LA ZONE -

Caverne

Le 22/04/2026
par Guillaume Dreidemie
[illustration] Caverne,
Ou comment faire parler le prisonnier,
Enchaîné,
Depuis le fond de son trou,
Celui qui NE VEUT PAS EN SORTIR, qui veut rester,
Dans l'ombre, celui qui refuse
Et veut continuer à contempler les ombres dansant sur le mur...
Caverne

"Jamais un rayon frais n'éclaira vos cavernes ;
Par les fentes des murs des miasmes fiévreux
Filtrent en s'enflammant ainsi que des lanternes
Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux…"
C.B.

Je vous parle depuis la pierre, depuis le fond caillouteux,
Depuis le sable, un bruit de chaîne
Je ne sais pas depuis quand, un bruit de chaîne
Me réveille, je ne sais pas depuis quand.

Tout ce qui me reste est un peu de ce feu.
Je sens le jour qui monte en moi et la nuit en lambeaux.

*

Le feu, à mes mains vieillies de si peu de lumière,
Danse, ne demande rien, nourrit
La chaleur entre mes mains, je ne sais plus,
La douceur du jour.

*

Dans mes yeux dansent des braises.
Silhouette docile, je bois du regard
L’ombre projetée sur la roche du temps.

Cela me ferait mal aux yeux :
Le soleil creuse en moi sa plaie béante
Et pourquoi se soustraire à l’ombre généreuse ?

*

Ceci est le monde, il n’y a plus rien,
Les chaînes seules ont appris notre nom.
Elles sont la règle ancienne du corps,
Parfois, une gêne, à la nuque,
Cela passera. Tout passera, depuis la pierre,
Depuis le fond caillouteux,

Nous applaudissons l’ombre marionnette
Sur le mur je ne sais pas depuis quand,
Nos rêves anciens, je ne sais plus très bien.

*

Tout ce qui me reste est qu’il parlait beaucoup.
Un ailleurs sans paroi. Nous n’avons rien su
D’une douce lumière.

*

Je sais qu’il existe là-bas quelqu’un. S’il sort,
On en parle parfois, depuis, à voix basse.

*

Le feu, à ma mesure, reste à ma hauteur.
Sa flamme la plus haute lèche ma joue, il suffit
Que j’enlève, que je retire quelques buches,
Que je souffle moins. Il suffit. Ne demande rien.

*

Le feu ne me demande pas de changer de corps,
Ne juge pas, avance, laisse aux choses
Le droit d’être simples. Je crois que je ne perds rien.

*

Si la chaîne cédait, comme une simple erreur,
Si sa main touchait nos liens, frappe, frappe-le,
Qu’il laisse nos pas errer la Nuit,
Qu’il laisse nos ombres danser,
Entre nos mains, la douceur du jour.

Je vous parle depuis la pierre, depuis le fond caillouteux,
Depuis le sable, je ne veux voir que du feu.

Guillaume Dreidemie

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