avait bien quelque chose, il le sentait, dans ses tripes, il le sentait... Évaluant les risques, qu'il balaya d'un sifflement agacé entre ses dents, il s'accroupit, regardant entre les pattes des vaches : rien. Il se releva, se demandant si le mystérieux agresseur n'avait pas pris la fuite en le voyant vaillamment prendre son fusil pour protéger son troupeau. Il commençait à se détendre quand un grognement guttural s'éleva avec une résonance, une force impressionnante ! Tom manqua même d'en lâcher l'arme, avant de se ressaisir. Mais le grognement ne s'estompait pas : il était continu et horriblement terrifiant... Le pauvre homme priait déjà Dieu de l'épargner alors qu'il se dirigeait vers l'extérieur, vers la provenance de ce son détestable et annonciateur de mort.
    Serrant son arme contre son torse, ravalant deux fois sa salive, il s'extirpa de la grange dans un effort surhumain : ses jambes tremblaient tant qu'on aurait pu croire qu'il allait s'effondrer, comme une poupée de chiffon. Il observa les environs, pointant son arme dans tous les sens. Mais rien, seulement ce grognement qui semblait provenir de nulle part et de partout à la fois. Comment ne pas avoir envie de pleurer ? Il allait perdre sa dignité si ça continuait, en mouillant son pantalon ! Et ça, jamais personne ne devrait le savoir ! Il se glissa de côté, remarquant des traces de pas dans la boue... Des pas d'homme et de chien. Ah ! Ca devait être le vieux Gentrel !! Un vieil éleveur qui le jalousait - il avait perdu tous ses sous pour essayer d'avoir une vache aussi belle que Madeleine sauf que la pauv'bête était décédée... Maladie qu'ils disaient - et qui élevait des chiens pour le combat : leurs grognements étaient véritablement terrifiants ! Remonté, il serra son arme de frustration : dire que lui, Tom Helcalest, avait failli perdre tous ses moyens devant ce vieil aigri de Gentrel !
    Ragaillardi, il se mit à suivre les traces qui se mêlaient à celles de ses bêtes avant de se détacher pour partir derrière la grange qui servait d'étable. Comme il s'y attendait, Tom remarqua la présence de celles de deux vaches. SES vaches. SA Madeleine ! Il se rapprocha en silence, de plus en plus agacé par ce grognement incessant, ne prenant pas garde à la modification des traces qui se mélangeaient, s'enchevêtraient, prouvant une lutte acharnée et violente de ses deux herbivores. Alors qu'il approchait du tournant, et qu'il se collait contre la paroi, il sentit son pied s'enfoncer dans quelque chose de poisseux, de gluant, de sombre... Une peur intense le prit, grandissante dans ses intestins qui se retournaient à mesure qu'un autre bruit accompagnait le grondement de la bête : un horrible bruit de mastication, régulier, à peine étouffé. Son sang se glaça alors qu'il se baissait pour plonger le doigt dans cette drôle de substance : du sang. Oui, du sang... Un bruit d'os qui casse se fit entendre, suivi de cette longue et déroutante mastication.
    Tom tentait de se résonner. Ce n'était rien... Mais l'image de ses vaches étendues sur le sol, le flanc ouvert et les os brisés, les organes répandus dans la boue, le regard vitreux et une bête penchée sur ces cadavres déjà rigides le hantait. Gentrel aurait-il osé tuer ses vaches ? Et laisser un de ses monstrueux chiens plantés sa gueule dans leurs entrailles ? Non, il n'aurait pas... Et si c'était autre chose ? Le pauvre homme se sentait accablé, désorienté, et terrifié... Le grognement disparut soudain, ne laissant qu'un halètement sauvage et hargneux. La bête l'aurait-elle sentie ? Le pauvre éleveur s'agrippa à son arme, retenant son souffle. Mais la mastication reprit rapidement : lui montrait-elle un désintérêt total ? Une nausée le prit. Il l'entendait fouiller dans la chair, ce qui produisait un son indéfinissable mais reboutant. Les os craquaient sous la force qu'elle y mettait. Il l'entendait piétiner les morceaux qu'elle avait extraie, glisser dessus alors qu'elle s'enfonçait dans le corps inerte à la recherche d'une chair meilleure.
    Il devait bouger. Au moins sauver la dépouille de la bête qui se faisait profaner par une âme impie, un démon. Pourtant la nausée persistait... L'horreur et le dégoût le clouaient sur place. Il ne pouvait s'empêcher de l'écouter travailler à détruire le corps, certainement déjà difforme, de la bête... Il fallait qu'il se risque derrière ce pan de mur. Qu'il se risque à regarder et à tirer s'il le fallait. D'un pas peu assuré, il se glissa, enlevant son pied de ce sang qui le tenait, se rapprochant de la limite. Il souffla, essayant de faire le moins de bruit possible. Il lui fallait regarder, la chasser de son domaine... Fermant les yeux, tenant fermement son arme, il sauta sur le côté, faisant face à la bête pour la première fois.
    Elle se tenait là, ne prêtant même pas attention à l'homme derrière elle. Elle s'acharnait à dévorer un maximum de choses dans cette pauvre Madeleine. C'était un loup immense, bien plus grand que ceux qu'il avait vu jusqu'à maintenant, plus cambré, ses pattes ayant des articulations plus marquées. Les entrailles de la vache étaient éparpillés sur le sol boueux, où se mélangeaient son sang et les autres fluides corporels qu'elle n'avait pas extraie, à moitié déchiquetés, écrasés, tendus au maximum. Sa chair écartée laissait apparaître des côtes brisées, des morceaux d'os se plantant dans les parois molles du cadavre. Tom retint difficilement son envie de vomir à la vue de cette masse, presque indistincte. Il manquait les yeux de la pauvre bête, goulûment arrachés de leurs orbites, le museau déformé à force d'avoir été mâché, les cornes enfoncées dans le crâne, lui-même brisé, les pattes étant tordues dans des angles impossibles, à moitié séparés du reste du corps...
    Il l'avait en joue... Mais il tremblait tant, il ne pouvait détacher son regard de ce corps, sans forme, dont on devinait à peine la splendeur passée. Il remarqua sur le côté une autre masse, entièrement blanche où se tenait quelques morceaux rouges, ne tenant que par quelques filaments de chair qui menaçaient de céder. Son autre vache. Cette fois, il ne put réprimer son envie de vomir et se jeta à terre dans un bruit dégouttant. Le loup releva la tête, tournant son regard jaune vers l'homme. On lisait dans ce regard une longue haine, presque centenaire, contre les Hommes. Son pelage rougit par le sang brillait alors qu'il s'extirpait du mort pour se tourner vers le vivant. Les babines retroussées, une haleine fétide, il dardait de ses pupilles l'homme recroquevillé et terrorisé devant ce monstre de muscle... La bête leva le museau et hurla, sinistrement. Un appel au meurtre. Ni plus ni moins.
    Tom, une fois ses soubresauts terminés, tenta de se dégager, de reculer. Il ne souhaitait pas mourir, ne pas ressembler à ces pauvres vaches ! Il glissa dans la boue, les yeux ronds. Le loup, dans une démarche presque désarticulée, s'avançait. Sa gueule ouverte était remontée. On aurait presque eu l'impression qu'elle souriait à sa victoire prochaine contre l'homme. Ce dernier attrapa son fusil, continuant de reculer tant bien que mal, de s'éloigner de ce monstre avide de sang. De SON sang. Et, alors que la monstrueuse bête se préparait à sauter, Tom chargea son arme. Les secondes qui s'écoulaient donnaient l'impression d'être des heures ! Le loup se campa sur ses positions, gainant ses muscles puissants travaillés à force de chasse dans les montagnes. Tom le remit en joue, cherchant à atteindre la gâchette. Le canidé poussa et s'éleva dans les airs, prêt à s'abattre sur l'homme. Tom atteint finalement la gâchette, visa, tremblant.

* BANG *

    La balle atteignit sa cible, en pleine tête. Le corps du loup retomba lourdement sur le sol, dans un « splash » caractéristique. La langue pendante, le regard toujours fixé sur l'homme, la bête expirait son dernier souffle dans une haine encore plus ancrée. Pourtant, ce sourire que Tom avait crû apercevoir, et dont il lui semblait qu'il était bien réel, était toujours affiché sur son visage rouge. Mais peu lui importait désormais. Il venait de vivre quelque chose d'extraordinaire et il aurait sans doute du mal à s'en remettre. L'éleveur regarda encore le corps de ses deux vaches... Il ne lui resterait plus qu'à les enterrer, demain, à la première heure. Quant au cadavre du loup, il le garderait, l'empaillerait pour montrer quelle horrible bête il a pu tuer de ses propres mains. Les tremblements qui parcouraient son corps ne s'arrêtèrent pas pour autant. Il était encore terrifié. Il entendit ses vaches meugler de nouveau, dont cette pauvre bête qui avait aussi été touchée par le loup.

« Vous en faites pas mes chéries, je suis là. Papa l'a eu. Papa a pas pu sauver Madeleine, ni Lyly mais vous, vous mes chéries, je vous ai sauvé... »

    Lança-t-il à haute voix, voulant se rassurer, se dire que tout était enfin fini. Il reprenait le chemin de son étable, prêt à continuer son travail ! Mais quelle aventure, vraiment ! Quelle aventure ! Il sentit soudain un poids l'écraser au sol, tête la première, puis, alors qu'il étouffait un cri de surprise, une gueule se referma avidement sur son cou, faisant gicler son sang chaud. Il donna un coup de coude dans la tête de l'animal, ce qui lui permis de se dégager. Il roula sur le côté pour faire face à son assaillant. Un second loup, plus fin, mais tout aussi grand. Cette fois il en était sûr : la bête souriait, elle savait que son congénère l'atteindrait. La blessure était profonde, mais peut-être pas mortelle. Il n'en savait rien. Il s'en fichait. Il ne voulait qu'une chose : tuer ce loup, survivre ! De nouveau, le canidé s'avança dans une démarche étrange, presque saccadée. Mais il ne sembla pas prêt à bondir... Tom aurait juré qu'elle s'appuyait sur ses pattes arrières pour se dresser ! Une nouvelle fois pris de panique, il visa et tira, alors que la bête se tenait presque droite devant lui, offrant son poitrail aux trois balles qui vinrent s'y loger.
    Alors que le loup s'effondrait, agonisant, Tom se mit à voir trouble et tomba en avant. Était-ce la fin ? Il entendit un vague murmure, trahissant une petite joie, nouée de haine, provenant de la bête, aux allures de moins en moins lupine :

« Encore... »

* * *

    Le lendemain matin, lorsque la police arriva sur les lieux, alertés par un coup de fil des voisins, inquiets, ils découvrirent un horrible spectacle. Le troupeau entier de vaches avait été décimé, les corps jonchant l'étable et une partie de l'extérieur, partiellement dévorés, mais ne ressemblant plus à rien. Seuls les tâches caractéristiques des bovins permettaient de les identifier. Mais ce n'était pas ce qui était le plus déroutant. Il y avait, à l'arrière de l'étable, deux corps de vaches, entièrement déformés. Et, aussi, deux autres corps... L'un avec une balle dans la tête, un autre avec trois balles logées dans la poitrine. De sexes opposés. Un homme et une femme. Ils avaient, sur leur visage, des sourires ignobles, terrifiants. Leurs corps étaient parsemés de blessures, de cicatrices... Mais le plus surprenant c'était qu'on... Voyait bien qu'il manquait un autre corps... Et, au vu des traces, un loup avait dû l'emporter... Il ne restait que du sang et un peu de chair.

    Dans la forêt, un long hurlement résonna. Profond, hargneux, haineux... Les Hommes... C'était la faute des Hommes... Il fallait les détruire... Il était seul, mais qu'importe : il attirerait à lui d'autres loups, comme ces loups l'avaient fait. La chasse recommence. Encore.

    Dans la nuit sombre et glacée, traversant les landes, les forêts... Venant vous cherchez dans vos maisons, vous arrachant à vos lits douillets... Le loup se lève.

= commentaires =

Dourak Smerdiakov


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Pute : +0.66
    le 18/01/2015 à 15:30:32
L'auteur avait posté sous le pseudonyme Aka'. Comme on a déjà une Aka, j'ai changé en Akka, ça fait plus akkadien pour une histoire d'horreur. Si mon choix ne plaît pas et si l'auteur se manifeste, on changera ça avec plaisir, et on lui enverra même un mot de passe pour se connecter.
Dourak Smerdiakov


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Pute : +0.66
    le 18/01/2015 à 15:46:08
Je déteste sincèrement flinguer un texte en le publiant, et c'est pourtant ce que j'ai fait avec celui-ci, aussi bien par le résumé que par l'illustration. Mais, d'une part, il faut être honnête avec le lecteur potentiel sinon au bout d'un moment il ne prendra plus la peine de lire un texte sur le site surtout s'il est assez long comme celui-ci et, d'autre part, c'est un peu voire beaucoup la marque de fabrique et l'intérêt de la Zone que de dire ces trucs-là franchement.

En principe, l'auteur qui poste sur la Zone sait à quoi il s'expose s'il s'est un tout petit peu intéressé au site avant de proposer son texte, donc je ne sais même pas pourquoi je me justifie, si ce n'est parce que je suis un peu gentil et un peu con et que mon envie de chier n'est pas trop pressante.
Dourak Smerdiakov


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Pute : +0.66
    le 18/01/2015 à 15:51:05
Et aussi parce qu'en ce moment le lecteur potentiel c'est Lapinchien, qui a tendance à sucer la boule à tous les auteurs depuis qu'il s'est autotrépané en essayant de flamber des huîtres au cognac au cri d'Allah Akbar.
Dourak Smerdiakov


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Pute : +0.66
    le 18/01/2015 à 16:10:36
Puissance 4.

Un exemple de passage où j'ai ricané : "Le corps du loup retomba lourdement sur le sol, dans un « splash » caractéristique." Franchement, tout le monde connaît le fameux splash caractéristique du corps d'un loup(-garou) qui retombe sur le sol...

Idem pour les passages où le fermier exprime son amour pour ses vaches : « Vous en faites pas, mes chéries... Papa va vous défendre contre ce salopard qui vous terrifie... Papa vous le jure ! »... non mais quoi ? Là, je me suis demandé si l'auteur ne faisait pas exprès d'être drôle, si le texte ne se voulait pas parodique, mais non, tout le reste du texte crie le contraire.

En plus, trop long. Toute la mise en contexte du début où nous parle du fermier, de ses vaches, de son rapport avec ses voisins... j'avais envie d'aller faire autre chose que de lire ça, c'était quelque chose.

Aussi des maladresses au niveau de l'écriture. Le "lorsque" (dès la première phrase du texte...), des "alors que" bien lourds.

Dans les dernières phrases ("Dans la nuit sombre et glacée, traversant les landes, les forêts... Venant vous cherchez dans vos maisons, vous arrachant à vos lits douillets... Le loup se lève."), "nuit sombre et glacée" ça fait cliché (et pléonasme). Il y a une faute d'orthographe énorme et classique (ez/er) qui donne l'impression d'un manque de relecture alors que la fin d'un texte, c'est quand même vachement important, ça détermine l'impression sur laquelle on reste. Les participes présents, ça alourdit. Et l'effet général recherché par le passage est trop criant, trop cliché.
Lapinchien


tw
Pute : +1
    le 18/01/2015 à 22:00:50
J'ai l'impression que l'auteur est très jeune, qu'il a une certaine facilité à écrire beaucoup, qu'il doit lire beaucoup de romans de gare d'écrivains payés à l'hectopage et qui se forcent à faire du remplissage pour boucler 200 feuillets, qu'ils ont une mauvaise influence sur lui. L'auteur n'a pas encore grand chose à raconter cependant. Je n'ai pas l'impression qu'il joue avec le lecteur, qu'il cherche à développer un concept, faire une démonstration, les descriptions sont plates, l'ambiance et les rebondissements convenus. Peut être l'auteur gagnerait à chercher à surprendre le lecteur plutôt que de le voir comme un marathonien de compétition.
Lourdes Phalanges


    le 20/01/2015 à 13:51:42
Problème de temporalité dans le paragraphe final : Le hurlement résonne au petit matin alors que la lycanthropie ne se manifeste qu'une fois la nuit tombée, lors de la pleine lune.

Gare aux phrases trop alambiquées et aux ascenseurs émotionnels : "Ragaillardi, il se mit à suivre les traces qui se mêlaient à celles de ses bêtes avant de se détacher pour partir derrière la grange qui servait d'étable. Comme il s'y attendait, Tom remarqua la présence de celles de deux vaches. SES vaches. SA Madeleine !" On passe de Tintin à Bourvil en deux coups de cuillères à pines.

Tention' les redondances : "De sexes opposés. Un homme et une femme.", "enfin fini"...

Commentaire édité par Lourdes Phalanges le 2015-01-21 00:51:51.
Lapinchien


tw
Pute : +1
    le 20/01/2015 à 19:00:09
Je soupçonne certains profs de français de poster les rédactions de leurs élèves sur la Zone pour que d'autres se tapent le sale boulot d'évaluation à la maison.
Narak


    le 08/02/2015 à 04:41:24
Mouais, j'ai testé, c'est quand même moins bon. En même temps j'analysais toujours les dissert' que je recevais avec un angle marxiste. Déception, tout ça...

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