LA ZONE -

XX

Le 22/03/2026
par Wivresse
[illustration] C'est fait.
Je n'ai plus rien à perdre.
Puisqu'ils m'ont tout prit.
À la misère, j'avais pourtant appris à m'adapter, diluant mon humanité dans la soupe aux miettes qu'on nous laisse
C'est fait.
Je n'ai plus rien à perdre.
Puisqu'ils m'ont tout prit.
À la misère, j'avais pourtant appris à m'adapter, diluant mon humanité dans la soupe aux miettes qu'on nous laisse à nous fille-mères célibataires. J'avais fait mon nid des humiliations, des avilissements, des infériorisations jusqu'à penser que je méritais mon taudis et mon infortune récurrente. N'étais-je point une fainéante de pauvresse ? Je n'avais rien, je n'étais rien mais c'était bien ma faute, non ?Mon oncle, ce proxénète et père de ma fille était parti pendant ma grossesse et il avait bien fait : je l'aurais entraîné autrement dans la déchéance dans laquelle je me complais. Être triste c'est pour les loosers dont je fais partie.
Avoir un salaire en dessous du seuil de pauvreté ne révèle que cette complaisance envers la médiocrité doublé d'un manque d'ambition pathologique.
Ça, c'était tout acquis pour moi.
La petite prostitution qui m'assure cette maigre paye aussi.
Voilà la seule récompense lorsque l'on est une inférieure gueuse.
Je pouvais tout endurer, tout supporter pour mon ange, mon trésor, mon seul amour, ma fille.
Mais...
J'arrive tout juste à l'écrire...
Elle était partie s'amuser avec d'autres ados chez une voisine. J'ai reçu un coup de fil en fin d'après midi ce jour là, c'était ma douce qui me disait qu'elle allait dormir chez ses copines, que tout se passait bien, qu'elle rentrerait demain dans la journée.
Le téléphone a sonné en début de soirée.

- Madame Diona ? C'est le commissariat central, j'ai une bien triste nouvelle, votre fille a été victime d'une agression, elle n'a pas survécue, je suis désolé, sincères condoléances... Heu, pourriez vous venir identifier le corps ?

Le corps de mon ange était à peine reconnaissable.
Ils m'ont dit que c'était suite à un jeu sexuel qui avait mal tourné. Qu'elle n'avait pas du savoir mettre des limites et que les garçons avaient distribué de la drogue à tout le monde entraînant chaos
Et carnage.

Alors, j'ai vrillée.
Ma raison de vivre violée à coups de barre de fer, son cœur ayant lâché sous la douleur paroxysmique, je ne ressens plus rien à part la rage et la mort.
Si je me tue simplement à quoi bon avoir enduré tant d'épreuves, développé cette résignation à la souffrance, l'indignité, la tyrannie ?
Doux serait pourtant mon suicide.

Je préparais alors une mixture de rage et de mort en réponse à cette société.
Un attentat suicide comme ils le nomment.

À l'enterrement de ma fille, le printemps explosait de fleurs, de bourgeons, d'oiseaux, de chaleur et d'amour.
En rentrant, j'ai fait un détour par un super marché. Une promotion était faite sur le combustible pour poêle. J'en achetais une bonne dizaine. Ma voiture en fut presque comble.

Je fis une liste des institutions afin d'en tirer une au sort. C'est la mairie qui tomba.
Je pris son chemin, les yeux secs et irrités ; à l'entrée du parking un SDF me fit signe alors je descendis la vitre de ma portière et lui donnais l'intégralité de mon porte monnaie, mon paquet de cigarettes, hormis une que je me mis de côté.
Ensuite, j'ai roulé jusqu'au parvis, suis montée dessus. J'ai percé un des bidons de pétrole, puis me suis allumée la cigarette que j'ai fumée aux deux tiers avant de la jetée dans la flaque de combustible sous le siège passager.
Les flammes ont rapidement pris place.
Je savais que j'allais énormément souffrir avant que cela n'explose.
Mais je sais souffrir.
Je suis une pute et c'est ma compétence de base devenue maîtrise.

Je...

Que dire de mon horreur à me voir dans ce blanc couleur abattoir ?
Entubée comme jamais, un rythme morbide ponctuant ma pénible respiration...
Non, j'ai survécue !
Et je suis attachée.
Une infirmière vient me dire que le docteur arrive.
Il viendra blablater sur mon état, sur ce qui m'a conduite là et sur la chance que j'ai eu grâce à ce valeureux sans domicile fixe.
Ha le con !!
Ce sera donc pour moi la prison.
Non, impossible.
Être enfermée avec cette rage sans pouvoir mourir entourée de pauvresses comme moi victimes de la monstruosité du monde mâle ; je ne pourrais même pas m'en prendre à elles afin d'apaiser ma fureur.
J'ai donc été transféré à la prison des femmes pour tentative d'actes terroristes et tuti quanti, même si au final c'est ma voiture et mes flancs qui ont subi les pires dommages.
Entre ces murs nous étions les sous humaines obsolètes juste jetées sans espoir de tri sélectif.
À part peut-être les matones, seules femelles de l'autre côté des barreaux qui parlaient à leurs supérieurs qui passaient en coup de vent, on ne voyait pas d'hommes.
Que faire de mes désirs de viscères ?

Le directeur de la prison est un homme, c'est certain.
Je veux le rencontrer.
Je ferai tout ce qui est possible pour ça.
Je suis une femme, une salope, une chose publique et j'ai été dressée à faire tout ce qui possible et supportable.
Condition féminine qui est la lie liant la matière première de ce monde.

Alors, j'ai suivi le cursus d'intégration.
Le Grand ajustement.
Le reconditionnement qui allait faire de moi un retour sur investissement.
Je suis devenue la bonne fille, la brave bête. Je savais que ce serait sans issue, sans liberté mais là n'était pas mon projet...
Parceque j'avais participé à un processus de réinsertion beta, le directeur souhaite me faire venir dans son bureau afin que je sois questionnée par les techniciens de la boîte qui vendait ces produits de réajustement.
La date fut programmée et j'étais presque heureuse de subir les heures menant au grand jour où je verrai le grand homme.
Entre temps, on transféra dans ma cellule une détenue ex professeure de génétique, ayant commis sur son mari politicien un meurtre à l'aide d'un broyeur.

- Bonjour !
- Bonjour. Ne leur permet jamais de dire que tu es folle.
- Pourquoi ? Parceque j'ai faillie m'immoler ?
- Oui, car c'est une pandémie, pas de la folie.
- Si seulement c'était vrai, ça écroulerait tout ce système sadique.
- C'est une pandémie qui ne s'en prend qu'au double chromosome X et qui a pour conséquence de faire muter leur hôte.
- Personne n'en parle.
- Les femelles humaines accablées par la coercition masculine ont changé leur mode de fonctionnement ainsi que leurs stratégies de reproduction. Elles deviennent à présent terriblement plus agressives, certaines ont des chaleurs, d'autres développent des capacités surhumaines. Ce n'est que le début. Le premier stade étant une agressivité quasi monstrueuse. J'ai assassiné mon mari ainsi, c'est la pandémie qui se déclare. Des cas s'observe à travers tout le globe. Tu n'es pas folle. Les femelles ont été sélectionnées génétiquement depuis des millénaires par le patriarcat afin d'accepter ces conditions d'esclavage, de tortures et ce qui en découle. Mais la vie reprend ses droits.
- Marrant !! Mais si je te dis que j'en ai rien à faire ? Hein ?
- Je voulais juste de dire que tu n'es pas folle et que je sais, que je te crois. Je valide, je soutiens ton besoin de te défendre et ton désir de vengeance.

Le directeur de la prison pour femmes a été retrouvé éviscéré, un pied de table a servi à le sodomiser et a perforer le reste de son abdomen.
La stupeur est totale.
Les spécialistes n'osent pas encore confirmé un lien possible avec la pandémie actuelle.

= commentaires =

Cuddle

lien
Pute : 85
    le 22/03/2026 à 11:02:17
Je suis mitigée sur ce texte. J'ai bien aimé la narration, être dans la tête du personnage, ressentir ses émotions, son point de vue sur la vie, sur ses emmerdes, sa douleur.

En revanche, les dialogues sont peu crédibles et m'ont sorti du délire direct. Je rejoins la critique sur les clichés un peu facile et la fin WTF.
Nino St Félix

lien
Pute : 214
    le 22/03/2026 à 12:02:24
Bwah bon si je dis que j'ai aimé le fait que c'est un point de vue sur la condition féminine que j'ai pas l'habitude de lire, et que je kiffe ce côté "je suis une pute et je vous emmerde", j'imagine que c'est l'incel en moi qui va s'exprimer donc je lui dit ta gueule. Mais quand même, c'est une "belle" voix. Et justement j'aurais aimé en entendre plus, parceque là y'a matière a faire mieux, déja par exemple, est ce qu'elle a été brulée ? Quelles séquelles physiques ? Et puis le délire de sa co-détenue : soit c'est un plan à la Shutter Island, soit c'est un délire de contamination mondiale et de Grande Révolte et ça serait chouette a lire aussi. Mais là c'est ni l'un ni l'autre, et la fin n'est pas tant ambigue que baclée. C'est dommage : car je me dis que l'excellent "mon date avec numéro 7" mixé avec ce texte là pourrait faire un putain de manifeste, ou en tout cas un bon suppositoire déconstructiviste.
Nino St Félix

lien
Pute : 214
    le 22/03/2026 à 12:42:15
Soit dit en passant, si par exemple le clochard (dédicace a Hélène Arnault) était mort cramé en aidant l'heroïne (au re-passage ça fait donc une figure masculine positive, le gueux) peut être qu'on aurait pu le classer dans la St Con ? Mais là aussi du coup il manque quelque chose, re-dommage
Glaüx-le-Chouette

Pute : 146
à cloaque
    le 22/03/2026 à 23:26:32
Bon pour l'instant c'est pas bon, mais je suis content de trouver enfin un.e auteurice un peu zonard.e dans le coin.

VRAIMENT vraiment jeune, l'écriture, vraiment foireuse en fait, avec des défauts monstrueux et pas seulement grammaticaux, mais VRAIMENT du potentiel et c'est pas tous les jours.

De l'ordre des trucs à régler très vite :
- faut savoir se relire, la grammaire ça conditionne le regard du lectorat, et des éditeurs
- faut arrêter les auto-jugements des personnages, un personnage ne peut pas s'auto-juger, juger de lui-même l'atrocité de sa condition, juger lui-même de l'intérêt de ce qu'il vit. Ce qu'il vit doit être intéressant ; c'est ça qu'on veut en tant que lecteurice ; pas ce qu'il en pense lui. Ca, on s'en fout complètement. Donc faut aller vers une écriture plus sobre, beaucoup plus sobre, et plus factuelle, beaucoup plus factuelle.
- faudrait aussi mettre de la chair, davantage, par conséquent ; plus d'actes, de faits, mais aussi de choses, de descriptions, de matériaux qu'on puisse voir ; et beaucoup moins d'impressions. On s'en tape, des impressions du personnage : on veut en avoir NOUS.

De l'ordre des trucs qui font que même si l'auteurice a manifestement douze ans d'âge mental ou d'écrivain, un jour iel fera des trucs qui dépotent :
- la simplicité du profil du personnage, associé à l'atrocité de ce qu'il peut vivre et se proposer de vivre, semble signaler que l'idée de limite morale traditionnelle est assez étrangère à l'auteurice, et c'est cool
- la capacité à sortir des cadres, dans la fin du texte, est hyper rafraîchissante et encourageante, même si dans ce texte-ci c'est à peine ébauché
- putain, enfin un texte qui passe pas des plombes à nous faire chier en tentant de montrer qu'il est exceptionnel et original ! Wah ça fait du bien.

Bon, mais faut quand même investir dans un Bled et une Grammaire Méthodique du Français, Riegel-Pellat-Rioul, une référence, efficace et clair, à lire dix minutes par jour et ta vie va changer frère.
Lapinchien

site blog lien fb tw yt
Pute : 380
à mort
    le 22/03/2026 à 23:58:59
J'ai comme l'impression que c'est un texte de Saint-Con qui serait passé entre les mailles de nos filets à papillons troués improvisés et disposés pour détecter à quel appel à texte un texte soumis sur un formulaire de lazone.org appartient lorsque son auteur ne prend pas la peine de lire le règlement et de simplement ajouter un petit hashtag après le titre.

Perso, j'aime beaucoup ce texte que je trouve ironique et cruel comme la vie.

Cependant je pense que Glaüx a raison quand il déclare que "l'auteurice a manifestement douze ans d'âge mental" puisque ielle a posté plusieurs textes espacés dans le temps en utilisant des pseudos et des emails différents pour faire un forcing au chausse-pied du site et griller la politesse à tout le monde. Son adresse IP presque identique mais pas tout à fait est la seule raison pour laquelle on ait accepté cette dérive flagrante.

Mais peut-être que les textes ont été envoyés depuis une résidence d'auteurs en fait et que cela expliquerait tout.
GD Lodace

Pute : 11
    le 23/03/2026 à 15:23:10
Ce texte est intéressant, mais il manque de réalisme. Il faut affiner la scène de l'attentat, elle ne me parait pas logique dans son déroulement. Il faudrait l'affiner. Et surtout pourquoi cette variété de tons, on se perd un peu.
Je préfère éviter de parler des dialogues, là, gros problème.
LePouilleux

Pute : 46
    le 26/03/2026 à 12:01:17
Drôle de texte.

Le système patriarcal agit comme une sorte de Deus Ex Machina maléfique qui possède, soumet et détruit les corps féminins, et il s'avère que les femmes développent une sorte de réaction immunitaire par la violence face à ce monstre. Mais l'idée n'est même pas développée, seulement posée là dans un dialogue pas ouf voir un peu ridicule, juste avant une fin réduite à une manchette de rubrique faits divers dans un journal local.

Beaucoup de choses éludées donc : ça aurait pu le faire pour un texte court et percutant cmb mais le style est plutôt maladroit avec ses changements de temps un peu bizarres et il y a pas grand chose qui prend réellement aux tripes.

Le personnage s'immole en signe de protestation pour mettre fin à cet asservissement et on devine qu'elle encule un patron de prison à coup de barre de fer avant de l'éparpiller en mille morceaux mais bon, le fil conducteur c'est quand même la résignation et la grosse dép', le cheminement d'un tas de viande dont le patriarcat a retiré l'âme. Déso' mais c'est dur d'avoir de l'empathie pour ce genre de personnage.

Même dans sa quête de vengeance elle reste une victime bien pathétique avec son suicide loupé et il n'y a point de justice, il n'y a pas de transformation, on fait du surplace total.

Alors qu'il y a avait matière à faire un formidable spin-off dystopique du livre de Jacqueline Sauvage...

= ajouter un commentaire =

Les commentaires sont réservés aux utilisateurs connectés.