J’ai froid. Nu comme un ver. Pas même une couverture. Les cafards me courent dessus. J’ai fini par m’en foutre. J’ai sommeil. Pas moyen de m’endormir avec ces projecteurs LED qui ne donnent même pas de chaleur. Ils les allument et les éteignent toutes les deux heures pour me priver de sommeil. Depuis quand ? Des jours ? Des semaines ? Des mois ? J’ai complètement perdu la notion du temps. J’ai une côte brisée, c’est sur. À quand la prochaine bastonnade ? Pas de fenêtre. Des murs sales et griffés. Ça pue le vomi, l’urine et la merde. Le pire, c’est l’attente… qu’ils me disent une bonne fois pour toutes ce qu’ils me reprochent ! Au moins je serai fixé. Je ne me rappelle de rien de ce que j’aurais bien pu bien faire d’anormal pour être ainsi maltraité. « Détention provisoire », ils ont dit. Qu’est-ce que ça doit être un emprisonnement pour de bon ? Les lois de l’ÉVEIL sont si nombreuses et pointilleuses qu’on ne s’y retrouve plus. J’ai mal au dos. Je vais essayer de m’asseoir. Aïe ! J’ai l’impression qu’on m’a mis des coups de poignard entre les vertèbres… Mes jambes sont couvertes de blessures et ma poitrine me presse comme si quelqu’un s’était assis dessus. Peut-être même que ça a eu lieu et que je ne m’en souviens plus. Allez mon gars ! Un effort. Ouille ! Pousse sur tes bras et redresse le buste. Je rampe comme une limace jusqu’au mur d’en face. Il me faut encore pivoter sur mon côté douloureux pour m’asseoir. Aïeyaïe ! Ça y est ! J’y suis. Ouf ! Au moins dans cette position je ne vois plus ce plafond dégoulinant de moisissure dégueulasse. Mais où suis-je tombé ? Quel est cet endroit ?
— Monsieur le Professeur ? Ça va ? Murmure une petite voix féminine à travers la minuscule grille de la porte blindée du cachot.
« Monsieur le Professeur »… ça fait bien longtemps qu’on ne m’avait appelé aussi respectueusement. D’ailleurs, maintenant que j’y pense, mes étudiants ne me saluaient plus depuis l’élection qui mit au pouvoir le parti de « l’ÉVEIL des purs ». Dès lors, tous les profs, surtout en université, devinrent des suspects potentiels en tout point. Les professeuses (car désormais chaque nom commun porte un féminin) restent assez épargnées ; les « mâles blancs » dans mon genre, soit entre 40 et 60 ans, sont particulièrement ciblés par cette génération de millénials à grands coups de diffamations et de réseaux sociaux. Le moindre mot est interprété à tort. Toute posture corporelle en public est scrutée. Les contenus des programmes scolaires et universitaires ont été extrêmement resserrés suivant les préceptes de l’ÉVEIL. Pourtant, j’ai toujours considéré ma fonction comme un juste moyen d’élargir la vue et l’esprit critique de mes étudiants, ce qui est désormais fort compromis. Si j’en suis là, c’est que j’ai dû dire quelque chose qui n’a pas plu à quelqu’un, mais quoi ? Je n’en ai pas la moindre idée.
Bref, qui c’est celle-là qui vient me parler en catimini ? Vient-elle me piéger ? M’extirper des aveux à mon insu ? Me faire adopter une réaction qui m’enfoncera encore plus ? Dans le doute, je reste sur mes gardes et me maintiens hors de sa vue à côté de la porte. Pourtant, il faut bien que je lui réponde, sinon quoi, ce pourrait être encore interprété comme un manque de respect.
— À qui ai-je l’honneur s’il vous plaît ?
— Je suis shaker du couloir C. Gardienne si vous préférez. Votre cellule fait partie de mon secteur.
— Ah. Enchanté. Je suis le professeur…
— Surtout pas de nom ! Je ne suis pas censée vous connaître. Pour autant, j’ai été votre élève il y a 15 ans de cela. Ne me demandez pas mon nom. Mon matricule est shaker 174-C.
— Pardonnez ma curiosité, mais comment passe-t-on d’un cursus universitaire en histoire de l’art à la fonction de geôlière ?
— Oh, c’est une longue histoire. Disons simplement que je n’ai pas eu le choix.
— Alors que voulez-vous ?
— Rien du tout. Je m’inquiétais juste pour votre état de santé après tous ces passages à tabac successifs. Vous n’êtes plus tout jeune et les conditions de détention provisoire sont quand même assez rudes.
— En effet. Je pense que j’ai une côte cassée et je ne parviens que très difficilement à me tenir debout à cause de mon dos qui me fait souffrir depuis des années. Je voudrais voir un médecin, s’il vous plaît.
Alors du bout des doigts, elle me tend une gélule assez volumineuse et bicolore.
— Avalez donc cela. C’est un antidouleur. Pour le docteur, ce ne sera pas possible avant votre entretien avec les grands officistes de l’AMSPÉ.
— Ce n’est pas un piège au moins ? J’avoue avoir perdu confiance en toute personne que je ne connais pas.
— Non je vous l’assure. J’ai beaucoup de respect pour vous et je me désole de vous voir en si grande peine.
— Les responsables vous ont permis cette bonté ?
— Certainement pas. Personne ne sait. N’en parlez surtout pas !
— C’est d’accord, mais de toute façon, à qui pourrais-je bien en parler ?
Souffrant le martyr depuis trop longtemps, mon cerveau me commande de tendre la main pour recueillir la salvatrice gélule jaune et verte pour l’avaler en un clin d’œil.
— Vous verrez. Ça va vous soulager rapidement. J’entends des pas. Je dois filer immédiatement. Peut-être à plus tard.
Quel enfer ! J’avais tant de questions à poser à cette gamine qui m’a semblé être une victime parmi d’autres… mais mon instinct me dit qu’il vaut mieux garder le silence.
Quelque temps plus tard, la porte du cachot se met à grincer et s’ouvre dans un fracas métallique. Pénètrent alors deux autres shakers, matraque en main. Le cheveu rasé comme des marines américains, il me semble que ce sont deux femmes. Elles portent une ample combinaison grise fermée jusqu’au ras du cou couvrant ainsi leurs formes jusqu’aux chevilles. À la taille, elle porte un ceinturon de cuir noir très large, renforcé d’une bandoulière sur laquelle sont accrochés un talkie-walkie et une bombe lacrymogène. Bien en évidence au centre de la poitrine, l’écusson du parti est cousu et ne fait aucun doute sur leur allégeance. Dans un cercle jaune, il représente un fœtus logo typé avec un grand « É » au centre du cerveau. Un calot noir plié est retenu sous l’une de leurs épaulettes. Pas d’arme à feu, heureusement. Leur « féminité » se révèle à peine par leurs traits faciaux et leurs hanches larges quelque peu rehaussées d’une culotte de cheval malgré leur jeune âge. Il est vrai, et c’est tout à leur honneur, que l’ÉVEIL a grandement participé à endiguer la grossophobie galopante. Du moins, officiellement. Elles m’arrachent de mon coin sans la moindre délicatesse. Leurs gestes brusques contrastent terriblement avec l’idée qu’on se faisait des femmes. L’une d’elles me jette à la figure un large caleçon gris et délavé exhalant une forte odeur d’eau de Javel. Au moins c’est propre.
— Couvre ton phallus ! Personne ne veut voir ton instrument viriliste et paterarchaïque. (encore un de ces nouveaux termes que l’ÉVEIL a ajouté au dictionnaire national).
Je m’exécute donc sans broncher tout en ravalant ma rage et mon humiliation. Tout en enfilant le caleçon, je leur mentionne ma côte cassée et mes lombaires douloureuses, réitérant ma demande de pouvoir rencontrer un médecin (on ne sait jamais). Pas de pitié. Visiblement, cela leur importe peu et me menottent les mains dans le dos ; puis elles me posent un collier de cuir serré par une boucle et muni d’une laisse, par un mousqueton pesant, pour me tirer dans le couloir comme une bête malfaisante. Je sens alors en moi s’immiscer l’effondrement de toute estime de soi ; l’effet est voulu, bien évidemment. Après un long périple, de couloir crasseux en couloir humide, nous parvenons devant un immense bureau à l’autre bout du bâtiment. Nous y pénétrons. La salle est dépourvue de toute présence humaine. On m’assoit sur un tabouret fort bas, un de ces modèles qu’on peut trouver dans les écoles maternelles, me réduisant à l’état d’un enfant en bas âge. « Puni ! le vilain petit garçon ! » Me dis-je intérieurement. Face à moi, une longue table de bois sombre entouré de chaises matelassées, sauf sur le côté qui me fait face où je distingue des traces de griffures. Un « suspect » se sera jeté sur le rebord pour retenir de ses ongles une sortie musclée ? Je repère vite dans les angles du plafond, deux caméras de surveillance qui, j’imagine, vont enregistrer tout ce qui va suivre. Puis, les shakers se postent en faction de chaque côté de ma personne, les mains agrippées au ceinturon au niveau du ventre, avec la tête bien droite et le regard fixé comme des chiens à l’affût vers le mur d’en face : le portrait du « grand libérateur » y trône, une certaine KAHNROUKMI, sortie de l’ombre en un éclair grâce à ses bataillons d’influenceurs. De véritables guerriers de l’ombre ! Clairement, nous attendons l’entrée spectaculaire de quelques juges gradés ou assimilés.
Mon dos me torture et se voûte de plus en plus sous le poids de l’attente qui va encore durer deux heures avant que leurs majestés ne daignent enfin faire leur entrée : un homme et deux femmes. À la couleur de leurs uniformes et à leur placement autour de la table (tout à fait disproportionnée pour seulement trois personnes), je devine facilement leur hiérarchie. L’homme est grand, étriqué, à la peau métissée et vêtu de noir tout comme sa frèsœur (car ils s’appellent ainsi entre eux) : une femme d’âge mûr, replète, qui s’assoit à côté de l’homme. Tous deux me font face tandis que le troisième personnage vêtu de bleu marine, se positionne sur le côté droit à la table et dont je devine le grade subalterne. Elle jouera sans aucun doute le rôle de greffière. Sans même me jeter un regard, ils installent tous leur ordinateur portable flambant neuf. Leurs gestes sont méticuleux, tranquilles et tranchants. Simultanément, ils allument leur appareil et commencent à ouvrir quelques documents me concernant, je suppose. Puis, les deux « gradés » se regardent en silence et s’acquiescent d’un signe de tête sur la marche à suivre. L’interrogatoire va enfin commencer. C’est l’homme qui prend la parole en premier, comme quoi l’ÉVEIL a encore du travail à faire sur la galanterie. Mais il paraît aussi que cette qualité n’est plus de mise, car elle ne ferait que renforcer l’idée que la femme est faible et que l’homme encadre ses comportements, limitant ainsi sa liberté d’action… Il va falloir que j’oublie toute mon éducation paternelle !
— Je suis frèsœur SEBAKU. À ma droite, frèsœur AVACHIFA. Et à ma gauche, frèsœur FLOLEB, qui est parmi nous pour prendre en note l’ensemble de cet échange. Frèsœur AVACHIFA et moi-même, sommes « grands officistes de l’AMSPÉ », institution dépendante du ministère de la Rééducation Nationale ayant pour mission principale l’Assainissement Moral et la Supervision Pédagogique Ex-genré.
Présentations faites, l’officiste masculin (bien que l’ÉVEIL ait banni tout identité de genre pré-déterministe) entame la « discussion ».
— Vous êtes suspecté de plusieurs fautes graves dans le cadre de vos attributions de professeur d’histoire de l’art à l’université du chef-lieu de notre région. Est-ce que cela vous étonne ?
— Avant de vous répondre, comment dois-je vous appeler s’il vous plaît ?
— Simplement, grand officiste SEBAKU.
— Étant donné que je n’ai jamais reçu la moindre information sur les motifs de ma détention et que je suis resté en cachot, nu comme un ver, sans autre repas que du millet bouilli et de l’eau croupie assaisonnée de quelques passages à tabac, je…
— Répondez simplement par OUI ou par NON !
— Mais je ne peux…
Alors la shaker postée à ma gauche m’assène un grand coup de matraque sur les épaules. Aussitôt, je comprends que je ne suis pas ici pour m’exprimer librement et que très vite mon auditoire va tenter de m’amener à confesser des fautes que je suis bien certain de ne pas avoir commises. Il va falloir que je joue serré cette pièce de théâtre stalinienne…
— Non, grand officiste SEBAKU. Réponds-je docilement pour calmer le jeu. « Ces noms dénués de tout genre sont vraiment ridicules ». Pensé-je.
C’est maintenant au tour de la frèsœur AVACHIFA de prendre le relais.
— Premier chef de remontrances : allusions sexistes, propos virilistes, vocabulaire genré irrespectueux. Qu’avez-vous à dire pour votre défense ?
— Est-ce là un tribunal, grand officiste ? Demandé-je humblement. Nouveau coup de matraque.
C’est alors que la greffière FLOLEB fait un petit signe à ma shaker de droite pour lui glisser un mot à l’oreille. Ceci dit, je peux très bien entendre sa question :
— A-t-il bien pris sa gélule ? Il ne me paraît pas très calme.
— Oui. Répond-elle avec une sécheresse totalement assujettie à sa fonction.
« La petite saleté ! Antidouleur… mon cul ! » maugréé-je intérieurement.
— Répondez à la question ! Repart-elle. Sachez que cet entretien restera confidentiel et que ce n’est pas une commission disciplinaire. Votre avenir dépendra de vos réponses...
— Eh bien, grand officiste, si de tels propos seraient sortis de ma bouche, je pense que je m’en souviendrais. Par ailleurs, quels sont-ils exactement ? Quelles en sont les termes exacts ? En l’absence de toute information précise à ce sujet, il m’est très difficile de vous répondre avec clarté.
— Je vous le répète pour la dernière fois, cet entretien reste confidentiel au même titre que celui que nous avons déjà eu avec les plaignants. Ceci dit, sachez que nous détenons une longue liste de témoignages qui corroborent ces faits.
— Pour ma part, je sais que j’ai toujours été respectueux en tout point… Alors, peut-être, ne suis-je pas parfaitement informé sur le langage autorisé par l’ÉVEIL. Vous admettrez que de nombreux termes, expressions et mots précis ont été ajoutés très récemment au dictionnaire national. Si j’ai commis une faute, ce sera celle de ne m’en mettre pas assez informé. « Avec les juges, il faut toujours faire un peu preuve de « mea culpa » et faire semblant de se repentir en abaissant les sourcils comme un chien battu. ».
— Admettons. Nous allons nous en charger très prochainement. Vous êtes loin d’être le seul dans ce mauvais cas. Deuxième chef de remontrances : lors de vos cours, vous faites souvent allusion à des parties du corps, ce qui en a choqué plus d’un. Corps humain qu’il soit genré ou non. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?
— En matière d’histoire de l’art, nous sommes très souvent amenés à montrer des œuvres anciennes ou contemporaines qui donnent à voir des représentations humaines. Étant donné que la première partie de la formation que je dispense se base essentiellement sur la maîtrise de la description des images, tout en tenant compte d’un vocabulaire spécifique utilisé depuis des décennies, je ne peux qu’abonder dans votre sens. Ceci dit, ce vocabulaire technique et usuel ne comporte aucun caractère de vulgarité salace. Par exemple, nous parlons « des chairs » pour désigner toute surface d’un corps humain montré sans vêtements. Ou encore, il me faut bien pointer des différences de traitement plastique des personnages, comme les bras, les cuisses, les poitrines, surtout concernant la peinture ancienne inspirée des marbres nus de l’antiquité… Mais ce ne sont pas mes seuls sujets. Je travaille aussi sur l’architecture, le paysage et bien d’autres thèmes : je ne suis pas un obsédé sexuel comme vous semblez les sous-entendre !
— Pourtant, je constate que vous avouez votre impudique discours genré ne tenant aucun compte des divers cas identitaires de votre public. Donc vous montrer des œuvres comportant des personnages plutôt déshabillés, non ?
— Encore une fois, je montre de tout en suivant scrupuleusement les programmes : cela va de la peinture abstraite comme il en va de la peinture du Moyen Âge. Une vulve gravée dans la paroi d’une grotte préhistorique, reste une vulve… Sommes-nous revenus au temps des « braguettinis » qui peignaient des feuilles de vigne sur le sexe des anges ? Pour vous répondre, il m’est très difficile de faire l’impasse sur des œuvres qui composent l’Histoire de notre culture occidentale que je m’efforce de rendre la plus limpide possible et la plus accessible aux jeunes esprits de mes étudiants qui sont, je le rappelle, âgés d’au moins 24 ans au minimum. Ce ne sont donc plus des enfants ! Nouveau coup de matraque.
— La question de l’âge n’a rien à voir là-dedans ! Vous ne mesurez pas l’impact de vos dires ! Reprend vivement l’officiste masculin. La discrimination, la mise au ban de certains étudiants transsexuels ou pan sexuels (par exemple), nombreux dans nos universités, est strictement prohibée ! Monsieur le baby boomer…
« Ça y est ! Le mot est lâché. « Boomer »… Ces imbéciles sont persuadés que les vieux ont tous profité de l’abondance de l’après-deuxième guerre mondiale. Mes parents étaient pauvres et nés dans des familles nombreuses. Mes 175 cousins et cousines n’ont jamais connu que l’usine et je suis le seul à avoir obtenu le baccalauréat sans l’approbation de ma famille. Il aura fallu que je m’enfuie à 18 ans pour continuer mes études envers et contre tous. Et ceci, tout en travaillant de manière plus ou moins déclarée pour subvenir à mes besoins. De la soi-disant « opulence dévastatrice des boomers », je n’en ai connu que les bas quartiers et la violence. Bande d’ignares ! » Enragé-je intérieurement.
— Permettez que je vous demande des éclaircissements sur les œuvres précises considérées comme choquantes et désignées par les plaignants, grand officiste, s’il vous plaît.
— Vous apprendrez tout ça le moment venu. Poursuivons je vous prie frèsœur AVACHIFA.
— 3e chef de remontrances : plus grave encore celui-ci. Une étudiante s’est plainte auprès de la cyber-police de quartier, commandée par l’officiste BAMAKO, que vous auriez pratiqué sur elle des affleurements physiques inappropriés pendant un cours, aux yeux de tous. Vous lui auriez même caressé le genou et les épaules. Qu’avez-vous à dire sur cette grave accusation ? Je dois dire que je n’ai encore jamais rencontré un cas comme le vôtre…
— Quoi ?… ! ! Hurlé-je sans pouvoir me retenir. C’est honteux de mentir ainsi ! Ce n’est pas du tout mon genre ! Je ne suis pas un pervers ! J’en ai tout à coup le vertige et les jambes glacées d’indignation. Pour avoir haussé le ton, nouveau coup de matraque.
Du coup, je m’affaisse encore plus jusqu’à en avoir la tête quasiment entre les genoux tant mes vertèbres sont douloureuses. Je mets un temps à reprendre mes esprits et me redresse lentement dans une succession de petits gémissements plaintifs. Ma voix tremblotte et je dois faire un grand effort pour pouvoir articuler :
— Rien. Je n’ai rien à dire. Je suis juste indigné parce que c’est strictement impossible. Je reste toujours assis à mon bureau auprès de mon vidéoprojecteur et je ne m’approche jamais des étudiants sinon pour corriger éventuellement quelques travaux pratiques où je leur demande de dessiner sur une feuille des schémas de composition afin de mieux appréhender les œuvres étudiées. Ces exercices restent assez peu fréquents et je n’en ai mis en place que sept ou huit depuis le début de l’année universitaire. De plus, mes problèmes permanents de dos m’empêchent de me courber autant qu’il aurait fallu pour aller tâter le genou de la plaignante. Sachez, par ailleurs, que je suis asexuel depuis des années et que ce type de frétillement puéril ne m’intéresse plus depuis mon adolescence !
— Les témoignages rapportent pourtant le contraire… Enchérit l’officiste masculin.
— J’ai consulté plusieurs fois la médecine du travail sur ce sujet ; elle a préconisé des mesures d’adaptation de ma salle de classe, mais à ce jour, aucun agencement, aucun mobilier adapté n’a été mis en place dans la salle où je travaille. Pas même un siège ergonomique. Cette accusation est un pur mensonge qui, selon moi, ne vise qu’à anéantir mon honneur. Ces témoignages complaisants ne sont que des faux et je considère que c’est un véritable scandale ! Nouveau coup de matraque.
Suffocant de douleur, d’humiliation et de désespoir, je ne trouve alors plus l’énergie pour continuer à répondre à des questions toutes aussi fantasques les unes que les autres. Je décide de garder le silence total. J’ai affaire à des sourds. Dans ce qui m’apparaît comme une parodie de procès kafkaïen, je décroche mentalement dans les limbes de l’horreur, le regard éteint et dans le vague, indifférent à mon sort. Sans doute la drogue contenue dans la gélule commence-t-elle seulement à faire effet… Les chefs d’accusation se cumulant encore, je ne parviens plus à considérer le moment présent comme une réalité : on me reproche même d’avoir fait l’éloge colonialiste hégémoniste de la race blanche parce que j’aurais osé montrer des statues de marbre blanc de l’antiquité classique. C’est sans fin. J’ai l’impression, à ce moment, d’être le jouet d’une intrigue de série B. Je n’en peux plus. J’ai le tournis. C’est trop. Je m’évanouis tout bonnement en m’éclatant une autre côte en chutant à terre, toujours ligoté à ma chaise.
Quand je reviens à moi, une forte odeur d’iode me pique les narines. La mer n’est pas loin semble-t-il. On m’a revêtu d’une combinaison de plastique rouge très désagréable. Je suis propulsé dans une cellule comportant quatre lits. Je me redresse et m’aperçois qu’un autre détenu me tient compagnie. Il m’interroge sans discontinuer, mais je préfère ne pas répondre. Marre des pièges !
Quelques heures tard, un tandem de garde-chiourmes aux allures efféminées contrastant avec l’uniforme, viennent me saisir et m’emportent vers ce que j’imagine être le comité d’accueil. Ils me rappellent le clip des YMCA. À cet endroit, on m’indique comment bien me tenir au garde-à-vous, les pieds bien alignés derrière une ligne jaune peinte au sol. Devant moi, un jeune garçon tout juste sorti de l’adolescence, me fouette du regard sous la visière de sa casquette d’officiste, couleur marron comme son uniforme. Il reste ainsi en dodelinant du chef, tout en me dévisageant avant de briser le silence :
— Je suis le Director. Mon nom importe peu. Vous avez été condamné à deux années de rééducation intensive dont voici le programme quotidien qui sera encadré par les « guerriers de la justice sociale » ou les GJS :
— Lever à 5 heures. Exercice physique encadré dans la cour intérieure qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il cuise.
— Petit déjeuner de 6 heures à 7 heures pendant lequel un détenu, debout au lutrin, lit à haute voix le traité dogmatique des commandements de l’ÉVEIL. Vous devrez, à terme, le connaître par cœur.
— De 7 heures à 8 heures : cérémonie de repentance et de contrition. Celle-ci varie chaque semaine. Vous en découvrirez la teneur dès demain.
— De 8 heures à 12 heures : autocritique publique à haute voix, debout sur une estrade, à raison d’un détenu toutes les 10 minutes.
— De 12 heures à 13 heures : déjeuner avec aussi une lecture du traité, comme au petit déjeuner et comme au dîner.
— De 13 heures à 14 heures : sieste en cellule dans le calme le plus complet.
— De 14 heures à 19 heures : travail obligatoire en atelier ou vous participerez à la confection des uniformes des officiers et partenaires de l’ÉVEIL.
— De 19 heures à 20 heures : dîner avec lecture du traité.
— De 20 heures à 21 heures : participation obligatoire aux groupes de discussions encadrés par un GJS. Plusieurs thèmes vous seront proposés, mais vous devrez changer de groupe chaque jour pour vous permettre d’aborder tous les sujets.
— 21 heures : coucher après la distribution de la médication obligatoire.
Voilà en détails comment votre séjour parmi nous, qui fera de vous un tout nouvel individu, se déroulera. Je vous conseille de rester sincère et impliqué à chaque instant. Si vos évaluateurs estiment que l’objectif de rééducation éveillée n’est pas atteint au terme de ces deux années, votre peine sera allongée et agrémentée de nouvelles techniques pédagogiques plus persuasives… J’espère pour ma part que nous n’en arriverons pas là. Puis, et seulement à certaines conditions, vous pourrez être réintégré dans vos fonctions. Avez-vous des questions ?
— A-t-on accès à une bibliothèque ?
— Certainement pas. Par contre, vous disposerez dans votre cellule d’un exemplaire du traité de l’ÉVEIL qui devrait vous permettre de vous libérer de vos anciens carcans sexistes et racistes. Autre chose ?
— Non, Monsieur le Director.
— L’appellation « Monsieur » est obsolète et déplacée. Vous comprendrez vite que la question du genre est au cœur du changement sociétal que nous nous efforçons de mener à bien. Reformulez.
— Merci Director.
— Vous pouvez disposer. Vous commencerez votre rééducation dès demain et en attendant, je vous enjoins de commencer à feuilleter le traité de l’ÉVEIL que vous trouverez sur votre tablette de nuit.
Alors on me raccompagne avec autant de courtoisie et de délicatesse qu’à l’aller. Je retrouve mon codétenu en train de se décrotter les orteils. Charmant.
Un an plus tard, je me sens aussi heureux qu’une marionnette dont on tire sans cesse les ficelles pour lui faire faire les courbettes apropriées. Mon dos me fait souffrir quotidiennement. Les infirmistes médicaux m’ont juste fourni une vieille ceinture lombaire en plus d’un antidouleur au petit déjeuner. Mais pas la moindre séance de kinésithérapie, pas plus de radiographies ni même de diagnostic posé par un véritable médecin. Le régime ré-éducatif m’a complètement ramolli le cerveau. C’est le but. On s’habitue très vite à être constamment guidé et cadré dans ses faits et gestes. La notion de liberté individuelle s’efface petit à petit au profit d’une conformation collective sans la moindre fioriture.
Plus tard, j’apprends que notre camp de rééducation est bâti sur une île artificielle, parfaite imitation de l’ancien Alcatraz. Toute évasion ne peut qu’échouer, mais pour certains, renoncer à tout caractère identitaire propre est insupportable. Depuis quelque temps, mon codétenu semble fort préoccupé. D’habitude, il est plutôt joueur est espiègle comme si tout ce charivari de rééducation mentale ne le touchait même pas. Lors des séances de repentance, il ne peut s’empêcher de faire l’imbécile, ce qui lui vaut chaque fois des bastonnades à répétition. Je ne saurais dire si son comportement relève du courage intellectuel ou de l’idiotie. De souche sociale modeste, on ne peut pas dire de lui qu’il ferait partie d’une quelconque intelligentsia. Il y a beaucoup de professeurs parmi les détenus, aussi des artistes, des auteurs, des militants et d’anciens élus ayant résisté aux nouvelles lois de l’ÉVEIL. Sa personnalité fait donc un peu tache sur ce parchemin humain de dissidents plus ou moins responsables de ce qu’on leur reproche. Pour autant, j’ai beaucoup de respect pour lui, quand bien même d’aucuns le considéreraient comme un débile mental. Inquiet, je finis par céder à la curiosité et lui demande ce qui peut bien autant le perturber.
— Tu vas bien C-136 ? (Toujours pas de nom, juste des matricules).
— Ça va. Ça va. Me répond-il sur un ton monocorde.
Alors j’insiste un peu.
— Je vois bien que tu es tracassé. Parle-moi. Tu sais que tu peux me faire confiance.
— Ah bon ? Qu’est-ce qui me le prouve ?
— Rien. Tu as raison. Restons-en là.
Les feux s’éteignent. Je me couche sur le côté en position fœtale comme d’habitude. À la sieste du lendemain, parlant très très bas, C-136 me demande comme s’il était pris de regret d’avoir douté de moi la veille au soir :
— Je peux vraiment te faire confiance C-85 ?
— Je te l’assure. Réponds-je en murmurant.
— Avec deux potes que tu ne connais pas, on se prépare à s’évader. Ça t’intéresse ? Un quatrième larron serait le bienvenu...
— Tu me prends de court. C’est donc ça qui te turlupine depuis des jours ?
— Ouais.
— Quel est votre plan ?
— Disons qu’on a soudoyé un shaker transsexuel avec des faveurs physiques (si tu vois ce que je veux dire) dans les douches ; elles sont régulières depuis un bon moment. C’est un « forcé », lui aussi (nom que l’on donne aux volontaires obligés). En échange, iel nous fournira un plan des égouts et une clé qui ouvre un certain cadenas d’une grille donnant sur la plage de l’île. Il nous ouvrira les cellules au milieu de la nuit pour nous amener vers une trappe qui donne sur le réseau d’évacuation des eaux usées en direction de la mer.
— Et après ? Vous faites comment ?
— Des chambres à air de camion nous y attendront. On les gonflera à la bouche et on se laissera glisser sur les courants vers le nord, en dehors des frontières.
— Pourquoi vous faut-il un quatrième homme ?
— En fait, c’est toi que je voudrais avec nous parce que tu es prof et nous autres, on n’est pas bien malins. Tu as de la jugeote pour résoudre les problèmes qui pourraient survenir.
— C’est flatteur, mais je ne suis qu’un prof d’histoire de l’art. Je ne sais pas si ça va te servir à grand-chose. De plus, à mon âge et avec mes soucis dorsaux, je ne feari que vous ralentir. En plus, ça ne me dit rien de mourir d’hypothermie…
— « dipo… » quoi ?
— De froid si tu préfères, dans les eaux glacées. Plus vous progresserez vers le nord, plus la température de l’eau tombera. Si tu veux mon avis, c’est du suicide sans pouvoir disposer de combinaisons de plongeur.
— Et si on se couvre de graisse et de plastique bien serré ? Y’en a plein dans les ateliers.
— Il faut voir… Mais il vaudrait mieux au moins tripler les couches et bien protéger aussi vos mains sinon vous ne parviendrez plus à vous agripper à vos bouées. Ce périple risque de durer des jours : prenez de quoi tenir en eau potable et en sucre. C’est un minimum.
— Mouais. À t’entendre, on a très peu de chances de réussir…
— Le contraire serait un mensonge de ma part, mon ami. Ce n’est pas pour rien s’ils ont pris modèle sur Alcatraz…
— OK. J’en parlerai aux gars et on avisera. Alors tu es bien sûr de toi ? Tu ne viens pas ?
— Non merci. C’est gentil d’avoir pensé à moi, mais je devrais réussir à tenir un an de plus à supporter leurs bêtises tout en me faisant très petit.
— OK. C’est toi qui vois.
Le plan se mit en branle quatre jours plus tard.
Tous les trois furent stoppés net dans leurs illusions avant d’atteindre la mer : il y a aussi des caméras dans les égouts ! On assista à leur pendaison publique dans la cour principale en compagnie du shaker corrompu, tout le monde bien en rangs. Le coup de sifflet déclenchant l’ordre de mettre en action le mécanisme de la trappe de la potence, résonne encore dans mes tympans. Je n’oublierai jamais ce brave type… La cellule est bien vide sans lui et ses bavardages de gosse. Quelle tristesse. Pour autant, c’est un drame assez banal par ici qui vient s’ajouter aux suicides en se jetant sur les grilles électrifiées ou autres étranglements mutuels. Que va devenir ce monde ?
La séparation du corps et de l’esprit de conscience sociale prônée par le dogme de l’ÉVEIL, reste une illusion intenable pour beaucoup d’entre nous. La plupart se pincent les parties sensibles sous leur combinaison pour surmonter le conditionnement cérébral incessant. L’énorme majorité des détenus sont des hommes de plus de 45 ans. J’en ai même vu un de 80 ans. Tous les shakers sont des femmes et des trans. C’est absurde. Je me demande souvent comment l’ÉVEIL envisage la procréation… Les gays ne sont pas bien vus paradoxalement. Apparemment, les enfants auront bientôt la possibilité de choisir leur genre dès les 6 ans révolus selon la nouvelle constitution. On peut même, sur un simple mode déclaratif et sans passer par une chirurgie, se déclarer homme ou femme ou trans. Je ne me souviens plus des autres appellations qui foisonnent autour de ce sujet. Le corps en lui-même est devenu un sujet tabou au profit d’une conscience globale, un peu à la manière des fourmis. J’avoue que tout cela me dépasse.
Le plus dur à supporter, ce sont les séances de contrition où l’on est astreint à prononcer des séries de « mea culpa » sur divers motifs vite caricaturés en termes exagérés : hégémonie de la race blanche, colonialisme, possession sexuelle, violence verbale et physique envers les autres genres, luxure, alcoolisme, etc. J’ai l’impression d’être devenu un démon. Dans la repentance, nous devons nous allonger ventre à terre et bras en croix pour réciter des formules de demande de pardon toutes plus masochistes les unes que les autres tandis que des GJS passent dans les rangs pour fouetter les détenus au hasard. C’est évidemment très autodestructeur, car le cerveau ne peut admettre des pensées qu’il n’a jamais construites par lui-même. À croire qu’il n’y a aucun neurologue ou psychologue dans les rangs de l’ÉVEIL. Après ces séances de plein air, toujours enveloppé dans une combinaison dont la doublure râpeuse (pour nous aider à nous défaire du despotisme libidineux), nous gagnons la salle de restauration. Sur le trajet, les coups de matraque sur le dos pleuvent encore bien avant que nous soyons assis à table. Ah j’oubliais, avant la fin de la séance de repentance, une dizaine de détenus sont chaque fois emmenés dans un local dédié où on leur offre des séances d’électrochocs pour les « inciter » à être plus sincères. Personnellement, j’y suis déjà passé deux fois. Dès qu’un détenu déroge à la plus minuscule des règles, il est aussitôt emmené pour recevoir une bonne correction au beau milieu de l’allée centrale, couverte d’auréoles d’hémoglobine indélébiles.
La deuxième année de ma rééducation est enfin à son terme. Le jour de mon évaluation finale est enfin venue. Je suis si nerveux que mes jambes tremblent en permanence. J’ai énormément travaillé sur moi-même et j’espère avoir réussi à faire illusion. Malgré tout, j’ai peur. Mon cerveau est en purée. L’angoisse me serre la poitrine déjà de plus depuis plusieurs semaines à cette seule idée de repasser devant un tribunal. J’ai toujours l’angoisse de faire une crise cardiaque ! Être conscient que toute une vie peut être jetée à la poubelle sur la seule impression que l’on peut donner à quelques jeunes adultes inexpérimentés, est terrifiant ! La perspective de me retrouver au ban de la société à 62 ans représente pour n’importe qui le pire des enfers ! Pendant ces deux années, je n’ai cessé de me demander comment un tel parti politique a pu accéder au pouvoir… La culpabilité des anciens dirigeants, associée à d’innombrables lâchetés, ne peuvent qu’en être la cause. Ce qui est typique en Occident au regard de n’importe quel étranger. Les shakers viennent me chercher. Je vais enfin connaître mon sort.
Cette fois, l’entretien a été bien plus étriqué que le premier. Je me sentais aussi démuni que lors de mon premier oral d’examen : les bons termes ne me venaient pas assez instinctivement comme ils l’auraient voulu. J’ai donc échoué à convaincre. Bref, rallonge. Et merde !
Six mois plus tard, je sors enfin de ce camp. Ils m’ont imposé une recette épicée et musclée comportant de nombreuses séances d’électrochocs, de conditionnements chimiques et de quelques passages à tabac pour assaisonner la sauce.
Cela fait maintenant un an que j’ai repris mes fonctions d’enseignant, assorties de quelques aménagements. Pour commencer, fini l’enseignement de l’histoire de l’art aux portes grandes ouvertes : une liste très précise d’œuvres, considérées comme majeures par l’AMSPÉ, doivent être étudiées en priorité sous un angle strictement dogmatique : le constructivisme russe, la propagande chinoise, la peinture socialiste officielle et tout ce genre de propagandes totalement dépourvues d’imagination lyrique. D’autre part, des artistes officiels mandatés par l’ÉVEIL, viennent tenir des conférences du type : « l’art non genré » ou « communiquer sans exclure ». Face à moi, toujours rivé à mon bureau par un système de sangles, cloîtré à l’intérieur d’une cage de verre pour me tenir à l’écart de toute nouvelle « tentation de contact inapproprié », une liste de termes interdits avec leurs équivalents autorisés, est rafraîchie chaque semaine. Par exemple, « homme blanc » devient « viriliste dominateur », ou encore, « femme enceinte » devient « personne en gestation » (pour ménager les transsexuels), etc. Tout le vocabulaire de l’ÉVEIL ressemble à une guerre psychologique menée contre la réalité. Je dois aussi porter en permanence un bracelet électronique permettant de surveiller mes déplacements, même en dehors des cours. Affublé d’une combinaison de couleur verte (signifiant que je suis en période de probation), je suis assisté d’une IA de contrôle. Elle se résume à une simple boîte, perchée sur le toit de mon aquarium, pourvue de caméras et d’enregistreurs sonores. À la moindre bévue sémantique, elle déclenche un choc électrique bref et intense, directement sur mes tempes : car je porte constamment un calot muni de capteurs établissant la liaison entre mon cerveau et la machine. Mon salaire a été diminué de moitié pour compenser les frais de rééducation. Alors je vis dans un très modeste deux-pièces loué par l’AMSPÉ à trois cents mètres de l’université, ce qui est bien pratique pour tout le monde : je n’ai pas à marcher longtemps pour me rendre à mes cours et la direction peut toujours garder un œil de suspicion sur moi ! Cerise humiliante sur le gâteau, j’ai reçu un blâme qui devrait disparaître au terme de trois années si je ne commets la moindre faute.
Mes jeunes étudiants sont de futurs cadres supérieurs destinés à la communication d’État dirigée par l’ÉVEIL. Ils ont été triés sur le volet. Au sein de chaque groupe, iune déléguiste (nouveaux mots éveillés) est en charge de noter mes expressions de visage et corporelles suspectes que ne peut détecter l’IA de surveillance. Une fiche de rapport est déposée dans une boîte aux lettres dédiée, à chaque fin de cours, près du bureau du GJS en chef.
Mon nom est désormais SYLARD. On s’habitue même à ça : renoncer à son arbre généalogique. Chaque jour, je traîne ma carcasse dans un interminable sentiment de solitude exaspérée. On a tenté de me faire oublier tous ceux que j’aimais, mais je n’ai jamais cédé à la torture lorsqu’ils voulurent me forcer à dénoncer mes deux garçons. Ils se sont enfuis, il y a trois mois, dans la clandestinité, loin des territoires de l’ÉVEIL. L’ÉVEIL du pire ! Je suis désormais un des derniers professeurs de l’ancien monde aujourd’hui totalement « wokotomisé » (ce terme fait partie de MON dictionnaire mental). Mais j’ai un secret : je possède un « musée imaginaire » tel que l’avait défini en son temps l’immense André Malraux, que personne ne pourra m’extirper de la mémoire. Je m’y promène souvent la nuit, avant de sombrer dans un sommeil drogué, sans qu’aucune caméra ni capteur ne puisse m’y poursuivre. Je m’y invente de splendides chemins de traverse dans des couloirs comblés d’œuvres interdites : Le Titien, Goya, De Sade, Despentes, Houellebecq, Jeff Koons, Magritte, Annette Messager et tant d’autres disparus sous la pression d’énormes bulldozers ou dans les cendres des autodafés. Pendant ces heures d’extase, je ne suis plus de chez eux, je suis chez moi !
Depuis quand suis-je ici ? J’ai mal partout. = ajouter un commentaire =
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Sylvestre, je trouve que ce que tu fais dans ce texte est très dangereux car tu généralises à un niveau sociétal ce que tu as vécu à un niveau personnel. Ce que tu as vécu à titre personnel est horrible et inadmissible même si je n'en connais pas exactement les contours. Je peux te le dire car moi-même il n'y a pas très longtemps je croyais que le Wokisme était une réalité alors que personne ne s'en revendique. J'avais été bombardé indirectement par des évanescences de médias comme ceux de Bolloré qui montent le sujet en épingle, des vidéos de Youtubeurs qui surfaient sur le trend et l'estampillaient à toutes les sauces pour faire des vues et certains faits-divers où des statues étaient vandalisées me choquaient. Je connaissais dans mon entourage quelques exemples d'homosexuels que je trouvais insupportables à revendiquer tout le temps leurs droit et ne voir la vie que sous le prisme de la sexualité alors inconsciemment l'idée que c'était une généralité, une réalité systémique m'a gangrené l'esprit. S'il y a des quotas en place, c'est pour réparer des injustices sociales sans volonté institutionnalisée de pénaliser ou déclasser qui que ce soit. Pas de volonté de qui que ce soit de revisiter l'Histoire non plus.
Je pense cependant qu'il était important de publier ce texte car il va au bout du délire collectif et bien au delà en cumulant la somme de toutes les peurs, que c'était bien qu'on en débatte pour évacuer un malentendu profond dans notre société. Je pense aussi que c'est bien dommage qu'on n'entende jamais la gauche prendre le temps de désamorcer cette légende urbaine qui semble être au centre des prochaines élections.
Vous êtes sûr que c'est une dystopie ? Cela me semble tout-à-fait d'actualité. la preuve : rien que le fait de le dire va me valoir quelques coups de matraques. Pourtant je connais un enseignant de primaire qui a eu droit à un suivi psychologique diligenté par les Services Sociaux (qui portent bien leurs initiales ?), était passible du pénal (apparemment évité de justesse) et un blâme avec mise à l'épreuve pendant deux ans, parce qu'il avait amené sa fille dans un musée (ce qui est pourtant préconisé par l'E.N). Son crime ? Une photo qu'il avait publiée sur Facebook où l'on voyait derrière eux une représentation d'hommes préhistoriques nus et en érection. Bilan : suspicion de pédophilie, de déviance sexuelle... La "psychologiste" qui a fait le rapport à charge lui a même demandé s'il avait fait baptiser ses enfants, et comme il se trouvait que oui, lui a déclaré : "on sait qu'il y a beaucoup de pédophiles chez les catholiques"... et je passe sur d'autres analyses du même tonneau, et tout ce que j'ai relaté est absolument authentique, dans notre Monde, à notre époque. Mais dis-moi, Sylvestre : tu connais cet enseignant et son histoire ? Dystopie, ou simple transposition ? ... Aïe ! Aîe ! Ne tapez plus, je retire ce que j'ai dit, mon esprit est égaré, je comprends la nécessité de traquer les déviants sexuels...
Lapinchien, j'allais faire la même : un combo gagnant, après le viol physique, le viol mental.
J'ai été mal à l'aise en lisant ce texte, ce qui en soi n'est pas une mauvaise chose, dans l'absolu. Mais... j'apprécie beaucoup l'auteur par ailleurs, et je trouve qu'ici il y a un effort de style, qui rend la lecture plus fluide. Mais... Je suis désolé je n'ai eu aucune sympathie pour le narrateur, qui passe son temps à nous rappeler ses souffrances et ce a quoi il aurait droit. Oui, on est d'accord, mais une fois, on a compris. Deux fois, c'est du règlement de compte. Trois fois...
En fait, je pense qu'il s'agit d'une satire mais il y a trop de signaux confusionnants, on sent la rage et la colère du narrateur, et derrière, celle de l'auteur, on la sent trop pour que se fasse la prise de recul qui permet à la satire de fonctionner. Peut être que je me trompe mais, dans la satire, on se moque de tout le monde. Ici, ce n'est pas tout à fait le cas : donc c'est une satire incomplète, le cas échéant.
Mais peut-être que je me trompe totalement et qu'il ne s'agit pas d'une satire. Auquel cas, je préfère courageusement dire que j'ai autant pitié des lobotomisés que de leur victime.
Le wokisme n'est le projet de société de personne et s'il y a de la confusion qui peut mener à des fait-divers graves c'est à la justice de traiter ces cas et ce n'est pas la peine d'en faire une généralité. Personne ne cautionne ces dérives qui restent des cas isolés.
Je ne suis pas allé au bout du texte. Je me suis arrêté aux deux tiers, atteints par politesse intellectuelle. Mais tout n'est qu'accumulation, c'est un texte gras, lourd, pesant de clichés politisés. Tout n'est que fantasme victimaire, reprise de topoï de la droite traditionnaliste, pitoyable au possible. Du fake gonflé de vent.
L'écriture ne rattrape rien parce qu'elle est ultra démonstrative, jusqu'à la profusion d'exclamations, d'onomatopées ; le point de vue interne strict empêche toute distance, toute finesse, le narrateur étant un gros naze.
Quant au fond politique, il pue.
La dystopie n'a de sens que pour critiquer une société qui va mal. Quand elle est utilisée pour rire (supposons que ce texte soit au second degré), elle ne peut qu'échouer, étant donné le sérieux de ses possibilités, étant donné l'histoire éminente des dystopies utiles et saines.
Là, ça ne fait que chambre d'écho aux illusions droitardes et rétrogrades. Et ça pue le vieux linge moisi.
Je pense que ce texte raconte plus une histoire personnelle que collective. Sylvestre nous avait raconté qu'il avait eu une plainte contre lui alors qu'il était prof d'art, une plainte surréaliste sur sa manière d'enseigner qui a eu de graves conséquences pour lui. Je comprends que ça le fasse beaucoup réfléchir et que la confusion savamment entretenue par certains politiques et médias trouvent écho en lui au point de produire un tel texte comme un cri primal dénonçant une injustice immonde. Cela dit il faut toute proportions garder et ne pas généraliser des choses qui restent in fine un cas isolé. Et comme je l'ai déjà dit on ne démontre pas une théorie à l'aide d'exemples car c'est un mode de raisonnement fallacieux même si beaucoup d'entre nous peuvent tomber dans le panneau.
Ce récit est pensé comme une démonstration, et c'est son principal défaut. Une démonstration qui, au demeurant, se contente de ressasser la même idée sous différentes formes, au gré des épreuves traversées par le narrateur-personnage. Sylvestre Evrard s'y met en scène de façon transparente, y révélant ses blessures et ses angoisses. C'est là une forme d'honnêteté qui est tout à son honneur puisque en affichant la subjectivité de son propos, l'auteur en assume également les limites.
Si l'écriture de ce texte a permis à son auteur de se libérer, tant mieux. Sur le plan littéraire malheureusement, c'est un échec écrit d'avance. L'intrigue, les personnages, les descriptions, les images, tout est tendu vers un seul objectif : la dénonciation du wokisme présenté comme une idéologie assez puissante pour mener au totalitarisme. Pas de nuance, pas d'ambiguïté, pas de place donc ni pour le doute, ni pour la réflexion. Une caricature qui ne grossit pas le trait pour rendre ses lecteurs plus perspicaces, mais pour mieux les aveugler.
Je doute qu'on puisse faire de la littérature sur de telles bases.
Je terminerai par un constat dont j'assume pleinement, à mon tour, la subjectivité : ce texte m'a angoissée, à mon corps défendant. Je ne crois pas à une idéologie woke, mais je crois aux dangers du conformisme de la pensée. Et c'est ce danger que réussit à mettre en scène ce récit, malgré tous les défauts que je lui trouve.
Ce n'est ni une dystopie, ni une satire, ni un cas isolé. Mais comme nous avons des Hégéliens convaincus parmi nous... quand les faits donnent tort à la théorie, tant pis pour les faits.
De plus, de nombreux professeur d"E.P.S ont été confrontés à ce problème, ce qui a conduit l'un d'entre eux au suicide. Cas isolé ? J'ai aussi connu un Prof se techno qui a eu de sérieux ennuis parce qu'une élève (en Collège) s'était plainte "qu'il avait posé sa main sur son épaule" pour lui expliquer quelque chose sur l'écran d'ordinateur sur lequel elle travaillait. Et cela se passait en 1999. Si ce texte avait été écrit il y a 30 ans, cela aurait été une dystopie, peut-être. Mais pas à présent.
Mais Sylvestre, j'aimerais avoir ton avis ! Là, on parle pour toi, et il paraît que c'est le stade ultime du Troll...
Pour ma part je ne suis pas aussi intelligent que vous. Je suppose que c'est une satire ; si je me trompe ok, ça m'empêchera pas de dormir.
Mais si ce n'est ni une satire ni une distopie c'est quoi ? Merci d'avance pour la leçon.
Dystopie*
Suis aussi intéressé par la définition de "troll" puisque chercher a deviner le message de l'auteur me semble a prioris une démarche normale de lecteur. Ou alors tous les lecteurs qui cherchent a comprendre sont des trolls, après je suis près l'entendre aussi.
La démonstration par l'exemple (parfois appelée généralisation inappropriée ) est un sophisme logique selon lequel la validité d'un énoncé est illustrée par un ou plusieurs exemples ou cas, plutôt que par une démonstration complète . C'est un raisonnement fallacieux. ça ne sert à rien de donner 1 ou 25 exemples. ça ne démontre en rien ta théorie.
Je ne pense pas que la démarche de Sylvestre soit celle d'un troll. Elle me semble sincère mais cependant le résultat d'un raisonnement personnel biaisé. Comme des tas de personnes en ce moment malheureusement et c'est pourquoi nous en parlons. Je pense que la stratégie de la gauche d'évacuer le problème du Wokisme d'un revers de la main plutôt que d'expliquer aux gens pourquoi ils se trompent est la raison pour laquelle l'extrême droite est aux portes du pouvoir.
Pour une fois que j'arrive à la fin d'un texte de Sylvestre sans saigner des yeux à cause d'une utilisation "maladroite" de concept scientifique, je t'en remercie.
Bon par contre si la science n'est pas ton truc, la socio non plus il semblerait.
Je trouve toujours ça un peu malaisant quand un auteur se met en scène comme le héros de sa propre histoire. Un petit côté looser magnifique mais un peu pathétique.
Un Alain Chabat dans RRrrrrrr !! qui tourne en rond dans son trou en criant: "Vous ne m'aurez jamaiiiiiis !"
Franchement, j'peux compatir à l'injustice et aux victimes de la connerie humaine.
Mais j'crois que tu t'goure d'ennemis camarade!
@Tonton René
On fait la science avec des faits, comme on fait une maison avec des pierres : mais une accumulation de faits n'est pas plus une science qu'un tas de pierres n'est une maison.
Henri Poincarré
Ah et puis j'oubliais : Bonne Saint Sylvestre au dernier auteur de 2025 !
@René : Qu'est ce qui te dérange avec la pensée de Hegel ?
Bone Année à tous d'abord !
Ce qui me dérange, c'est que quand on nie des faits, on peut promulguer n'importe théorie, comme tu le fais. Et en effet, comme disait un de mes professeurs, en théorie, tout est possible. Mais comme disait quelqu'un d'autre, les faits ont la vie dure. Tu peux fermer les yeux LpC, mais les faits n'ont pas besoin de ton regard pour exister. C'est un fait.
@René : C'est une paraéidolie intellectuelle, ton histoire, tu vois une image globale dans ce qui n'est que du bruit.
@René : Bonn et Berlin année à toi
Donne moi un exemple de ce que t'appelles un fait qu'on ne peut pas interpréter d'une manière ou d'une autre
Voici pour moi le fantasme très appliqué d’un homme cultivé découvrant avec horreur ce que ça fait d’être dominé. La dystopie sert surtout de décor à une victimisation masculine haut de gamme, avec vernis intellectuel et références propres.
Le pouvoir n’y est jamais un mécanisme neutre : il a un visage, une voix, et — comme par hasard — souvent un corps de femme. Les figures féminines ne pensent pas, n’hésitent pas, n’existent pas. Elles exécutent, moralisent, punissent. Ce ne sont pas des personnages, ce sont des accessoires de correction idéologique.
La domination racontée ici n’analyse rien : elle règle des comptes. Ce n’est pas “le pouvoir quand il déraille”, c’est “regardez ce qui arrive quand ce ne sont plus les bons qui commandent”. La dystopie glisse alors tranquillement du côté du pamphlet de ressentiment, où la femme incarne la revanche, jamais la complexité.
Techniquement, c’est propre. Politiquement, c’est lourd. Littérairement, c’est habile. Mais moi, lectrice, je ne peux pas m’extasier devant une fiction qui confond critique du totalitarisme et peur panique de perdre le monopole du récit.
Merci lpC !
Mais tu diras à celui qui s'est suicidé à cause de calomnie qui ruinaient sa carrière que c'était une paréidolie intellectuelle et qu'il n'était qu'un détail de l'Histoire. Ca l'apaisera surement. Et Sylvestre aussi, sans doute.
Lpc : Donne-moi un exemple d'une théorie que l'on ne peut pas interpréter d'une manière ou d'une autre. Un fait ? Demande aux agriculteurs ce que ça fait des blindés contre des tracteurs. Demande aux gilets jaunes ce que ça fait des flashball (condamnés par le Traité de Genève et l'ONU) dans la gueule.... Mais j'oubliais... ce n'est pas le FN qui était au Pouvoir... donc c'était une répression démocratique. Mais c'est peut-être un fait, pas une théorie ?
On peut déjà parler du fait scientifique qui est le plus rigoureux des faits puisque c'est une observation ou un phénomène vérifié par des méthodes scientifiques rigoureuses.
Tu vas pas me dire que ce n'est pas le plus rigoureux des faits, n'est-ce pas ?
Le paradoxe de Wigner ou l'ami de Wigner est une expérience de pensée en physique quantique théorique, proposée par le physicien Eugène Wigner en 1961. Le scénario implique une observation indirecte d'une mesure quantique : un observateur W observe un autre observateur F qui effectue une mesure quantique sur un système physique. Les deux observateurs formulent ensuite une déclaration sur l'état du système physique après la mesure selon les lois de la théorie quantique. Dans la plupart des interprétations de la théorie quantique, les déclarations des deux observateurs se contredisent. Selon les interprétations de Copenhague de la mécanique quantique relationnelle et bayésienne quantique, l'état est défini uniquement par rapport à l'observateur : par rapport à l'ami, l'état est déterminé, alors que par rapport à Wigner, il est en superposition.
Si l'observation dépend de l'observateur, même le fait scientifique (qu'on avait convenu comme étant le plus rigoureux des faits) semble être contestable et ça pourrait remettre même en cause ce que sont les fondements des sciences. Alors t'imagines pour des faits qui sont moins rigoureux ?
Mettre Despentes à côté de Houellebecq... Fallait oser. C'est bien écrit mais il y a un air de déjà vu.
Bien d'accord avec LC, le wokisme (terminologie politique importée) n'existe pas sauf à lalangue, ni même lesdits millenials (concept marketing des années 90), ni même la pseudo cancel culture qui serait celle d'un régime autoritaire. Les revendications des milieux militants actuels ne peuvent être comparés à une dictature militaire.
*comparées
René, personne ne nie les faits.
Où as-tu vu que l'on nie les faits ?
Moi je suis d'accord avec LC.
Un fait mal observé n’est pas un fait, c’est un bruit.
Changer d’angle ne corrige pas une mesure ratée, ça la déplace.
Sans méthode, l’observation confond le réel avec ce qu’elle espérait voir.
Un témoignage peut être sincère et pourtant faux.
Factuellement : ce qui n’est pas vérifié ne prouve rien.
Pour commencer, je vous souhaite une très bonne année à tous et surtout une bonne santé car c'est vraiment cela qui compte le plus et j'en sais quelque chose.
Jamais je n'aurais pensé que mon texte allait susciter un débat aussi riche où tout le monde a déployé de bons arguments de dont je me doutais un peu. Et comme on me demande une réponse qui sera un peu auto-critique, la voici :
Ce qui m'est arrivé il y a environ 5 ans, suite à des « plaintes » d'étudiants complètement hypocrites et dans le déni s'est finalisé par une sorte de « procès stalinien » en présence des hauts responsables de l'université de Lille. J'ai pris la précaution de demander la présence de 2 collègues comme témoins passifs mais attentifs. À la sortie, ils m'ont exprimé leur indignation devant ce qui s'était passé. Aucune preuve ne m'a été présentée et les documents que j'avais préparés ne m'ont pas été autorisés à être montrés. Je n'ai reçu aucune sanction administrative, mais depuis 3 ans, le directeur bloque une promotion à laquelle j'ai droit depuis 8 ans. Juste après ça, je m'en suis ressenti très mal, humilié et rejeté. Les rumeurs amplifiées ont vite couru les couloirs et encore aujourd'hui je subis le harcèlement moral d'un grand nombre de collègues qui n'ont finalement aucun élément tangible à leur connaissance. J'en ai fait une dépression, psy, je me suis remis à fumer alors que j'avais arrêté depuis 8 ans et il faut bien le dire, à picoler comme un trou. Je ne suis toujours pas sorti de cet état.
Revenons à ce texte que j'ai certainement écrit trop à chaud et comme l'a dit l'un des commentateurs, sans doute pour me défouler et me venger d'une certaine manière. Alors, effectivement, est-ce une dystrophie ou une anticipation ? Est-ce que c'est vraiment le wokisme qui est visé ? J'avais fait beaucoup de recherches et lu plusieurs livres écrits par d'éminents professeurs et spécialistes de l'époque, ce qui m'avait conforté dans mon opinion. Est-ce un texte dangereux ? Il ne l'est pas plus que "1984".
Depuis le début de mes études artistiques, j'ai toujours examiné toutes les formes de despotisme qu'on peut trouver dans la société : ce n'est donc pas un texte qui sort de nulle part selon moi. Je relève la remarque de LINDSAY tout à fait juste : les femmes sont assez négligées en tant que personnages bien que si elle relit le texte, dans le jury qui m'avait agressé, il y avait 2 femmes et un homme. Dans le milieu où je travaille il n'y a presque plus d'hommes d'ailleurs. Mais étudiants sont à 98 % des filles. Ce n'est pas un problème en soi, mais je n'ai jamais eu aucun souci avec les garçons, ce qui ne fait pas de moi un misogyne mais quelqu'un d'attentif à la manière dont la gent féminine est en train de récupérer le pouvoir (ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose) mais elle l'utilise, selon moi, d'une façon encore plus redoutable; comme si elles avaient une revanche à prendre. D'ailleurs, à l'origine de ces faits, une femme responsable de mon site n'a jamais vraiment écouté mes arguments et m'a balancé comme une bête dangereuse. Elle a été remplacée par 2 femmes et un homme auxquels j'ai demandé un entretien à plusieurs reprises pour remettre les pendules à l'heure. Ainsi qu'à la direction. Je n'ai jamais reçu la moindre réponse. Je vais travailler avec la boule au ventre, ce qui ne m'était plus arrivé depuis mes toutes premières années d'enseignant où je professais dans les pires collèges de mon académie.
Il est vrai que mon histoire personnelle est racontée sous forme, disons de dystrophie pour faire plus simple, présente également de nombreux clins d'œil à des œuvres bien connues. Quand au final, il peut sembler exagéré; je suis bien certain que ça finira à peu près comme ça dans les universités (la cage en verre en moins). Pour ceux qui auraient encore des doutes, vérifiez ce qui se passe aux États-Unis qui est terrible. La France a toujours eu un temps de retard sur ce grand pays qui devient de plus en plus une dictature. Cela on ne peut pas le nier, d'autant plus que l'extrême droite gagne du terrain partout en Europe. Ce sont des faits et on ne peut pas le nier. Alors sans doute, l'allusion au wokisme était maladroite, mais au moment où j'ai écris le texte, on en parlait énormément comme d'un danger imminent. J'ai même envoyé en PDF un livre complet sur le sujet à mon grand directeur pour essayer de lui faire comprendre ce qui s'était réellement passé. Ces gens de pouvoir se protègent les uns les autres et ont préféré taper sur la tête d'un seul prof plutôt que de se retrouver avec un mouvement d'étudiants complètement à la masse.
Avec le recul, je pense aussi que ce qui m'est arrivé est une conséquence directe d'un trop grand isolement social des jeunes après le confinement du COVID. Depuis 3 ans maintenant, je n'ai plus reçu la moindre remarque négative de la part de mes étudiants que je trouve nettement plus équilibrés qu'à l'époque.
N'oublions pas que ce n'est qu'une histoire de science-fiction aux traits un peu forcés, mais n'est-ce pas là la fonction du genre tout en soulevant une problématique. La preuve en est à travers vos nombreux et pertinents commentaires. Je pourrais encore épiloguer longtemps mais je vais finir par vous lasser…
ET encore une fois je vous souhaite le meilleur pour 2026 en vous remerciant tous. Et merci aussi pour celui qui m'a souhaité m'a fête. Bises
NB/ les doigts engourdis par le froid (toujours pas de chaudière avant le 7 janvier) j'ai rédiger ce commentaire en dictée vocale; donc excusez les nombreuses coquilles svp
Avec le recul et grâce à vos commentaires, je vais retravailler en profondeur cette histoire qui me tient à coeur; merci
Bonne année à toi Sylvestre. Malheureusement, ton exercice, bien malgré les efforts d'inventivité que tu déploies, sert in fine l'obscurantisme de la post-vérité de notre époque où des faits objectifs influencent moins l'opinion générale que les appels à l'émotion et aux convictions personnelles.
@LPC; c'est bien pour cela que je vais remettre ce récit sur l'établi
Courage à toi Sylvestre.
Ton témoignage me conforte dans l'idée qu'un tas de connards reste un tas de connards quel que soit son bord.
Petite astuce pour t'aider à te réchauffer et rendre le monde meilleur:
Trouver un connard.
L'assommer.
Le disposer dans un baril métallique.
Lui mettre le feu.
Et raconter le tout dans un texte de Saint Con en avril.
RQ: les dialogues du premier entretien de l'histoire sont véridiques à qq mots près
>Sylvestre : merci pour ton retour. Et tu n'as pas besoin de t'excuser ni de te justifier, je sais parfaitement ce qui est véridique dans ton histoire romancée, car tu es loin d'être un cas isolé, comme le susurrait l'un de nos amis. Ami qui t'expliquera peut-être que tu as mal interprété les faits, parce que d'après ce que j'ai compris de sa démonstration quantique (domaine que je connais aussi, au moins autant que lui) les faits ne sont que le produit de notre imagination. A partir de là... on n'est pas loin de rejoindre les théoriciens qui soutiennent que nous vivons dans une "Matrice", que notre Monde est une illusion. C'est du même tonneau (pour moi). Et quant à brandir la "théorisation" comme garante du "vrai réel"... il faudrait pour cela bien connaître ce qu'est la méthodologie scientifique et son protocole d'application, avec les variables dépendantes, les variables indépendantes, les variables imbriquées, les variables parasites, les variables neutralisées... protocole qui n'est par toujours respecté, ou pas toujours possible à respecter, ce qui n'empêche pas de construire des théories sur des bases bancales. Mais comme je dis toujours, quand tu tombes d'une falaise, tu peux toujours brandir n'importe quelle théorie, y compris quantique ou du Monde-Matrice, tu t'écrases au sol : c'est un fait et qui ne dépend pas d'un point de vue. Mais pour celui qui reste sur la falaise, et peut-être ferme les yeux, cela peut demeurer une théorie. Voilà toute la différence. Et dans notre Monde ce sont ceux qui ferment les yeux qui parlent d'obscurantisme. Peut-être parce que s'ils les ouvrent, il sont aveuglés, et pensent qu'il en est de même pour les autres. D'où justification théorique de l'obscurantisme proclamé.
Si c'est la réinterprétation de l'Histoire à des fins politiques et la censure institutionnalisée, qui t'inquiètent, tu devrais plus être effrayer par le trumpisme que par une prétendue "cancel culture" qui n'est qu'un fantasme, car Trump est au pouvoir et il met en place la dystopie dénoncée.
Voilà, j'ai travaillé toute la matinée sur "l'éveil du pire": j'ai supprimé toute allusion wokiste, supprimé le sexisme et la question genrée, des passages surannés, intégré des personnages féminins positifs et imposé des doutes à mon professeur un peu trop arrogant. merci encore pour tes éclairages; Grâce à lazone, je sens que j'ai bcp progressé. Je suis addict ! lol👍 🥸 🧑🎄
err: vos éclairages; vous allez me faire braire avec vos magnifiques prévenances !
un bon ami m'a conseillé un hypno-thérapeute. Vous en penses quoi?
Et je voulais juste annoncer un exemple, celui de "l'ami de Wigner amenant à la remise en cause du fait scientifique" pour casser ta théorie sur "les faits qui ne seraient pas sujets à interprétation" car si les exemples ne peuvent pas prouver une théorie, il suffit d'un contre exemple pour infirmer une théorie. Je suis tout à fait d'accord avec Lindsay S quand elle dit que ce qui n'est pas vérifié ne prouve rien et que la reproductibilité de l'expérience est essentielle.
@René de Cessandre; j'ai cherché des textes de toi... tu n'écris pas? Dommage ! je voulais te mettre dans mes "amis" du forum mais je ne trouve pas comment faire?
@Sylvestre : personne ne t'a demandé de changer ton texte, c'est toi qui l'a proposé. Ton texte est publié tel que tu l'as envoyé. Il respecte la loi et la ligne éditoriale du site donc pourquoi ne le serait-il pas ? Les commentaires sont des avis personnels et n'ont pas une vocation prosélyte ou normative. Et franchement ton texte à plus d’intérêt tel quel qu'en aurait une version expurgée.
oh t'inquiète ! je garde ma ligne directrice et je nbe cherche pas à plaire à tout le monde, mais quand les défauts sont manifestes, pourquoi ne pas améliorer et retravailler? en tant qu'ancien plasticien, j'ai toujours su faire le tri entre les critiques pertinentes et ma démarche personnelle. Un de mes excellents anciens profs disait: "un talent non travaillé ne peut que devenir une sale manie".. Que c'est vrai ! je suis ici aussi pour devenir meilleur et moins égocentré. c'est gentil de ta part, et le mot "gentil" est faible...
@René : Tu es contre les théories pourtant tu nous assènes les tiennes comme des vérités absolues.
Vous ne devriez pas parler de méthodologie scientifique sans savoir de quoi il s'agit. Les mêmes erreurs dans les mêmes conditions produisent les mêmes effets, mais ne prouvent rien. Toute science (véritable) est avant tout paradigmatique. Tu le dis d'ailleurs toi-même en te contredisant : en reconnaissant la reproductibilité de l'expérience, et en même temps qu'un contre-exemple suffit à annuler la théorie que la reproductibilité semblait valider jusque-là. Tu oscilles entre théorisation et empirisme, t'appuyant alternativement sur l'une ou l'autre selon tes besoins "démonstratifs", mais tu oublies que ce qui valide la théorie, c'est l'expérimentation donc des faits observables issue de la théorie, faits dont par ailleurs tu dénies la validité conceptuelle... ce qui enlève également toute valeur à toute théorisation. Reste alors ce en quoi tu te réfugies : la croyance.
> Sylvestre : tu m'as fait peur ? Je croyais que tu allais faire comme Lautréamont dans ses "Lettres à son Editeur" où il lui dit que celui-ci a raison, qu'il allait corriger ses Chants dans le sens de l'espoir, et qui finit par cette conclusion terrible : "Il ne faut pas pleurer en public" ?
yep.. Lapinchien.. comme ça on remettra le couvert en 026.. en attendant amour et paix ds les coeurs et toutes les langues.. chien.. cachalot.. chouette.. et même en bonobo..
le bonobo étant le seul primate faisant l'amour pour le plaisir !
voir image sur bla-bla du forum
Heu... le bonobo règle aussi ses conflits en partousant... heu... je ne suis pas trop preneur... vous me pardonnerez... je trouve le "conflit" plus "sain"... bon, c'est un point de vue.
P.S. : non, je ne pense pas asséner des théories. Je ne suis d'ailleurs pas un défenseurs de théories. J'essaie d'analyser des faits. Et c'est là que cela devient intéressant, car j'écoute ce que dit LpC : et donc, analyser des faits, n'est-ce pas théoriser ? Voilà qui est intéressant, cela donne raison à Lpc. Mais est-ce que cela me donne tort ? Est-ce que LpC et moi-même ne parlons pas de la même chose finalement, mais justement, vue sous des angles différents ? Dans ce cas, il appartient à chacun de faire la synthèse : il y a des choses à rejeter chez LpC et chez moi-même, mais si l'on garde ce qu'il y a à garder ? Les antagonismes possèdent une richesse potentielle, si on arrive à les exploiter !
parfaitement d'accord !
yep.. René.. c tout le problème du langage.. chez les humains.. c pourquoi les bonobos ont sans doute raison..
et ça doit à cause de ça que je m'aigris (sans perdre de poids ! lol)
J'ai envoyé deux textes à la Zone. Assez courts. Comme il faut deux mois avant qu'ils soient publiés, s'ils sont publiés, tu pourras peut-être les lire en Février. Je suis intéressé par tous les retours, et par le tien sans doute particulièrement, parce que comme moi tu connais ce que tu n'as pas nommé dans ton texte (mais que j'ai très bien décrypté), "les Procès à la Jeanne d'Arc" qui sont très prisés dans le milieu que tu connais. Par exemple on a dû te demander : "Reconnaissez-vous que votre comportement a été inapproprié ?". Si tu réponds "oui", tu reconnais la faute. Si tu réponds "non", tu "aggraves" ton cas par le fait que tu ne reconnais pas, ou pire, tu n'es pas conscience de ta faute, ce qui suppose que tu es incapable de te corriger. Tu vois, j'ai bien compris, sylvestre !
Les bonobo ont dû lire Bergson... je peux alors comprendre leur choix (même si je n'y adhère pas... adhérer... Lacan ne nous lâche pas...).
Je ne me contredis pas quand j' accepte la reproductibilité tout en acceptant qu'un seul contre-exemple annule la théorie. C'est le fondement même de la méthode scientifique selon Karl Popper. Une théorie est scientifique précisément parce qu'elle est falsifiable. La reproductibilité sert à établir une loi provisoire. Le contre-exemple, lui, sert à définir les limites de validité de cette loi.
Ton affirmation que tout est paradigmatique est réductrice. Pousser cette idée à l'extrême mène au relativisme. Si la science n'est qu'un paradigme, on ne pourrait pas expliquer le progrès technique. Contrairement aux systèmes de croyance, les paradigmes scientifiques sont cumulatifs ou s'emboîtent. La science n'est pas qu'une construction sociale, elle se cogne au réel par l'expérience.
Tu vois une faiblesse dans le fait de passer de la théorie aux faits, puis des faits à la théorie. C'est ce qu'on appelle le cercle herméneutique. On ne peut pas observer sans théorie préalable (on ne saurait pas quoi regarder), et on ne peut pas théoriser sans observations.
Ta critique est hyper-rationaliste et tente de délégitimer la démarche scientifique elle-même. Sa limite principale est de considérer que si la science n'est pas une vérité absolue et pure de toute influence conceptuelle, alors elle retombe au rang de simple croyance. C'est ignorer la nature asymptotique de la science : elle s'approche du réel sans jamais prétendre le posséder totalement.
@René de Cessandre: c'est exactement ce qui s'est passé !
@LPC: sans déconner, c'était quoi ton sujet de doctorat?
j'ai beau être un "écrivain" médiocre, je constate que les débats fusent depuis mon avant-dernier texte. ça fait plaisir ! et je sais encaisser, une de mes rares qualités.
j'ai un doctorat en connerie appliquée
De quelqu'un qui, semble-t-il, est capable d'intégrer une somme de critiques variées, d'y faire le tri, et de s'en servir pour reconfigurer son objet en une demi-journée selon de nouvelles contraintes, je ne dirais pas qu'il est un écrivain médiocre pour ma part.
j'en étais sur ! je déconne; autodidacte, t'as une putain de culture !
LpC recourt encore à l'IA ! Je n'ai besoin que de relever cette phrase dans "ta" réponse : "Une théorie est scientifique précisément parce qu'elle est falsifiable". Une perle ! Néanmoins très révélatrice. Je peux aussi expliquer comment la science progresse, tout en prenant appui sur des bases biaisées : c'est la théorie des erreurs compensées. Mais elle progresse aussi par empirisme et par sérendipité, et je n'ai pas besoin d'IA pour te le dire...
Oui, j'ai un Doctorat. Et pas que. Ce qui m'apporte plus de problèmes que de solutions. Et tu ne seras pas étonné si, comme tu le confirmes, je savais exactement ce qui s'était passé pour toi.
Tu connais des mots René, mais tu ne maîtrises pas les concepts.
En science, une théorie est falsifiable s'il est possible d'établir une expérience qui la contredit.
Peut-être que Lapin aurait dû utiliser réfutable à la place ?
Bon par contre tu écris beaucoup René mais on n'a pas encore le début du commencement d'un raisonnement de ta part.
Tu n'exprimes pas clairement le fond de ta pensée. Tu tournes autour du pot.
Ça, ce sont des faits.
Ma théorie vis-à-vis de toi ?
Tu es un bon gros confus !
Prouve-moi que j'ai tort !
J'ai cité mes sources, regarde à "falsificationnisme de Popper"
Un petit rappel :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ne_nourrissez_pas_les_trolls
Pourtant, j'aime bien son texte pour la semaine textes de merde qui a de grandes chances de l'emporter d'ailleurs.
@glow chouette
Je crois que LC mange des trolls. Il les engraisse un peu comme on gave une oie et d 'un coup ils disparaissent... Sans trace de ketchup.
C'est sain.
Mais ça en fout partout.
Je suis pour l'hygiénisme. C'est mon côté féministe woke antidémocratique.
Je souhaiterais s'il vous plaît qu'on puisse plus rien dire, surtout ceux qui sachent et ont besoin de le dire. La démocratie et la liberté d'expression, ça suffit.
Désolé si certains ne peuvent suivre le débat. Il est vrai qu'il est entrecoupé de digressions. Mais je constate que LpC nous expose une théorie que les théories. Nous sommes donc là proche du théorème d'incomplétude de Gödel. Pour simplifier LpC nous dit que la théorie est supérieure aux faits, parce ce que c'est ce que dit la théorie. On appelle cela une preuve ontologique. Les faits n'ont pas besoin d'être prouvés : ils existent (même si on les nie) ou n'existent pas. L'expérience d'un vécu n'est pas transférable, et c'est ce qui crée la polémique autour du texte de Sylvestre. Pour ceux qui ont connu une expérience similaire, c'est un fait. Pour les autres, c'est une théorie. Qui a tort, qui a raison ? Si l'on pose comme théorie que les faits peuvent donner lieu à des interprétations erronées, cette théorie devient un fait, et si elle est vrai, elle s'infirme elle-même (fonction performative), soit elle est fausse, et donc elle se contredit ab initio, et donc se donne raison. Nous entrons donc dans un paradoxe Gödelien. S'il y en a qui ont mal à la tête, qu'il se rassure, c'est tout-à-fait normel !
... et pour mon texte de merde... je ne sais pas s'il retiendra l'attention, mais j'ai fait ce que j'ai pu... et je continue à m'entraîner... comme bien sûr vous le constatez.
... et je vois que le CO fait toujours des siennes, ce qui n'arrange rien. Désolé !
Pas du tout, je reprends juste pour toi. J'ai parlé de cercle herméneutique et qu'on ne peut pas observer sans théorie préalable (on ne saurait pas quoi regarder), et on ne peut pas théoriser sans observations. C'est toi qui tiens absolument à ne parler que de faits dans l'absolu. J'ai aussi dit que ton approche était hyper-rationaliste mais c'est plutôt gentil. Je compatis à ta souffrance.
Etant donné que je ne peux citer des faits et que sans faits je ne fais qu'émettre une théorie, comme voudrais-tu que produise un raisonnement ? Sis-moi, A P ? Tu as l'air de savoir ? Tiens... ton procès d'intention doit rappeler quelque chose à Sylvestre...
euhh... moi j'voulais juste raconter une bio-fiction... ne vous fâchez pas à cause de moi. C'est mal commencer une nouvelle année les gars... La vraie merde, c'est ma nièce de 19 ans qui se re-paie d'une saleté au foie... Le reste, c'est de la merde ! L'humanité n'a que 30 000 ans de vie environ et il ne nous reste que peu de temps sur l’échelle du cosmos... Je ne suis pas catho. Aimez-vous à fond et profitez à fond !
J'ai du mal à te comprendre LpC. J'avoue. Tu es en train de me dire que les faits ne sont pas des faits, qu'ils ne sont qu'une interprétation de ce que l'on perçoit ou ressent. Tu me rejoues le Mythe de la Caverne, ou tu surfes sur une certaine vague post-New age ? Franchement, s'il fallait une théorie pour savoir où regarder... nos ancêtres devaient être alors de grands théoriciens. Mais je crois que tu confonds les causes et les effets. Et sous ta plume, désolé, "hyper-rationaliste" sonne comme une accusation, même si c'est intrinsèquement un nonsens.
Toutes choses égales par ailleurs, moi aussi j'aime beaucoup jouer avec mon caca, mais je le fais PRIV2MENT.
Y a un forum pour ça : https://www.lazone.org/forum/
Rassure-toi, Sylvestre, nous ne nous fâchons pas. Nous nous mettons amicalement sur la gueule, parce que nous savons que cela stimule les neurones, qui ont tendance à se scléroser dans le consensus accrédité (déjà plus ou moins dénoncé par La Bruyère) (fait, ou théorie ?...), et que du baston jaillit la lumière. Ou un truc comme ça.
Résumé ?
(du débat, pas du texte)
Je ne faisais que rapporter l'état de l'art mais si tu invoques mes convictions personnelles, les voilà et c'est pire que ce que tu dis. Je reviendrais sur Wigner, l'effondrement de la fonction d'onde quantique comme n'étant possible que par le conscient au moment où il observe le réel et d'une dualité émergente conscience/réalité qui se féconderaient puis se renforceraient l'une l'autre en permanence et éternellement (ce qui n'a rien à voir avec la Matrice).
P.S. (et résumé) : ne viens-je pas de produire un raisonnement ?!
Je connais bien aussi l'expérience de pensée du chat de Schrödinger, qui avait quand même aussi pour but de mettre un peu de bordel dans les théories quantiques. Mais c'est un mal nécessaire...
[mode sérieux] Intervention sérieuse (ça arrive, faut pas m'en vouloir, j'ai mes faiblesses) : le texte et les commentaires sur le texte ont complètement disparu sous tout ce débat qui n'en est pas un en fait (et les interlocuteurs en ont au fond bien conscience).
La Zone aime beaucoup les fights en tout genre, mais la Zone aime beaucoup aussi le rangement, l'ordre, la discipline, et pour foutre le bordel, il y a le forum, et comme je suis un bon gars voici un lien pour créer un topic dans le lieu idoine :
https://www.lazone.org/forum/index.php?action=post;board=11.0
Je vous invite à l'utiliser, et à réserver cet espace de commentaires des textes à des commentaires des textes.
Y a un respect minimal à avoir pour les textes et leurs auteurs. Merci d'avance. [/ mode sérieux]
CACA HAHAHA CACA VOUS ËTES PAS D4ACCORD , C4EST QUE VOUS AVEZ TORT HAHAHA
Tu as bien raison mais je n'ai rien à ajouter sur le forum et je n'ai même pas encore communiqué sur les réseaux sociaux sur le premier des deux textes du jour.
Bien dit Le Chouette. Ca fait peur quand tu es sérieux. Heureusement tu t'es vite repris. Ouf !
@René de Cessandre et @René et @Glaüx-le-Chouette:
je suis très heureux du débat qu'a pu suscité mon texte et je ne focalise pas sur ma petite personne; vous m’apprenez bcp de choses, m'élargissez mon spectre mental; nulle excuse à ce sujet n’est nécessaire, bien au contraire !
Alors, je suis un fan de la caverne de Platon à laquelle je fais souvent allusion; de même 'le songe n'est que le songe". Quant à l'art... ça n’existe pas. Il a toujours été depuis l'antiquité le produit de commandes du pouvoir jusqu''à aujourd’hui (détails trop complexes).
Concernant Schrödinger, j'ai aussi écrit une nouvelle "l'oeuf de Schrödinger" qui finit en fait en mauvaise publicité pour vendre de la viande extra-terrestre (fun).
Ce que je constate, c'est qu'une nouvelle de niveau moyen a suscité un dialogue extraordinaire ! Juste ça, me procure une grande joie. merci à tous
ah si j'avais un truc à ajouter : BONNNNNNNNNNAAAAAAANNNNNNNNNNN2222222EE §§
Merci à toi Sylvestre !
@Nino et consorts : j'ai bcp d'affection pour vous autres. Pour autant, je sens une cabale contre René et ça me déplaît fortement. Il s'exprime correctement et logiquement. Vous vous prenez pour des... quoi d'ailleurs? Où est passée votre passion pour la liberté de parole? les grands discours pseudo- théoriques, j'en ai été gavé gavé à la Sorbonne ! Excusez du peu. je n'y
ai rien appris ! René s'exprime avec sincérité. Vous n'êtes pas d'accord? qu'est-ce qu'on en a faire? Pour moi, il est authentique et j'emmerde vos théories à la con ! ça y est. je me fâche...
Vous vous prenez pour qui à la fin? discriminer à ce point un commentateur, relève, excusez du peu, pour de l'idéologie mono-rail... pour ne pas dire autre chose dce plus blessant.
OK. j'ai lu le blog. @René, nous avons un point commun: la colère ! J'ai pas encore réussi à surmonter cette plaie. Réfléchis un peu sur ce qui peut être profitable à ton endroit... La "dégueulasserie" ne résout rien. Je suis persuadé que tu es qq'un de très intelligent. alors, fais-en ton arme, ton style, ta culture. je dis ça par pure amitié. je ne te juge pas. je suis encore dans ce profil, mais j'y travaille. Oui, ça se construit ! ne t'en déplaise, on SENT CHEZ TOI UNE FORCE; fais-en qq chose de PROFITABLE;; juste POUR toi !
"La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance..."
Maître Yoda
Désolé après Wigner et Popper, fallait que je cite un autre Muppet éminent de l'épistémologie.
> Sylvestre : Ton amitié me touche. Oui, nous avons connu le même côté de la médaille, et je comprends ton indignation. Mais comme je l'ai dit plus haut, les faits ne sont des faits que pour ceux qui y sont confrontés. Pour les autres, cela reste de la théorie. A partir de là, les divergences d'interprétation (justement) et de "sensibilité" sont compréhensibles, et même inévitables.
Mais tu le pressens justement (du moins je l'espère) : si force il y a, j'en mets une grande partie dans mon écriture, et j'espère pouvoir vous montrer un jour que ce n'est pas qu'une présomption et une forfanterie. Mais je ne peux pas toujours être "bon". Mea culpa.
Comme pour ses autres textes, je trouve que la prose de Sylvestre manque de concision, de densité, et je finis toujours par lire des passages en diagonale, d'autant plus ici, quand le propos est prévisible et s'étale jusqu'à se réduire lui-même à néant, par excès de superficialité et de clichés idéologiques (cela m'a fait penser à un docu qui circulait il y a quelques années sur l'université Evergreen, dominée par les vilains wokisses).
Pour le coup, la dystopie se réduit à un enrobage, un prétexte pour laisser gonfler un discours rebattu, déjà hypertrophié de base.
Bref. Beaucoup de mots et de mise en scène pour pas grand chose au final.
> Sylvestre : ... et je trouve que certains sont injustes avec ton texte et ne l'ont pas compris... ou trop. Je dirais en conclusion en référence à qui tu sais, que "tu donnes de l'absinthe à des buveurs de thé".
Dans le monde polarisé dans lequel on vit, faut pas s'étonner d'avoir des réactions politisées quand on creuse à l'extrême un storytelling politique. Même s'il y a beaucoup de nouvelles idées dans le récit.
Pour ma part je dis et je répète que j'ai rien contre personne ici, le seul truc qui m'a intrigué c'est qu'assez rapidement dans les commentaires j'ai perdu le fil et même a un moment je ne comprenais plus rien de ce qui se disait, et que je trouve ça aussi troublant que dommage.
Mais je vois qu'on en revient au texte et c'est tant mieux pour tout le monde. Maintenant servir de l'absinthe, les gars, faut pas déconner non plus. Comme l'a dit AP c'est un texte qui reprend un discours qu'on a entendu et réentendu. Si le fait de ne pas être sensible a la douleur du narrateur autant qu'il le réclame, c'est être "un buveur de thé", ok. De même, je trouve que vous ramenez beaucoup aux injustices, douleurs que vous avez rencontré, ce que je ne mets pas en doute, mais vous pensez vraiment que, parcequ'on ne hurle pas avec des loups, on est des moutons ? Je ne raconte pas ma vie ici, mais sachez que j'ai été des deux côtés : celui des juges et celui des "victimes". Donc, je pense pouvoir comprendre les deux points de vue, et être sensible aux nuances.
Mais je ne veux pas remettre une pièce dans la machine. Tout a été dit, et l'important reste que l'auteur y trouve son compte.
Et l'auteur sait écrire et faire preuve d'inventivité, c'est indéniable.
"tu donnes de l'absinthe à des buveurs de thé"
Elle vient d'où cette expression d'ailleurs ? Je la trouve super ambiguë surtout dans les commentaires de ce texte.
C'est très connu ? Enfin, j'espère...