Tu balayes du regard ta chambre en désordre et tu soupires profondément, maudissant le jour où tu as décidé de faire ce métier. D’ailleurs, est-ce vraiment un métier ? Se masturber devant une caméra trois fois par jour… ce n’est pas vraiment un travail, juste un moyen pour atteindre un objectif plus noble et plus respectable.
Tu ramasses les vibromasseurs éparpillés au sol. Tu ranges tes outils de travail : plugs anaux, boules de geisha, masques fantaisie… tu ne t’y retrouves plus. Tu ramasses ensuite les lingeries en dentelle dispersées un peu partout pour les jeter dans le bac à linge. Tu remets en ordre tes kits de maquillage sur la table en bois bancale près de la porte d’entrée. Enfin, tu changes les draps du lit pour installer le décor de ta prochaine vidéo.
En jetant un dernier coup d’œil sur le lit recouvert de satin rouge, orné de coussins en forme de cœur, blancs et noirs, tu soupires encore une fois.
Au début, cette aventure t’excitait. Ce n’était pour toi qu’une idée coquine et rentable. Tu n’as pas hésité à investir, persuadée d’en récolter beaucoup en retour. Et ce n’est pas l’argent le problème aujourd’hui. Le problème, c’est ce que tu es devenue. Tu t’étais juré d’arrêter une fois la somme réunie pour payer tes études dans une université privée, mais tu n’arrives pas à décrocher. Comme si ton corps réclamait sans cesse ces moments de plaisir interdit, intime, honteux.
Cette nuit, tu t’endors le cœur lourd. En scrollant sur ton téléphone, tu découvres un message de Marc. Tu lui manques. Il croule sous les cours et les examens, mais tu lui manques.
Marc est le seul qui t’ait vraiment aimée. Il a déjà dessiné un avenir pour vous deux. Il t’encourage à poursuivre tes études de droit, parce qu’il t’inclut dans ses projets. Il ignore qu’au lieu d’étudier, tu t’es bâtie une carrière de camgirl.
Son message t’arrache un pincement. Tu repenses à ses mots doux, chuchotés quand il t’enlace. Tu revis ses caresses, sa chaleur quand il te fait l’amour. Oui, Marc te fait l’amour. Un peu mollement, maladroitement, loin des fougues que tu éprouves en t’enfonçant un gode jusqu’au fond. Mais c’est humain, et infiniment mieux.
Cette nuit, une sensation effroyable t’arrache à ton sommeil agité. Une caresse, presque imperceptible, glisse de tes pieds jusqu’à tes jambes. Tu sursautes et bondis hors du lit, le cœur battant à tout rompre. Ce n’est pas la caresse qui t’a effrayée, mais le froid glacial qui l’accompagnait, comme un souffle qui te glace le sang.
Tu restes figée devant la porte de ta chambre, essayant de comprendre ce qui vient de se passer. Tu te ressaisis et allumes la lumière. Était-ce un serpent ? Une souris ? Ou juste un cauchemar ? Au fond de toi, tu sais que non. Tu sais que c’était autre chose : plus intense, plus subtil, et peut-être même… plus dangereux.
Après avoir inspecté sous le lit et les recoins de la chambre, tu retournes te coucher, la lumière toujours allumée.
Tu n’arrives pas à trouver le sommeil : la présence de cette « chose » semble flotter autour de toi.
Soudain, le froid t’envahit. Les caresses reviennent. Douces. Délicates. Elles ne s’arrêtent pas à tes jambes : elles remontent, lentes, calculées, comme si « la chose » voulait rejouer, sur ton corps, la mise en scène de tes vidéos. Ton souffle s’accélère, ton ventre se crispe. Ce n’est pas du désir. C’est une excitation trouble, un frisson où honte et peur se confondent. Tu as l’impression qu’on te possède sans ton accord, et ton corps lui-même hésite : trembler d’effroi ou de plaisir ?
Les nuits suivantes, tu restes sur tes gardes. Tu laisses la lumière allumée, vérifies sous le lit, bloques même la porte avec une chaise. Mais chaque soir, le froid revient. Pas toujours au même moment, pas toujours avec la même intensité. Parfois une simple brise glaciale qui effleure ta nuque, parfois une étreinte invisible qui parcourt ton corps entier.
Tu devrais avoir peur. Mais peu à peu, cette peur se transforme. Elle se mêle à une attente brûlante. Ton corps, malgré toi, réclame ce contact impossible. Tu te surprends à frissonner d’impatience, à écouter le silence, à tendre les draps comme pour accueillir une présence.
La caresse devient une emprise. Tes cuisses s’écartent malgré toi, comme guidées par une volonté étrangère. Un souffle glacé s’attarde sur ta moule, t’arrachant des cris de plaisir et d’effroi. Des mains invisibles jouent avec tes nichons, les titillant habilement et sensuellement. Une bouche spectrale cherche à t’embrasser, déposant des baisers sur tes joues et les millimètres carrés de ta peau. Ton dos se cambre, ton corps obéit, pris entre le vertige du plaisir et l’horreur de n’être qu’un jouet. Chaque frisson est une morsure, chaque halètement un aveu arraché. Tu voudrais crier, repousser cette étreinte, mais ton souffle se perd dans le vide, remplacé par des sons qui ne semblent plus les tiens.
Le plaisir que tu trouves dans ces caresses interdites devient plus fort que celui de tes jouets, plus troublant que la chaleur maladroite de Marc. Tes vidéos perdent leur attrait, tes clients aussi. Mais toi, tu ne veux plus que ça : ce froid qui s’insinue sous ta peau, qui te dévore et te caresse en même temps.
Et chaque fois que la nuit tombe, tu espères. Tu attends. Comme une droguée qui ne peut plus se passer de sa dose.
Les nuits deviennent plus longues, plus lourdes. Tu n’oses plus fermer les yeux. Chaque bruit de la maison te fait sursauter, chaque ombre devient suspecte. Le souffle du vent contre les vitres ressemble aux caresses glaciales, et parfois tu crois sentir des doigts invisibles glisser sur ta peau même en plein jour.
Tu ne dors presque plus. Tu évites de regarder ton reflet, de peur d’y voir ce que tu es devenue : une silhouette hantée, tremblante, accro à quelque chose que tu ne peux nommer. Tes journées sont marquées par l’attente de la nuit, par le frisson que tu n’oses plus refuser. Le travail devant la caméra ne t’attire plus, ni l’argent. Seule cette présence t’importe, te consume et te fascine à la fois.
Tu commences à douter de ton esprit. Était-ce réel, ou n’est-ce que ton imagination qui te joue des tours ? Mais chaque caresse, chaque frisson te rappelle que ce n’est pas inventé. Parfois, tu surprends un souffle derrière toi, un courant glacé qui parcourt ton cou, et ton cœur s’emballe. Tu sens ton corps obéir avant même que ton cerveau ne comprenne. Tu trembles, halètes, supplie silencieusement. Tu es piégée, et pourtant, tu ne peux t’en passer.
Tu évites Marc. Son contact humain, doux et maladroit, ne t’apporte plus rien. Il t’éloigne du vertige que tu attends la nuit. Et tu sais que tu le détruirais si jamais il découvrait ce que tu es devenue : une proie volontaire de ce froid invisible qui te possède mieux que n’importe qui.
Chaque nuit, tu espères. Chaque nuit, tu supplie. Chaque nuit, tu deviens un peu plus cette créature enchaînée à l’invisible, incapable de distinguer ce qui est plaisir, ce qui est peur, et ce qui te hante réellement.
Les frontières entre jour et nuit disparaissent. Ton appartement devient un labyrinthe de peur et de désir. Tu ne sais plus si le souffle glacé que tu sens est réel ou le fruit de ton imagination. Parfois, tu crois voir des ombres glisser le long des murs, t’encercler, te suivre. Tu parles seule, suppliante, comme pour négocier avec une présence qui t’ignore, ou peut-être qui rit de toi.
Ton corps est devenu l’outil de ce jeu invisible. Chaque frisson, chaque tremblement est une réponse à des caresses que tu ne devrais pas désirer. Tu es piégée dans un cycle sans fin : attendre, trembler, succomber. Même lorsque tu veux hurler, aucun son ne sort. Tu es seule avec ce froid qui t’habite, qui s’insinue sous ta peau, te dévore de l’intérieur.
Marc devient un souvenir lointain. Sa chaleur humaine, ses mots doux, tout cela te paraît désormais étranger, inatteignable. Ce que tu recherches, ce qui t’obsède, c’est ce frisson interdit qui te traverse la colonne vertébrale, qui fait vibrer chaque fibre de ton être. Tu t’abandonnes complètement, incapable de distinguer plaisir et douleur, vie et cauchemar.
Et quand le silence retombe, quand le froid se retire momentanément, tu restes immobile, épuisée, haletante, avec cette certitude terrifiante : il reviendra. Toujours. Et toi… tu n’auras pas d’autre choix que de l’accueillir.
Cette nuit, tu sens ton âme se détacher petit à petit de ton corps. Tu as l’impression de n’être plus qu’une poupée de chiffon, dépourvue de toute maîtrise sur toi-même. Chaque frisson te rappelle que ce froid invisible te possède entièrement.
Alors, tu prends une décision radicale. Tu dois en finir avec cette présence maléfique qui t’absorbe. Ton corps tremble, mais ton esprit se tend vers un ultime acte de révolte. Tu refuses de rester prisonnière de cette emprise, prête à tout pour récupérer ce qui te reste : toi-même.
Mais « la chose » semble lire dans tes pensées. Elle sait que tu es en train de lui échapper. Elle ne veut pas te laisser partir. Tu lui appartiens. Cette nuit, elle est en rage. Plus violente que d’habitude, frôlant la brutalité, elle te fait souffrir là où elle te caressait auparavant. Tes os semblent broyés, ta chair brûlée. Tu sens des mains invisibles se serrer sur ta gorge, et tes larmes coulent sur tes joues. Lorsque tu reprends conscience, tu es à moitié étendue sur ton lit en désordre, les bras pleins de bleus et de cicatrices inexplicables, à peine vivante, ton corps meurtri mais ton esprit toujours en alerte.
Après ce cruel affrontement, tu es déterminée à te libérer. Tu passes ta journée à chercher des réponses, à comprendre ce que c’est, à trouver les moyens pour t’en sortir.
En fouillant les anciens textes et en consultant des forums concernant les manifestations paranormales, tu entends parler de « l’esprit amant ». Un esprit qui, dit-on, se lie à certaines personnes, les possédant la nuit, parfois avec des gestes intimes et une emprise sur leur corps. Les anciens racontent que cet esprit peut être aussi séduisant que cruel, mêlant plaisir et souffrance, et que ceux qui en sont victimes ne savent plus où s’arrête le réel et où commence l’illusion. En tout cas, une fois installé, il fait de sa victime un esclave et la possède entièrement.
Tu sens ton cœur se serrer. Tout correspond à ce que tu as vécu. Les caresses glaciales, les sensations de possession, la douleur et le plaisir entremêlés… Tu comprends que ce n’est pas seulement un phénomène étrange, mais une emprise spirituelle, profondément ancrée et difficile à briser.
Ton esprit s’agite. Tu dois trouver un moyen de rompre ce lien. Certains parlent de rituels, de prières, de plantes ou d’offrandes. D’autres disent que seule une volonté inébranlable peut repousser un tel esprit. Tu ne sais pas encore laquelle de ces voies choisir, mais une chose est sûre : tu ne peux plus rester passive. La lutte pour reprendre ton corps et ton âme vient juste de commencer.
A la tombée de la nuit. Tu es prête pour te défendre, enfin. Tu fermes les yeux et inspires profondément, rassemblant chaque parcelle de volonté qui te reste. Le froid hurle autour de toi, s’insinue dans tes os, te repousse, mais tu refuses de céder. Tes mains serrent les draps, ton corps se tend, et tu murmures à voix basse, comme un sort : « Pars. Laisse-moi. »
À mesure que tu répètes ces mots, la résistance invisible se fait plus violente, comme si une force glaciale voulait t’aspirer jusqu’au néant. Ton corps est secoué de frissons incontrôlables, tes muscles brûlent de tension, ton souffle se heurte à ta poitrine, et chaque battement de cœur semble un coup de marteau.
Ton esprit hurle, tente de s’accrocher, mais la pression devient presque insoutenable. Des vagues de froid s’enroulent autour de toi, t’écrasent, t’étranglent, te faisant vaciller entre conscience et abandon. Tu trembles de tout ton être, tes mains crispées sur les draps, comme si ton corps voulait se déchirer pour résister.
Et pourtant, malgré la douleur, la fatigue, le vertige et l’épuisement qui te rongent, tu continues. Tu répètes les mots, encore et encore, jusqu’à ce que, peu à peu, la présence recule, sifflante, furieuse, contrainte par ta volonté. Tu halètes, à bout de forces, chaque fibre de ton corps hurle de fatigue, mais tu es fière : pour la première fois depuis des nuits, tu reprends le contrôle de ton corps, et un mince frisson de victoire te parcourt.
Le silence tombe. Le froid disparaît, laissant place à une chaleur tremblante dans ta poitrine. Tu restes immobile, épuisée mais vivante. Ton regard parcourt la chambre ; les draps, les objets, tout semble intact, comme si rien ne s’était passé. Mais toi, tu sais. Tu sais que ce n’est pas fini. Cette nuit, tu as résisté. Mais le froid… il reviendra. Et toi, tu te battras encore plus fort.
LA ZONE -
Après des nuits de frissons inexplicables et de caresses glaciales qui semblent la posséder, une jeune femme découvre qu’elle est la proie de l'esprit amant, un esprit maléfique et invisible qui mêle plaisir et souffrance. Entre désir interdit, peur et humiliation, elle voit son corps et son esprit glisser vers une dépendance effroyable, incapable de distinguer réalité et hallucination.Déterminée à reprendre le contrôle, elle cherche des réponses dans les anciens textes et auprès des anciens de sa communauté, découvrant les rituels et moyens pour rompre ce lien surnaturel. Mais l’esprit, furieux, se fait plus violent, testant ses limites physiques et psychologiques. Chaque nuit devient un combat pour sa survie, son corps et son âme, jusqu’à un ultime face-à-face où elle devra puiser toute sa force pour se libérer… ou être définitivement possédée.
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L'écriture de ce récit est d'une maîtrise technique indéniable, mais l'usage systématique du présent de l'indicatif installe une proximité poisseuse qui me met profondément mal à l'aise, comme si je respirais l'air confiné d'une chambre jamais aérée. L'auteur a fait un choix thématique judicieux en utilisant le prisme du fantastique pour disséquer une révolution sexuelle contemporaine qui rabat les cartes des rapports hommes/femmes, transformant l'intimité en une performance où l'aliénation devient le seul partenaire fidèle. Cependant, ne nous y trompons pas : cette prétendue manifestation de l'esprit maléfique n'est rien d'autre que le symptôme neurologique d'une masturbation pratiquée à un rythme industriel. À force de solliciter les circuits de la récompense jusqu'à l'épuisement total, le cerveau finit par court-circuiter, créant des hallucinations tactiles et des baisses de tension thermique pour combler le vide d'une libido déshumanisée par l'usage intensif d'accessoires en silicone. Cette "possession" n'est que la révolte d'un système nerveux surchauffé qui invente des caresses glaciales pour signaler que la machine biologique est en train de rendre l'âme sous l'effet de la friction répétitive. Le texte brille par sa capacité à ennoblir ce qui ressemble furieusement à un simple cas de burn-out génital en le transformant en épopée métaphysique. Quant à la fin mystérieuse, elle est peut-être l'expression pathétique d'un problème refoulé avec sa propre bonne conscience, où le personnage tente de s'inventer un combat héroïque pour ne pas admettre qu'elle déteste simplement la réalité de ses choix sans même le moindre début de réflexion sur la marchandisation du corps 2.0.
Je suis curieux de voir le commentaire de Mongolito...
Pour ma part, ce texte, exploitant toujours le même thème que certains tentent de récupérer pour une cause ou une autre avait tout pour me rebuter.
MAIS...
Il s'est passé quelque chose d'étrange (non, obsédés, je n'ai pas joui ni même eu un début de frisson glacé).
Ce qui s'est passé, sans doute à cause du rythme, c'est que j'ai entendu dans ma tête ce texte slamé par Grand Corps Malade.
Si vous le pouvez, essayez : le texte prend alors une dimension incroyable et l'érotisme se transforme en tragédie, et communique tout-à-fait ce que ressent vraiment l'héroïne que l'on pourrait simplement croire nymphomaniaque et culpabilisée a posteriori.
@LC tu nous fais des commentaires ia ? (MA GUEULE)
Je m'en sers parfois pour mettre en forme mais les idées sont les miennes.
Je fais même des recherches Google parfois au lieu de consulter l'Encyclopedia Universalis et fais l'usage de copier/coller pour ne pas tout recopier à la main mais c'est à ma très grande honte et je me fouette dans ma salle de bain pour me punir de ma faiblesse face à la facilité.