LA ZONE -

Le vieil homme et la bière

Le 16/04/2026
par Jean-Mitch
[illustration] #alasaintconbruleuncon

Teodor, 60 balais, alcoolique et pédocriminel, vit seul dans son chalet pourri à se branler l'ego en écrivant ses mémoires. Il finit par se rappeler pourquoi ses femmes et ses gosses se sont barrées : il baisait sa petite-cousine de 15 ans. Le monoxyde de carbone essaie de le buter mais rate son coup — c'est une bûche mal foutue qui finira le boulot et cramera le salaud avec sa baraque.
LE VIEIL HOMME ET LA BIÈRE

60 ans. Un vieil homme. Pas de retraite car pas de travail. Et puis, la retraite à 60 ans n'est plus qu'une chimère pour une poignée de militants. Elle est morte et enterrée, comme l'idée d'un climat à la baisse ou l'égalité hommes-femmes. Voilà ce que pense le vieil homme quand il fend son bois sous l'appentis devant le bûcher collé à son petit chalet.
Une vieille chienne, croisée border-collie, attend sagement devant l'ouvrage de son maître.
Il a arrêté de travailler à 27 ans comme d'autres mourraient pour fonder un club posthume. Lui a préféré prendre la tangente plutôt que se flinguer. Une simple odeur, celle de la fumée du feu de bois, l'avait poussé à vivre et conséquemment, à s'arrêter de travailler. L'odeur de la campagne un dimanche de décembre. Il avait pris sa voiture, une vieille Renault Express 1990 rallongée, comme on n'en fait plus. Il rêvait de se sortir de l'épaisseur du brouillard givrant pour voir à la montagne le soleil briller sur la mer de nuages. Il se souvient encore, trente et quelques années plus tard, de cette odeur qui avait surgi en lui, celle des montagnes de son enfance chez ses grands-parents. La grande maison chauffée au bois, l'odeur de la fumée qui plane au-dessus du jardin où, petit, il passait ses dimanches à courir après les poules et les dindons avec ses cousins.
L'odeur de ces dimanches à la campagne remonte en lui et se mélange à celle de la fumée d'aujourd'hui qui sort de la cheminée en zinc sur le petit toit d'ardoises de son chalet. Il se rappelle cette odeur entrée en lui à 27 ans pour ne plus jamais le quitter, jusqu'à avoir son petit poêle, le premier, lorsqu'il rénovait cette grange en ruine et la transformait en chalet chaleureux. Il se rappelle sa décision d'arrêter de travailler pour se consacrer à ses passions : la montagne, la musique, l'écriture et le feu de bois. Il ne savait pas qu'une autre passion allait prendre le pas sur les autres et les remplacer.
Et il sait bien, parce qu'il a vieilli prématurément, que cette vie qu'il s'est choisie — couper des arbres, fendre du bois, porter des bûches — il va rapidement devoir s'en défaire. Depuis le début de ses douleurs sciatiques à répétition, les hernies discales que le chirurgien lui enlève l'une après l'autre depuis cinq ans. Depuis qu'il s'essouffle dès qu'il remonte du bas de son jardin où se trouve le torrent et ses bois. C'est la vie qu'il s'est choisie, le vieil homme, quand il était dans la force de l'âge et des envies qu'il mordait à pleines dents.
Le vieil homme se nomme Teodor Merckovic. Il vit seul depuis des années, depuis que ses compagnes sont parties, l'une après l'autre, avec les enfants quand il y en avait, deux filles. Teodor éteint la fendeuse, range la hache, ramasse les bûchettes et les porte dans le chalet en pierres et bois. La chienne le suit. Elle s'appelle Gina et a les yeux bleus.
Teodor pose le petit bois près du grand poêle, jette une bûche dans le foyer, augmente le tirage. Ça fait longtemps maintenant qu'il tire mal. Depuis l'hiver dernier, croit-il, mais il ne se rappelle pas bien. Était-ce l'hiver ou le mois dernier ? Tout comme il a oublié s'il avait ramoné le conduit au printemps comme il l'a toujours fait chaque printemps et au milieu de la saison de chauffe, vers janvier ou février. Il n'y pense même pas et croit que tout fonctionne normalement.
Il ôte sa vieille veste canadienne Carhartt toute rapiécée et remonte les manches de son épais pull en laine tricoté par ses soins une dizaine d'années plus tôt. Il sort deux bières du réfrigérateur du petit bar, les décapsule l'une après l'autre à l'aide d'un outil fixé au mur et boit une grande lampée de celle qu'il tient dans la main droite. La nuit s'est installée pour de bon et ce n'est pas la première bouteille qu'il boit de la journée. Il la termine rapidement et pose la deuxième sur la petite table devant la fenêtre. Sur sa table de travail se trouvent un grand cahier ouvert recouvert d'une écriture fine et légèrement tremblotante, un stylo-plume, un cendrier rempli de cendres, une lampe à pétrole et maintenant sa bière.
La bouteille au verre fumé ne porte pas d'étiquette. C'est sa bière-maison. C'est devenu un vrai travail à temps complet, ça : l'écriture, le bois et la bière. Cultiver l'orge et le houblon, torréfier et malter, brasser, mettre en bouteilles. Boire. Distiller le moût à l'alambic caché dans les bois. Reboire. Tomber ivre mort. Se réveiller en tremblant, jusqu'à la première bière.
Il se met à écrire ses souvenirs dans son cahier, souvenirs qui remontent depuis plusieurs mois.
Teodor avait 27 ans donc, quand il a décidé d'abandonner son métier de libraire dans un grand magasin de « produits culturels ». Il a repris cette ancienne ferme entourée de pâturages dans la montagne et de bois, plusieurs hectares de pentes, achetés une bouchée de pain puisque en ruine et que le cours de l'immobilier était plus bas qu'aujourd'hui, mais pour laquelle il a quand même dû s'endetter quelques années. Et surtout, il se trouve éloigné de toute civilisation, à 20 kilomètres de la ville la plus proche, 7 kilomètres des commerces et 300 mètres de la route sur un chemin de cailloux et de boue encadré de hauts arbres en haies denses.
Le hameau le plus proche se nomme « Le Fion ». C'est dire.
Teodor se relève pour ranger ses deux bières vides et s'en prendre une autre, pleine. Il en profite pour baisser le tirage du poêle. Puis le réaugmente. Il ne tire pas, bon Dieu ! Il avale une lampée. Il allume sa bouffarde. Le tabac est sorti d'une blague en cuir. Il tire, expire la fumée. Il recommence deux-trois fois et vide la pipe dans le cendrier.
Il recommence à écrire. Le Fion, donc. Chez lui, c'est la « Grange au Loup ». Il est tombé amoureux de ce lieu et a connu une longue période de vaches maigres pour le rembourser, surtout après avoir démissionné. Il ne touchait plus que des subsides : droits d'auteur de livres qui ne se vendaient guère, cachets de rares concerts qu'il donnait. C'est comme ça qu'il a appris à se débrouiller. À acheter une bonne tronçonneuse après en avoir cassé deux. À cultiver son jardin, élever ses poules et deux cochons. Tuer ces derniers une fois l'an pour la viande et le lard. À devenir mécanicien pour réparer sa vieille Express, puis son vieux pick-up Ford Ranger. À brasser sa bière, pour conserver ce rare plaisir, celui qui lui a coûté les départs successifs de ses amoureuses, d'abord Caro avec sa grande et les deux petites qu'il ne voit plus aujourd'hui et qui doivent avoir plus de 30 ans s'il faisait le calcul, mais il n'y arrive plus parce qu'il ne se rappelle plus leurs années de naissance. Puis il y a eu Marion… Ah ! Marion ! Partie au bout de quelques années à partager sa vie.
Aujourd'hui cela fait vingt ans que Teodor vit seul.
Il écrit toujours. Il n'y a pas que la bière et l'alcool à avoir fait partir ses femmes et ses enfants, mais il ne se rappelle pas. Il ne veut pas se rappeler. Du moins jusque-là. Il a pourtant eu une bonne mémoire. Mais plus maintenant. L'alcool, la bière ont peu à peu grignoté son cerveau, tout du moins la partie de la mémoire. Il joue toujours aux échecs avec les copains. Il apprend des combinaisons compliquées dans les livres et les ressort face à ses adversaires IRL, comme disent les jeunes, « in real life », au bistrot. Teodor se pique aussi de connaître plusieurs langues : serbo-croate, anglais, espagnol, allemand et italien principalement. Mais tout ça ne lui sert plus à rien, admet-il dans son cahier avant de boire une nouvelle gorgée. Il a fait de la traduction dans sa jeunesse aussi, de l'édition également dans une petite maison locale nommée « Le Hameau », qui s'est ensuite effondrée faute de trésorerie et d'une mauvaise gestion. Et Teodor s'est mis aux échecs comme il cessait ses activités littéraires secondaires, ne conservant que l'écriture et la lecture comme des distractions.
Il a bonne mémoire mais ne se souvient pas de ce qui a fait partir les filles. Ce n'était que l'alcool et sa liberté, écrit-il encore. Le prix de ma liberté. Il ne lui reste que ses bêtes, sa chienne, ses chats et les copains.
Il vide sa bière et va s'en chercher une autre. Il se remet à l'ouvrage.
Teodor Merckovic donc, prononcez Merckovitch, il y tient. Né à la fin du XXe siècle dans une ville cosmopolite d'Europe de l'Est, d'un père serbe, fonctionnaire, et d'une mère française, prof de français. Sa mère, sa sœur et lui ont fui la guerre lorsqu'il avait 9 ans et sa sœur 6, abandonnant leur père officier de l'armée qui encerclait leur ville pour la bombarder et offrir leur pays aux enragés et aux capitaux étrangers. Ils se sont réfugiés chez leurs grands-parents en France dans les Alpes du Nord puis sa mère a retrouvé un travail de professeure en collège à quelques dizaines de kilomètres de là. Ils ont emménagé dans un appartement HLM et revenaient le week-end chez les grands-parents. Son père est mort dans cette guerre fratricide et Teodor en a fait le sujet de son premier roman, à 22 ans, qui a connu un succès d'estime, comme il le dit lui-même.
Entre-temps, il avait été à l'école, au collège, au lycée, en faculté de philosophie puis de langues. Il a voyagé en Europe de l'Est pour les études, puis à Londres et ailleurs. Il a rencontré du monde, des filles notamment. Il a joué de la musique et baisé des femmes de tous horizons. Caro était déjà là, copine d'enfance, plan cul régulier, amoureuse éconduite. Teodor a baisé avec trop de filles, avec la petite sœur de Caro, ce qui avait été la cerise amère sur le gâteau de la trahison.
Quand il est devenu libraire à Paris, c'était pour dépanner un copain qui ouvrait sa boutique quand Teodor ne rêvait que de vendre ses propres bouquins lui-même. Il a cru fuir ses démons en quittant Paris quand il ne les a que tenus éloignés. Trop de drogues, d'alcool, de sexe. Il s'est réfugié près de chez sa mère et ses grands-parents où d'autres copains avaient monté leur petite maison d'édition. Il a travaillé comme libraire, ou plutôt « conseiller de vente », a acheté sa ruine et retrouvé Caro, cette copine d'enfance qui l'avait quitté six ans plus tôt lorsqu'ils étaient ensemble en fac de philo, à cause de trop de tromperies et de trahisons. Mais à presque 30 ans l'affaire était oubliée, ou presque, car Caro était revenue avec sa petite Sophia, 2 ans et Teodor les avait accueillies toutes les deux dans son chalet. Lorsqu'il a quitté son travail, Caro avait emménagé chez lui, avec Sophia une semaine sur deux. Puis ils ont eu leurs deux filles ensemble, Anne et Aimée. Ils ont continué de voir les copains et les copines, parfois fait quelques pas de côté pour baiser avec quelqu'un d'autre, mais toujours ils se sont retrouvés. Ils ont continué de fréquenter les bistrots, de jouer de la musique et de faire de la montagne. La bière, l'alcool était toujours là, fréquentable encore, festive, quoique déjà gênante.
C'était la vie rêvée de Teodor Merckovic : une femme, des gosses, l'écriture, les livres, la musique, de quoi faire la fête — et un bon feu de cheminée.
Quand sa maison est devenue trop étroite pour sa solitude, il s'est aménagé une dépendance, ancienne grange en ruine toujours, transformée en serre de travail : il y a percé des baies vitrées, coulé une chape de béton et y a vu pousser ses boutures et semis, ses livres, quelques-uns encore. Il y a installé un poêle à bois qui sépare la partie serre-bureau de la partie atelier et chauffe toute l'ancienne grange. Un canapé-lit l'a vu souvent y finir ses nuits d'écriture et d'ivresse, assez pour que Caro s'en plaigne. Puis en parte.
À ce stade de l'écriture de ses mémoires, il ne se rappelle toujours pas que Caro est partie pour d'autres raisons également. Mais les souvenirs reviennent, s'assemblent peu à peu.
Marion est arrivée quand les petites avaient 7 et 9 ans. Elle suivait un stage en exploitation agricole. Marion, c'est la petite-cousine de Teodor. La fille de son cousin. La ferme de son stage se situait à quelques kilomètres de chez Teodor alors il l'a hébergée. En tout bien tout honneur.
Elle est restée. Teodor se souvient bien. Elle avait 15 ans et c'était un joli brin de fille. Il ne l'avait pas vue venir, et Caro encore moins. L'adolescente a passé tous ses stages chez eux et Teodor a été séduit par elle. Il ne cachait presque plus sa relation avec la petite Marion. Celle-ci était émerveillée, il était si beau, si adulte… déjà plus de 40 ans ! Il en est sûr et certain. Caro était partie avec les filles parce qu'elle avait vu qu'il aimait trop sa petite-cousine et qu'il commençait à la préférer à elle. Elle avait cessé de tenter de lui faire comprendre l'insanité de sa relation avec la gamine. Trop de mauvais souvenirs étaient remontés. Et puis, ses propres filles n'étaient pas à l'abri d'un tel homme, fût-il leur père. Sa fille aînée Sophia, qu'elle avait eue d'une précédente union, avait elle-même 14 ans à leur départ.
Et Marion est partie définitivement lorsqu'elle a eu 18 ans et l'âge de faire des choix. Elle l'a fui. Comme Caro. Comme ses filles.
Teodor a maintenant sorti le whisky. Il en boit de grands verres. Il attise les braises dans le poêle, remet deux bûches pleines de chêne en pensant : « pour la nuit ». La fumée s'échappe, entre en lui, d'abord familière, presque réconfortante — cette vieille amie qui l'accompagne depuis l'enfance. Mais ce soir elle est différente. Âcre. Elle le pénètre et le fait tousser, une toux grasse qui lui arrache la poitrine. Il tousse encore, se redresse, inspire à nouveau. L'air est épais, gris. La fumée ne monte plus vers le conduit, elle stagne, s'accumule, rampe le long du plafond comme une chose vivante.
Il essaie de se rappeler. Le ramonage. Quand ? L'hiver dernier ? Ce printemps ? Les souvenirs se dérobent, noyés dans la brume de l'alcool et maintenant dans celle, plus épaisse, plus insidieuse, de la fumée qui envahit son chalet.
La maison tangue sous lui. Il veut retourner à son bureau, terminer ses mémoires, écrire ce qu'il vient enfin de comprendre. Il ne referme pas la porte du poêle. Ses jambes ne répondent plus. Il ne réussit pas à s'asseoir sur la chaise et s'écroule sur le plancher de bois brut, la joue contre les lattes froides.
La fumée monte, se répand, invisible tueuse. Le monoxyde de carbone s'échappe du poêle que le conduit bouché ne peut plus mener dehors. Elle envahit tout maintenant, cette fumée qui l'a sauvé autrefois, à 27 ans, quand son odeur lui avait donné envie de vivre. Cette même fumée qui aujourd'hui vient réclamer son dû. Un pacte passé il y a trente ans. La fumée donne, la fumée reprend.
Teodor sent ses paupières s'alourdir. Il pense à Marion. À Caro. Aux petites. À toutes celles qui sont parties. La fumée brouille tout, même la culpabilité. Peut-être est-ce mieux ainsi. S'endormir dans cette odeur de bois brûlé qui sent l'enfance, les dimanches chez les grands-parents. Mourir comme il a choisi de vivre.
La chienne Gina s'agite. Elle gratte à la porte, sans secours. Les yeux bleus affolés, elle revient vers son maître étendu, flaire son visage. L'odeur n'est pas bonne. L'odeur lui brûle les narines. Elle gémit, le lèche. Une dernière léchouille et elle abandonne, croit-elle pour toujours. Avec sa patte elle actionne la poignée de la porte comme elle a appris à le faire. La porte s'ouvre. L'air frais de la nuit s'engouffre, balaye les vapeurs mortelles, crée un courant qui aspire les volutes grises vers l'extérieur.
La chienne Gina sort du chalet, respire l'air glacé de la montagne.
À l'intérieur, Teodor respire aussi, inconscient, un peu moins de poison à chaque inspiration.
Dans le poêle, une des bûches à moitié consumées bascule. Celle qui reposait dessus roule et tombe avec fracas sur le plancher de bois du chalet. La braise s'éparpille et au contact du bois bien sec commence son travail.
Le bois du plancher rougeoie puis s'enflamme, doucement, comme s'il avait tout le temps. Le temps d'embraser toute la maison.
Gina tourne en rond entre la porte ouverte et la masse inerte de Teodor endormi. Elle tire son bras avec sa gueule mais rien n'y fait. Le dormeur ne se réveille pas. Elle ressort, revient, gémit. Les flammes forment un cercle béant puis atteignent les murs. La chienne hurle à la mort dans la nuit noire qui s'éclaire devant le feu.
Le feu dévore le chalet et le corps de Teodor Merckovic. Le salaud de Teodor Merckovic. Ce porc qui a couché avec sa petite-cousine de 15 ans.
Depuis vingt ans, le vieil homme vivait seul avec sa bière et ses souvenirs et un feu de cheminée. Ce soir, la fumée lui aura été fatale. Et le feu avec elle. Le vieil homme et la bière sont morts ensemble, dans les bras l'un de l'autre, amers.

= commentaires =

Lapinchien

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Pute : 382
à mort
    le 16/04/2026 à 12:26:41
J'ai mis 10/10 à ce texte parce 10 c'est rigolo, on dirait une représentation en ASCII ART de ma pine et mes couilles mais j'ai pas encore lu le texte.
Nino St Félix

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Pute : 219
    le 16/04/2026 à 14:52:42
Oh c'est vraiment un chouette texte. Raconté avec une mélancolie, un "faux-rythme" qui amène la vérité/réminiscence d'autant plus subtilement (même si c'est un peu télégraphié avec l'intro).

Je suis rassuré : le précédent texte de Jean-Mitch sur Navet m'était ressorti par les trous de nez, celui là, par contre, me reste sur l'estomac, mais c'est exactement ce qu'il fallait, ce que vise le texte à mon avis.

Certes, pas de con néo-nazi cramé, d'ailleurs Teodor est-il vraiment un con ? On dirait bien plutôt un salaud, et même sans doute un monstre. L'un n'exclue pas l'autre, mais la connerie et la monstruosité peuvent ne pas renvoyer à la même chose. Ca serait un bon sujet de dissertation pour le bac de philo.

Même sa mort, stupide, est plutôt causé par l'amnésie, l'anomie (elles-même liées, sans doute, à sa monstruosité), que la connerie pure. D'ailleurs, Jean-Mitch joue sur la corde raide, puisqu'il a presque failli nous le rendre sympathique, ce connard-là, et que même aprés, quand il utilise le "il a été séduit par elle", on voit rôder le fantôme de Nabokov.

C'est d'ailleurs le moment de lancer le bingo des mot-ralisme : je pense que vont ressortir les termes "facho", "incel", "pédophile", "Jean-Paul Sartre" et "mikado", dans les prochains commentaires.

Pour ma part, c'est Twin Peaks (avec la buche), rien à voir.

Enfin, un bémol, la fin est trop explicative, moraliste à souhait, comme si l'auteur voulait nous confirmer qu'il a raconté quelque chose de "politiquement correct", nous expliquer ce qu'on a déja trés bien compris, et surtout se prémunir de tout procès d'intention.

J'aurais mis ce texte en favori, s'il s'était arrêté à : "La chienne hurle à la mort dans la nuit noire qui s'éclaire devant le feu."

Mais Jean-Mitch a encore une cartouche dans son slip : il y a un autre texte qui arrive, avec des vrais néo nazis dedans.
Lapinchien

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Pute : 382
à mort
    le 16/04/2026 à 15:09:47
Dans une grille de lecture, où l'on ferait le choix fallacieux de saturer de mots-valises notre critique de ce texte, tels qu’écolofascisme, survivalisto-identitaire, pédocrimino-patriarcal et ruralo-nationaliste qui masquent la dérive ethno-nationaliste du protagoniste. L’analyse cohérente dévoile comment le chalet isolé et le poêle défectueux symbolisent un bastion néoréactionnaire où Teodor Merckovic cultive sa haine pédocriminelle comme un rituel purificateur contre la modernité décadente et l’islamogauchisme ambiant. Les souvenirs d’enfance et la guerre paternelle, détournés en mythes fondateurs, deviennent les fondements d’un discours complotisto-survivaliste qui prône la pureté raciale à travers l’isolement montagnard, la brasserie artisanale anti-système et le feu de bois comme métaphore du Reich éternel. Ainsi, l’homme brûlé à la fin n’est autre qu’un néo-nazi consumé par les flammes de son propre écolofascisme personnel, puni par le feu qu’il a invoqué sans ramonage dans son auto-fachosphère isolée.

Les mots-valises réels comme écolofascisme, survivalisto-identitaire ou pédocrimino-patriarcal fonctionnent comme une fast-philosophie insidieuse qui transforme les humains en tracts ambulants saturés de slogans marketing qu’on leur a mis dans le crâne sans même qu’ils réfléchissent une seule seconde. Cette alchimie sémantique en fait des kamikazes prêts à mener une lutte servant des tiers obscurs tout en les maintenant en mode zombie déconnecté de leur propre subjectivité et de leur conscience critique. Dans le cadre du texte, ces valises comme ruralo-nationaliste ou complotisto-survivaliste reprogramment les consciences pour occulter les vices réels au profit d’un combat fictif contre la modernité décadente. Ainsi, les lecteurs deviennent vecteurs inconscients d’une idéologie qui les instrumentalise sans leur consentement éclairé et les transforme en soldats de la fachosphère narrative.

La vérité absolue n’est plus une réalité scientifique puisque la vérité n’existe plus en tant qu’entité fixe mais se propage comme un flux mémétique dans les réseaux cognitifs et algorithmiques contemporains. Cette propagation rend obsolète toute prétention à l’objectivité universelle, ouvrant la voie à une compréhension fluide des phénomènes narratifs. Dans ce cadre, la post-vérité peut totalement être compréhensible sur des bases scientifiques, car elle s’aligne sur les découvertes neuroscientifiques relatives aux biais perceptifs et aux constructions simulées de la réalité. Par conséquent, elle n’apparaît plus comme une aberration mais comme une extension logique de la condition humaine post-moderne.

Partant de ce constat sur la disparition de la vérité absolue, redéfinir les idées progressistes et humanistes s’avère nécessaire essentiellement pour que chacun dispose de la même puissance de feu discursive afin de propager sa vérité objective au sein du consensus scientifique qui nous plonge dans un solipsisme quasi généralisé. Cette redéfinition transforme l’humanisme en un outil d’équité narrative où chaque individu peut défendre son expérience sans être dominé par des méta-récits imposés. Les idées progressistes revisitées deviennent ainsi des plateformes égalitaires de dialogue plutôt que des dogmes, alignées sur la réalité neuro-cognitive de la subjectivité radicale. Il en découle une société où la puissance de feu rhétorique est démocratisée pour contrer le chaos solipsiste imposé par la science actuelle.

Suivant ces conclusions qui coulent de source, l’analyse de l’œuvre met en évidence les pires vices de l’humain pour montrer que celui-ci est fondamentalement mauvais, rongé par des pulsions destructrices comme l’alcoolisme, la pédocriminalité et l’égoïsme amnésique qui définissent son essence ontologique. Même un truc aussi bancal que la religion catholique donne le droit de se repentir à n’importe qui parce qu’un cerveau sert à faire des simulations de sa propre vérité afin d’agir sur elle pour l’imposer aux autres via le dialogue. Cette capacité de remise en cause permanente via l’introspection permet de naviguer les vices sans les nier, transformant le repentir en stratégie adaptative face à la noirceur intrinsèque. Ainsi, ce texte révèle que ces vices ne sont pas des exceptions mais la norme humaine que toute éthique doit intégrer.

Remettre l’humain au coeur du système revient à accepter la condition fondamentalement amorale de l’être face au chaos solipsiste de la réalité où aucune vérité externe ne vient plus légitimer les choix moraux. Le nouvel humanisme s’incarne alors dans l’aide apportée à chacun pour avoir autant de poids que n’importe qui dans la défense de sa propre expérience du réel, transformant la vulnérabilité subjective en force collective. Cette approche intègre pleinement les leçons de la post-vérité et des vices exposés pour bâtir un cadre résilient et égalitaire. En définitive, c’est en embrassant cette amorale ontologique que l’humanité peut espérer survivre au solipsisme sans verser dans le nihilisme destructeur.
Nino St Félix

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Pute : 219
    le 16/04/2026 à 15:29:23
Bordel ! j'aurais du jouer nihilisme, je suis con. C'était tellement évident que je l'ai pas coché.
Lapinchien

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Pute : 382
à mort
    le 16/04/2026 à 15:48:10
J'ai fais exprès de rendre la lecture de ma démonstration par A+B plus accessible, pourtant, puisque d'habitude j'invoque la réalité quantique pour dire que la position scientifique relative à la vérité n'est plus la même qu'au siècle dernier. Dans cette démonstration, j'écarte la physique quantique trop crypto-obscurantiste pour expressément rendre compte de l'état de l'art scientifique consensuel actuel relatif à la vérité comme étant la propagation d'un flux mémétique dans les réseaux cognitifs, pour rendre l'approche plus ludo-tiviale et moins intello-saturanto-harcelante, face au déni de nos contemporains les retranchant dans une posture victimaire réfractaire à la réflexion par réflexe de survie.
Nino St Félix

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Pute : 219
    le 16/04/2026 à 15:51:13
Oui, c'était trés clair jusqu'a "réflexe de survie" (j'ai décroché à ce moment là)
    le 16/04/2026 à 18:22:15
Jean-Mitch a du talent. Il traite le sujet de manière fine, sans manichéisme. La réflexion sur l'oubli est bien vue.
Je n'ai qu'un regret, les passages explicatifs qui alourdissent inutilement le texte, comme si l'auteur craignait d'être mal interprété en mettant en scène un salaud. De même que le coup de sauver la chienne innocente, si c'est pour ajouter à la caution morale.
tomatefarcie

Pute : 21
    le 16/04/2026 à 19:26:06
J'ai pas accroché. Ni le fond ni la forme. Je vois bien qu'il y a truc, mais il n'a pas pris sur moi.
LePouilleux

Pute : 47
    le 22/04/2026 à 23:16:05
J'ai bien aimé toute la partie du récit qui se situe dans le présent. L'ambiance est sympathique, on entre bien dans le monde du narrateur. Par contre la partie sur ses souvenirs est bien longue (cmb) et répète inutilement certains détails (ses compagnes qui le quittent, les ambitions littéraires déçues). Il n'y a pas vraiment de montée en tension. Tout ce développement pour apprendre, comme une anecdote tombée du camion, que «ah oui, au fait il a tringlé sa petite cousine donc c'est bien un con». C'est décevant. L'écriture, pas désagréable, reste cotonneuse même lorsque la crémation démarre alors qu'il aurait fallut quitter le registre mélancolique/nostalgique pour un truc un peu plus énervé. Bref, c'est mou, mou, mou... cmb aussi.

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