LA ZONE -

L'éveil - Le roi des mouches

Le 09/01/2026
par Cuddle
[illustration]
3679

Le désert est une plaie rouge. Le crépuscule lève enfin le voile sur les milliers d’hommes, postés au garde à vous, sur la dune. Armées de lances et d’épées, les silhouettes longilignes sont innombrables.

Derrière son armet, le roi Baal regarde la ligne ennemie. Les Cœur-Percés hurlent à pleine gorge, tambourinant sur leur bouclier de fortune dans un concert assourdissant. Leurs visages ne sont que des crânes teintés de blanc. Torses nus, vêtus d’un simple pantalon de cuir, ils agitent lances et haches d’obsidienne avec frénésie.

Baal resserre les rênes de son destrier. Des sauvages… pense-t-il avec dégoût. Combien de ces tribus ai-je combattu sur ces terres ? Je ne les compte plus tant leur faiblesse est légendaire. Ils ne connaissent que la défaite…

Pourtant, une petite voix murmure au fond de lui: « Cette fois-ci, il s’agit d’Astarté… ». Le doute le submerge. Elle est la reine du royaume Xilbalba. Après avoir sombré dans la folie et s’être attitré le nom de « Cannibale », Astarté avait déferlé comme une vague mortelle sur la Sixième Terre, détruisant cités et villages sur son passage. Cette furie ne désirait qu’une chose : engloutir le monde dans un chaos sans précédent.

Tout va se terminer aujourd’hui, dans le désert d’Amphore, car ce n’est pas la mort qu’il est venu chercher, mais la gloire éternelle.

L’armée des Quatre va mettre un terme à ce carnage sans fin : Thelfès, Calliope, Aggaïs et Kérubin. Baal jette un coup d’œil aux colonnes de soldats en armures colorées. Ces sauvages n’ont aucune chance face à notre toute puissance. Dieu les accompagne. Dieu entendra leurs appels lorsque le glas sonnera. Et les Dominations, les anges-guerriers de l’Éternel, tomberont du ciel pour châtier les cannibales.

Ses pensées exaltantes le gonflent d’assurance. Baal serre la poignée de son épée et contemple la lame reluisante. Vermeil hurle dans sa paume, attendant un assaut qui ne saurait tarder. Cette épée, forgée à Thelfès par le meilleur artisan-alchimiste du royaume, est sa plus belle réussite. Ensorcelée par ses soins, l’épée n’aspire qu’à combattre et guider ses mouvements pour faire mouche. Tu seras rassasiée, ma belle, songe-t-il, sourire aux lèvres.

Son cheval s’ébroue, trépignant d’impatience. Baal caresse l’animal et lui donne une tape amicale sur le cou.
Le temps s’étire. Le roi rumine derrière son armet. La chaleur est suffocante. L’air est sec, désagréable. Il remonte dans les narines et obstrue les orifices, s’immisce dans la gorge pour en arracher les cordes vocales. L’air est un poison.
Suant à grosses gouttes sous son armure, il enlève son casque et crache par terre, la bouche pâteuse. Son regard est attiré par des lueurs scintillantes dans l’air. Qu’est-ce que cela ?
En réponse, le vent se lève sur les dunes. Un nuage de poussière retombe sur ses troupes, en rangées impeccables. Il tousse. Ses yeux le brûlent. Une douleur lui incise les joues. Il grogne, s’essuyant le visage d’un revers de main. Son gant est taché de sang. Le sable… ! Les grains dorés, taillés en pointe, sont des milliers de lames qui viennent perforer son épiderme. Ils s’infiltrent dans sa cuirasse, lui collent à la peau…

Baal remet son casque et rabat sa visière, rageur. Les éléments sont hostiles, mais il en a connu d’autres… Un regard au loin lui arrache une grimace. Ce ne sont pas des rois qui mènent leur armée à la guerre, mais des Passeurs. Comment un roi peut-il envoyer son bras droit au combat et rester bien au chaud dans son château ? Des pleutres, rien que des pleutres…

Il observe Astaroth, son propre Passeur, au devant de son armée. L’homme n’est qu’une armure. Son heaume ne le quitte jamais. La seule fantaisie de son attirail se trouve dans ses épaulières en forme de crânes. Le reste, une simple cuirasse recouvrant une côte de mailles en anneaux rivetés fins, idéale pour la mobilité ; une tassette de cuir retombant sur des bottes solides. Une épée de métal. Sans fioriture. Sans magie. Astaroth méprisait ces artifices.

Sur son destrier, le Passeur lui fait signe. Baal hoche la tête. Pas de mots. Jamais de mots. Les deux hommes ont remporté tant de batailles qu’il ne peut imaginer un combat sans lui.

Le cor sonne au loin. Ses muscles se tendent. Le signal. Le roi se dresse sur son cheval et défile vaillamment devant ses troupes. Ce passage en revu n’est qu’une formalité qui vise à galvaniser ses troupes. Son cœur tambourine dans sa poitrine. Boum. Boum. Boum. Mon nom traversera l’Histoire et supplantera tous les autres… Animé par une rage de vaincre, il part au galop, épée levée, et encourage ses troupes d’une voix dure, déterminée.
- Aujourd’hui, une tempête rouge va s’abattre sur le désert d’Amphore ! Ne craignez pas la fureur des lances et des épées ! Ne combattez que pour la victoire et l’honneur ! hurle-t-il.
La rivière de métal s’agite sous un soleil de plomb. « La victoire et l’honneur ! », entonnent les soldats d’une même voix. Les rayons incandescents flamboient sur leurs armures écarlates, et la marée sanglante bouillonne, prête à déferler sur la nuée d’indigènes.

L’assaut est lancé.

En première ligne, les cavaliers fendent l’air à toute vitesse. Les chevaux galopent avec fureur, la bouche écumante. Leurs sabots retournent le sable chaud dans un nuage de poussière dévastateur. La ligne devient une lance meurtrière.

Au loin, sur la dune, une silhouette se tient immobile : la reine Cannibale, les bras levés, chuchotent entre ses lèvres. Les Cœurs-Percés s’élancent à leur tour. La terre tremble. La horde se précipite vers la mort au son des tambours de guerre. Durant une seconde, Baal ne voit que de la chair à canon.
Les vagues s’écrasent dans un fracas assourdissant. Le métal hurle. Le cliquetis des armures accompagne le sifflement des épées qui tranchent dans la chair. Des cris de bête éclatent dans la mêlée. Le chaos est total.

Sur son destrier, Baal fend l’air de son épée. Des envolées pourpres dessinent des arcs de cercle dans le ciel. Une pluie écarlate le douche de sang chaud. Sous son plastron, la rage le consume. Il frappe dans la mêlée, encore et encore, mais les cannibales sont nombreux. La nuée vorace se referme sur lui. Des mains s’agrippent à la selle. Des lames tranchent. Effrayé, son cheval pousse un hennissement de terreur. Baal vacille. Un coup sournois le désarçonne. Il tombe sur le dos. La chute est brutale. Inacceptable…

Il ne voit plus rien. Des traits noirs. Un éclair argenté. Du rouge. Rien que du rouge. Lève-toi ou tu mourras aujourd’hui… se sermonne-t-il. Il se lève, bondissant sur ses jambes, les mains serrées autour de Vermeil.

Moment de flottement.

Les Cœur-Percés se jettent sur le cheval, gueule ouverte, et plantent leurs dents pointues dans sa croupe. La pauvre bête se débat, les coups de sabots pleuvent, mais la nuée infernale engloutit le canasson dans une effusion écarlate.

Le démon les possède… Maudite soit Astarté et ses adeptes ! Le roi se ressaisit et s’avance, résolu. Un Cœur-Percé tourne son visage pâle vers lui. Ses yeux laiteux le fixent avec une intensité malsaine. Le pantin squelettique déploie ses bras musculeux et fait danser ses lames dans une chorégraphie maîtrisée.

Baal en a vu d’autres. L’esbroufe ne mène qu’à la défaite, et la peur n’a aucune prise sur lui. Vermeil appelle son roi. Elle vibre dans sa main. Il se rue lourdement sur son adversaire, pare deux attaques, et repousse l’ennemi d’un coup d’épaule. L’autre est déséquilibré quelques secondes, mais charge aussitôt. Une esquive, suivit d’un revers punitif. Vermeil danse à son tour, finit sa course dans la gorge de son rival. L’homme s’effondre, mais un autre le remplace aussitôt.

Il n’a pas le temps de réagir qu'une douleur diffuse enflamme son bras. Abruti ! gronde-t-il. Quelques secondes d’inattention au profit de l’ennemi et le voilà blessé. Le sang glisse à travers la jointure de son armure. Une lueur pourpre court le long de sa lame. Il s’élance et décharge sa haine. Vermeil coupe, tranche, perce. Baal est un brasier maintenant. Sa croisade meurtrière s’intensifie. Il n’y aura pas d’aube pour ces chiens… L’épée est impitoyable, ne laisse aucun répit à l’adversaire. Il se fraye un chemin vers la reine. Cette putain va connaître la fureur de ma lame… Les Cœurs-Percés tombent sur son passage. Le carnage continue.

                                                                 *

Au-dessus de la mêlée, les hommes ne sont que des silhouettes confuses. L’armée d’Aggaïs s’élance à l’est, celle de Kérubin à l’ouest. L’ennemi est pris en tenaille dans ce charnier à ciel ouvert. Les hommes combattent la rage au ventre. Ils hurlent. Ils supplient. Et bientôt, ils tombent.
Les Cœurs-Percés se jettent sur les cadavres, mais aussi sur les blessés. Ils mordent la peau, arrachent la chair. Ils mâchent, mastiquent, avalent. Les mains griffues labourent les torses pour en extraire les cœurs frétillants. Ils ont faim…

Les heures passent. Des tas de viandes mortes se forment dans le désert, et des montagnes sinistres s’élèvent au milieu des dunes.
                                                                            
                                                                 *

Dans la mêlée, Baal plante son épée dans le crâne d’un cannibale. Des monstres, ce ne sont que des monstres… se répète-t-il. Il a effectué une percé et Astarté est dans sa ligne de mire. Elle est là, assise sur son trône, indifférente, encerclée de colosses. L’atteindre par l’épée est impossible. La reine a misé sur le nombre, mais il y a peut-être un moyen…

Le roi se faufile dans la cohue, évite les coups mortels, pour être au plus près de sa cible. Dans la foulée, il ramasse une lance au sol, s’élance et jette son arme de toutes ses forces. La lame file à toute vitesse. Il reste figé, dans l’attente. La scène passe au ralenti. La Cannibale se tourne vers lui, sourcils froncés. La pointe de la lance entaille la joue, puis va s’écraser plus loin. Il a raté son coup… La reine se redresse sur son trône, hurle sa colère.

Derrière lui, une menace plane. Concentré sur sa proie, Baal ne voit pas l’éclat d’une lame dans son dos. Une hache s’élève. Un sifflement. Un coup sourd, comme un arbre qu’on abat. Les os craquent. Le plastron du roi est défoncé, son dos brisé. Ses jambes ne répondent plus. Tête la première, il s’écrase dans le sable écarlate. La douleur est insoutenable. Il perd connaissance.

                                                                 *

Lorsqu’on le retourne sur le dos, c’est un cri qu’il ne connaît pas qui sort de sa gorge. Sa vue s’éclaircit et Astaroth s’encadre dans son champ de vision. Le heaume le dévisage, une main gantée sur l’épaule, l’autre en direction du ciel.

Paralysé au sol, Baal lève la tête. Les nuages se sont obscurcis. Les Dominations vont bientôt chuter... Autour de lui, les hommes continuent de tomber. Ils sont éternels, mais n’en restent pas moins mortels. Le roi implore Astaroth du regard, il ne peut mourir ainsi.

Astaroth repousse par l’épée un indigène appâté par la faiblesse de son roi. Un bras tombe. Il se jette sur un cannibale. Les épées s’entrechoquent, puis tranchent. Une esquive pour lui, une plaie béante pour son adversaire. Débarrassé du nuisible, le Passeur se précipite sur un tas de cadavres. Les corps sont si nombreux qu’ils forment des montagnes sinistres, colossales… irréelles. Il en tire des cadavres, un, puis deux. Un trou se forme. L'homme cherche à y creuser une cavité pour y mettre le roi.

Derrière lui, Baal pleure. Des larmes de douleur roulent sur ses joues. Il a perdu ses jambes… s’il survit, il restera infirme toute sa vie. Un estropié… un roi brisé… La honte l’asphyxie.

                                                                *

Les nuages deviennent noirs, menaçants. Un voile nocturne recouvre le désert d’Amphore. La nuit est reine maintenant. L’air se charge d’électricité. L’atmosphère devient lourde. Baal a du mal à respirer. Ses poumons se compriment, le serrent. Une main sur sa poitrine, il tousse. Le ciel gronde. Ils arrivent...

Des éclairs lézardent la voute céleste. Les étoiles s’enflamment. Elles bougent, prennent de la vitesse. Une pluie de météores tombe du ciel et les traits de feu embrasent la nuit glaciale. Les Dominations, les anges-guerriers de Dieu, ont entendu leurs appels. Ils vont rétablir l’équilibre, mais il le sait, les Fidèles de l’Éternel appliquent une justice impartiale.

La Purge va commencer.

Les étoiles s’écrasent au milieu des dunes dans une déflagration fulgurante. Les astres se muent en soldats lumineux. Auréolé d’une lueur aveuglante, ils pourfendent de leurs épées enflammées les silhouettes qui s’agitent sous eux. Les corps explosent dans un nuage de poussière, aussitôt absorbé par les Cieux.

La vague de lumière va les engloutir. Astaroth se rue sur Baal et l’empoigne par les épaules. Il le traine difficilement sur le sol et s’empresse de le jeter au creux de la montagne. Il le cache. Un macchabée vient recouvrir le roi. Niché au milieu des cadavres, Baal suffoque. L’odeur de putréfaction est insurmontable.
                                                            *

Les morts le regardent. Ils grimacent, la bouche tordue, moqueurs. Les visages des suppliciés sont figés dans une expression de terreur qui lui glace le sang. Ces masques à la peau flasque sont lardés de cicatrices profondes. D’autres ne sont que des trous béants… Le spectacle de la mort est abominable.

Dehors, des coups de tonnerre accompagnent l’avancée des Dominations. On lui avait promis l’éternité et voilà que la mort lui tendait les bras. Il a une pensée pour son épouse et ses deux fils, si loin sur le Continent…
La terre tremble. Son cœur s’accélère. Des hommes fuient la vague de lumière qui détruit tout sur son passage. Je vais mourir dans ce putain de désert, au milieu de macchabées puants ! La peur se saisit. Il panique, ferme les yeux. Respire.

                                                         *

Les heures, les jours passent… Vraiment ? Il ne sait plus. Des rêves étranges l’emportent ailleurs. Dans ses cauchemars, il court dans le désert d’Amphore, mais ses jambes ne sont que des os noircis. Un bourdonnement infernal le réveille. La douleur est toujours là, décuplée. Elle grignote ses jambes, remonte le long de sa colonne vertébrale pour le dévorer de l’intérieur. C’est un feu insidieux qui mange la viande… Autour de lui, les masques d’outre-tombe sont devenus rigides. Ils rient dans le noir. La panique le gagne. Il doit sortir de là.
Après de nombreuses tentatives, Baal finit par repousser le cadavre qui se trouve sur lui. Le macchabée roule mollement aux pieds de la montagne.

La lumière. La vie.

Une respiration et l’air emplit enfin ses poumons.
Le bourdonnement gronde maintenant. Des mouches à viande s’engouffrent dans la brèche. L'homme est pris dans le nuage infernal. Les femelles se précipitent sur les plaies pour y pondre leurs œufs. D’autres s’immiscent dans ses narines, remontent le long des sinus.
Il hurle. De terreur. D’effroi.
Elles se ruent dans sa bouche. Il étouffe. Sa gorge gonfle sous la pression des œufs qui pullulent à toute vitesse. Les larves s’enfouissent dans la chair chaude. Elles le dévorent de l’intérieur. Ça grouille. Sa peau se tend, puis se fissure comme un fruit gâté. Les myiases suintent. La putréfaction déborde.
Sa vue se brouille. Son nom ne traversera pas l’Histoire. Son Dieu l’a abandonné à une fin atroce. Sa foi meurt. Il se sent partir, la rancœur au bord des lèvres. Les ténèbres l’envahissent.

                                                         *

C’est le noir. Absolu. Le silence.
Puis, un murmure, comme un appel lointain.
Dans les limbes, il écoute.
Une voix suave résonne dans le vide :

[Quel roi peut ainsi tromper la mort, tapi dans les ténèbres ? Quel roi cherche à défier la Justice et la toute puissance de l’Éternel... ? (silence) Un ami… répond la voix en souriant. Je peux t’aider et t’offrir bien plus. Le roi Baal mérite de vivre pour l’éternité. Le roi Baal doit être idolâtré comme une divinité.]

Baal tressaille dans l’obscurité. Est-ce le démon qui lui chuchote ces infamies ?

[Un pacte peut être scellé, poursuit la voix. Tout ce que tu as faire, c’est d’accepter. Échapper au destin funeste de ce Dieu impie qui ne donne que la mort à ses plus fidèles serviteurs. Une âme en échange de l’immortalité, voilà ce que je te propose…]

L’image d’Astarté et de son armée de cannibales jaillit dans son esprit. Elle aussi a succombé à la tentation. L’envie de se soustraire à la mort le saisit brusquement. C’est une vague qui se fracasse aux parois de sa conscience. Il hésite. La voix frémit.

[Je peux faire de toi un dieu. Baal’zébuth, le seigneur des mouches, doit provoquer la peur chez autrui. Il sera l’Incarnation même de la Putréfaction. Les hommes plieront le genou devant sa puissance colossale et n’auront d’autres choix que l’idolâtrer pour leur survie. Rejoins-moi, Baal… ]

Le nom résonne en lui comme une malédiction. Baal’zébuth. Plus un roi. Plus un homme. Mais un dieu. La voix infeste son esprit, parasite ses pensées. La corruption gagne son cœur. Il tend les mains dans les ténèbres. Il veut saisir ce qui lui revient de droit. L’immortalité.

Dans le noir, Baal a la nausée. Son crâne est en feu. La voix ricane. Crac. La coquille d’œuf se fend en deux. Une main spectrale danse au-dessus de sa tête. Les doigts crochus déchirent son âme. Des lambeaux de son essence s’effilochent dans l’air. Un souvenir de gloire, de peur, de trahison. Tout disparaît jusqu’à-ce qu’il ne reste que le vide. Infini.

                                                         *

Un éclair de lumière déchire le néant. Le ciel d’un bleu cru aveugle son regard. Il est là, dans le désert d’Amphore. Il respire.
On le tire hors de sa cachette. Soulagé, Baal se tourne vers son bienfaiteur, mais un Cœur-Percé lui fait perdre son sourire. Le regard fou, l’homme grimpe sur lui et cherche à lui arracher son armure. Au moment où il se penche pour le mordre, Baal lui serre le cou. Le cannibale tente de se dégager, mais la force du roi est surnaturelle. Son emprise, totale.

Sa victime s’agite. Son visage se contorsionne. Des choses grouillent sous sa peau. Des larves rampent dans sa chair. Ses yeux gonflent. Sa bouche n’est qu’un trou béant dégueulant des paquets de vers blancs qui tombent dans un bruit pâteux. La putréfaction s’étend sur sa face rougie par la boursouflure. Le cannibale a hoquet de stupeur, puis il s’affale sur lui. Il est mort, mais il bouge encore. Les larves percent l’épiderme, dévore ce qui peut être mangé. Elles se transforment et se muent en mouches à viandes par milliers.

Il sourit. Dans ce désert infâme, il est devenu un dieu. Et alors qu’il lance un dernier regard au ciel dans une expression de défi, une tempête de sable s’élève à l’est.

Baal tente de se lever, mais ses jambes sont toujours paralysées. Il explose de colère, s’emporte contre le démon et son maudit pacte.

Furieuse, menaçante, la tempête déferle au milieu des dunes lugubres comme un ouragan dévastateur…

                                                         *

= commentaires =

    le 08/01/2026 à 19:35:38
Pas ma came (le genre littéraire, pas le texte spécifiquement), mais je reconnais que c'est sacrément écrit, et écrit de manière à ce que le travail soit insensible. Même pour un vieux grincheux, ça se lit, parce que c'est fluide.

Y a du cliché, mais il relève du genre littéraire, et en cela il n'a rien de choquant.

Y a une forme de kitsch ultime de la mort, mais là aussi, c'est une composante de la fantasy en général alors c'est pas grave.

C'est maîtrisé et canalisé.



Ce genre de trucs, moi, j'ai envie de le voir au cinéma, pas de le lire. Demeure que ça fonctionne super bien.
    le 08/01/2026 à 19:37:36
Après, ça donne quand même envie de racler la gueule au texte à grands coups de serial edit pour excorier toute la couche de cliché et la remplacer par des tardigrades roses et verts et des scènes de viol d'une porte par un gardon, mais baste. J'ai pas le temps.
Lapinchien

lien tw yt
Pute : 222
à mort
    le 08/01/2026 à 19:50:43
C'est toujours un plaisir de lire de la Fantasy quand c'est Cuddle qui est aux manettes parce que c'est super bien écrit et que l'intrigue est généreuse en rebondissements. ça faisait longtemps qu'on n'avait pas eu de nouvel épisode de sa rubrique "les Sept" et j'espère qu'elle postera d'autres suites prochainement. Cuddle explore aussi beaucoup des territoires scénaristiques peu utilisés dans le genre. C'est plaisant aussi de lire cette origin story de Belzébuth. Je ne savais pas du tout qu'il était appelé le roi des mouches. Sinon, j'ai cru voir quelques influences du film 300 quand le roi attaque la reine sur son trône avec sa lance et qu'il la blesse à la joue. Le mur humain aussi et le fait de parler d'un roi devenu dieu comme Xerxes. Mais ce n'était pas désagréable car j'avais toute l'esthétique du film de Zack Snyder et ça m'a aidé pour visualiser mentalement le récit.
A.B

Pute : 29
    le 08/01/2026 à 20:56:14
C'est fou comme, dans la culture fantaisie et plus généralement SF, les dieux sémites - ici babyloniens - sont associés aux ténèbres.

Le texte est bien écrit mais ça manque d'intrigue et de personnages authentiques. Si c'est la suite d'un récit, je vais lire les chapitres précédents.
Lindsay S

Pute : 201
    le 08/01/2026 à 21:30:27
Ce texte est mort.
Pas raté : mort.

Tout est là : le sang, la chair, la foi, la boue, la putréfaction. C’est très maîtrisé, très composé, très conscient de son effet. Une belle galerie dark fantasy. On admire. On ne respire pas.

Le problème, ce n’est pas l’horreur. C’est qu’elle reste polie.
Il n’y a même pas les mouches — juste leur concept.

Il aurait suffi de presque rien.
Une pensée qui dérape. Une honte minuscule. Un détail idiot.
Il se rend compte qu’il prie encore, par réflexe.
Il espère que personne ne le verra pleurer.
Il se demande, très bêtement, si ça sent déjà mauvais.

Mais non. Tout est posture. Tout est image. Le roi tombe, pourrit, renaît, sans jamais se fissurer autrement que par le décor.

C’est magnifiquement dégueu.
Et parfaitement inerte.
    le 08/01/2026 à 21:57:42
C'est un magnifique exercice de style, très réussi.
Le début m'a fait penser à Dune,
l'enterrement sous les cadavres à une scène de l'épisode "La bataille des bâtards" dans Game of Thrones. D'ordinaire les scènes de bataille m'endorment (littéralement) parce que je n'y vois pas d'enjeu. Mais celle-là est exceptionnelle dans sa mise en scène.

Et bien sûr, cette lecture m'a rappelé la fin de Salammbô de Flaubert et ses sacrifices (en plus gore, quoi que...).

BRAVO !!

Et franchement, si je sentais des larves de mouches éclore dans mes sinus et ma cervelle, j'accepterais n'importe quoi pour que ça s'arrête.
    le 08/01/2026 à 22:12:42
Mais, bordel... La présentation par l'IA..."une rare intensité", "une puissance littéraire impressionnante", et, mon préféré : "une cruauté jubilatoire".

Pitié !

Si un jour j'emploie au premier degré l'adjectif "jubilatoire", rappelez-vous que je demande à être euthanasiée.
Rosalie

Pute : 9
    le 08/01/2026 à 22:16:12
Avec plaisir Laetitia.

Il y a d'autres critères? parce que ça mérite des fois.
KORBUA

Pute : 19
    le 09/01/2026 à 10:39:30
yep.. texte bien écrit qui déroule.. même si le registre de la Fantasy n'est pas mon kiff.. la narratio tient la route..
René de Cessandre

Pute : 34
    le 09/01/2026 à 12:31:44
Les amateurs de descriptions doivent être ravis. je trouve qu'il y a là plus de descriptions que d'actions. Peut-être dommage. Sans doute ce qui donne envie à Le Chouette de le voir au cinéma (et je le comprends), parce que là on reste presque dans l'explication de texte.
Pour les références, j'y ai vu bien sûr de l'héroïc-fantaisy, en particulier une allusion à Elric Le Nécromancien et à son épée "La Mangeuse d'Âmes".
Pour la forme, il y a quelques répétitions sans doute inutiles, le texte étant déjà assez long et détaillé. Mais l'histoire méritait en effet d'être développée.
A l'arrivée cela donne un beau texte, avec une fin qui n'est peut-être pas narrativement à la hauteur.
Lapinchien

lien tw yt
Pute : 222
à mort
    le 09/01/2026 à 13:36:37
Avec tout le travail que Cuddle se tape en ce moment à faire les critiques/présentation des textes en attente, c'est clair qu'elle est dans le secteur, alors je ne comprends pas pourquoi ELLE NE D2BOULE PAS DANS LES COMMENTAIRES POUR NOUS ENVOYER TOUS CHIER §
Lapinchien

lien tw yt
Pute : 222
à mort
    le 09/01/2026 à 13:38:36
Sinon je trouve trop mignon le numéro en italique en préambule en référence à mon texte FAIL ! Probablement pour conjurer le sort, comme ces gens qui accrochaient les têtes de leurs enfants à leur porte pour faire fuir leurs ennemis. T'inquiète Cuddle, ton texte ne va pas du tout flopper !
Nino St Félix

lien
Pute : 71
    le 09/01/2026 à 13:59:37
J'ai eu du mal à aller au bout, et c'est dommage car j'ai justement trouvé que la fin était la plus réussie.
Comme Le Chouette, je ne suis pas spécialement fan de ce genre, mais les clichés ne me gènent pas, quand comme ici ils sont maniés avec "délicatesse" et, en effet, se plient au genre.
Je regrette quelques tournures de styles maladroites qui ressortent d'autant plus que le reste du texte est sans doute (du moins c'est l'effet que ça donne) trés travaillé. Par exemple : L’odeur de putréfaction est insurmontable. Une odeur insurmontable, bof. Insoutenable, à la rigueur, tant qu'a aller dans le cliché. Mais je chipote (et aprés c'est peut être de la licence poétique, aprés tout, même si le reste du texte n'en use pas tellement.)
Et en effet les scènes de combat lyrique/épique sont réussies, un art pas évident. Ca me fait aussi un peu penser à l'Illiade, par moments.

= ajouter un commentaire =

Les commentaires sont réservés aux utilisateurs connectés.