Ils avaient hâte d’explorer plus avant ces monstrueux abysses. Cette nuit-là, la pluie ne givra que sur les ponts. Et, dans une autre vie, je racontais à mes petits-enfants comment cette vieille publicité d’un épluche-légumes avait dépassé la fiction.
Sur un échiquier géant où se fédéraient des pièces en stuc, les tours et les rois blancs de mon adversaire passaient pour des fabricants de bombes artisanales, du même genre que Tyler Durden et il y avait de quoi se faire de la bile, car le script final était seulement écrit sur deux fines liasses de feuilles.
Des fous qui avaient écrasé leur cigarette dans l’un de leur roller commençaient à se rassir par trop de travail d’intérêt général que la société de consommation avait programmé sur la rocade.
Et, tout en filmant dans mon pick-up, le sang de la béatitude me ruisselait dans les yeux… Il coulait aussi dans ma gorge et ça avait un goût horrible.
Grignotant l’échiquier, une volée de femmes habillées à peu près dans le même style que ces vierges aux plumes de perdrix sur leur chapeau, mesurait la taille de nos pupilles pour savoir si ce vendredi, étant jour de paye, allait boucler tout ce que les caravaniers devaient écouler ; ces derniers sillonnaient parmi ces hommes et ces femmes en blanc, qui s’en allaient quérir ce qu’une vidéo de quarante-cinq secondes avait identifié comme des cavaliers étant tombés au combat… Leur autopsie, lorsqu’un corps était découvert, était d’une probité et d’une efficacité jamais mise en défaut.
Et, ce qu’il restait de cette partie d’échecs, ce bataillon de pions et de dames confondus, allait voltiger ce soir-là, leur tête de céphalopode se jetant en premier dans le gouffre, ne s’arrêtant de vomir seulement pour mieux apparaitre de nouveau… Et, s’obstinant à suspendre l’essence même de toutes ces publicités pour des salons funéraires !
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« Un jour, j’en ai eu assez. Assez de chercher la vacuité puisque je la portais en moi. Assez des gens peu drôles. Assez de ce que j’écrivais aussi. Alors, j’ai tout arrêté. J’ai fini la bouteille de vodka et j’ai regardé la nuit. Dans le ciel, il n’y avait que des étoiles noires… »
C’était un animal d’un aspect particulièrement repoussant. D’un ton de conspirateur, j’avouai à Irwin Shaw qu’il me tracassait, me persécutait depuis qu’elle avait le visage bouffi par l’alcool, ne pouvant plus s’en occuper… Le lendemain, il plut toute la journée. Et, pour la bête monstrueuse, j’en appelai à toute ma volonté pour ne pas la regarder. La veille, j’avais planché toute la journée sur un projet machiavélique pour qu’elle se perde en vagabondant loin d’ici, avec cette éventualité qu’elle retrouve les quais déserts où on l’avait trouvé dans un petit canot.
Après un café corsé que je mélangeais avec de la gnole, je voyais Minsk complètement ionique. L’architecture grecque avait repris ses droits. Mais, je voyais toujours à la place d’une sacristie un moucharabié… Et, ce multiplicateur d’électrons comme une irréductible relique qui nous laissait comme estomaqué.
Sans parler de cette nature morte qui exprimait irréprochablement la négritude des domiciles célestes.
Puis il y avait aussi ce bruit de bois brisé quand le mufle de cette bestiole venait taper à notre porte, nous téléportant entre deux furieux big-bang irréconciliables. C’était toujours lors d’un après-midi de printemps que nos microprocesseurs devenaient vite irremplaçables.
J’écoutais l’irréfutable complainte à ce moment-là, dans les gares napoléoniennes, des clandestins… en humant des effluves d’alcool au lieu de croire à la miséricorde tant annoncée.
L’ironie du sort ? Parmi des mourants comme ces tours tombées sous un soleil irisé de microgamètes, les tiques nous permettaient enfin de jouir de tout ce qui était en mesure de se réaliser…
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Le dos tacheté de jaune et de noir suggérait vaguement que le monstre s’était vautré dans les immondices. Mais l’horreur à Dunwich proprement dite se manifesta quand le Nostromo hiverna dans les salles souterraines d’une espèce de pyramide innommable, se situant sous l’échiquier.
J’avais passé presque toute la journée avec mon carnet à croquis. Des dessins de révoltes sporadiques plus ou moins visibles que les joueurs d’échec remarquèrent pourtant, même entre deux parties.
Ils avaient tendance à considérer cela comme une prémonition, ces esquisses d’émeutes. Et pour en revenir à ce phénomène de foire, sa peau se nécrosait, et il s’essoufflait rapidement quand il enterrait ses œufs et on devait attendre le retour du redoux pour que sa ponte puisse éclore…
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Pour monter une coopérative avec deux ou trois collègues, on chicanait encore quant à la date de notre cure de désintoxication à venir, étant des gens facétieux qui, par des tours de passe-passe, savaient que le temps, pour impitoyable qu’il soit, était extraordinairement malléable. Elle semblait nous attendre, notre rédemption.
Et en s’approchant tous les quatre, étrangement silencieux, de l’immense échiquier où les dernières pièces réduites en cendres terminaient d’agoniser, le comportement des mauvais joueurs, restant sur la touche, nous insupportait… Cependant, il existait d’amusantes photos d’eux en costume de bain d’autrefois, placardées sur le mur en ruine ceinturant l’échiquier. Et il y avait une porte qui, après l’avoir traversé sans s’aviser de la défaite des noirs ou des blancs, ouvrait sur un autre monde.
Je me dirigeai vers elle en longeant ce mur en vieux parpaings sales qui barricadait aussi un site d’enfouissement. Un cratère que d’autres joueurs pédants avaient borduré de vieux palets et en le franchissant sans modérer mes efforts, je compris enfin, l’illumination naissant à la longue dans mon esprit, que tout ce qu’il y avait dans cette décharge servait de subsistance à tous ces stratèges du jeu d’échec, devançant même les esprits des djinns quand ils osaient impunément les affronter et tenter de les mettre en échec et mat !
LA ZONE -
« Vous n'êtes pas exceptionnels. Vous n'êtes pas un flocon de neige merveilleux et unique. Vous êtes faits de la même substance organique pourrissante que tout le reste. Nous sommes la merde de ce monde, prête à servir à tout. » = ajouter un commentaire =
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C'est pourtant clair.
Ce texte répond sur un mode... qui lui est propre... à l'AAT Lovecraft.
Il explore l'inconscient halluciné de Bobby Fisher opposé à Boris Spassky en finales de Championnats du Monde d'échecs, où il y a laissé, in fine, sa santé mentale.
L'horreur se situe donc à deux niveaux, insoutenable, mais heureusement tempérée par une note d'humour grâce à l'allusion à "L'Etoffe des Héros".
> 1000i : dommage que la mise en page de ton dessin ait été décalée par le format informatique, mais je vois bien le hippie en train de fumer son joint.
La technique du cut-up, popularisée par William S. Burroughs et Brion Gysin dans les années 60, consiste à découper des textes existants (journaux, romans, publicités) et à les réassembler de manière aléatoire pour créer de nouvelles connexions sémantiques et se pour créer des sortes de simulations pour les lecteurs de ce que sont les hallucinations et déformation de la réalité dues à la prise de drogues. Je ne sais pas quelle est la méthodologie et le matériel de base de HaiKulysse mais il s'en revendique. L'auteur n'écrit pas une histoire, il sculpte dans une approche qu'on pourrait comparer à de l'art contemporain des textes pour forcer le lecteur à une lecture active, hallucinée, presque divinatoire. C'est un exercice de terrorisme poétique qui vise à déstabiliser nos certitudes sur ce qu'est une œuvre originale. Cependant au delà de ça, on voit bien qu'HaiKulysse cherche à réaliser une inception dans nos cerveaux comme Leonardo DiCaprio dans le film de Christopher Nolan. Avec le jeu d'échec, il fait une critique de la société de consommation et de ses hiérarchies, perçues comme une farce macabre où les puissants et les misérables ne sont que les rouages d'une machinerie absurde avec un focus particulier sur l'industrie de l'armement. Par contre, je pense avoir saisi la plupart des références mais pas celles à Irwin Shaw car je ne connais pas cet auteur. Il est sité mais pas la moindre idée s'il y a d'autres allusions à son oeuvre dans le texte.
Merci l'IA...