J'ai envie d'hurler, d'ailleurs je hurle mais en silence. En simence. Un mélange de silence et de ciment.
J'ai envie de mettre le monde à l'arrêt et en lévitation. Puis que tout fiche le camp.
J'ai aussi envie de pleurer et de me déglinguer. De pleuglinguer. Un mélange de pleurs et de déglingue.
J'ai mal. J'ai une crampe à la jambe qui part de mon cul jusqu'au pied. J'ai hyper mal.
Je ne sais pas comment j'arrive à marcher.
J'ai mal au sein aussi. J'ai réouvert une vieille cicatrice. Une putain de plaie. Elle est à vif, elle pleure du sang.
Je ne sais pas comment j'arrive à respirer.
Je ne vois plus non plus. Rien. Que des petites lumières floues devant.
Je ne sais pas. C'est des pointillés et je trébuche dessus.
J'ai envie de picoler. De me droguer.
J'ai aussi envie de baiser. De guincher. De vriller. De partir loin. Très loin.
J'attends. Ça mord mais pas assez. Pas assez de temps mais j'attends.
Je ris. Rire pour marquer ce qui n'a pas de sens et le mettre hors de soi.
J'ai envie d'hurler mais je ne peux pas. C'est cimenté. Cilenté.
LA ZONE -
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J'ai envie de critiquer et d'exulter. D'exultiquer.
Un cri du coeur qui n'a d'autre but que de se faire entendre. D'exister au milieu des autres. De se sentir vivre peut-être une dernière fois. Un baroud d'honneur.
Le seul souci dans ce texte c'est qu'il ne sera pas reçu comme il se doit. Peut-être un peu trop auto-centré ? Chaque lecteur se dira : "ouais mois aussi j'ai envie de crier, mais je ne le fais pas par dignité, par fierté, par fiernité !"
Cette voix et ce cri sont bien plus universels en réalité. Le narrateur est le lecteur. C'est sa douleur qui mit à nu en place publique. Et personne n'aime se sentir vulnérable en face de tous.
Merci A.B
Hé bien... ce n'est pas si catastrophique ?
L'exercice &était casse-gueule, mais bien maîtrisé.
J'aime bien les néologisme par concaténation : ils permettent de dire beaucoup avec une grande économie de moyens.
Un texte peut-être fermé sut lui-même, mais qui n'interdit pas d'entrer.
Et c'est vrai : je préfère les concentrés aux délayages qui finissent par devenir insipides, faute de trop de délayage.
J'espère que c'est de la fiction sinon tu devrais d'urgence consulter un spécialiste si c'est ce que tu ressens vraiment parce que dans ce déluge d'émotions contraires, l'usage de néologismes peut faire état d'une dissociation ou d'un état limite. C'est à dire que tu te sents fragmentée et incapable d'exprimer ta douleur avec des mots conventionnels. Le balancement brutal entre détresse et recherche d'excès peut évoquer un trouble de la personnalité borderline. Il se peut aussi que tu sommatises et que les douleurs que tu évoques soient plus morales que physiques. Les troubles sensoriels évoqués sont inquiétants aussi. L'envie de s'évader par l'excès peut aussi trahir une souffrance traumatique non résolue qui refait surface de manière violente. Voilà pour le volet Doctissimo. Je ne suis pas expert. Si c'est ce que tu ressens, va d'urgence en parler à un médecin.
Si c'est fictif, tes néologismes me font penser aux mots-valises de Lewis Carroll mais dans un contexte bien plus sombre. Il y a quelque chose de baudelairien dans cette volonté de partir loin et de vriller. Et le rire final me fait penser au Joker de DC Comics.
a la différence du précédent texte : ça me parle. J'aime beaucoup les mots-valise, j'achète à chaque fois.
J'ai un peu tiqué sur le "sein qui saigne du sang", ça faisait un peu Clara Luciani.
Pour chipoter aussi une redite superflue sur "pleurdinguer" (on avait compris la première fois).
Aprés donc la différence c'est qu'ici y'a pas d'esbrouffe du genre "t'as compris que t'as pas compris". C'est simple et basta. Pas de femme en forme d'étoile et autres trucs de fumoirs.
Aprés forcément on a envie d'en savoir plus, notamment sur cette crampe du cul : thrombose, excès de rodéo ou chaise roulante Ikea mal montée ?
ah oui putain moi la France du bas désolé
mot valise, ça puduku
néologisme par concaténation, bien forcément
avec toutes mes apologétiques considérations superfétatoires.
et les motvalise... putain pardon les =CONCATENER(A1+B1)
ça m'fait penser à Vian
Bingo !
Rien que pour le semblant de compte-rendu d'examen pseudo médical de Lapinchien, je suis bien contente d'avoir édité ce texte. J'espère que c'est un "délire" conscient LC :)
Merci pour les commentaires. En principe, j'écris dans un autre registre et genre. C'est bien sûr une fiction mais écrite dans un contexte affectif particulier.
@Nino : nerf sciatique et le "sein qui saigne du sang", c'est une vieille plaie.
Merdalors, du coup, c'est pas Claralucianique , c'est moi qui ai failli en pleurer du sang mais ça va mieux.
Bon j'achète aussi l'envie de se barrer, puisque constante aussi chez bibi.
Bravo, tu as réussi à me faire douter. Ce doit être du talent.
Je lis ça comme on regarde quelqu’un secouer une boîte vide en espérant qu’elle fasse du bruit.
Les jeux de mots bricolés — “simence”, “pleuglinguer” — donnent l’impression d’un atelier pâte à sel émotionnel.
Pour moi, ça sonne comme un brouillon, persuadé que deux néologismes et trois douleurs random suffisent à faire tragique.
Je sens tellement l’effort pour paraître intense que ça en devient presque attendrissant, comme un ado qui découvre la souffrance dans un manuel.
Ca ne hurle pas : c'est creux et ça ne me touche pas.
Sorry
Mais ça donne un petit coté Harry Potter à l'histoire. J'imagine bien Hermione Granger en train de pleuglinguer dans les toilettes des filles de Poudlard. Puis mettre le monde à l'arrêt et en lévitation en lançant un sortilège Wingardium Leviosa (et pas Levioooosar !) avec sa baguette.
Faut arrêter les fantasmes avec les baguettes...
Mon seul fantasme avec les baguettes c'est les mouillettes au jambon.
Suffisamment évocateur
@lindsay : Oui c'est bricolé, écrit en quelques minutes. Aucun effort justement. Aucune retouche non plus. Ce n'était pas voué à être sur LZ.
@AP : écrire pour se lire
mais tellement!
"Ce n'était pas voué à être sur LZ."
Alors pourquoi ca y est?
relire, retravailler, respecter le lecteur et le taf des admins..?
Perso, ce qui m'intrigue c'est ce que tu as bien pu éditer dans ce texte. Je suis très content qu'il soit sur le site. D'ailleurs, le fait que tu dises que tu as édité ton texte prouve au contraire que tu l'as retravaillé pour l'optimiser d'une manière ou d'une autre dans le cadre de sa publication et qu'il n'existe pas dans le seul but d'être lu par toi seulement. Mais qu'as-tu fait dans l'édition alors ? Tu l'as expurgé de certains trucs ? ou au contraire, tu as clarifié certains passages qui étaient ambigus ?
Je ne voulais pas le retoucher (et je ne le travaillerai pas) parce qu'il marque quelque chose à un instant précis.
Je l'ai lâché sur LZ pour l'assumer. Quant au respect du lecteur... Bon ca va?! C'est pas non plus un cracha dans sa face.
Voire pour m'en libérer, ne pas receler le bousin. Peu importe, de toute façon il y en aura d'autres très différents.
Alors assume.
Ne dis pas " ce n'était pas destiné à LZ"
Dis "moi je le veux comme ça, il a un sens exactement comme il est, il n'est pas parfait mais ça fait sa force"
Et ça je le comprends. Tu n'es plus fainéant, tu es artiste 😘
Et franchement, n'importe quel artiste peut trouver son public... Ce ne sera pas moi, c'est tout.
Pour moi la Zone c'est :
un dépotoir
un exhutoire
un dégueuloir
des toilettes à ciel ouvert
un vortex à conneries
un tout à l'égout de sentiments
une vitrine façon Amsterdam
Et parfois des pépites
Tant que le texte ne se prend pas pour ce qu'il n'est pas (exemple "Rage" l'autre jour : un cri de colère ou je sais pas quoi, qui en faisait des caisses et tapait à côté) ça me convient, c'est le cas ici. J'ai pas l'impression qu'on m'a pris pour un con, ou qu'on s'est prit pour un roi/une reine. C'est pas un chef d'oeuvre et tant mieux car ça n'y prétend pas. Et au moins le texte à l'élégance de ne pas en faire des caisses.
Aprés c'est sur qu'on peut rester sur sa faim et se demander "que voulait (dire) l'auteur". Je comprend cette approche, parfois même moi je suis obligé de l'adopter devant certains textes (alors que je déteste ça). Bref c'est un trés bon texte de chiotte (et c'est un compliment)
"Je ne voulais pas le retoucher (et je ne le travaillerai pas) parce qu'il marque quelque chose à un instant précis."...
Ah bon. C'est un peu con ça non ? L'auteur sait qu'il écrit un truc pas ouf, mais ne veut pas l'améliorer.
Donc : tiens lecteur de la Zone, une tartine de merde, tais-toi et mange !
Franchement quand on écrit, l'objectif qualitatif est un parmi une infinité d'autres. Si l'auteur veut proposer quelque chose de confus et brut au lecteur, c'est un choix tout aussi louable s'il cherche à mettre le lecteur face à l’irrationalité humaine. Et si on poursuit cet objectif, chiader son texte c'est l'édulcorer et en corrompre artificiellement le message.
Bah non. Un texte c'est personnel, il a du sens d'abord pour l'auteur qui l'extrait de son trou tel qu'il est avec sa sensibilité. Après ça plait ou pas, c'est une autre question. Ce d'autant plus que ce n'est pas une contribution pour un appel à textes. A noter aussi que je n'édite pas pour être validée par une forme d'unanimité.
Qui fait ça pond de la merde
Merde c'est pour ça que mes textes sont pourris ! Ahah non mais je suis d'accord avec A.B et Lapinchien sur cette querelle entre anciens et modernes (enfin qui est ancien qui est moderne, c'est plutôt entre "écrire ça se travaille" et "écrire ça vient des tripes".
Moi c'est mon côté François Hollande je suis entre les deux.
Mais je préfère un texte brut qu'un bijou trop poli. Au final je crois que c'est juste une question de sensibilité et le mérite de ce texte c'est finalement de la poser. Et moi en bon troll de donner mon avis de merde haha
Mongolito reviens !
A.B-bé a-t-il fait son rot après avoir dégluti son vomis?
On peut écrire de la merde, à condition de ne pas exiger des lecteurs qu'ils la lèchent.
Qu'ils soient sincères ou simulés, les textes "état d'âme", c'est pas ma came. Du tout.
Les mots-valises non plus.
Les vers libres et les anaphores : je ne peux plus supporter cette stylistique galvaudée, représentant une certaine poésie contemporaine qui, à mon sens, à fait son temps.
Il est donc impossible que j'apprécie ce texte.
Désolé.
Après je trouve ça juste bizarre. Quand t'écris un texte, t'as quand même envie de faire quelque chose de bien. Surtout, si tu sais qu'il va être lu.
Si c'est un texte autobiographique, évidemment que le style peut passer en second plan au profit du ressenti et des émotions. Là, c'est différent.
Après on a peut-être pas le même rapport à l'écriture.
Tu peux balancer des tonnes de merde et le revendiquer. OK. Mais si tu commences à te justifier sur la qualité du texte, c'est qu'au fond, t'espérais avoir fait un truc bien, alors que tu savais pertinemment que t'avais fait un truc moyen. Donc, je rejoins Lindsay. T'assumes.
@Arthus Lapicque : On est d'accord. Youra ! Quelqu'un qui s'exprime mieux que moi.
Je pense qu'on est tous d'accord pour dire qu'on préfère des textes aboutis. Mais celui là n'est pas non plus "TDM" je trouve. Il est "inabouti" mais ces foetus de textes ont aussi le droit d'exister (libre choix aux géniteurs/trices)
I m not an animal !
Body, screaming, fucking, bloody mess
Not an animal, it's an abortion
Votre discours, je ne le comprends pas. Comment exiger des autres qu'ils ne fassent pas de la merde ? On digère le monde, on produit de la merde. Telle est notre condition. La plupart des gens qui essayent de faire des choses bien font encore plus de la merde en gaspillant de l'énergie de manière contre-productive. Sur l'étron de départ, on rajoute une cerise et une petite ombrelle de cocktail mais c'est à peu près tout ce qu'on fait in fine.
@Cuddle : je ne me justifie en aucun cas sur la qualité du texte. Je défends l'opportunité de l'avoir publié tel qu'il est avec ses faiblesses. Ce texte est un état d'âme à un moment précis, traumatique, que j'ai finalement décidé de lâcher sur LZ. Point barre
@Arthus Lapicque : Il y en aura d'autres dans un tout autre registre. Celui-ci est isolé des autres.
Il y a des textes superbes, Marc Chauvin et d'autres, et c'est trés bien, mais moi quand je viens sur la Zone ce qui m'intéresse c'est de lire des choses qui viennent d'ailleurs, des tripes. je crache pas dans la soupe car dés fois y'a des merdes sans nom. L'équilibre est difficile à trouver. Et ce qui est beau dans la Zone c'est justement, je trouve, cette recherche de l'équilibre. C'est beaucoup plus marrant d'espérer voir le funambule se casser la tronche, que de savoir déja qu'il va arriver vivant au bout de la corde suspendue.
Tu veux dire que tu veux lire des textes comme ceux de Ta Chatte ? xD
> A.B. : contrairement à ce que avancent et claironnent certains, nous avons ici des lecteurs qui aiment qu'on leur prenne la main et qu'on leur fasse faire une visite guidée. De même ils veulent des textes qui s'affranchissent des codes, et ils pleurent si on ne leur livre pas une cathédrale .
En d'autres termes, si Baudelaire n'avait pas été connu et s'il avait envoyé son poème "La Beauté" sur la Zone (si elle avait existé à son époque), il se serait fait déglinguer par les commentateurs qui connaissaient les règles du Sonnet classique, car le sien est truffé de fautes et de transgression du genre, et ils n'y aurait très certainement vu là qu'un texte de chiotte ou une provocation navrante (ce que c'était peut-être d'ailleurs).
Tout cela pour dire que j'ai bien reçu ton texte et apprécié, parce que j'ai pu en comprendre le contexte.
Franchement j'aimerais en être capable (pour pouvoir me dire : non ! tu ne dois pas le faire ! sauf pour le TDM).
Mais c'est mon tropisme à moi. J'admire les auteurs qui arrivent à faire ce que je suis incapable de faire. Avec les erreurs qui vont avec car je ne suis pas encore un Immortel !
C'est toute la différence entre le texte d'A.B et celui qui est paru juste avant. L'un nous dit "voilà, c'est moi, avec mes merdes, mes défauts" et l'autre "voila mon univers, si vous comprenez rien allez vous toucher la nouille j'en ai rien à secouer".
Mais peut être que j'ai juste été bercé trop près du mur (ou pas assez).
Enfin voilà moi le geste me touche, même si oui, le texte n'est pas assez "beau" pour être aimé, ni "laid" pour amuser (comme ceux de Ta Chatte, mais bon, là aussi tu prend vraiment l'exemple extrème ! Personne ne peux rivaliser avec Ta Chatte ! Ta Chatte est trop fort(e))
d'ailleurs si Ta Chatte écrit avec les trippes, peut-on parler de descente d'organe ?
Faut que je lise Ta Chatte! Merci LaZone
(et je précise juste quand je dis "texte de chiotte" c'est bien une nuance avec "texte de merde".
Pour faire clair : un texte de merde libère le transit et donne envie de chier (ou vomir voir de pleurer) du caca (et parfois du verre pilé)
Un texte de chiotte lui, comme son nom l'indique, est un texte qui se lit trés bien aux chiotte, pendant que le caca (ou le verre pilé) est en train de sortir.
Bref il y a une nuance importante, même si au final le but est similaire.
D'ailleurs Michel Onfray est en train de pondre une thèse à ce sujet.
Il y a l'auteur qui a des choses à dire, qui s'adresse à un public. Alors il soigne son style et son verbe. Il veut être compris, reconnu voire aimé. Il passe des heures à revoir chaque phrase et, quand sûre de lui, il publie, attend les fleurs qui ne manqueront pas de tomber.
Et puis il existe aussi l'auteur qui écrit par nécessité. Car le texte s'impose à lui, l'obsède jusqu'à ce que les mots soient couchés sur le papier ou encodés sur un disque dur. Cet auteur est un vaisseau par lequel voyagent les phrases de son univers intérieur à son support.
Le choix de publier ces textes demande un courage que je salue.
Publier un texte dicté par ses tripes est bien plus sincère, quelle que soit sa qualité, qu'un texte réfléchi, travaillé, modifié par le premier de la classe fier d'avoir respecté toutes les règles afin de plaire à la maîtresse. Personne ne vous demande de l'aimer mais on peut au moins reconnaître sa sincérité.
Merci AP. Pas mécontente ni de la publication, ni des retours. En plus j'ai survécu au commentaire de Lindsay.
J'avais tout mis en stand by (gosses, relations, boulot) pour me préparer à une vie d'auteur à plein temps sur LZ. Voilà c'est fait!
A.P. : "Publier un texte dicté par ses tripes est bien plus sincère, quelle que soit sa qualité, qu'un texte réfléchi, travaillé, modifié par le premier de la classe fier d'avoir respecté toutes les règles afin de plaire à la maîtresse. Personne ne vous demande de l'aimer mais on peut au moins reconnaître sa sincérité."
Mouaich. Perso, je m'en contrefous des intentions, des émotions, des états d'âme de l'autrice au moment où elle écrit son texte. Seul le produit fini m'intéresse, qu'il soit dicté par ses tripes, son foie, ses fesses, ou que sais-je.
Un consommateur
Je laisse Paul Valéry donner quelque matière à réflexion sur le terme que tu viens d'employer :
"Qu’est-ce que produire ? Qu’est-ce que consommer ? Ce sont deux transformations, deux ordres de transformation. La production consiste à transformer une matière quelconque, qui sera, par exemple, celle de vos impressions ou celle de vos impressions compliquées d’une matière au sens propre du mot, qui sera de l’argile ou des couleurs, ou du papier et un crayon, où vous aurez une transformation d’ensemble dans laquelle la matière subtile est l’ensemble de vos impressions, de vos connaissances, de vos intentions, etc. Vous opérerez une transformation qui aboutira à une modification extérieure, à l’issue ; et cela seul comptera. Tout ce qui s’est passé en vous n’existera pas. Ce qu’il y a d’intéressant, d’important, c’est l’objet que vous aurez produit. La transformation aboutit à une modification extérieure. J’ai fait une statue, j’ai fait un dessin, j’ai fait un poème, j’ai transformé quelque chose qui a été, dans le cas du poème, le désordre fondamental résidant en moi, de tout le langage donné, du vocabulaire que je possède dans la mesure où je le possède, avec ses connexions, etc., avec la sensibilité à chacun de ces mots attachée par moi, par ma nature, la sensibilité à leur sonorité, à leur valeur d’évocation, à leur valeur magique. En même temps j’y ajouterai aussi tout ce que peuvent ajouter, pour faire une connexion de cela, les idées, et d’autre part tout le matériel syntaxique, tout l’organisme syntaxique. C’est ainsi que j’opérerai sur cette espèce de chose informe pour produire un objet déterminé, qui sera le poème que j’aurai écrit. [...]
Voilà un point de vue : c’est le point de vue du producteur. Mais pendant cette évolution intérieure qui dure un temps quelconque — cela peut durer quelques minutes, cela peut durer des années ; il y a des livres ou des tableaux qui ont demandé des années à être peints —, il arrivera, en général, que cette production ne sera pas entièrement indépendante d’une conscience, qu’aura l’auteur, de quelqu’un sur qui l’œuvre devra agir : le consommateur. Et on peut définir la consommation, ou plutôt nous pourrons définir la fabrication de l’œuvre comme une transformation de quelque chose destiné à agir sur quelqu’un ; ce quelque chose, ce sera, comme je vous l’ai dit, les possibilités, les virtualités qui se trouvent dans quelqu’un, et celles aussi qui sont dans les matières dont il a besoin, comme le langage ou comme l’argile, ou comme n’importe quel matériau — pour employer la langue des architectes — qui servira à agir sur quelqu’un qui sera le consommateur ou le spectateur, l’auditeur, le lecteur."
Alors Valéry ferait mieux de fermer sa gueule !
@LaPicque : quelle référence longue et conséquente! Je ne contredirai pas cette définition ni ne dénigrerai Valery.
Toutefois, j'en viendrai à Flaubert et Bovary, c'est toujours la juriste et la passionnée à peu près rigoureuse mais timbrée, que je suis, qui dira ceci : je n'aurais jamais consommé Bovary comme il se doit, sans avoir lu la biographie de l'auteur et surtout ses lettres. A Caroline sa soeur.
Sinon j'ai gardé votre texte sur la fille et son taureau. Le duende qui vrille.
Bonne continuation.
Parce que Bovary sans les lettres à sa soeur, particulièrement, on passe déjà à côté du choix animalier, du souvenir et des blases. On passe à côté de tout et notamment du deuil.
Et au delà du réalisme qu'on lui a attribué, je trouve son oeuvre polymorphe en termes de genre. J'ai le béguin pour l'aveugle qui passe quand il le faut (x).
yep.. intéressant..
C'est que du private joke avec la famille de Gustave, sinon Bonhomme, Bovary. Son histoire de (mauvaise) presse, c'est une toile de pisse. Une opportunité.
J'ai lu une bonne partie de la correspondance de Flaubert qui est parfois plus intéressante que son oeuvre (j'exagère à peine). Et je comprends ce que tu veux dire.
En effet, Mme Bovary est d'autant plus fascinant quand F. explique son travail. Un travail de fourmi, besogneux, minutieux, patient, où chaque mot, chaque syllabe, est pesée, étudiée, réécrite, choisie à la pince à épiler, pensée en fonction de sa sonorité ; il lui fallait parfois une semaine pour écrire une phrase, pour trouver le bon rythme qu'il "gueulait" ensuite, avec période, clausule, etc. Mais, pour le coup, nous sommes loin du texte spontanée qu'on écrit "avec ses tripes" sans daigner le travailler ensuite (même si Flaubert prétend avoir gerbé après avoir écrit la mort de Bovary, je te l'accorde).
Mais je me demande malgré tout si Flaubert ne serait pas un peu surestimé à cause de tout ça, parce que Flaubert, parfois, il faut le dire, c'est emmerdant. Et en terme de "produit fini", si tu lis Zola, tu te rends compte que le bonhomme avait la musique verbale dans la peau, le sens de la peinture lexicale, de l'intrigue et des portraits réalistes, et on n'en fait pas tout un foin comme Flaubert, certains le considèrent même comme un sous-Balzac, or, à mon sens, l'œuvre de Zola est moins boursouflée que celle de Balzac, mais tout aussi intéressante, et non moins passionnante que celle de Flaubert.
Bon, je m'égare, mais en gros, je pense qu'il ne faut pas se laisser enfumer par les postures, les poses d'auteur, et qu'il faut parfois simplement recevoir le texte pour ce qu'il est, un objet, artistique certes, mais voué à être consommé sans égards pour son producteur.
Zola justement était dénigré de son temps. Pourquoi ? Pas à cause de sa vision politique ou idéologique (qui faisait dire aux gens de Droite qu'il était du côté des ouvriers... et aux gens de Gauche qu'il était contre les ouvriers (considérant qu'il caricaturait leur condition)), mais parce qu'il faisait le choix d'adopter un niveau de langage familier pour faire parler ses personnages appartenant au monde ouvrier, et un niveau de langage soutenu pour les "bourgeois". A son époque c'était une faute : l'écriture devait respecter le niveau de langage soutenu, quoi que l'on décrive. Zola trouvait cela idiot et considérait que cela enlevait tout réalisme au récit.
Finalement Zola était presque un Zonard avant la lettre (au moins aux yeux de ses contemporains).
Je me demande si je vais pas signaler vos commentaires à la Zensurbrigad, parce que des auteurs hardcore émergents comme ça, moi je crois qu'il ne faut pas trop trop en parler, pas avant que l'Histoire ait jugé. Flaubert, Balzac, Zola, Vian, mais enfin, un peu de prudence, que diable, on en reparlera quand ces brûlots auront cinq ou dix ans. En attendant, prudence.
J'ai pas compris le lien entre le texte initial, du reste, et ces références scolaires ; si j'avais une référence ce serait Raymond Devos et ses jeux de mots faciles, de mon côté. Le texte tricote mais ça va pas plus loin. Ceci n'est pas un compliment. Un mot-valise, par principe, c'est un jeu formel ; ça fait tomber d'emblée le texte dans le formalisme, et dans le rienàfoutre.
Ceci étant, Arthus, au sujet de ce paragraphe :
"Bon, je m'égare, mais en gros, je pense qu'il ne faut pas se laisser enfumer par les postures, les poses d'auteur, et qu'il faut parfois simplement recevoir le texte pour ce qu'il est, un objet, artistique certes, mais voué à être consommé sans égards pour son producteur."
J'ai été pris dans une envolée d'agrément et d'accord intellectuel, j'étais heureux, reconnaissant, et puis j'ai heurté un "parfois" qui traînait là, mon épaule a pivoté, j'ai perdu ma ligne, juste avant de voir que je me dirigeais vers "consommé", mur que j'ai pris en pleine gueule, avant de m'écraser au sol sur "producteur".
COMMENT TU PEUX DIRE DES TRUCS SAINS AVEC DES MOTS POURRIS PAR LE CAPITALISME? CAMARADE ,
Et en termes de vraisemblance, quand tu hurles dans le ciment ça fait soit RBLOURBBLBLOUBL, soit rien, si c'est de la prise rapide.
J'aurais préféré le texte dans sa version vraisemblable.
Glaüx, lis la citation de Valéry postée précédemment avant de crier au scandale lexical.
Oui, bien sûr ; du côté de la production et sans surprise Valéry dit magnifiquement des trucs très justes, comme d'hab'. Cependant le mot, ici et maintenant, sonne très différemment de l'emploi qu'il en fait, qui relève de la science littéraire et de l'esthétique. Et du côté de la consommation, le choix du terme me paraît léger (je ne connais pas la date d'écriture de la citation, et si elle se mettait aussi fort en résonance avec le contexte sociologique, médiatique et politique), voire polémique un peu pour le plaisir, qui sait. Bref, ici et maintenant, ça me semble atroce à lire.
En tout état de cause j'adhérais à ce que tu disais, globalement ; je gueulais un peu pour le plaisir de gueuler, comme d'hab'.
Désolé m'sieur, j'le ferai plus.
Pour Vian perso je joue au Bingo du casage de ref qui fait genre j'entrave alors qu'en fait que dalle (au pif).
Vian, je connais très bien, LIVE YOUNG, tout ça.
C'est A.B. qui a commencé à me traiter de consommateur d'abord !