LA ZONE -
Résumé : Oh, un poème, oh des vers, oh des rimes, le tout bancal et arythmique, sachons-le, puisque c'est Mala Espina qui s'y colle, pour cette rentrée littéraire d'après Saint-Con alors même que le suspense est à son comble et que les votes n'ont pas fini de tomber. Réjouissons-nous toutefois, ceci n'est pas un rondel, ni même un sonnet et ça causerait même un petit peu des Nuits debout que ça ne nous étonnerait guère. Mignon comme un jet de bile dont la prose nous manque ici toutefois pour les raisons évoquées plus haut. Il n'empêche que c'est cool, quand même, d'avoir un auteur qui y croit sans cynisme aucun. Qu'on ne vienne pas se plaindre ensuite d'écoutes téléphoniques intempestives, merci.

Nous, les gueux

Le 03/05/2016
par Mala Espina
[illustration] Nous, les gueux, les parasites,
Nous, les silhouettes anthracites,
Qui marchons dru et avachis,
Fils de misère et de chienlit ;

Nous, les clodos, les fainéants,
Laissés-pour-compte et ruminant
Des pensées blêmes, des idées noires,
De vains espoirs chargés d'histoire ;
Nous, les gogols, les à-côté,
Les qui subissent, écervelés,
Et qui s'immolent symboliquement
Toutes les nuits devant l'écran ;

Nous autres, masses malléables
Dont les artères charrient du sable,
Paumés depuis la nuit des temps
Entre miroirs et faux-semblants ;

Nous, les fantômes aux draps souillés,
Côtes saillantes ou grassouillets,
La peau teintée de béton gris,
Nous autres, exsangues et défraîchis ;

Nous, les louzeurs, nous, les minables,
Manipulés sur un coin de table
Par de plus gros, de plus puissants
Au torse raide, au rire de sang ;

Nous, les héros d'une chanson triste,
D'un film obtus, tourné hors-piste,
Nous, le fantasme entre deux eaux,
Entre deux chaises, deux caniveaux ;

Nous, les éponges et les morsures,
Les gerbes folles, éclaboussures,
Nous, cicatrices toujours béantes,
Nous sommes la plaie, nous sommes l'attente.

Éminemment perdus, quantités négligeables,
Méprisés jusqu'à la corde, infiniment jetables,
On nous expulse et on nous vend.
On nous achète et on nous ment.
Sans scrupule, sans une once d'hésitation,
Sans la moindre pause dans la respiration.

A nous la troisième classe et le fond du panier.
A nous le toc et la matraque, à nous les surgelés.
A nous le vide et le désert, à nous le verbe froid.
A nous l'angoisse, les ténèbres et l'effroi.

Un jour, nous aurons tellement faim
Qu'il n'y aura plus rien entre vous
Et nous.
Plus rien.

= commentaires =

Lapinchien


tw
    le 03/05/2016 à 10:10:16
il est vrai que parfois je croise un gras bourgeois et que je l'imagine avec une tomate dans la bouche, un peu de fenouil dans le fion, dorer à doux thermostat quelques heures. Un copieux festin en perspective.
Mill


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    le 03/05/2016 à 13:43:02
On imagine Mala Espina partir en croisade contre d'immenses moulins à vent selon les lois anciennes du Don Quichottisme à tout va. J'aime bien mais ça manque de technique ou ce me semble.
Lourdes Phalanges


    le 03/05/2016 à 19:46:29
Pas mal ton dernier feat :

https://www.youtube.com/watch?v=NSnNT44KpGI
Lapinchien


tw
    le 03/05/2016 à 20:32:13
Lourdes Phalanges, je commence à voir un lien évident entre ton admiration pour le sous-rap eminem franchouille et la noise expérimentale.
Mill


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    le 03/05/2016 à 21:20:56
Mes oreilles saignent.
LePouiIleux     le 03/05/2016 à 21:23:00
La conclusion est trop bandante. Y a du clodo tuberculeux et du smicard cyrrosé qui défilent agréablement sous nos yeux en jouant des claquettes. Ça m'a fait penser à une chanson des Enfoirés en un peu plus énervée, mais c'est bien hein.
David


    le 03/05/2016 à 23:59:42
trop classe la fin

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